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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 13:20

 

 

P  A  R  T  I  E           2

 

La voilà cette deuxième partie ! Dix mois après la première ! …Alors, je sais, c’est totalement abusé. Je serai d’accord avec vous pour dire qu’il y a mieux pour fidéliser un lectorat. Mais bon les contingences de la vie font qu’avec le temps, les moments que j’ai pour m’adonner aux plaisirs de l’écriture d’articles sont de plus en plus rares. Et puis surtout, je l’avoue, quand je me suis lancé dans l’écriture de cet article-là, je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi loooooong à faire. Bah oui, parce que l’air de rien, faire des Tops c’est sympas comme idée, mais s’il n’y a pas d’explication derrière, difficile pour vous (à moins de connaitre toutes les séries dont il est ici question) de comprendre les raisons d’un tel classement. Or – et après coup la chose m’est apparue encore plus évidente – je trouve que ce genre d’article n’est intéressant que s’il permet de découvrir… Découvrir des séries pour commencer (même si je pense qu’au final, je n’aborde pas tant de séries marginales que ça) ; mais aussi et surtout découvrir un regard sur les séries. Loin de moi la prétention de vouloir vous donner des leçons sur ce qui fait une bonne ou une mauvaise série (vous connaissez sûrement ce que je pense de l’usage des qualificatifs bons et mauvais lorsqu’il est question d’art…), par contre, je pense que si on a des goûts différents sur les séries (ou pas justement), c’est parce qu’on a tous un angle d’approche différent du média. On n’attend pas les mêmes choses. On ne voit pas les mêmes choses. On ne vibre pas sur les mêmes choses. Or, pour vous offrir ce regard là sans être trop redondant, j’avoue que ça a nécessité pas mal de temps afin d’éviter de justifier chacun de mes choix par de simples remarques automatiques et sans fond, ce qui aurait vite rendu cet article imbuvable…

 

Alors pourtant, certes – vous verrez – il y aura quand même certaines répétitions entre cette partie là et la précédente. J’aurais tendance à revenir sur certaines séries que j’ai pourtant déjà largement plébiscitées lors de la partie précédente, même si – comme vous pourrez le constater – je vais aborder ce coup-ci des aspects assez différents puisqu’on va surtout se focaliser sur ce qui me semble crucial dans ce média là comme dans beaucoup d’autres : les personnages. Pour commencer donc, cinq classements sur les personnages : les meilleurs héros de série (ou parfois les anti-héros), les meilleurs sidekicks, les personnages les plus touchants, les meilleurs bad guys, et enfin les personnages les plus bad ass. Ensuite, comme j’ai pu m’intéresser aux meilleures introductions et premiers épisodes dans la partie précédente, ici je finirais cet article par les meilleures conclusions d’épisode et/ou de saison (à dire vrai il sera surtout question de cliffhangers), je ferai un petit détour par les scènes que j’ai jugé les plus cultes, toutes séries confondues, puis – bien évidemment – je finirai avec les meilleures conclusions de série… Enfin, quand je dis que je finirai par ça, je mens un peu… A dire vrai, ce sera surtout le dernier Top avant celui qui s’imposera en guise de véritable conclusion : mon Top 5 de séries. Comme vous allez le constater je vais beaucoup bavasser au sujet de ces Tops là, voilà pourquoi, pour des raisons techniques, toute la seconde moitié de ces classements se fera dans une troisième partie dont le lien figure en bas de cette page. Bien évidemment, tout cela reste entièrement subjectif. Libre à vous, dans les commentaires, de discuter certains points ou de proposer des tops alternatifs. En espérant que cette deuxième partie d’article saura parfaire votre découverte du monde sérielle. Bon plaisir à vous, je l’espère !

 

 

Top 5 des meilleurs héros

(ou anti-héros).

 

 

5. Birgitte Nyborg

dans Borgen.

Je ne vous le cache pas, j’ai longtemps hésité à faire un classement de héros ou de personnages principaux dans cet article. Aujourd’hui la plupart des séries aiment faire des intrigues « chorales », où aucun personnage ne peut vraiment être considéré comme le personnage principal. D’une certaine manière, c’est un peu normal étant donné les changements de paradigmes qui se sont opérés dans le monde des séries depuis les quinze dernières années. Il ne s’agit plus aujourd’hui d’occuper une plage horaire avec un produit standard afin que les spectateurs restent devant l’écran et voient les pages de publicités spécialement pensés pour eux. Non, aujourd’hui, les écrans sont devenus multiples et le spectateur s’attire avec de l’exigence et de la profondeur. Ainsi, le vieux modèle d’une intrigue basique avec un héros sans aspérité auquel on est sensé s’identifier rapidement est un peu tombé aux oubliettes. Aujourd’hui, proposer un ensemble de personnages diversifiés, tous dotés de véritables traits de caractère, est plus ou moins la règle. (C’est d’ailleurs pour cela que certaines séries pourtant amplement citées précédemment ne pourront même pas concourir à ce top. C’est le cas notamment de Game of Thrones The Wire, Six Feet Under, Battlestar Galactica, Oz, Deadwood, etc…) Et pourtant, malgré cette tendance là, il reste encore des séries qui osent toujours construire leur intrigue autour d’un personnage principal – un « héros » - et qui le font très bien. Et parmi elles, le cas de Borgen et de sa première ministre Birgitte Nyborg en est l’un des plus beaux exemples. (Ah enfin, on aborde le cœur du sujet !) Pour moi, ce qui a fait la grosse force du personnage, c’est déjà qu’il rompt totalement avec cette logique du héros lisse, standard, lambda, auquel on est sensé tous s’identifier (le fameux homme cis blanc d’âge moyen issu de la middle-class). Là – boom ! – direct, on nous claque une femme ; et une femme qui a dépassé quarante ans qui plus est ! (Bon après, avouons que lorsque c’est la magnifique Sidse Babett Knudsen qui incarne la respectable Birgitte, tout de suite la question de l’âge devient un bien pâle handicap…) Pourtant, ce n’est pas forcément pour sa capacité à rompre avec les codes que j’apprécie le personnage de Birgitte, c’est plus lié au fait qu’on ose se dire qu’un personnage marqué ; un personnage qui a ses aspérités, peut être un vecteur d’identification fort. Moi, personnellement, je ne suis pas une femme, je ne suis pas un quadra, je ne suis pas centriste, et pourtant j’arrive à m’identifier dans ce personnage là. C’est que, l’air de rien, le personnage de Birgitte n’a pas non plus été pensé pour nous mettre totalement en porte-à-faux. Je pense qu’elle n’est pas centriste par hasard. Par sa position politique, elle est susceptible de basculer d’un côté comme de l’autre sur l’échiquier politique, ce qui en fait une femme politiquement ouverte. De même, en la définissant comme la leader d’un petit parti (lui-même parti d’un petit pays : le Danemark ne fait que 5 millions d’habitants), il est facile pour nous de nous mettre à sa place. Parce qu’elle est ouverte d’esprit, elle nous permet de cheminer avec elle sur des questions de décisions politiques. Parce qu’elle est une femme plutôt ordinaire plongée dans ce monde là sans vraiment prévenir, elle est finalement un petit peu comme nous quand nous mettons le nez dans les affaires du petit royaume scandinave. Moi, je n’ai eu aucun mal à m’identifier à elle, malgré le fait que sur de nombreux aspects sa personnalité diverge de la mienne. Et si ça marche, selon moi, c’est aussi parce que la série a compris qu’un spectateur pouvait accepter de se transposer dans une situation et une personnalité qui n’était pas la sienne. Parce que oui, Birgitte n’est pas qu’une simple projection sans âme. Heureusement, on l’a pensé comme un personnage à part entière qui, au final, tranche les questions politiques auxquelles elle nous a sensibilisées. Moi, personnellement, je n’attendais pas de Birgitte qu’elle pense comme moi et qu’elle prenne les mêmes décisions que moi. Moi, ce que j’attendais de Birgitte, c’est qu’elle soit un personnage cohérent, que je découvre et que j’observe. Du coup qu’importe si parfois elle se troue totalement, comme cette fois où elle couche sur un coup de tête avec son chauffeur. Qu'importe qu'elle si elle se transforme progressivement en un véritable animal politique aux prises de décisions contestables. Au contraire, compte tenu de ce qu’elle avait vécu à ce moment là ; compte tenu de ce qu’elle subissait et endurait, ces erreurs sont finalement cohérentes avec ce qu’est le personnage. Birgitte est un personnage faillible, humain, en proie au doute… Bref c’est un VRAI personnage. Un personnage digne d’être un personnage principal de série…

 

4. John Watson & Sherlock Holmes dans Sherlock.

Alors oui, je le dis tout de suite : j’assume totalement l’association des deux personnages. On pourrait me dire que je triche ; que si je voulais parler du personnage de Sherlock ET du personnage de Watson, il aurait fallu que je parle ici que du premier pour reléguer le cas du deuxième dans le top consacré aux sidekicks… Oui j’aurais pu faire ça… Mais non – encore une fois j’assume pleinement – c’est bien en tant que paire de personnages que j'entends traiter Watson & Holmes, et non en tant que deux entités séparés. Parce que oui, à mon sens, ces deux personnages sont tous les deux des personnages principaux : Watson autant que Holmes, si ce n’est même plus au regard de la seule première saison ! Alors certes, la série porte le nom du célèbre détective de Baker Street, pourtant, observons bien, et nous constaterons que c’est avec le docteur Watson qu’on découvre le premier épisode. Et c’est Watson que l’on suivra par la suite, pas Sherlock. De nombreuses fois d’ailleurs, Sherlock n’est perçu par nous, spectateurs, qu’extérieurement. On ne sait pas ce qu’il pense, ce qu’il voit, ce qu’il sait… En fait c’est avec le regard de Watson qu’on suit les aventures du célèbre détective, ce qui est finalement cohérent car, au fond, Watson pense et voit les choses un peu comme un quidam… Un peu comme nous quoi. L’identification parfaite… De ce point de vue, Watson mériterait presque davantage le titre de personnage principal de la série que Holmes ! … Bon après, le terme de « héros » n’est pas anodin non plus. S’il fallait définir un héros qui cristallise dans cette série toute l’intrigue, c'est bien sûr Holmes et pas de Watson. Malgré tout, Sherlock ayant été pensé comme un personnage devant garder son mystère (…et c’est très efficace, j’adore l’interprétation toute en emphase de Cumberbatch), l’astuce des auteurs a été de faire en sorte que le personnage soit abordé d’un point de vue un peu bâtard. Ni extérieur, ni subjectif non plus. A dire vrai, on pourrait se dire qu’on découvre cet univers au travers du couple Watson-Holmes plutôt qu’au travers de Watson et de Holmes. Pour le coup, je trouve l’astuce vraiment très efficace. Elle ménage le mysticisme qui tourne autour de Sherlock sans qu’on soit pourtant trop en retrait par rapport à lui. Ce couple de héros est pour moi indissociable étant donné l’esprit et la narration de la série. D’ailleurs, les auteurs l’ont bien compris et ils savent en jouer parfaitement. Combien de fois nous a-t-on fait des blagues sur la relation ambigüe qu’entretiennent John et Sherlock ? Combien d’allusions ont été faites sur l’ambigüité des sentiments de l’un et l’ambivalence de la sexualité de l’autre ? Oui, il s’agit bien d’un couple – d’un couple que la série met régulièrement à l’épreuve parce qu’elle sait – et nous aussi spectateurs nous le savons – que sans ce couple-là, la série n’existe pas. Le sort veut justement qu’aujourd’hui (2016), la série soit en péril à cause d’une volonté de Martin Freeman (le remarquable interprète de John Watson) de ne pas prolonger l’aventure. Effectivement, Holmes sans Watson – sans ce Watson-là – j’ai moi aussi du mal à le concevoir…

 

3. Frank Underwood

dans House of Cards.

Depuis le départ, je parlais d’identification au personnage principal. Là, avec Frank Underwood, on est clairement dans autre chose. Frank Underwood n’est pas un personnage auquel on s’identifie. Il est froid, cruel, calculateur… Et pourtant, on le suit… Ça c’est le signe d’un personnage particulièrement bien écrit, et surtout bien pensé.  Contrairement à Birgitte Nyborg, Frank Underwood n’est pas un personnage avec qui on découvre le monde de la politique. Non, c’est LUI qui nous fait découvrir ce qu’est la politique. On ne se met pas à sa place. On se met à la place de l’élève. Il nous montre et on observe… Et on observe avec admiration parce qu’on voit un maître à l’œuvre. Frank Underwood est notre maître. Maître en manigance. Maître en duperie. Maître en politique… Cette posture de maître, elle est rendue possible parce que, dès le départ, le dispositif narratif a fait de nous ses disciples. En brisant le quatrième mur, Frank Underwood devient un confident qui s’adresse directement à nous, afin que nous puissions comprendre et voir ce que tous les autres ne saisissent pas dans ses manœuvres. Il nous dit à l’avance quand il va mentir. Il nous annonce ses intentions avant une réunion afin que nous percevions sa manipulation. Cette idée, elle est tout simplement géniale parce qu’elle fait de Frank Underwood un héros dont nous sommes dépendant. Et il nous apporte tellement pour décoder ses manigances qu’on oserait s’en éloigner. Du coup, Frank Underwood fascine. Et il peut être la pire pourriture du monde, c’est cet aspect-là qui en fera un héros (ou anti-héros) incroyablement efficace. Alors après, si vous avez lu mes classements précédents, vous saurez que je trouve que House of Cards fait partie de ces séries qui, de mon point de vue, finissent par perdre de leur panache au fur à mesure des saisons. Or, pour le coup, si je dois bien chercher une raison à cette baisse de régime, pour moi, il faut avant tout la chercher dans la manière de mener le personnage de Frank. Moins mystérieux, moins odieux, moins cohérent aussi… La saison 3 démontre a elle seule à quel point la série était dépendante de son personnage principal. Eh bien ça, finalement, cela peut me suffire pour démontrer à quel point ce personnage était fort et efficace. J’ignore comment va évoluer la série. Au moment où j’écris ces lignes, nous en sommes à la saison 4. Meilleure que la saison 3, elle ne retrouve pas néanmoins la force des deux premières saisons. Peut-être qu’avec le temps, House of Cards se relèvera, et peut-être qu’on retrouvera le grand Frank des débuts… Ou peut-être pas. Mais j’ai envie de dire : « Qu’importe. » Qu’importe ce que deviendra Frank Underwood. Ce qu’il a été lors des deux premières saisons a suffi pour marquer les esprits et notamment le mien. D’ailleurs, qu’un rôle marque autant la carrière d’un acteur de la trempe de Kevin Spacey en dit long. Parfois, je ne peux m’empêcher de me dire que ce sera sûrement, avec celui de Verbal Kint dans Usual Suspects et celui de Vincennes dans L.A. Confidential, l’un des trois grands rôles majeurs de sa carrière.

 

2. Lester Nygaard

dans Fargo.

Bon eh bien on avait quitté Martin Freeman quelques lignes plus tôt… Mais c’était pour mieux le retrouver en deuxième place de ce Top... D’ailleurs, ce n’est pas le seul doublon dont il sera question ici puisque, d’une certaine manière, on venait de quitter un salaud (Frank Underwood) pour en retrouver ici un autre : ce fameux Lester Nygaard donc… Parce que oui, Lester est un personnage de salaud. Mais pour le coup vraiment un de la pire espèce. Contrairement à Frank Underwood, il n’est même pas fascinant. Non, au fond il est juste minable… Et pour le coup, je trouve ça juste remarquable qu’une série arrive à se construire aussi bien autour d’un personnage central pourtant aussi antipathique. Mais bon, d’un autre côté, si j’adore à ce point ce personnage malgré tout, c’est parce que, justement, c’est là toute la logique de Fargo que de nous faire découvrir son univers à travers les actions d’une sombre loque humaine… Ah ça ! C’est sûr que si on avait voulu nous faire suivre le déroulement de l’intrigue au travers d'un personnage de la trempe de Frank Underwood, la série se serait davantage attardée sur le compagnon assassin de Lester : le merveilleux Lorne Malvo ! Pourtant elle ne le fait pas tant que ça. D’ailleurs moi non plus je ne me suis pas trop attardé sur lui. Bien que j’adore ce personnage incarné par le splendide Billy Bod Thornton, au final, je ne le fais même pas figurer dans mon top des personnages trop bad ass (Pourtant il n’y aurait pas juré). Au final, c’est bien ce bon vieux Lester que je mets en valeur, et le pire, c’est que plus j’y repense, plus ça me semble aller de soi. Du coup vous vous interrogez peut-être… Pourquoi ? Pourquoi préférer le naze au bad ass ? Eh bien justement… Je préfère le naze au bad ass parce que Lester Nygaard, à lui tout seul, incarne l’esprit Fargo. Parce que oui, au fond Fargo – la série comme le film – n’est qu’une triste peinture acerbe de la stupidité humaine. C’est une fresque qui nous dit que les plus grands crimes, les plus belles atrocités de l’humanité, ne sont pas forcément l’œuvre de grands génies du crime. Oh que non ! Parfois, et même la plupart du temps, les plus grands crimes sont tout simplement les produits des plus petits esprits. Ils sont la conséquence des actions de gars lâches qui ne savent pas prendre la bonne décision au bon moment ; des gars pathétiques qui se laissent prendre dans la spirale de leur bêtise et de leur lâcheté… Et au fond, comment mieux ressentir cela si ce n’est qu’en nous mettant nous, spectateurs, aux premières loges de cette stupidité humaine ? Voir Lester, c’est comprendre ce que Fargo entend nous faire comprendre. En cela, c’est juste ultra-culotté que d’oser faire ça, mais bon, ça marche tellement bien ! Une fois de plus, le talent de Martin Freeman ne doit pas être anodin dans cette affaire…

 

1. Philippe Rickwaert

dans Baron Noir.

Allez, on est plus à une infraction près ! Je sais : Baron noir est sorti en 2016, or j’avais dit précédemment que je n’irai pas au-delà de 2015, histoire que ça fasse « 10 ans de découverte ». Mais bon, excusez du peu, mais là il y a quand même du bon – du trop bon – pour que je passe à côté. Certains l’auront peut-être remarqué, mais sur les cinq héros de série qui m’ont foutu une grosse claque dans la tronche sur ces dix dernières années, il y a au final plus d’antihéros que de héros, et surtout il y en a trois sur cinq qui sont des personnages de séries politiques. Alors oui c’est vrai, la question politique me passionne, du coup ça se ressent forcément dans ce que je mets dans mes classements. Mais bon, si j’ai mis le personnages de Philippe Rickwaert, le Baron noir, au sommet de ce classement, ce n’est pas seulement parce que j’aime le traitement de la question politique avant tout. Non. Si j’ai mis Philippe Rickwaert en tête de mon classement des meilleurs héros de séries c’est parce qu'avant tout je trouve que – de loin – il est sûrement le personnage le mieux écrit et le plus subtil parmi tous ceux que j’ai vu. Alors certes, au moment où j’écris ces lignes (2016), une seule saison s’est écoulée. Le personnage n’est pas à l’abri d’une dégringolade qualitative à la Frank Underwood. Seulement, à ce moment là d’avancement de la série, j’ai absolument tout de ce que j’aime dans Philippe Rickwaert. C’est un personnage humain que j’ai envie d’aimer et de détester à la fois. J’ai l’impression de le cerner autant que j’ai l’impression qu’il m’échappe. Il n’est d’une incroyable ambigüité. Il est capable des plus belles passes d’armes que des pires coups bas. Il incarne à lui seul ce qu’il y a de plus flamboyant et de plus sordide dans l’action politique. Mais surtout, ce que j’adore dans ce personnage là, c’est qu’il illustre aussi à la perfection ce qui fait la limite entre le plus admirable des héros et le plus répugnant des anti-héros. Cette limite, c’est le succès. Quand après toute une série de coups tordus et de fourberies, Philippe arrive à ses fins et devient l’un des hommes de l’ombre les plus puissants, on l’admire. On se dit qu’il a bien fait de jouer avec les règles. On se dit qu’il a bien joué le coup. On se dit qu’il a eu RAISON de faire ce qu’il a fait… Et puis, quand ça ne marche pas, qu’il chute, on se demande ce qui a bien pu pousser un homme à faire tout ce qu’il a fait. On se dit que c’est un pourri. On se dit que c’est ce genre d’hommes qui parasitent notre système… Le succès, rien de plus rien de moins. En cela, le personnage de Philippe Rickwaert est une brillante réussite. Rien de moins…   


 

Top 5 des meilleurs sidekick.

 

 

5. Gilles “Gilou” Escoffier

dans Engrenages.

Après avoir parlé des héros ; des personnages principaux qui font les séries, quoi de plus logique que d’aborder directement dans la foulée ces personnages qui ont été pensés pour les appuyer. Les fameux wingmen, seconds couteaux, sidekicks… Qu’importe comment on les appelle, ils font autant les séries que les personnages principaux, si ce n’est même parfois davantage. Et si je commence ce Top des meilleurs sidekicks par le personnage de Gilou dans Engrenages, ce n’est pas un hasard.  Pour le coup, on tient là un très bon exemple de ce qu’est un sidekick pur et dur. Gilou, tel quel, n’est pas un personnage intéressant en lui-même. Grande gueule, grand cœur, il n’est jamais à l’origine des bonnes initiatives mais sait se montrer inventif quand il s’agit d’appuyer les initiatives des autres. Oui, Gilou dans Engrenages, est un parfait exemple du sidekick. Mais au-delà d’être une belle incarnation de ce qu’est le sidekick dans une intrigue (ici, le sidekick de Laure), je trouve en plus qu’il est un excellent Sidekick, ou plutôt – pour être plus précis – qu’il a su devenir un excellent sidekick. Parce que oui, pour qui a suivi Engrenages, pour ma part, j’ai tendance à considérer que cette série s’est construite au fur et à mesure de ses saisons. Si la première est une caricature de polar moisi avec des personnages fades et creux, la dernière saison en vigueur (en 2016 : la saison 5) flirte avec un The Wire qui ne peut que me plaire. Or, l’évolution du personnage de Gilou rentre un peu dans cette optique-là. Au départ, c’est juste un sidekick sans fond, un boulet camé accroché à la cheville de Laure. On se demande même pourquoi le service tient tant à le couvrir. Et puis, une saison après l’autre, Gilou gagne en épaisseur et en efficacité. Et là où je trouve que le personnage est particulièrement réussi, c’est qu’il joue à la fois parfaitement son rôle de sidekick , à savoir mieux révéler le personnage qu’il appuie (Laure donc), mais tout en se faisant un personnage qui parvient à stimuler et à orienter son action. Pour le coup, Gilou accomplit donc à la perfection sa « fonction » dans l’intrigue. Seulement voilà, l’art du bon personnage-fonction, c’est quand une série parvient à nous le faire percevoir comme un personnage plutôt que comme une fonction. Or, pour le coup, avec Gilou, c’est vraiment mission accomplie. Là où Alessandra Clert a vraiment assuré, c’est quand elle a su transformer la fonction de Gilou en dilemme humain permanent. Gilou c’est le gars qui veut aider ses collègues et ses amis. C’est le gars qui connait le système. C’est le gars qui voit quand ses potes ne vont pas bien. Alors à chaque fois Gilou s’efforce d’aider. Il essaye de confronter ses amis à leurs contradictions et à leur déni. Il prend des raccourcis avec le système pour résoudre leur souci. Il s’expose. Il rend service souvent sans rien en dire. Il accomplit sa fonction avec « humanité ». Au fond, le personnage de Gilou ne va pas vraiment plus loin que cet aspect-là de sa fonction narrative et c’est ça qui le rend diablement efficace. Il est simple, brut, direct. On ne pourrait pas faire de Gilou un personnage central. Par contre, il excelle en personnage secondaire. Il n’a pas besoin de beaucoup occuper l’écran. On comprend vite ce qu’il fait. On comprend vite ce qu’il pense. On comprend vite ce qu’il veut. A chaque fois en appui de l’action principale, Gilou est le parfait sidekick par excellence et, franchement, Thierry Godard sait vraiment lui donner l’épaisseur et la limpidité qu’il lui faut. Pour cela : chapeau… 

 

4. Saul Goodman

dans Breaking Bad.

Aujourd’hui, en 2016, quand on évoque Saul Goodman, forcément on peut y voir autre chose qu’un simple sidekick de la série Breaking Bad. C’est que depuis le gaillard a sa propre série ; une série dont il est justement le héros. Forcément, voilà qui épaissit considérablement un personnage qui, au départ, avait été pensé pour être secondaire. Seulement – et j’insiste bien là-dessus – quand j’ai fait mon choix de Saul Goodman parmi les meilleurs sidekicks, je l’avais fait sans avoir découvert Better Call Saul. Pour le coup, mon choix s’est vraiment fait en fonction de ce qui en a été montré dans Breaking Bad et pas ailleurs. D’ailleurs, pour vous en parler, je ne vais même pas prendre en considération ce qu’on nous en dit de lui dans ce spin-off dont il est le héros. Non pas que je considère que la genèse du personnage soit inintéressante – bien au contraire – mais c’est juste que, pour le coup, je trouve qu’on ne parle plus du même personnage en fonction du fait qu’on parle d’une série plutôt qu’une autre. Parce que oui, dans Breaking Bad, Saul Goodman a tout du simple sidekick. Simple, mais diablement efficace. Simple parce qu’au fond, il ne nous faut pas beaucoup de temps pour cerner le personnage. Avocat véreux, sans vergogne, sans style et sans courage, Saul Goodman a vraiment des allures d’arlequin qui ne nous surprend jamais. D’ailleurs, jamais il ne sortira vraiment de ce rôle de pantin ridicule. L’intérêt de Saul Goodman ne se trouve pas dans la façon dont il évolue, mais bien plus dans la façon dont on finit par l’intégrer dans notre esprit. Ainsi devient-il avec le temps un élément « normal » de l’univers de Breaking Bad, voire même comme un pivot respectable (à sa façon) de l’empire d’Heisenberg. Parce que oui, ce que j’adore moi dans Breaking Bad, c’est que cette série parvient à nous faire accepter progressivement le pathétisme de cet univers et de cette situation. Après tout, à la base Walter White est un génie respectable, et c’est sa progressive plongée dans la lâcheté qui va le transformer en une sordide caricature de faits divers. Cette plongée dans les enfers de la médiocrité n’est finalement pas toujours visible. Les glorieuses passes d’armes avec les ténors du cartel occultent parfois les misérables réunions au sommet qui se tiennent au fastfood thématique du coin. Au fond, un seul personnage parvient à rappeler régulièrement toute la bouffonnerie et le pathétisme de la situation : c'est le fameux Saul Goodman. Chacune de ses apparitions est d’un niveau de ridicule qui surpasse sans cesse l’ancienne. Il n’est pas crédible. Il n’a pas de carrure ni de classe. Finalement, il est le parfait miroir d’Heiseinberg et de son business. Et pourtant, parfois, on oublie que Saul est ridicule. On le trouve même parfois sacrément fortiche pour sortir quelques truands de situations peu rassurantes. Petit à petit, on finit par oublier que Saul est un monument de pathétisme, alors que lui, pourtant, il l’affiche ostensiblement. Au fond, Saul devient un personnage indispensable à Breaking Bad tant il nous rappelle ce que nous raconte finalement cette série : une mauvaise blague. Or, rien que pour ça, ce personnage est juste formidable.

 

3. Jason Stakehouse

dans True Blood.

Autre personnage un brin ridicule, mais tellement plus attachant que le précédent Saul Goodman : le merveilleux frère de Sookie Stakehouse, héroïne de la saga vampiresque True Blood. Ah ça ! Je crois que parmi ceux qui ont déjà vu cette série, on est un petit paquet à l’adorer ce Jason ! Il est pourtant sacrément con le gars ! Mais bon, c’est ce qui en fait aussi le charme… A dire vrai, je dirais même que l’essentiel de son charme vient de là. Pas forcément qu’il soit con, mais plutôt qu’il soit un gentil con. Parce qu’on ne va pas se mentir, je pense qu’une bonne part du charme de True Blood vient de son univers. J’avais déjà parlé des charmes envoûtants de la Louisiane dans un top précédent – étrange mélange entre rêve américain et bourbier enlisé dans le temps et la pourriture – mais je n’avais alors que très peu insisté sur le rôle que la faune locale jouait sur cette étrange ambiance. Parce que oui, il y a l’air de rien une population un peu freak, soit parce que ses membres sont des marginaux (Lafayette, le grand black qui se maquille ; Eric le vampire tout palôt perdu au milieu de ce désert suintant), soit parce qu’ils sont un peu nounouilles, tel le shérif Bellefleur ou bien encore toute cette flopée de jolies nymphettes en minishorts, toutes aussi sexy qu’un peu bêtasses. Or, si cette étrange faune contribue à alimenter cette remarquable atmosphère un peu malaisante, elle pourrait aussi sombrer dans une sorte de caricature de série B pas forcément bien pensée s’il n’y avait ces personnages un peu atypiques comme l’est justement Jason. Jason, l’air de rien, c’est celui qu’on devrait voir dans toutes les séries B et qu’on ne voit jamais. Il est l’équivalent de la bécasse sans cervelle dont on ne perçoit finalement que les belles formes dans ces vêtements suintants. Oui, Jason est finalement la poupouffe au masculin, un sidekick en forme de miroir pour sa sœur. Et au-delà de sustenter celles et ceux qui, dans une série B, aiment aussi voir des jolis corps masculins bien galbés à se mettre sous la dent, je trouve aussi qu’il permet de réequilibrer le personnage de Sookie en prenant davantage pour lui le côté dumbass. Parce que oui, Sookie est quand même sacrément nunuche à sa façon, mais d’un autre côté, quand on la met à côté de son frère, elle devient juste une sacrée génie. Du coup, par sa seule présence, Jason parvient à jouer sur plusieurs tableaux. Il donne davantage de crédibilité au personnage principal en tant qu’héroïne (même si le spectateur ne reste pas dupe de la nature nounouillesque de ladite héroïne) ; il participe aussi à rééquilibrer le charme « bimbo » des personnages de série B entre féminin et masculin (ce qui est assez nouveau et plutôt agréable), et en plus il parvient à incarner un figure masculine caricaturale sans forcément verser dans le virilisme horripilant. Au contraire, parce qu’il est gentiment nounouille, parce qu’il n’a pas de cerveau mais qu’il a bon cœur, on l’aime bien ce Jason ! Quelle belle manière finalement d’être un sidekick

 

2. Hank Schrader

dans Breaking Bad.

Encore un personnage de Breaking Bad. Encore un sidekick de Walter White. Décidément. Mais bon, je ne vais pas vous la faire à l’envers non plus : Breaking Bad est pour moi vraiment un modèle de qualité d’écriture, et le simple fait que Vince Gillighan ait su doter son personnage principal  de deux sidekicks qui se complètent parfaitement, je trouve ça juste suffisamment remarquable pour être noté. Parce que oui, pour moi, non seulement le personnage d’Hank, le beau-frère de Walter, peut être considéré comme un de ses sidekicks, mais pour le coup, je trouve qu’il est aussi un parfait complément de Saul dans sa manière d’offrir un autre reflet du pathétisme du personnage central. Si Saul est le miroir d’Heisenberg le criminel dans tout ce qu’il a de plus misérable, Hank est celui qui offre le même reflet, mais ce coup-ci concernant le Walter « honnête », celui de sa vie à la ville ; celui de sa vie de famille. L’air de rien, comme Walter White, Hank est un génie dans son domaine : la lutte contre les stups. De même, Hank – toujours comme Walter White – voit son envol enrayé par la peur des grandeurs. Dès qu’on le propulse à Pheonix, au cœur de la vraie grosse lutte contre le crime, il perd les pédales. Son seuil de tolérance en termes de violence et de cruauté est explosé. Son humour de redneck ne passe plus. Hank découvre qu’il n’est un cador que parmi les ploucs, et qu’il n’a pas l’épaisseur pour être un cador parmi les cadors… comme Walter White quand il passe à côté de l’opportunité Grey Matter dont il était pourtant l’un des instigateurs. Oui, Hank est un miroir de Walter White, il n’est un génie que parmi les ratés, et au lieu de le reconnaître humblement, il préfère au contraire travailler à sa revanche sociale, même si cela doit se faire au détriment de toute sa famille. Parce que oui, quand on y regarde bien, les parcours d’Hank et de Walter sont quand même sacrément similaires. Et si d’ailleurs vous n’avez pas vu cette série, je vous conseille d’arrêter là votre lecture pour passer directement à la première place de ce Top5 car il va devenir impossible pour moi d’en dire davantage sans spoiler comme un bourrin… Ça y est ? Les novices sont partis ? Ah bah parce que c’est quand même dans la dernière saison que toute l’ampleur du personnage d’Hank se révèle ! Excusez du peu, mais le gars découvre quand même à ce moment-là que le gros bonnet de la drogue qu’il recherchait était depuis le départ sous ces yeux et qu’il n’était nulle autre que son beau-frère. Oui… Son beau-frère. Cet homme qu’il a épaulé depuis le début contre la difficulté, la maladie, la déprime, parce qu’il faisait partie de la famille… La famille… Cette valeur qui justifie qu’on fasse tout et n’importe quoi, que ce soit du côté de Hank ou du côté de Walter… Eh bah pourtant, malgré ces belles valeurs régulièrement mises en avant, Hank – comme Walter une fois de plus – n’aura aucun scrupule à détruire sa famille juste pour satisfaire son désir de revanche sociale. Il veut son Heisenberg, et il fera tout pour ça ! Ainsi assiste-t-on dans ce final à une magnifique opposition de deux familles de borgnes qui se reprochent mutuellement des crimes dont ils pourraient eux-mêmes s’accuser (que Marie la cleptomane accuse sa propre sœur Skyler, c’est quand même l’hôpital qui se fout de la charité !) Et alors qu’il aurait suffi que l’un ou l’autre calme le jeu, réfléchisse à une solution commune, dépassionne la situation pour retrouver une forme de lucidité, au contraire, l’un comme l’autre va alimenter sa pulsion de revanche sociale jusqu’au bout, au point que cela entraine la perte de chacun. Or là, en cela, Hank a su se révéler être un remarquable sidekick pour Walter White. Appui en même temps qu’ennemi. Miroir en même temps que Némésis. Je trouve qu’on touche là au summum de l’écriture. Au summum du sidekick… Enfin, au summum… Presque, puisque donc il existe encore un personnage pour dominer le merveilleux Hank dans ce classement des seconds couteaux, et je vous laisse le découvrir…

 

1. Barney Stinson

dans How I Met Your Mother.

Bah oui… Le Barney quoi… Et je me doute que certains enragent sûrement de constater que j’ai osé mettre un personnage de sitcom devant tous ces autres personnages pourtant richement ouvragés. C’est une réaction que je pourrais comprendre, mais j’assume pleinement. Oui, pour moi, Barney Stinson est LE sidekick par excellence. Pour être honnête, c’est de loin mon sidekick préféré ; à me demander même si je n’ai pas inventé ce Top-ci juste pour parler de ce gars-là. Parce que oui – excusez du peu – là où les autres sidekicks cités dans ce présent classement enrichissaient les séries dans lesquels ils étaient présents, Barney Stinson les surpasse d’une tête en parvenant à faire en sorte de conditionner la qualité de sa série par sa seule présence. Alors après, certes, cette remarque ne regarde que moi, mais oui – j’assume – je n’ai regardé How I Met Your Mother que pour Barney Stinson. Je ne dis pas que je n’ai pas apprécié les autres personnages, ni ri grâce à eux, mais clairement, c’est l’ami Barney qui s’est révélé être la pierre angulaire de l’édifice… alors qu’il n’est qu’un sidekick ! J’en conviens que cela pourra peut-être paraître bizarre d’affirmer ce genre de choses, surtout à quelqu’un qui n’a jamais vu cette série, pourtant c’est le bilan que je me fais à chaque fois quand je tombe par hasard sur un épisode de cet How I Met…  Pour moi, la force de ce type de série se trouve aussi être sa grosse faiblesse. La sitcom est pensée pour mettre en place un dispositif rapidement accessible et qui devient vite familier auprès du spectateur. L’objectif n’est pas de créer une accoutumance maladive grâce à un suspense habilement instauré. Non. La sitcom entend s’installer sur la durée : le spectateur doit pouvoir s’en éloigner et y retourner régulièrement sans trop se prendre la tête. En cela, une lecture rapide des personnages s’impose ; tout comme une approche simple de leurs motivations (la recherche de l’amour et la reconnaissance de ses talents et capacités restent deux piliers assez fréquemment rencontrés dans ce genre de séries) ; ce à quoi s’ajoute souvent une certaine stabilité dans la situation de chacun des personnages. Le but est de retrouver une bande de potes qui restent fidèles à eux-mêmes plutôt qu’une intrigue échevelée dont on n’attend qu’une seule chose, qu’elle nous surprenne. Le problème d’un tel dispositif, c’est que les personnages deviennent vite des clichés ambulants dont les mécaniques répétitives peuvent très vite nous lasser. Or c’est dans ce cadre bien précis que la présence d’un personnage comme Barney Stinson prend tout intérêt. Barney est une sorte d’anti-personnage de sitcom, ou plutôt un personnage d’anti-sitcom. Tout ce qu’il fait dans cette série, c’est de prendre le contre-pied permanent de ce qu’on attend d’un personnage de sitcom. Il n’a pas d’enjeu amoureux (du moins dans les premières saisons). Il n’attend pas qu’on le reconnaisse comme quoi que ce soit. A dire vrai, on a l’impression qu’il se fout de comment on le perçoit . Lui ne veut pas qu’on passe huit saisons à savoir qui va choper qui et si l’amour va durer (du moins dans les premières saisons). Il est dans le direct ; dans l’immédiat ; dans l’absence d’état d’âme. Il veut du show tout de suite et maintenant. « Suit up ! » Toutes les démarches qui pourraient devenir des accomplissements personnels pour les autres, comme participer au marathon de New-York ou bien encore faire du théâtre, il les désamorce en permanence en les ridiculisant habilement. Parce que oui, au fond, Barney Stinson est certes le bouffon du village, mais un bouffon un peu ex machina. Sa présence permet de jouer avec les codes, les intrigues, d’intégrer de l’humour de l’absurde, de l’inattendu, du sous-texte à l’intrigue… Barney est le personnage qui permet de désamorcer tous les aspects qui pourraient faire sombrer How I Met Your Mother dans les travers de la sitcom.  Grâce à Barney, on aborde les enjeux amoureux de manière presque légère ; on aborde les situations convenues comme autant de possibilités de s’en moquer… En cela, Barney est un personnage rafraichissant, et surtout un personnage que je trouve, pour ma part, incroyablement drôle. Du coup, à chaque début d’épisode, j’attends à chaque fois de voir comment l’ami Barney va intégrer cette intrigue et la désamorcer à sa façon, histoire de nous rappeler qu’une sitcom c’est léger, et qu’on ne va pas se prendre au sérieux non plus avec ça… Et là où finalement cette série est finalement assez balèze, c’est qu’à faire venir Barney régulièrement ; à nous promettre d’avoir cette constance chez lui qui consiste à venir désamorcer ou prendre le contre-pied de l’intrigue ; d’une certaine manière, Barney – ce personnage d’anti-sitcom – devient pour le coup un parfait personnage de sitcom ! Il devient finalement facile à appréhender pour le spectateur ; son enjeu est simple à comprendre et toujours le même ; sa situation est finalement stable d’un épisode à l’autre. Son rôle reste finalement tout le temps le même : permettre de faire en sorte que ses potes et leurs enjeux restent sympathiques et légers aux yeux du spectateur au lieu de leur apparaitre à la longue comme creux et lourds. L’air de rien, ce personnage est totalement consacré aux autres, à la réussite des autres. Bref, pour le coup, c’est vraiment le sidekick par excellence ; le sidekick sans lequel la série ne pourrait presque pas exister… 

 

 

Top 5 des personnages

les plus touchants.

 

 

5. Brenda Chenowith

dans Six Feet Under

Alors je ne sais pas vous, mais pour moi, un personnage touchant, c’est avant tout un personnage qui cumule deux caractéristiques presque indissociables. D’une part c’est un personnage qui souffre, et d’autre part c’est un personnage qui lutte contre cette souffrance. Alors peut-être que cela pourra paraître réducteur pour certains mais, me concernant, j’ai du mal à voir comment je pourrais être « touché » par un personnage qui n’a pas de problème et qui est bien dans ses pompes. Certes, je pourrais l’admirer ou bien encore le trouver fort sympathique, mais il n’y aurait pas cette notion d’empathie qui, pour moi, est inhérente au fait d’être « touché » par quelqu’un. Une faiblesse, ou une souffrance liée à une faiblesse est donc pour moi la clef de départ pour une relation empathique avec un personnage… Et pourtant, s’il y a bien un personnage avec lequel je ne m’étais pas lié d’empathie dans les premiers épisodes de Six Feet Under, c’est bien Brenda ! Elevée dans l’aisance, plutôt mignonne, libérée sexuellement… En guise de personnage malmené par la vie, on a connu pire ! Si bien que lorsqu’on découvre que la pauvre louloute a ses névroses, on n’a pas trop envie de la pleurer non plus… Mais bon, ça c’était lors des premiers épisodes ; pour ne pas dire lors des premières saisons. Si finalement j’ai fini par m’attacher à Brenda au fur et à mesure du temps, c’est parce que, l’air de rien, tout son environnement familial, de ses parents en passant par son frère, n’a jamais cessé de l’entretenir dans cette névrose, notamment dans sa manière de brouiller les pistes entre l’affectif et le nocif. Or, en cela, Brenda était un personnage vraiment prisonnier. Et il était d’autant plus difficile pour elle de se défaire de cette prison qu’elle n’était pas si inconfortable que ça. Et pourtant, épisode après épisode, Brenda évolue pas à pas. Elle s’affirme. Elle devient tout ce que ses parents n’ont pas voulu qu’elle devienne : elle devient indépendante émotionnellement et professionnellement parlant. Elle devient mère. Elle encaisse énormément de désillusions et accepte de passer l’éponge sur beaucoup de choses. Au final, de tous les personnages de la série, je trouve que c’est, de loin, celle qui a le plus évolué et qui se révèle la plus ouverte et tolérante sur elle-même et sur les autres. Alors, certes, dans tout le monde sériel, Brenda n’est surement pas le seul personnage à opérer ce genre de volte-face, mais tout le monde sériel ne peut se vanter d’avoir la complexité et la subtilité d’un Six Feet Under. Cette série est pour moi une très belle et très réaliste exploration de l’humain. Quand un personnage parvient à évoluer de telle manière dans une série telle que celle-ci, forcément, ça ne fait pas le même effet que dans une autre…

 

4. Tyrion Lannister

dans Game of Thrones

Peut-être certains s’étonneront qu’au final je fasse figurer Tyrion dans le classement des personnages les plus touchants… « Touchant » n’est peut-être le terme qui viendrait le plus spontanément à votre esprit pour le qualifier. Pourtant, à bien y réfléchir, je ne vois pas quel autre mot, me concernant, lui correspondrait mieux. Oui, Tyrion est un personnage touchant. Lui aussi, comme les autres personnages cités dans cette liste, il souffre. Il souffre parce qu’il est nain. Il souffre parce que son père le méprise. Il souffre parce qu’on le fait culpabiliser de la mort de sa mère. Il souffre parce que, dans ce monde ultra-virilisé, il ne correspond pas physiquement aux canons auxquels il devrait correspondre. Alors certes, peut-être qu’au premier abord, Tyrion n’est pas si touchant que cela. Après tout, on ne voit de lui que le nain qui sait faire preuve de jolis mots d’esprit afin de démontrer à tous que les attaques qu’on lui porte ne le touchent pas. On voit de lui celui qui a décidé d’afficher ostensiblement son goût pour le vice et l’immoralité, comme pour dire au monde qu’on ne l’a pas relégué au rang des déviants, mais qu’au contraire c’est lui qui a choisi d’appartenir à ce monde là. Dans la première saison, Tyrion apparait comme un personnage cool, comme un personnage un peu bad ass, éventuellement comme un personnage attachant, mais pas forcément comme un personnage touchant… Ses lettres d’empathie, Tyrion va les acquérir dans les saisons suivantes. A mon sens, Tyrion devient vraiment un personnage touchant quand la série nous le montre en train de lutter contre ce qu’on l’a réduit à être. A partir de la saison 2, Tyrion se refuse à rester pour toujours un simple dépravé qu’on a voulu faire de lui. Il va chercher à devenir un Lannister. Il va aller chercher l’estime de son père et la reconnaissance des hommes, notamment en devenant la main du roi et en menant vaillamment le combat lors de la Bataille de la Nera. Il va aller chercher l’amour dans les bras de la belle Shae. Il va faire fi de toutes les attaques dégradantes de son neveu le roi Joffrey afin de sauver son nouveau statut et ne pas retomber d’où il s’était sorti… Et là où Tyrion n’en est que plus beau, c’est que dans l’univers de Game of Thrones, on est rarement récompensé de ses efforts. Tyrion enchainera les désillusions. Il sera contraint à des choix douloureux, mais il les fera. Il en souffrira, il noiera tout cela dans l’alcool, mais au final, il les assumera. Alors après, c’est sûr, au moment où j’écris ces lignes, Game of Thrones n’est pas fini (on en est à la saison 6). Tyrion est encore susceptible d’évoluer. Après tout, l’an dernier, au moment de penser cet article, il me semblait inconcevable de ne pas faire figurer Arya Starck dans ce classement. Mais bon… A ce moment là je n’étais qu’à la saison 4. Arya était un personnage qui, comme Tyrion, apprenait dans la douleur, mais allait de l’avant. Finalement, lors des deux saisons qui ont suivi, le personnage d’Arya se laisse finalement bouffer par ses désirs de vengeance. D’une certaine manière, contrairement à Tyrion, elle a fini par « céder ». C’est le monde et l’histoire d’Arya qui commencent à la déterminer et à déterminer ses actions, alors que Tyrion commence lui à inverser ce rapport. Lui est en train de se libérer de son monde et de son histoire et maintenant c’est Tyrion qui détermine sa propre histoire, voire même son propre monde… Or, ça, ça ne s’est pas fait tout seul. Cela a nécessité de la lucidité, du courage, de l’abnégation. Petit à petit, Tyrion est en train de réussir ce pari insensé qui consiste à faire en sorte que le monde arrête de le voir comme un nain, mais qu’il commence à le voir comme Tyrion. Rien que pour cela, je trouve ce personnage incroyablement fort…

 

3. Virginia Johnson

dans Masters of Sex

Je vais être honnête, j’ai longuement hésité à mettre ce personnage dans le Top, et surtout aussi haut. Pourquoi ? Pour une raison bien simple. Encore aujourd’hui, à l’heure de la rédaction et de la publication de cet article, je n’ai toujours vu (et honte à moi) qu’une seule saison de Masters of Sex. Peut-on vraiment parler d’un personnage sans en connaître toute l’histoire ? Peut-on légitimer sa place dans un pareil classement alors que d’autres, comme Arya Starck, en sont justement exclus à cause de leur évolution sur le long terme ? Eh bah malgré tout j’ai quand même envie de répondre oui ! D’une parce que je fais ce que je veux (et toc !), et puis d’autre part parce que ce classement traduit finalement ma vision du monde sériel après dix ans d’exploration. Donc voilà, on saura que fin septembre 2016, alors que la quatrième saison était pourtant en train d’être diffusée sur CBS, moi je n’en avais vu qu’une. (Il va falloir quand même que je remédie à ça vite fait tout de même.) Mais bon, j’ai envie de dire « tant pis ! » Tant pis, parce qu’au fond, cette seule première saison suffit clairement à poser un personnage que je trouve vraiment très très intéressant. Je ne vous le cache pas, quand j’ai commencé ce Masters of Sex, j’avais un peu peur que la série soit très convenue, et se contente simplement de montrer comment les gens de l’époque étaient pétris de tabous sur des questions qui aujourd’hui, en soulèvent beaucoup moins. Ainsi, je m’attendais effectivement à rencontrer pas mal de personnages essayant de lutter avec leurs tabous, ce qui pouvait être intéressant me concernant, mais dans lesquels je sentais que j’allais avoir du mal à m’identifier. Par contre, je ne m’attendais pas du tout à un personnage comme Virginia Johnson, personnage par lequel je suis finalement totalement rentré dans la série. Virginia, c’est la femme libérée par excellence. Elle s’est émancipée des conventions qui pesaient sur son genre concernant la sexualité, le travail, la sociabilité… Elle a cheminé à sa façon pour parvenir à ça. Le problème, c’est qu’elle a cheminé seule. Dans son époque, les années 1960, elles ne sont pas beaucoup les femmes qui se sont émancipées, et elles sont encore moins à s’afficher. La société n’est pas prête pour accepter des femmes comme ça. Que ce soit dans son travail, dans ses relations amoureuses et sexuelles, dans sa sociabilité de tous les jours, Virginia doit se heurter en permanence à l’incompréhension et donc à l’aliénation de son entourage qui la refuse telle qu’elle est. Et là où le personnage de Virginia est, je trouve, incroyablement touchant, c’est que malgré le profond sentiment d’injustice qui pourrait l’habiter ; la colère ou l’effondrement que cela pourrait engendrer, Virginia s’efforce d’être pragmatique. Elle essaye de trouver la bonne méthode pour exister. Elle n’en montre pas trop. Elle n’en dit pas trop. Mais elle ne se cache pas et ne se tait pas non plus. C’est un jeu d’équilibriste permanent par lequel elle essaye de se faire accepter progressivement pour ce qu’elle est et non pour ce qu’on voudrait qu’elle soit. Et pour le coup, ce personnage a fait coup double sur moi. D’une part, je m’y suis immédiatement identifié, ce qui a transformé mon cheminement dans ce Masters of Sex en véritable régal, mais en plus – oui – je trouve que c’est un personnage incroyablement pertinent pour incarner la réalité de l’aliénation sociale et de comment lutter contre elle… En cela le personnage de Virginia Johnson apparait comme une pionnière de l’ombre profondément touchante…

 

2. Tony Soprano

dans Les Soprano

Il n’est pas subtil. Il n’est pas progressiste. Il sait être menteur et sournois, même auprès de ses plus proches. Il sait être cruel aussi… Et pourtant oui, je trouve que la caractéristique qui définit à mon sens le mieux ce fantastique personnage qu’est Tony Soprano, c’est qu’il est « touchant ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si au final je fais figurer le gros Tony dans ce Top et non dans celui des meilleurs héros de série. Pour le coup, cela pourrait paraître doublement paradoxal. D’une part, non, je ne trouve pas que Tony Soprano soit un personnage suffisamment important, charismatique ou efficace pour porter une série sur ses épaules. Et pourtant, c’est aussi cela qui fait de lui un personnage « touchant » comme je les aime. Parce que oui, c’est parce qu’il n’a pas la carrure ou l’envie d’être ce qu’il est que Tony en devient un personnage éminemment touchant. Tony Soprano, c'est le gars qui n’a pas choisi d’être parrain de la mafia. Tony Soprano est né dedans. Son frère, son oncle, sa mère, son père. Tous ils ont vécu là-dedans depuis le départ. Les relations tordues ; les trahisons au sein de la famille ; les jeux de masques et d’hypocrisie : voilà le cadre dans lequel Tony a grandi et s’est forgé. Tony Soprano est un pur produit de son environnement. Un produit qui le conditionne à devoir se comporter d’une façon et pas d’une autre. Il a le pouvoir, mais il n’a pas la liberté. Il est observé. L’ordre de sa famille – famille à entendre dans tous les sens du terme – repose sur le maintien de sa stature… Mais quelle merveilleuse idée qu’a eu David Chase que de traduire la névrose de l’Américain moyen à travers un chef mafieux lambda ! S’il y a bien un gars qui n’a pas le droit de s’éloigner du modèle inextricable dans lequel il a été plongé, c’est bien lui. Il flanche : il meurt, et toute sa famille tombe avec lui. Alors oui, il a des allures de vieux truand sans génie l’ami Tony, mais ce qui le rend touchant, c’est de constater comment ce gars là, avec les moyens qu’il a, essaye de faire en sorte que les choses aillent au mieux. Son amour pour sa famille est sincère. Son envie de faire prospérer les affaires ne repose pas tant que cela sur l’appât du gain. Tony est juste à la place à laquelle on l’a mis et il essaye de faire au mieux. Alors oui, Tony n’a pas la subtilité ou la délicatesse pour comprendre que parfois la parole douce, l’écoute, ou la compréhension pourraient régler pas mal de tensions avec sa femme et ses enfants. Mais comment pourrait-il le comprendre quand, au jour le jour, il se doit de faire le dur intransigeant auprès de tous ses compères de combines sous peine de quoi sa famille vacillerait et chuterait ? Ainsi la saga Soprano tourne-t-elle à mon sens autour de ce magnifique personnage central ; magnifique parce qu’imparfait ; magnifique parce que lambda ; magnifique parce que sincère. En cela, la série Soprano doit beaucoup à son gros Tony, et au merveilleux acteur qui a su l’incarner.

 

1. Hank Moody

dans Californication

Eh oui… Voilà pour moi celui qui – sans aucun conteste – est le personnage qui m’a le plus touché dans une série. Hank Moody, l’écrivain blasé, inconstant, qui ne peut s’empêcher de baiser ou de sniffer tout ce qui bouge. Alors je vous vois tout de suite venir. Peut-être vous vous dites qu’au fond de moi, Hank Moody me touche juste parce qu’il incarne une sorte de vieux fantasme refoulé. Eh bah paradoxalement, ce n’est clairement pas le cas, et ce n'est pas pour ça que je l'adore. Pourtant oui, c'est vrai, j’aime la liberté d’Hank Moody. J’aime son ton désinvolte avec lequel il envoie bouler toutes les conventions et toutes les hypocrisies de la société bien-pensante angelena. Alors qu’il baise parce qu’on lui propose de baiser, qu’il se défonce parce qu’on lui propose de se défoncer, Hank le fait à partir du moment où il a envie de le faire. Mais ce n’est pas ça qui rend, à mon sens, Hank touchant. Si Hank me touche, c’est juste parce que c’est un mec sensible, sincère – paradoxalement fort honnête d’ailleurs – et qu’il persiste à le rester jusqu’au bout, même s’il sait que ça va se retourner contre lui. Au premier abord, on pourrait croire qu’il est un individu peu fiable, peu fidèle, inconsistant, alors qu’en fait, à aucun moment il ne cesse d’aimer ceux qu’il a toujours aimé. Que ce soit Karen, sa fille Rebecca, ou bien son vieux pote Charlie, il ne laisse jamais tomber personne. Certes, il couche à droite à gauche. Mais après tout pourquoi pas ? Il n’est plus avec elle. Tout le monde lui conseille de passer à autre chose. Alors il le fait. Et il le fait parce que, d’une certaine manière, Hank aime bien ces moments de liberté qui lui rappellent cette ivresse des débuts qu’il a perdu depuis. Il le fait aussi parce qu’il aime sincèrement ces gens de passage qui l’invitent à la débauche. Ces gens incarnent parfois l’innocence ou la simplicité qu’il aimerait connaître pour lui-même, ou bien au contraire, ces gens ont leurs fêlures comme lui il a les siennes, et il aime du coup faire un petit bout de route avec ces loups solitaires qui, eux aussi, ont appris à vivre en dehors de la meute. Seulement voilà, Hank a le malheur, dans ses élans de générosité, d’altruisme et d’hédonisme sans frontière, de se foutre toujours dans des affaires qui se retournent en permanence contre lui. Tout le succès de la série repose d’ailleurs là-dessus je trouve (du moins durant les quatre premières saisons) : il repose souvent entre l’écart qui s’opère souvent entre ce que s’autorise Hank, et qui selon sa situation du moment et sa philosophie sont pleinement acceptables, et comment la chose va déraper et être perçue ensuite, donnant de lui une image de simple jouisseur sans vergogne, chose qu’il n’est pas du tout (enfin « jouisseur » oui, mais « sans vergogne » pas du tout.) Au fond, Hank n’est jamais heureux non pas parce qu’il ne sait pas comment être heureux. Hank n’est pas heureux juste parce qu’il est le seul explorateur dans un monde de sédentaires oisifs. Karen préfère le confort d’un architecte plutôt que l’aventure avec lui ; la société préfère le condamner et le marginaliser pour des mœurs et une lucidité dont personne ne veut, du moins ouvertement. Hank pourrait être heureux si les gens de L.A. n’étaient pas aussi lâches, stupides et superficiels. Seulement voilà, Hank est seul. Même Karen préfère rentrer dans le rang plutôt que de lutter contre la norme. Et doit-il en souffrir, Hank, lui, au final, reste toujours fidèle à ce qu’il est, à ce qu’il aime, à ce qu’il sent. C’est en cela que je trouve le personnage d’Hank Moody remarquable et touchant. Il refuse les mythes et les hypocrisies. Il voit, dit et aime les choses telles qu’elles sont. Et c’est un combat de vivre comme cela… C’est en cela que j’adore vraiment ce personnage…


 

 

Top 5 des meilleurs bad guys

 

 

5. Vern Schillinger

dans Oz

Pour qui a vu Oz, je pense qu’il apparaitra incontestable à tous que le personnage de Vern est l’incarnation même du bad guy. Pour être honnête, quand j’ai pensé à cette catégorie, c’est même le personnage qui m’est venu le premier à l’esprit. Le gars est un violeur, assassin, néonazi et il est d’une froideur et d’une cruauté sans borne. Avouons qu’avec ce seul descriptif, il est déjà difficile de s’imaginer pire bad guy. Maintenant, je pense que cela ne veut pas forcément dire que la qualité d’un bad guy soit une question de « quantité ». Je pense d’une part que la crédibilité du personnage joue déjà un rôle énorme. En cela, déjà, le talent de J.K. Simmons y est pour beaucoup. Il n’en fait pas trop. Il ne part jamais dans des démonstrations caricaturales de sa méchanceté. Il y a toujours une logique dans ses actes de cruauté. La seule chose qui le rende flippant c’est que l’autre n’’existe pas en tant qu’humain dans sa logique. Les gens sont des choses utilisables : des alliés ou bien des esclaves. Personne n’est à l’abri d’être éliminé, à moins de savoir continuer à se montrer utile. Et c’est cette subtilité qui rend ce personnage traumatisant. Contrairement à un bad guy caricatural capable d’un coup de grisou à n’importe quel moment, Vern est un personnage dont on peut se protéger si on s’y soumet totalement. Cela rend les prises de décision de ses victimes d’autant plus traumatisantes qu’elles hésitent toujours quand elles ont la possibilité de lui nuire. Alors après avoir dit tout ça, vous pourriez presque vous demander pourquoi ce personnage n’est pas plus haut dans le classement ? Eh bah disons que le souci avec Vern, c’est qu’il a subi les dégâts engendrés par la dégradation qualitative de la série sur les dernières saisons. Les auteurs ont voulu l’humaniser. Quelle erreur… Un personnage comme celui-ci ne fonctionne que parce qu’il est détaché de tout sentiment. C’est son côté machine humaine qui le rend flippant dans un univers carcéral comme Oz. Comme quoi, je pense qu’on ne mesurera jamais assez les conséquences néfastes d’une série qui ne sait pas s’arrêter à temps… 

 

4. Al Swearingen

dans Deadwood

Allez ! On quitte Vern Schillinger sans vraiment le quitter ! Parce que oui, pour moi, Al Swearingen dans Deadwood, c’est clairement un personnage qui est dans la même veine que le néonazi d’Oz. Il agît pour lui et pour lui seul, il n’a aucune limite morale, il sait plier une ville à sa merci et ça grâce à sa capacité à manier habilement la cruauté et la menace avec intelligence. Si on respecte l’autorité d’Al dans Deadwood, c’est parce qu’il n’oublie jamais de rappeler aux gens qu’il faut le craindre. Il est une sorte de Caligula de la Frontier américaine. Un Caligula d’ailleurs magnifiquement incarné par Ian McShane… Et ce qui fait qu’au final je le préfère à Vern Schilinger alors que, pourtant, il adopte un registre fort similaire, c’est sûrement parce qu’il est au final beaucoup plus subtil dans ses intentions que le néonazi d’Emerald City. Par exemple, Al nous est présenté comme le vrai patron officieux de la ville de Deadwood. Seulement voilà, je ne suis pas sûr qu’Al soit devenu le patron de Deadwood parce que c’était un assoiffé de pouvoir ou un gros jouisseur des plaisirs de la chair. Non, je pense qu’Al est devenu le patron de Deadwood parce que la situation l’a choisi pour ça. La ruée vers l’Ouest, c’est un déferlement de bonhommes en tout genre, sans règle ni loi pour les cadrer. C’est la jungle. Il n’y a toujours pas d’Etat installé, c’est la loi du plus fort qui prévaut. Or, on pourra en dire ce qu’on en voudra, mais Al a su se poser comme ce « plus fort », il a su dégouter ses concurrents, ce qui explique que Deadwood connait une certaine paix relative. Et c’est en cela que je trouve que le personnage d’Al formidable. Il est finalement incroyablement ambigu. Contrairement à Vern, sans qui la prison ne pourrait que se porter bien mieux, Al est un pivot de Deadwood. Sans lui, rien ne garantirait que la ville puisse exister sans sombrer dans de sanglantes rivalités. En somme, Al Swearingen est un vrai bad guy, un vrai salaud de la pire espèce comme on adore les détester, mais Al joue son rôle dans cet étrange édifice sommaire qu’est Deadwood. Il est malin et, parfois, même les personnages les plus moraux ont besoin de sa cruauté pour se sortir d’un guêpier. D’une certaine manière, ce n’est la cruauté d’Al qui fait que Deadwood est un lieu dur à vivre, c’est plutôt parce que Deadwood est un lieu dur à vivre que le cruel Al en est devenu le chef. Cette subtilité là, je l’adore, et c’est d’ailleurs pour ça que le personnage d’Al Swearingen me fascine…

 

3. Gaius Baltar

dans Battlestar Galactica

Alors forcément, après les deux grandes brutes sans compassion que sont les personnages de Vern Schilinger et d’Al Swearingen, l’apparition de Gaius Baltar sur cette marche basse du podium pourra surprendre. En effet, pour qui ne connait pas l’univers de Battlestar Galactica, Gaius Baltar n’a rien à voir avec le bad guy tel que je viens de vous le présenter jusqu’à présent. Gaius n’est pas à la tête d’une bande, c’est juste un scientifique embourgeoisé, individualiste et irresponsable. Gaius n’est qu’un pion que les Cylons ont pu utiliser sans difficulté pour s’en prendre à l’humanité ; un simple personnage creux, faible et craintif. Seulement voilà, ce qui rend le personnage de Gaius Baltar absolument odieux, c’est qu’au final, il n’a aucun scrupule. Certes, on le voit régulièrement se déliter intérieurement quand il prend conscience de l’impact de ses actes – actes souvent accomplis dans le seul but de satisfaire ou de protéger sa personne – cependant cela ne l’empêche pas de persévérer dans cette voie, quitte à mettre en péril l’humanité toute entière. Et là où le personnage de Baltar est glaçant, en devenant du coup un vrai bad guy hors catégorie, c’est qu’il parvient à cacher au monde entier qu’il est un bad guy. Ce gars est une nuisance permanente, un parasite dangereux, mais parce qu’il est un grand scientifique, on l’écoute, on le respecte, on prend des décisions hautement stratégiques en prenant en compte son avis. Et le gars en devient d’autant plus rageant qu’il ne le fait pour aucune cause, il le fait sans classe. C’est juste une grosse merde humaine qui parvient à se faire passer auprès du monde entier pour l’antithèse de ce qu’il est vraiment. Au fond, pour moi, c’est presque ça, l’ultime bad guy. C’est le bad guy qu’on ignore…

 

2. Patty Hewes

dans Damages

Précédemment, quand je parlais de Gaius Baltar, je disais que l’ultime bad guy était finalement celui qu’on ignorait. Eh bah pour moi, s’il y a bien un personnage qui colle parfaitement à cette maxime, c’est bien Patty Hewes dans Damages. Ah ça ! C’est vraiment l’une des grosses forces de cette série ! On ne sait jamais quoi penser de la perfide Patty. On a beau nous prévenir dès le début que c’est la pire des pourritures, il y a toujours un événement qui parvient à nous mettre le doute. A dire vrai, Patty Hewes est une sorte de mélange réussi entre ce que j’ai pu dire sur Al Swearingen et Gaius Baltar. Patty est avocate. Elle nage au milieu des pires requins. Ainsi, pour s’en prendre à eux ; pour faire triompher la justice en faveur des victimes de ces créatures féroces, Patty a décidé d’être un requin elle-même. Le pire des requins. Ainsi, la série ne cherche pas à nous faire passer Patty pour un ange, mais par contre, elle suggère régulièrement qu’elle est un démon nécessaire. Et là où la série est vraiment excellente, c’est dès qu’elle parvient à nous faire accepter Patty pour ce qu’elle est, elle repousse encore plus loin le curseur de sa cruauté froide. Et à chaque fois on se demande : Patty est-elle juste un monstre qu’on s’est refusé de voir jusqu’à présent ou, une fois de plus, est-elle une femme juste qui a compris que seule une cruauté sans merci pouvait faire triompher la justice ? En cela, le personnage de Patty Hewes est remarquable d’ambigüité. D’autant plus remarquable que celle-ci fonctionne sur l’ensemble des cinq saisons. Ah ça ! Quel personnage !

 

1. Gus Fring

dans Breaking Bad

Bon là, franchement, quiconque a vu Breaking Bad comprendra pourquoi je pose ce personnage comme LE bad guy par excellence. Pour le coup, je trouve vraiment qu’il regroupe toutes les qualités de ce que doit être un bad guy. Je citais précédemment des cas de personnages qui s’illustraient par leur cruauté, leur froideur, leur malice, leur ambigüité, leur capacité à cacher leur nature même de bad guy… Pour le coup, Gus Fring a vraiment tout ça. Il est certes peut-être moins ambigu que Patty Hewes quant à ses valeurs et ses intentions, mais ce qu’il perd sur ce point là, il le gagne ailleurs, notamment dans sa capacité à cacher en permanence ce qu’il est vraiment. Or, cette évolution qu’il existe dans la découverte du personnage est, selon moi, la raison pour laquelle Gus Fring fonctionne si bien en bad guy. Déjà pour commencer – chose que j’adore – la série nous présente ce personnage comme le dernier des quidams. C’est un banal gérant de fast-food qui débarque avec un look tellement sobre et impersonnel qu’à aucun moment on ne pourrait se dire de lui qu’il est l’un des bad-guys ultimes de la série. Ce n’est que par déduction logique qu’en fin de compte, la série nous fait comprendre qu’en fait le bad guy était là, mais qu’on n’avait pas su le voir parce qu’il avait su se dissimuler derrière l’apparat d’un homme insignifiant. Et le pire, c’est que rien qu’avec cela, le personnage de Gus Fring était déjà un personnage intéressant. Mais ce qui en fait vraiment un personnage remarquable, c’est que l’ampleur de son intelligence, de sa fourberie, de sa capacité à nuire, ne se révèle que progressivement, au fur et à mesure des trois saisons dans lesquelles il apparait. Cette capacité à cacher l’amplitude de son pouvoir d’action fait de lui le pire des adversaires possibles. Se risque-t-on à échafauder un plan contre un ennemi dont on ne connait pas vraiment le jeu ? Fring a cette capacité là : celle d’habiter l’intrigue en permanence, même quand il n’apparait pas à l’écran. Cette aura récurrente est le propre des personnages emblématiques. Et quand en plus on se pose en icône d’une série d’un tel niveau que Breaking Bad, forcément ça marque les esprits.

 

 

Top 5 des personnages

les plus bad ass.

 

 

5. Thomas Shelby

dans Peaky Blinders.

Bad guyBad ass… Quelle différence au fond ? A dire vrai, il n’y en a pas vraiment. Si le bad ass est le personnage « qu’on ne se permettrait pas d’enculer » pour reprendre l’expression littéralement, on pourrait dire que tous les personnages de bad guys sont, d’une certaine manière, des personnages bad ass. Seulement voilà, il y a aussi des personnages bad ass qui ne sont pas forcément des bad guys (ou qui sont plus que des bad guys) et c’est bien ceux-là que je compte mettre à l’honneur par ce top. En cela, Thomas Shelby est un bon exemple selon moi de personnage bad ass qui n’est pas forcément un bad guy. Certes, c’est un voyou, mais c’est un personnage qui a une humanité, une morale, des objectifs qui impliquent d’autres personnes que lui-même. Certes, Thomas Shelby est un personnage cabossé, un meurtrier, un habile auteur de traquenard, mais c’est quelqu’un qui n’a pas sombré. Il reste attaché à une parcelle d’humanité qui reste en lui. L’amour. La fraternité. Le désir refoulé de réparer ce qui a été cassé par la Grande guerre… Tous ces éléments font de Thomas Shelby un héros noble auquel on a envie de s’attacher… Et surtout, Thomas Shelby, c’est un héros qui fascine parce qu’il n’est pas non plus un véritable chevalier blanc. Je pense d’ailleurs qu’elle est là-dedans la nature profonde d’un personnage bad ass. Le bad ass est un personnage qu’il ne faut pas emmerder ; un personnage auquel on n’a pas forcément envie de parler ; un gars qu’on ne voudrait pas vraiment avoir dans son entourage. Le bad ass nous dépasse un peu. C’est celui qui nous fascine par sa capacité à endosser ce qu’on ne se sentirait pas en mesure d’endosser ; de faire ce qu’on n’oserait pas faire ; d’endurer ce qu’on ne pourrait pas endurer. Pour le coup, dans cette lignée là, Thomas Shelby est un cas d’école. Il a une famille, un clan. Il veille au grain. Il pourvoit aux besoins de tous. Il essaye, quand il le peut, de pourvoir aux siens. Ses besoins à lui ne sont pas matériels. Il encaisse la richesse mais continue de vivre dans un taudis, à côtoyer les gars de son quartier crasseux. Non Thomas Shelby essaye juste de temps en temps de se raccrocher à une parcelle d’innocence et de douceur, même si on sent parfaitement chez lui cette lucidité qui lui dit que tout peut lui être retiré en une fraction de seconde. Il pourrait se plaindre, mais il ne se plaint pas. Il pourrait en vouloir à la terre entière, mais il préfère vivre sans vraiment se poser de question… Pour le coup Thomas Shelby est un merveilleux dosage entre noblesse d’un côté et rudesse de l’autre. Un vrai bad ass quoi…

 

4. Jessica Hyde

dans Utopia.

Et que dire de cette bad ass là ? La fameuse Jessica Hyde ! Celle qu’on recherche éperdument durant tout ce magnifique épisode d’introduction de la non moins magnifique série Utopia ! Ah ça ! Il n’y a pas à dire : la manière dont s’y est pris cette série pour nous présenter ce personnage joue beaucoup dans sa badassitude. Très rapidement posée comme une légende urbaine, le tout associé au mysticisme qui entoure le comic Utopia, Jessica Hyde est forcément un personnage qu’on découvre avec enthousiasme et curiosité. Mais au-delà de ce mystère qu’elle suscite chez nous et qui génère forcément autour d’elle une aura fascinante, Jessica Hyde est aussi et avant tout un personnage bad ass parce qu’elle en accumule les caractéristiques d’une manière assez étonnante. Comme Thomas Shelby, c’est un personnage qui possède une énorme force de frappe ; qui défouraille clairement à tout va, et qui ne se pose clairement pas de limite quand il s’agit de sauver sa peau. Néanmoins, toujours comme Thomas Shelby, elle n’en reste pas moins une femme à l’humanité réelle, bien que celle-ci soit tourmentée. Son rapport au père, son rapport à l’autre, son rapport à elle-même, sont autant de défis qui semblent l’effrayer mais auxquelles elles se livrent quand même malgré tout sans relâche. Et c’est vrai que pour le coup, Jessica est un personnage beaucoup moins under control que Thomas Shelby. Elle ne fait pas le deuil d’une humanité passée. Elle, au contraire, doit apprendre à construire son humanité. Au fond, elle n’a jamais eu l’occasion de goûter à la vie normale. Dès l’enfance, on lui a volé sa vie. On lui a volé sa famille. On lui a volé son parcours de construction. Du coup, Jessica est un personnage à vif, qui s’efforce de trouver son chemin d’épanouissement au milieu de sa discipline rigoriste qui lui permet de survivre. Cela en fait un personnage d’autant plus bad ass qu’il en est du coup un peu flippant. Jamais finalement on ne sait comment Jessica va évoluer, parfois même au cours de l’épisode. Paranoïaque obsessionnelle, assassine compulsive, prédatrice sexuelle… Jessica peut tout devenir à n’importe quel moment, rendant sa présence auprès des principaux protagonistes aussi sécurisante que dangereuse. Cette ambiguïté fait vraiment la force de ce personnage. Un personnage qui aura d’ailleurs véritablement marqué les esprits malgré la brièveté de la série qui l’a vue naître…

 

3. Stringer Bell

dans The Wire.

Alors avec Stringer Bell, je l’avoue, la frontière entre le bad ass et le bad guy pourra paraitre plus floue. Même si j’ai déjà eu l’occasion de dire qu’à la base cette distinction était surtout un prétexte pour parler de dix personnages plutôt que de cinq, on pourrait néanmoins me reprocher ma logique à faire figurer ici Stinger Bell plutôt que dans le classement précédent. Parce qu’après tout, oui, Stringer Bell est un bad ass, mais pour le coup, il n’en reste pas moins un 100% bad guy comme peuvent l’être les cinq larrons évoqués dans le Top5 précédent. C’est vrai, Stringer Bell n’aurait pas juré au milieu des Vern Schilinger et des Gus Fring. Voire même, il aurait pu échanger sa place avec Patty Hewes, personnage qui au fond colle plus à la logique évoquée plus haut. Patty est un personnage qu’on peut percevoir comme capable d’humanité, comme quelqu’un capable d’œuvrer pour une cause ou un espoir… Stringer Bell, lui, depuis le départ, a des allures de malfrat sans scrupule et froid. A aucun moment on ne peut vraiment ressentir une quelconque humanité. Il est bad ass certes, mais autant que peut l’être la plupart des bad guys. Malgré tout, j’ai beau retourner la chose dans tous les sens, au final, j’arrive toujours au même bilan. La caractéristique qui me marque le plus chez ce Stringer Bell, c’est qu’il a la classe, qu’il est bad ass, bien plus qu’il soit cruel ou bien bad guy. Après, c’est peut-être aussi parce que Stringer Bell est un personnage de The Wire. S’il y a bien une série où il devient impossible de juger les personnages en good ou en bad, c’est bien celle-là. Chacun n’est que le produit de son déterminisme. Il fait ce que son milieu l’incite à faire. Stringer est né du côté des trafiquants de drogue, alors il bossera chez les trafiquants de drogue, point barre… Mais ce qui est justement fort avec ce personnage, c’est que malgré la nature du milieu dans lequel il évolue, malgré le fait qu’il soit au cœur des sales affaires, Stringer Bell est quand même parvenu à se distinguer de ses semblables par sa capacité à rationaliser les choses ; à chercher des portes de sortie acceptables selon les situations ; à se faire semeur de paix dans un monde de guerre. Le fait-il pour des questions de sensibilité ? De moralité ? D’humanité ? Non. Il le fait juste parce que ça a du sens. Pour lui c’est le meilleur moyen de faire du business. C’est le meilleur moyen de faire prospérer les affaires, le clan, le quartier. Et c’est en cela que je trouve que Stringer Bell est un personnage qui pète trop la classe. Même dans un monde de voyous, au milieu de personnages au fond bien ronflants et peu réfléchis, il est le gars respectable ; le gars qui fait tourner la machine ; le gars qui sait rester dans l’ombre du boss mais qui petit à petit redistribue les cartes jusqu’à presque parvenir à renverser les rapports de valeur et de légalité. Le simple fait d’ailleurs qu’il parvienne à se rendre respectable auprès de nous, spectateurs, alors qu’il ne quitte jamais sa posture, son visage et ses allures impassibles de malfrat, je trouve ça juste impressionnant. En cela Stringer Bell est un personnage clef pour comprendre tout le cheminement de pensée de cette série et, quand on connait la puissance discursive de The Wire, ce n’est quand même pas rien…

 

2. Marc-Antoine

dans Rome.

Pour cette seconde place des personnages bad ass, voilà que je vous propose un personnage historique : rien que ça ! Enfin… Un personnage historique : oui et non. Pour le coup, le Marc-Antoine dont il est ici question est le Marc-Antoine de la série Rome. Or, si la grande force de cette série est justement de savoir se montrer incroyablement fidèle à ce que la recherche historique connait de cette période (à part peut-être sur quelques détails mais passons), elle se distingue aussi par son habile capacité à avoir recours à ce que j’aime appeler la technique de « l’ADN de grenouille ». Pour rendre les choses plus claires, je rappellerais brièvement qu’il y a selon moi bien deux manières de traiter un personnage historique. Soit on est obnubilé par l’envie que tout ce qu’on dit soit vrai et dans ce cas-là on s’arrête à ce que les historiens savent. On se retrouve alors avec un personnage irréprochable historiquement parlant certes, mais totalement désincarné d’un point de vue scénaristique. Soit – deuxième solution – on se risque à interpréter le personnage et à combler les manques par ce qui nous semble être cohérent avec ce qu’on sait de lui. Ces détails sont-ils authentiques ? Sûrement pas. Ils sont les produits de l’interprétation de l’auteur. Par contre, est-ce que ce personnage parait plus authentique ? A mon sens, totalement. Or, c’est bien là tout ce que j’aime dans ces personnages de Rome, et notamment dans ce Marc-Antoine là : les auteurs se sont risqués à l’interpréter ; à rajouter aux brins d’ADN manquants des brins d’ADN de grenouille, comme dans Jurassic Park, afin que la créature puisse prendre vie. C’est certes tricher un peu avec la nature ou avec l’Histoire, mais c’est le subterfuge nécessaire pour prenne bien chair. Or, là, ce Marc-Antoine, il est bien fait de chair et d’os, et il est sacrément bad ass. Et si je le trouve justement si bad ass, c’est qu’il apparait presque comme une erreur de casting de l’Histoire. Marc-Antoine n’est pas un politicien. Il n’est pas un homme d’idée ou de gloire. Marc-Antoine est un homme de pulsion. Il est un homme de jouissance. Il est un homme sans limite… Une belle paysanne passe par là alors qu’il est en train de faire manœuvrer ses troupes ? Eh bien qu’à cela ne tienne ! Marc-Antoine fera stationner ses troupes le long de la route tandis qu’il assouvira ses besoins auprès de la pauvre victime. Marc-Antoine doit chercher une alliance pour essayer de sauver sa place de consul, voire même sa vie ? Eh bien Marc-Antoine choisit de s’allier avec la reine Cléopâtre juste parce qu’elle lui fait bouillir le sang. Contrairement aux autres personnages cités dans ce Top5 là, Marc-Antoine ne s’illustre pas forcément par sa malice, son esprit calculateur, ou bien encore ses expressions impassibles qui le rendent impressionnant et impénétrable à la fois. Non, Marc-Antoine reste un personnage assez primaire mais qui, au fond, est juste là pour vivre sa vie à fond, sans vraiment se préoccuper des conséquences pour le reste. Et sa badassitude, il la tire de sa capacité à obtenir malgré tout ce qu’il veut, à vivre sa vie plus ou moins comme il l’entend avec du vin, du sexe et de l’action ; et cela malgré le fait qu’il baigne en permanence dans un grand panier de crabes politiques. Et franchement, oser faire dire cela à un personnage historique, moi je trouve que c’est juste trop la classe…

 

1. Omar Little

dans The Wire.

On parlait de classe juste avant. On parlait de gars qu’on n’oserait pas chercher. On parlait de personnages qu’on admirait malgré tout pour ce qu’ils étaient et ce qu’ils savaient encaisser… Là ; avec Omar Little, je pense qu’on a tout simplement le boss ultime des bad ass du monde sériel. Il a absolument tout. Il regroupe toutes les caractéristiques évoquées dans les personnages précédents. Et ce que je trouve incroyablement balèze, c’est que ce personnage ait été pensé dans un univers comme celui de The Wire. S’il y a bien une série qui entend coller au plus près de la réalité, sans s’enticher d’artifices enjôleurs, c’est bien elle. Et malgré tout, c’est dans ce monde platement désenchanté que David Simon est parvenu à développer et à faire vivre un personnage à l’aura presque légendaire. Omar, c’est le personnage qui semble intouchable. Il a des allures de justicier masqué capable d’intervenir à n’importe quel moment, dans n’importe quelle situation. Le gars est un bandit, c’est vrai. Mais on comprend vite qu’il a des comptes à régler ; qu’il a un certain code de l’honneur ; qu’il a une discipline. Omar c’est une sorte de Robin des bois des temps modernes ; un vigilante au milieu du Far-West urbain ; un individu au-dessus des lois certes, mais qui finalement n’est une source de nuisance que pour ceux qui nuisent. Omar a la classe ultime. C’est un rayon de soleil dans ce monde triste. Et là où The Wire sait le transformer en personnage hautement charismatique, c’est que la série parvient à raconter son histoire, et notamment ses origines, de manière indirecte, détournée. Finalement, jusqu’au bout, Omar aura été un mystère qu’on aura cerné sans le connaître complètement ; une légende dont on aura saisi l’essence sans pour autant que n’en soit brisé le caractère sacré. En cela, Omar est juste une merveille d’écriture, une icône du monde sériel. Un bad ass, à tout point de vue…

 

 

Pour la dernière partie, c'est ici !

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Publié par L'homme-grenouille - dans Sélections de l'homme-grenouille
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commentaires

Le Nouveau Cinéphile 14/11/2016 23:14

Salut Homme-Grenouille ! Merci pour la suite de ces "tops 5" ! Te lire est toujours un régal, aucun souci de ce coté-ci.

Sinon, je viens de voir ta page AlloCiné... et le moins que je puisse dire c'est que je suis assez stupéfait ! Quelle hécatombe ! Même Avatar n'a plus trouvé grâce à tes yeux (personnellement, je n'hésite pas à dire que je l'adore toujours autant).
Peut-être pourrais-je le sauver en t'indiquant ce lien: https://www.youtube.com/watch?v=d_QNDYEY150

A part ça, une question comme ça: que pense-tu de Docteur Who ?

L'homme-grenouille 15/11/2016 22:02

Salut NC !

Merci pour ton retour ! ça fait toujours chaud au coeur !

Désolé d'ailleurs de ne pas pouvoir poster le reste de cet article pour des raisons techniques. D'après Overblog, il faudra encore attendre quelques semaines. Fais chier quoi... Mais bon...

Sinon, concernant l'hécatombe, ce n'est malheureusement pas nouveau pour moi. C'est marrant, mais j'y suis même tellement habitué que maintenant je considère que c'est finalement pas si mal voir des "2 étoiles". ^^ D'ailleurs, "Avatar" j'y mets quand même 3. Pour moi, c'est pas une note désobligeante, loin de là.

Et sinon, pour ce qui est du "Docteur Who", je n'en pense rien... parce que je n'ai pas vu. Alors un de ces jours je vais essayer de mettre la main dessus, mais pour le moment, je t'avoue que ce n'est pas ma top priorité. Du peu que j'en ai vu et su, ça ne m'attire que moyennement. J'ai l'impression que c'est un peu comme "Friends" : si t'as pas chopé le bus à la bonne époque, tu ne peux pas rentrer dans le trip. Après je me trompe peut-être. Si jamais d'ailleurs je passe le pas, tu finiras bien par le savoir ! Parce que oui, même si mon blog est immobilisé en ce moment, je continue de poster mes critiques films et séries donc, par ce biais là, l'information passera toujours...

Voilà, j'espère que je pourrais continuer à poster des Tops 5 sur cette page. En attendant n'hésite pas à repasser et à commenter !
A une prochaine !

Cinéphix 14/10/2016 18:37

Mais ou est donc l'Agent Cooper dans les tops des héros ? Après c'est entièrement subjectif, et le classement est très bon, mais je pense que Baltar mériterait la première place, tellement plus complexe que Gus.

L'homme-grenouille 20/10/2016 11:51

Salut Cinéphix !
Effectivement, pas d'agent Dale Cooper !
Pourtant, il est vrai que l'univers de Twin Peaks m'est particulièrement cher et que ce fantasque personnage joué par Kyle McLachlan y participe grandement.
Seulement voilà, c'est aussi cela le principe d'un top5 : il faut faire des choix !
Personnellement j'aime bien l'agent Cooper, mais je trouve qu'il n'a pas la profondeur des autres héros que j'ai pu citer jusqu'à présent.
Pour moi, un perso qui me plait est un perso qui évolue dans le temps, soit dans sa manière d'être, soit dans sa manière d'être présenté au spectateur. Cooper lui, reste assez figé. C'est juste un personnage un peu décalé par rapport à l'idée qu'on se fait du détective dans une série policière. Alors c'est cool et j'aime bien. Seulement voilà, j'avoue que me concernant, à côté d'un Philippe Rickwaert ou d'un Lester Nygaard, je prends moins mon pied.

Sinon, j'en profite pour faire une annonce pour ceux qui liront ce commentaire, je n'ai plus vraiment possibilité de mettre à jour ce blog en ce moment à cause d'une mise à jour d'Overblog, du coup le post du reste de cet article risque d'être retardé. J'attends leur réponse. Je vous tiendrais au courant comme je pourrais...

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