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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 10:58

 

 

P  A  R  T  I  E              3

 

 

Ralalah ! Que de péripéties pour finir cet article ! Finalement trois parties, rédigées sur un temps de plus d’un an et demi… Et dire que vous auriez pu tout avoir lors du mois de septembre 2016, mais que tout a été sabordé par une mise à jour d’Overblog ! Dire que tout ça est dû au fait qu’on m’ait fait poireauter des mois en me tenant de fausses promesses avant que je comprenne qu’il allait falloir que (encore une fois) je me démerde tout seul pour m’en sortir avec les nouveaux obstacles posés par mon cynique hébergeur ! Et dire que durant cette période de latence, il a fallu que je… perde le document Word sur lequel j’avais rédigé ce présent article… Oui, c’est la première fois que ça m’est arrivé. Perdre un document Word (Je ne sais toujours pas comment c’est possible, mais bon…) Du coup voilà, il y en a eu des péripéties avant que n’arrive cet article. Il a fallu que je retrouve la motivation de tout réécrire. Il a fallu que je me dise que l’idéal était de profiter de cette situation pour tout réécrire en mieux. Alors oui, du coup ça entraine des explications un peu plus longues que lors des deux précédentes parties (Quoi que… La seconde partie était déjà bien fournie en la matière.)  Mais bon, d’un autre côté je me dis que l’avantage d’un article écrit c’est qu’on peut survoler, lire en diagonale, sauter des paragraphes qui ne nous intéressent pas… Donc autant que je me libère niveau parole et que vous vous libériez niveau lecture…

 

Pour cette dernière partie, donc, il va nous rester à aborder tout l’aspect conclusif d’une série. Tout d’abord un Top 5 des scènes-clefs qui ont su se poser comme des marqueurs identitaires forts de leur série. Ces scènes cultes, je prendrais malgré tout bien le soin de les choisir parmi celles qui ne relèvent pas d’une logique de cliffhanger. Pourquoi me diriez-vous ? Eh bien parce que Top des cliffhanger aussi il y aura. Ce sera l’occasion de parler de deux fois plus de scènes qui m’ont marqués (eh ouais t’as vu l’astuce ?). Et puis aussi, ce sera l'occasion de s'attarder davantage sur ce qu'est vraiment un cliffhanger , car je trouve que c'est un type de conclusion qui a sa logique propre... Et puisqu’il est justement question de conclusion dans cette troisième partie, nous traiterons enfin celle des « vraies » conclusions de série. Là, plus question de parler de fin provisoire, de mise en suspension. Là il s’agit de questionner les dernières pierres d’édifices ; ces manières de boucler la boucle… ou pas. Ce ne sera qu’alors que je me risquerai à un dernier Top final : celui des cinq séries qui en définitive m’ont le plus marquées lors de cette première décennie de découverte. Et en disant cela je tiens bien évidemment à insister encore sur le fait que tout ce que je vous expose ne repose que sur une sensation et un vécu qui me sont propres. Le but n’est clairement pas d’en faire un classement d’autorité. C’était d’ailleurs le cas depuis le départ de l’article. D’ailleurs, si vous voulez commenter pour partager, surtout n’hésitez pas…

 

 

 

Top 5 des scènes cultes.

(Attention aux spoilers !)

 

 

5. Les Noces sanglantes dans Game of Thrones /

L’assassinat de César dans Rome.

Allez ! Direct, pour ce premier classement de conclusion je me permets de commencer par un ex aequo ! Alors je ne vais pas vous la faire à l’envers : cette décision je l’ai prise essentiellement pour deux raisons. La première, tout d’abord, c’est que je n’arrivais pas à me limiter qu’à seulement cinq scènes cultes. Ces six scènes que je vais vous présenter, ce sont vraiment des scènes qui m’ont marqué et je ne me sentais pas d’en laisser une seule sur carreau. La seconde raison, c’est que – pour le coup – je trouve qu’il y a un vrai lien entre ces deux scènes que je vous présente ici. Alors pourtant c’est vrai, elles ne sont pas issues de la même série et n’appartiennent pas vraiment au même genre. Game of Thrones est une série de fantasy, Rome un drame historique. Malgré tout, les ponts entre les deux scènes sont multiples, et le simple fait d’en faire la liste permet selon moi de repérer et comprendre ce qui fait l’essence et la force d’une série HBO. Parce que oui, premier point commun entre ces deux scènes, c’est qu’elles sont toutes les deux issues d’une série HBO. Cela peut sembler anodin, pourtant je ne pense pas que ce soit le cas. A mon sens, HBO est la chaîne qui est responsable en grande partie de l’âge d’or que nous connaissons depuis une quinzaine d’années dans le monde des séries et, pour moi, ces deux scènes traduisent parfaitement ce qui en fait la marque de fabrique. C’est cru, c’est tragique, et surtout c’est riche de sens pour ce qu’annonce la suite de la série. Parce que oui – vous n’aurez pas manqué de le noter – ces deux scènes sont des scènes d’assassinats politiques. Ce sont des assassinats politiques qui surviennent à un moment où les personnages concernés sont en pleine ascension. Ils portent avec eux la dynamique principale de l’intrigue. Ces assassinats marquent une rupture terrible à la fois par rapport à leur destin, à la fois par rapport à l’intrigue que nous pouvions espérer. Pour les Stark (Game of Thrones) comme pour César (Rome), leur succès était en train d’amener un espoir : celui de sortir d’une situation confuse et chaotique. Et ces deux scènes nous font replonger dans un chaos encore plus grand. Le choc émotionnel est d’autant plus fort que les assassinats en question se déroulent lors de cérémonies qui auraient dû être des consécrations de leur parcours : l’alliance avec les Frey dans Game of Thrones ; la reconnaissance par le Sénat des pleins pouvoirs dans Rome. Mais la surprise et la rupture ne sont pas les seuls éléments clefs de ces scènes là. C’est vrai que pour les Noces sanglantes, le côté inattendu joue un rôle majeur, je pense, dans la force de la scène. Malgré tout je reste persuadé que ce n’est pas le seul. Si je prends par exemple le cas de l’assassinat de César, celui-ci est attendu par le spectateur qui connait un minimum son Histoire. D’ailleurs la série ne manque pas de l’annoncer en mettant progressivement en place son ambiance anxiogène. Non, ce qui fait la force de cet assassinat, c’est qu’il parvient à montrer comment cet acte cru va être riche d’incidence sur l’intrigue et sur les personnages concernés. Ce n’est pas un hasard si Vorenus, Marc-Antoine, Ciceron ou bien encore l’esclave Posca sont mobilisés sur cette scène. Tous ces personnages vont être au cœur de la suite des événements. L’impact de cette tragédie sur ce qu’ils sont va être riche de sens. Pour moi, il en va de même lorsque la série ramène Arya lors de ces Noces sanglantes. A mon sens, c’est même la principale clef de cette scène. Certes, on peut s’apitoyer sur le sort des Stark en tant que lignée politique susceptible d’infléchir l’intrigue vers davantage de justice au sein de Westeros (La mort de Robb et surtout le meurtre in utero de l’héritier de la couronne du Nord). Mais bon, me concernant, c’est vraiment l’impact que va avoir la cruauté de cette scène sur Arya qui lui donne toute sa dimension symbolique. Arya est une gosse qui s’est mangée la cruauté de ce monde en pleine face. Après des mois d’épreuve, elle avait espoir de retrouver une vie normale. Cet espoir est tué sèchement, la renvoyant à cette brutalité et cette crudité à laquelle, visiblement, elle ne pourra jamais échapper. En cela, ces deux scènes, je les trouve remarquables. Elles sont toutes deux une marque de fabrique, de la maestria d’HBO…

 

4. Le coma de Tony dans Les Soprano.

HBO encore ! Et encore une question d’assassinat ! Ce coup-ci, c’est le bon gros Tony qui s’est ramassé une balle de la part de son oncle totalement sénile. Le voilà dans le coma pour avoir pris soin jusqu’au bout de celui qui, dans sa famille, a toujours cherché à lui nuire le plus. La symbolique est forte. Elle pose le personnage de Tony face à la possible futilité de sa démarche. Depuis le départ il essaye de subvenir aux besoins d’une famille qui, par nature, ne pourra jamais se pérenniser. Son couple semble foutu, il se fâche avec ses enfants, son entourage mafieux profite de la situation pour lancer les préliminaires d’une guerre de succession… Bref, rien ne pourrait rattacher le gros Tony à la vie, et cet épisode durant lequel on vit le déclin du chef à la fois autour de lui et à la fois dans ses propres rêveries, m’est apparu comme étant l’un des moments forts de la série. Alors après – attention – je ne parle pas de l’ensemble de l’épisode. Comme précédemment et comme ce qui va suivre, c’est bien d’une scène dont j’entends vous parler ici, et d’une seule. En l’occurrence, ici, la scène en question est celle où Meadow, la fille de Tony, se tient au chevet de son père. Elle est là quand Tony est sur le point de sombrer. Cette scène est vécue selon les deux points de vue, mais c’est surtout le point de vue de Tony qui m’a touché. Celui-ci, dans sa rêverie comateuse, voit la possibilité de quitter toutes ses souffrances en rejoignant la maison métaphorique de son enfance ; un endroit où toutes ses névroses semblent trouver des réponses positives. Cette maison, c’est la voie du soulagement, la voie de l’abandon, la voie de la mort. Et alors que Tony est prêt à s’y engouffrer, c’est finalement la voix de sa fille qui, tel un écho lointain, le retient. Or, il a fallu que la voix qu’il entende soit celle de Meadow enfant, alors que, pourtant, c’est la Meadow adulte qui l’implore de s’accrocher. J’ai trouvé ce choix juste tellement pertinent. Pour moi c’est ce qui donne à cette scène toute cette force émotionnelle. Le fait que, face à toute cette montagne de souci et de souffrance, ce soit son amour pour sa fille qui le retienne, j’ai trouvé ça touchant. Mais qu’on sache nous suggérer – par cette seule scène – que depuis le départ Tony n’ait jamais cessé de percevoir sa fille – bien que devenue adulte depuis – comme la petite pitchoune qui l’a toujours attendrie, j’ai trouvé ça profondément juste. Ça dit tellement de choses du personnage de Tony. Ça dit tellement de choses de la relation que Tony a toujours entretenu avec sa fille… Rah ! Ce moment, émotionnellement, il m’a toujours fait quelque-chose. Pour vous dire : rien que le fait de me le remémorer pour vous écrire ces lignes, ça me brasse. Il n’y a pas à dire : cette scène, chez moi, elle restera gravée longtemps dans mon esprit…

 

3. La lettre de Moody à sa fille dans Californication.

…Et d’une relation père-fille dans Les Soprano, je passe à une autre relation père-fille dans Californication ! Alors, je vous l’annonce tout de suite pour ceux qui ne me connaitraient pas personnellement : sachez que je ne suis pas père – je n’ai donc pas de fille – mais pourtant cela ne m’empêche pas d’être très sensible aux rapports père/fille dans la vie comme dans les fictions. Ne me demandez pas pourquoi – je n’en sais rien – mais c’est évident que cela joue du coup forcément sur la composition de mon classement. Dès d’un rapport père / fille est traité de manière que je trouve touchante, sincère et pertinent, j’avoue je craque. Et là, dans Californication, il y a donc ce moment, dans la saison 4, où Hank Moody (un personnage qui me touche déjà beaucoup. Cf. Le Top 5 des personnages touchants) se retrouve à nouveau plongé dans un de ses moments de mélancolie et de déprime si caractéristiques. Celui-ci est d’ailleurs particulièrement costaud par rapport aux autres. Hank ingère tout ce qui lui passe sous la main, sans modération. Il se met clairement en danger. Il sombre progressivement dans un état semi-conscient. Et, alors qu’il prend conscience qu’il est au bord du gouffre et qu’il est peut-être allé un trop loin dans sa descente dans les abimes, son premier réflexe va être d’écrire une lettre. Une lettre pour sa fille. Cette lettre, je l’ai juste trouvé touchante de bout en bout. Pour le coup, ce n’est pas une lettre à l’eau de rose, enchainant les sentiments les plus mielleux et les plus convenus. Au contraire, cette lettre, elle m’a touché parce qu’elle est crue. Elle est tranchante de sincérité et d’ambigüité. Voilà un père qui écrit à sa fille qu’au départ il s’en foutait presque d’elle, limite s’il ne la percevait pas comme une simple invitée surprise dont il devait s’accommoder. Il n’avait pas de haine particulière, mais il n’avait pas spécialement d’amour non plus. Cet amour, il explique qu’il est venu sur un instant anodin parmi d’autres ; un moment agréable où il prit juste conscience qu’en fin de compte il tenait à elle. Voilà un père qui explique le coup de foudre qu’il a eu pour sa gosse. Pas tout de suite. Pas de manière naturelle ou spontanée. Non. Un amour né d’une relation. Pour moi le plus beau des amours. Celui qui n’est pas obligé ; celui qui est vraiment sincère. C’est d’ailleurs en cela que je trouve cette déclaration magnifique et touchante. Hank ose casser un véritable tabou : un père n’est pas obligé d’aimer sa fille ; un père ne peut d’ailleurs vraiment aimer sa fille dès la naissance… Ce genre de propos pourrait en scandaliser tellement. Pourtant je trouve que, pour le coup, c’est tellement plus sincère et plus fort qu’une déclaration banale. Donc oui, cette scène, elle m’a aussi grandement marqué. Elle m’a marqué parce qu’elle tombe au bon moment dans l’intrigue. Elle m’a marqué parce qu’elle prend la forme d’une narration double ; à la fois visuelle, à la fois verbale. A l’image de ce qu’est la série, les fragments de passé qui illustrent cette séquences ont des allures de souvenirs usés, comme une vieille pellicule de Super 8 qu’on a visionné des centaines de fois. Et la voix de Duchovny qui se surimpose dessus est juste parfaite. Les mots choisis sont ciselés comme il faut. Cette scène, elle est juste merveilleuse…

 

2. La filature qui dérape dans The Wire.

Bon… Rassurez-vous pour ceux qui ont besoin d’être rassurés sur ce point : j’en ai fini avec les chouineries dans ce classement. Désormais, je passe à deux scènes coup de poing pour parachever ce classement des grandes scènes fortes de série. Et je commence donc avec cette filature qui dérape vers la fin de la saison 1 de The Wire ; scène qui fut pour moi LA scène clef de cette série. Alors oui, cela pourra paraître bizarre que de poser une scène de la première saison comme la scène clef de toute une série qui en compte cinq, mais je persiste et je signe. Mieux, je m’explique. Si je dis que cette scène fut pour moi la scène-clef de la série c’est parce que, me concernant, la scène tournant à partir de laquelle toute la démarche de ce The Wire a pris forme à mes yeux. The Wire, moi, j’ai découvert ça assez tard (2014). Je l’ai découvert en sachant sa réputation mais sans vraiment connaître la véritable nature du phénomène et – pour être honnête – je ne savais même pas à quoi vraiment m’attendre vraiment. Ainsi, quand j’ai commencé cette série, j’ai découvert une réalisation « avec-les-moyens-du-bord » ; format 4/3 ; en mode docu-fiction dans lequel on se contente juste de filmer le quotidien d’un quartier… Moi personnellement, ça ne vendait pas plus de rêve que ça. Mais bon, si j’ai continué à regarder, c’est que j’y trouvais mon compte quand même. Il fallait juste que j’accepte cette dynamique un peu plate où seul le quotidien des gens va m’intéresser, en mode un peu statique, me devant du coup de faire un trait sur tout espoir de scénario échevelé. J’y gagnais en effet de réel. J’y gagnais en analyse. Mais bon j’y perdais en effet addictif… Et puis survint cette scène, qui déboule en fin d’épisode, aux alentours de l’épisode 10. C’est une filature comme n’importe quelle autre. L’enquête mène son train pépère. On se dit que, peut-être, les policiers vont enfin parvenir à changer quelque-chose dans les quartiers tenus par les grands dealers. Une piste intéressante est remontée. Et puis BAM. La filature dérape. On entend des coups de feu dans le micro de la policière infiltrée. Elle ne répond pas. Est-elle morte ? Soudain, ce quotidien plutôt poussif qu’avait posé la série se retrouve dynamité. Et pour le coup, l’effet de réel est saisissant. Ce n’est pas un banal flic lambda d’une série policière genre NCIS qu’on vient de descendre ; c’est un personnage qu’on suit dans son quotidien. C’est un personnage auquel il est très facile de s’identifier. On comprend du coup le choc. On ressent le choc. Et la grande force de cette série, c’est qu’elle sait éviter les effets d’esbroufe. Elle ne quitte pas son postulat formel. L’effet de souffle a été saisissant pour moi. Les regards perdus. Le doute… Woh !… Et ce qui est énorme avec cette scène là, c’est qu’elle est le point de départ d’une réaction en chaîne qui fait d’un seul coup tout se précipiter. Et là, du rythme plan-plan, on passe soudainement à un rythme bien nerveux ; une narration très dense. Ce moment, c’est celui donc qui m’a fait me laisser aspirer par The Wire, et donc, rien que pour cela, c’est un moment culte.

 

1. L’overdose de Jane dans Breaking Bad.

Et voilà donc LA scène… La scène des scènes. Celle qui m’a le plus mis K.O. après l’avoir vu. Celle qui m’a le plus fait me tortiller dans mon canapé en l’observant… L’overdose de Jane… Raaah mais quelle… cruauté ! Quelle crudité ! Mais il y a tellement de choses qui se passent et qui se disent là-dedans ! Pour moi, la vraie naissance d’Heisenberg, elle se trouve là. Je ne me souviens plus si c’est la première fois où Walter White tue (ou laisse mourir) quelqu’un dans cette série. Mais pour moi, c’est vraiment la première fois où on prend conscience de toute la noirceur qui habite ce personnage. Cette mort, il ne l’a pas voulu. Il n’en est pas responsable. S’il n’avait pas été là, à ce moment là pour venir parler à Jessie, Jane serait morte quand même. Mais le fait est qu’il était là, qu’il aurait pu la sauver et que, au lieu de le faire, il s’est mis à calculer. Il s’est mis à calculer cyniquement… Cette scène, elle est d’ailleurs suffisamment longue pour qu’on se mette à calculer avec lui. Sans qu’il ne dise rien, on sait pourtant tout ce qui lui passe par la tête. « Après tout, je ne suis pas responsable de ça… Et pourquoi je la sauverais alors qu’elle est l’obstacle qui me prive de Jessie ?… Et puis comment pourrait-il savoir que j’étais là et que j’aurais pu intervenir. Personne n’en saura jamais rien. Au fond, ne pas intervenir m’arrange. » Qu’il y pense, c’est juste dérangeant. Qu’on y pense avec lui, c’est encore plus dérangeant. Limite, pour l’intérêt de l’intrigue à venir, on a presque envie qu’il la laisse mourir… Mais le fait qu’il le fasse vraiment, qu’il laisse Jane s’étouffer dans son propre vomi… Et qu’on assiste à ça ! Pour moi c’est là que s’opère le tournant du personnage. Qu’il y ait pensé c’est une chose. Qu’il le fasse c’est aussi une étape. Mais qu’il aille jusqu’au bout de sa démarche sans défaillir, ça c’est autre chose. Rester inerte en regardant quelqu’un mourir. Voilà la vraie cruauté de Walter White. Le calcul avant l’humanité. Et la scène est d’autant plus remarquable qu’on a été spectateur de cette scène. Pire, on en a presque été acteur. Car au fond, qu’est-ce qui nous a différencié de Walter White à ce moment là ? Comme lui, on y a pensé. Comme lui on s’est juste contenté de ne rien faire et de regarder. Comme lui, on a une partie de nous qui s’est rassurée qu’il le fasse, dans l’intérêt de l’intrigue. Odieux. Odieux parce que terriblement efficace. Bref, une scène magnifique. Une scène mémorable. LA scène du monde de la série pour le moment…

 

Top 5 des meilleurs cliffhangers.

(Attention aux spoilers !)

 

 

5. Episode 5 de la saison 3 de Breaking Bad.

Comme annoncé en introduction de cette troisième partie, je vais me permettre tout de suite d’insister sur quelque-chose qui me semble essentiel quand il est question de parler de cliffhanger. Certes, un cliffhanger est en soi une scène culte, et j’aurais pu utiliser tous les cas évoqués ici pour remplir le classement précédent. Seulement voilà, j’estime qu’un cliffhanger a vraiment une logique à part ; c’est une manière particulière de penser la conclusion d’un épisode ou d’une saison. Pour ceux qui ne le sauraient pas, le cliffhanger est un terme qui sert à désigner une conclusion en suspension. L’épisode ou la saison ne se boucle pas en ayant clôturé les principaux enjeux de l’intrigue, ce qui aurait ainsi donné un aspect accompli à ce segment qui compose la série. Non, le cliffhanger fait tout l’inverse. Le cliffhanger pose le spectateur en plein milieu d’une résolution ; il créé un effet de suspense en mode « par tous les dieux mais que va-t-il se passer ? ». En fait, l’effet de suspense créé un effet d’appel. Il fidélise le spectateur qui voudra connaitre la résolution au prochain épisode ou à la prochaine saison. On pourrait n’y voir qu’une pure astuce écœurante de commercial, la réalité c’est que certaines séries ont su en faire un art ultime capable de provoquer jouissance, frustration et espoir. Or, dans cette vaste gamme de cliffhangers possibles et imaginables, le cas de cet épisode 5 de la saison 3 de Breaking Bad est certainement le plus basique des cinq que je vais vous proposer ici. Oui, il est basique parce que pour le coup, il se contente juste d’appliquer le concept le plus littéralement possible. Dans ce cas on n’est pas dans une situation où on laisse un personnage accroché au rebord d’une falaise en fin d’épisode, mais on n'en est malgré tout pas loin. Pour ceux qui ne visualisent pas la scène dont je parle, je me permets de vous la remettre rapidement en tête. On est en plein cœur de la saison 3 ; Walter White s’est mis à bosser pour Gus et, depuis le début de cette saison, on ne cesse de nous présenter deux jumeaux mexicains ultra bad-ass qui semblent s’être lancés dans une mission d’élimination dont le pauvre Walter semble la cible. Là où la série gère (comme toujours) son affaire, c’est que ce couperet que représentent les jumeaux est amené soigneusement et régulièrement : on les voit avancer de manière imperturbable, déterminés et professionnels comme jamais, afin d’accomplir ce pour quoi ils sont partis. La mécanique fonctionne tellement bien qu’on ne s’imagine pas comment on pourrait leur résister. Ainsi, quand on aborde cet épisode 5 – épisode durant lequel Hank commence à se rapprocher dangereusement de Walter, le fait de voir débarquer soudainement ces deux jumeaux dans le parking où Hank est en train de prendre sa voiture – ça en devient juste glaçant. Survient alors une scène d’une sècheresse hallucinante à la fin de laquelle on ne sait pas trop qui va survivre. Pour le coup c’est vraiment du cliffhanger tout ce qu’il y a de plus classique : le seul enjeu c’est « va-t-il tomber de la falaise ou pas ? » mais ça marche tellement bien… Alors après, vous pourriez me demander : mais pourquoi celui-là plutôt qu’un autre s’il est si basique ? Eh bien justement pour deux raisons. La première tient dans la forme remarquable de Breaking Bad. Même quand cette série là fait quelque-chose de basique, elle le fait tellement bien qu’elle nous rappelle que même les fondamentaux restent ultra efficaces quand on sait les utiliser. Et puis surtout, deuxièmement, ce qui fait que ce cliffhanger basique m’a totalement séché, c’est qu’il survient dès l’épisode 5 de la saison… Une saison qui compte treize épisodes pour rappel. C’est-à-dire que cette saison est à peine en train d’aborder son deuxième tiers que déjà elle vient poser un événement incroyablement fort dans l’intrigue. Ces jumeaux, on aurait pu nous faire lambiner pendant 13 épisodes avec. C’est ce que n’importe quelle autre série aurait d’ailleurs sûrement fait. Mais là – BAM ! – on nous prend presque de court. On nous laisse en fin d’épisode 5 en mode « Woh ! Il reste sept épisodes ! Mais qu’est-ce qu’ils nous réservent derrière s’ils nous amènent un truc aussi lourd dès maintenant ? » Et c’est ça moi que j’ai trouvé balèze dans ce cliffhanger. Pour moi, ce cliffhanger, c’est juste Vince Gilligan qui pose ses couilles sur la table. Parce qu’après avoir posé un événement comme ça si tôt dans sa saison, il risque de déséquilibrer tout le rythme de sa saison s’il est incapable de tenir la cadence. En gros, ce mec qui a démontré qu’il touchait grave sur les deux première saisons, fait une promesse de taré à ses spectateurs, et moi je trouve qu’il la tient cette promesse. D’ailleurs, rappelez-vous lors d’un Top précédent, j’avais déjà posé cette saison 3 de Breaking Bad comme la saison la plus aboutie selon moi du monde sériel. Et bien pour moi ce cliffhanger, c’était juste la promesse d’une saison d’anthologie. Or, comme la promesse à été tenue me concernant, je ne peux que vénérer ce moment…  

 

4. Episode 9 de la saison 1 de Game of Thrones.

Ah Game of Thrones ! …ou la série qui a fait du cliffhanger marquant sa marque de fabrique ! La scène des « Noces sanglantes » n’est-elle pas d’ailleurs une forme de cliffhanger ? Allez, oui, peut-être… Mais le paradoxe c’est que je trouve que les Noces sanglantes ne fonctionnent pas comme le feraient un bon cliffhanger. Les Noces sanglantes c’est une surprise certes – c’est un tournant dans l’intrigue – mais le sentiment laissé en fin d’épisode ne m’a pas fait l’effet d’un cliffhanger. Je ne me suis notamment pas retrouvé dans la même situation qu’après cet épisode 9 de la saison 1 de la série ! Ah ça ! On l’a tous en tête cette exécution de Nedd Starck par ce pourceau de Jeffrey ! Et beaucoup vous diraient sûrement que ce qui les a marqué dans cette scène c’est le côté inattendu ; c’est le côté cruel ; c’est le fait qu’on ne s’imaginait qu’on puisse tuer ainsi un personnage aussi central… Or, là-dessus, ce n’est pas que je serais en désaccord avec ces arguments là, mais personnellement, moi je trouve que ce qui fait la vraie force de cette scène-là c’est plutôt tout ce qu’elle bouleverse dans le « et après ? » D’ailleurs, quand je repense à cette scène, ce n’est pas forcément la tête coupée de Nedd qui me revient à l’esprit. Moi je pense davantage à Robb en train de tourner en rond, perdu. Je pense aussi à Arya qui doit fuir avec l’image de son père mort à l’esprit. Je pense enfin à Sansa qui sent toute l’horreur de cette prison de cour qui se rabat sur elle… Vous l’aurez compris : c’est bien l’aspect cliffhanger qui me plait dans cette scène. L’intrigue semblait tellement guidée par une résolution toute tracée que l’acte irréfléchi de Jeffrey rabat totalement les cartes. On se demande en permanence : « mais que va-t-il bien pouvoir se passer maintenant qu’on a rabattu les cartes ainsi ? » C’est une sensation que je n’ai pas eu après les Noces sanglantes. Je ne me suis pas demandé « comment les cartes vont-elles être rebattues ? » Je me suis juste dit « bon bah ça va rester le chaos. » Pour le coup, concernant les Noces sanglantes, là je serai d’accord pour dire que cette scène repose essentiellement sur sa cruauté. Elle est cruelle parce qu’elle ferme plein de portes à de multiples personnages mais sans ouvrir de situation nouvelle. C’était la guerre, ça reste la guerre. Les personnages étaient en errances, ils restent en errance. Par contre, après cet épisode 9, on passe d’une situation de paix à une situation de guerre, on passe d’une situation de confort à une situation de troubles et, justement, on ignore encore à ce moment là comment les personnages vont réagir. On ne sait pas qui va faire quoi ; on ne sait pas qu’est-ce qui va se révéler de chacun après un tel séisme. Là pour le coup, l’appel d’air généré par cette fin d’épisode est immense. Pour moi, c’est clairement sur des scènes comme celles-ci que l’addiction à Game of Thrones s’est construite.

 

3. Episode 20 de la saison 3 de Battlestar Galactica.

Et voilà au milieu de ce classement un cas bien particulier. Il est particulier ce cliffhanger parce que, pour le coup, je ne trouve pas qu’il fonctionne sur autre chose que sur la mise en place d’un effet de suspense par rapport à la saison précédente. Du coup, est-il encore question de cliffhanger avec cette fin de saison 3 de Battlestar Galactica ? Eh bien je vous laisse seuls juges. Rappelez-vous pour ceux qui l’ont vu (et cherchez à vous imaginez ceux qui lisent des spoilers de séries qu’ils n’ont pas vues, vilains que vous êtes !) : à la fin de la saison 3, l’intrigue de la série s’est considérablement diversifiée. Il ne s’agit plus de trouver la Terre et survivre aux Cylons ; il s’agit aussi de comprendre d’où tout ce petit monde vient, aussi bien Humains que Cylons. L’air de rien, tout une mystique a fini par se développer sur les origines de chacun des deux camps, ce qui conduit d’ailleurs les deux ennemis à se découvrir une quête commune. Et au final, tout se met à tourner autour d’un mystère dont on espère qu’il saura apporter son lot de réponses : ce mystère c’est l’identité des Final Fives, les cinq Cylons encore inconnus ; des Cylons à modèle unique ; des Cylons dont personne ne connait l’identité, pas même eux-mêmes. Et voici comment cette fin de saison 3 est parvenue à me trouer le cul. Il a suffi que quelques personnages random s’inquiètent d’une musique qu’ils se mettaient à entendre dans le vaisseau pour qu’on parvienne à me mener par le bout du nez. Au départ on se dit qu’il y a bien une musique et que les autres ont bien tort de ne pas vouloir se pencher sur la question car on sent que cette musique va avoir une importance cruciale pour l’intrigue. Puis, au bout d’un moment, on finit par comprendre que l’un de ces personnages a vraiment l’air d’entendre cette musique dans sa tête car, en présence d’autres, il prétend l’entendre alors que les autres n’entendent vraiment rien. Se pose du coup alors le quid des autres. Et les autres alors ? Eux aussi l’entendaient-ils dans leur tête ? Soudain, on se met alors à rechercher l’identité de ces individus-là. Personnellement, je n’avais pas fait suffisamment attention. Je pensais que l’important dans cette information c’était de savoir que plusieurs personnes pouvaient entendre cette musique. Je ne pensais pas que l’identité spécifique de ces gens là auraient une importance. Et c’est là que la série nous amène progressivement à sa conclusion de saison. Petit à petit on comprend. Ils sont quatre. La musique les guide les uns vers les autres. Et c’est lorsqu’ils se retrouvent tous les quatre les uns face aux autres qu’ils comprennent qui ils sont : ils sont quatre des cinq Final Fives. Et là – boum ! – fin d’épisode… Alors, je ne sais pas vous, mais moi à la fin de cet épisode j’ai dû faire un truc du genre « Roh putain les bâtards ! » Cette fin, elle m’a vraiment scotché, mais un truc puissant. Et le paradoxe, c’est que la question du « et après ? » ne se posait pas tant que ça dans ma tête. Du coup, est-ce bien un cliffhanger ? D’un autre côté, encore aujourd’hui, je considère que cette fin d’épisode est l’une des meilleures conclusions de saison que j’ai jamais vu. Et pour le coup elle fonctionne bien selon une logique de rupture en plein milieu de l’intrigue typique des cliffhangers… Eh bah soyez d’accord où non, mais moi je considère quand même que cette fin est un cliffhanger. Certes, la mécanique du « l’homme accroché à la falaise tombera-t-il ou ne tombera-t-il pas ? » ne s’applique pas vraiment dans ce cas. Mais le cliffhanger se juge-t-il à ses éléments de récit ou bien à ses effets ? Pour le coup, moi je trouve que cette conclusion 3 fonctionne comme un cliffhanger. Elle fait l’effet d’un cliffhanger. Cette saison ne se conclut par sur une simple révélation d’intrigue comme le ferait n’importe quelle fin classique. Certes, l’effet ressenti relève plus du désanussage d’une révélation de film policier en mode « putain je ne m’étais pas imaginé ! » plutôt que « la vache, mais qu’est-ce qui va se passer par la suite. » Mais dans un film à « révélation finale », on ne finit pas comme ça, à brûle-pourpoint. Là, il y a quand même l’appel d’un « après » avec une telle scène. Seulement voilà, la singularité de ce cliffhanger fait que je me suis pas préoccupé de ce qu’allait impliquer cette révélation pour la suite. Non, je me suis préoccupé de ce qu’elle impliquait par rapport à tout ce que j’avais vu auparavant ! Pour le coup, j’ai trouvé que ce cliffhanger avait su générer un effet singulier, un effet fort, et c’est d’ailleurs pour cela que je l’ai mis dans ce classement à la troisième position…

 

2. Episode 10 de la saison 1 de Game of Thrones.

Eh bah oui ! Encore du Game of Thrones ! Rassurez-vous pour les « GOTosceptiques », c’est la dernière fois que j’en parlerai ! Mais bon, je l’avoue, il était difficile de ne pas multiplier les références faites à cette série dès qu’il est question de scènes cultes et / ou de cliffhangers. Franchement, moi je trouve que c’est quand même l’une des plus grosses caractéristiques de cette saga : cette capacité qu’elle a à poser des moments forts. Moi d’ailleurs, je ne suis pas tant fan que cela de l’œuvre dans son ensemble. Pourtant, si je la cite si souvent c’est parce que je trouve que ponctuellement, elle sait poser des éléments de très haut niveau d’élaboration. Et là, pour le coup, cette conclusion d’épisode 10, qui est donc aussi la conclusion de la première saison, c’est juste pour moi le moment le plus fort que j’ai connu face à cette série là. Et donc oui, ce moment fort a été un cliffhanger. Et franchement, pas n’importe quel cliffhanger… Je disais plus haut qu’un cliffhanger pouvait reposer sur des ressorts basiques ; que la plupart du temps il reposait sur un sentiment de frustration ou de perdition ; ce sentiment qui consiste à ne pas savoir ce qui va se passer. Pour le coup, justement, je ne trouve pas que ce soit sur ce genre de sentiment que ce construit ce cliffhanger, ce qui en fait toute la force d’ailleurs… A la fin de cet épisode 1, cette première saison se conclut par une scène des plus singulières. Daenerys Targarian, après s’être immolée par le feu avec ses trois œufs de dragon, ressort finalement indemne, d’une nudité virginale, avec ses trois créatures ayant éclos. Finir la saison là-dessus, c’est juste tirer sur deux leviers extrêmement forts sur lesquels l’intrigue a énormément travaillé depuis le premier épisode. Le premier levier, c’est celui de la tragédie. Cette série a dégagé tout le long de son intrigue un flot incroyable d’événements qui en connote l’intrigue de manière très désenchantée et fataliste. En gros, on nous dit que le monde et les personnages qui le peuplent ont des soucis et que, en gros, ce n’est pas parti pour s’arranger. Du début jusqu’à la fin, on nous montre comment ces personnages vont tous être écrasés par le rouleau-compresseur de la fatalité. D’ailleurs, dans la pure logique de la tragédie grecque, la chute finale des personnages à pour origine ce qui aurait pu leur permettre d’avoir une meilleure vie (Sansa aurait pu vivre son rêve de princesse, au final elle va vivre le calvaire de la vie de palais ; Arya aurait pu profiter des libertés données à une fille noble peu impliquées dans les enjeux matrimoniaux, au final elle devra se confronter aux mêmes rudesses que celles réservées aux garçons, etc…) Et pour le coup, Daenerys était elle aussi un très bel exemple de ça. Devenir la Khalessi était une opportunité d’exister en tant que femme de pouvoir. Pourtant, à la mort du Khal, elle aussi sombre tragiquement comme tous les personnages de cette série en fin de saison. Ainsi, le fait qu’elle ressorte indemne avec ses dragons bouleverse soudainement la donne. Soudain, l’espoir semble permis à nouveau. L’expectative offerte par ce cliffhanger ne repose du coup pas du tout sur de la frustration. Et il en va de même pour le deuxième levier ici activé. Ce deuxième levier, c’est celui de la fantasy. Et là, franchement, je trouve que la série a vraiment fait fort. L’air de rien cette première saison n’était pas tant fantastique que cela. A part les marcheurs blancs, on n’avait pas vu grand-chose qui sortait de l’ordinaire. Pourtant, quelques fois, de manière astucieuse, on nous faisait des petits clins d’œil par rapport aux dragons. Un squelette ici, un récit là, mais rien qui n’impacte vraiment l’intrigue de base. Jusqu’à présent, Game of Thrones avait réussi à nous tenir en haleine sans jouer de la carte du fantastique. Et là – BAM – on introduit les dragons. Le simple d’introduire ces éléments là en cliffhanger ouvre les portes à tellement de possibilités ! D’ailleurs on ne sait pas trop à quoi s’attendre après ça. C’est tellement ouvert ! On sait juste que quelque-chose de nouveau va se produire. On sent juste que la donne fantastique va pouvoir rabattre les cartes ; que tout va devenir possible… Bref, une fois de plus, ce cliffhanger repose sur de l’espoir. Et ça pour le coup je trouve ça balèse. Je me revois d’ailleurs, debout devant ma télé lorsque j’ai vu ce cliffhanger. Je ne tenais plus en place. J’avais la bouche ouverte comme un con, les mains écartées en mode « Wooooooh ! » Pour le coup, ce genre de réaction face à une conclusion de série, j’en ai jamais eu à part à ce moment là. Enfin… Après il reste le cas particulier du cliffhanger qui est tête de ce classement… ;-)

 

1. Episode 13 de la saison 2 de Six Feet Under.

Alors oui, pour le coup on revient sur un cliffhanger tout ce qu’il y a de plus basique. C’est binaire. Nate se fait opérer. On comprend que ça tourne pas forcément super bien. Nate va-t-il en mourir ? Fin… Dit comme ça, pour qui n’a pas vu la série, c’est clair que ça n’a l’air si folichon que cela. Seulement voilà, il y a toute une remise en contexte à mettre en place. On est dans Six Feet Under là. On est quand même dans une série dont le sujet reste juste la mort. Soyons même plus précis en disant que Six Feet Under parle de la vie en prenant en considération que la mort est aussi là, prête à intervenir pour y mettre un terme, et que c’est là un aspect inévitable. Du coup, que la série se retrouve ainsi à finir une saison sur une situation aussi basique que celle-là, je trouve que ça a juste totalement du sens. Au fond, tout se résume à ça. La vie. La mort. C’est binaire. Nate sera-t-il vivant lors de la prochaine saison ? Nate sera-t-il mort ? Dans tous les cas, il y aura une saison 3. La vie continuera, du moins pour les autres. Devoir vivre avec la mort des autres, c’est juste la base de cette série. Que Nate se rajoute à la liste des défunts ne rompt en cela rien à la logique de la narration. Au contraire, cela aurait du sens. Ainsi, poser la mort d’un personnage central en guise de cliffhanger de saison d’une telle série, ça n’a pas le même sens que dans d’autres séries. D’ailleurs, dans d’autres séries, on saurait déjà que le personnage s’en sortira lors de la prochaine saison. La seule question qu’on se poserait ce serait « comment s’en sortira-t-il ? » Là, on peut très bien envisager que le personnage ne s’en sorte pas. Et d’ailleurs, la mise en scène de ce cliffhanger va totalement dans ce sens là. Limite, on laisse nous suggérer que la mort est plus envisageable et logique que la survie. Nate, à ce moment là, est dans une impasse au niveau de sa vie. Il ne sait pas où il va. Il ne sait même pas si ça le mène quelque-part. Symboliquement, le voilà qui marche le long d’une route infinie au bord du désert. Et puis un bus s’arrête à son niveau ; un bus riche de sens puisque c’est celui qui a tué son père ; le bus par lequel commence d’ailleurs la série. Au volant, son père. Il ouvre la porte. Il invite son fils à monter… Après tout pourquoi pas ? Pourquoi continuer à avancer sur cette route aride dont il ne connait pas la destination alors qu’il pourrait choisir cette solution de facilité ? Pour le coup, c’est toute la philosophie de la série qui s’exprime là. Et cette saison 2 nous laisse donc là, avec cette question, avec Nate qui attend devant le marche-pied du bus, en plein milieu de ce désert. C’est le silence, et le générique de fin se lance, sans la musique habituelle. Cette suspension, pour moi, elle va au-delà du suspense. Cette suspension, pour moi, elle relève de la question. En gros, j’ai l’impression qu’Alan Ball me dit : « On en reparlera plus tard dans la saison 3, mais en attendant pose toi la question de ce qui te rattacherait à la vie si tu étais dans la situation de Nate… » Personnellement ce type de démarche, je trouve ça juste génial. Je trouve ça juste fondamental. Et c’est aussi pour ce genre de démarche que je n’arrive pas à me défaire de cette série qui me hante régulièrement…

 

Top 5 des meilleures conclusions de série.

(Pas de spoilers ici !)

Ouais je sais c’est balèze.

 

 

5. Les Soprano.

Alors oui, pour ceux qui savent (et toi même tu sais !), c’est vrai que la fin des Soprano fait certainement partie de celles dont on a le plus discuté ! Encore aujourd’hui j’hallucine du nombre d’articles ou vidéos qu’on peut retrouver sur la toile qui y font référence (et ce Top 5 vient maintenant se rajouter à cette longue liste). Du coup, vous pourriez vous dire : « Tiens… Cette fameuse fin dont tout le monde parle… Un choix bien classique et bien logique au fond… » Bah oui mais sauf que le paradoxe c’est que, pour moi, choisir de faire figurer cette fin dans mon Top 5, ça n’a vraiment rien de logique. Et pas qu’un peu ! Parce que oui, je vous le dis tout net mais cette fin, à la base, moi je l’ai juste trouvé merdique. Mais genre de la belle merde XXL ! Sans vous raconter de quoi il est vraiment question (j’ai dis no spoilers et j’aime tenir mes engagements), j’avoue que j’ai juste été séché par ce choix juste hallucinant. A aucun moment on sent qu’on est en train d’amorcer la conclusion de la série. La fin aurait pu survenir deux épisodes plus tôt ou deux épisodes plus tard c’était pareil en terme de logique narrative et de ressenti. Là, il y a juste un putain d’écran noir brut, et puis soudain le générique de fin qui défile sans musique. Je ne sais pas si certains d’entre vous ont déjà été confrontés à cette fin, mais je sais que moi (et dites-moi si vous avez fait pareil), j’ai tout de suite pris ma télécommande et j’ai fait marche arrière, persuadé qu’il y avait eu un bug dans la matrice ou un truc qui m’avait échappé. Et je me la suis rematé trois fois cette fin, d’abord en regardant les deux dernières minutes, puis les cinq dernières, puis carrément toute la dernière moitié ! Non mais oh ! J’avais loupé quelque-chose ou quoi ? On ne coupe pas une série comme ça ! Bien sûr, quand je me suis fait ces revisionnages, je l’ai fait en prêchant en permanence contre David Chase, l’auteur de la série ! Je marmonnais que déjà sa saison 2 avait été une purge et qu’en plus de ça il s’était permis de savater le final de cette belle série ! Et puis ensuite j’ai fait ce que tout quidam du début du XXIe siècle fait dans ce genre de situation ; je suis allé sur le net ; j’ai cherché des raisons, des explications, des interprétations… Après tout, cette fin n’était pas si anodine que ça non plus. L’auteur s’attarde sur des détails qui semblent annonciateurs de plusieurs issues possibles… Et c’est là finalement que j’ai pris conscience de la force de cette fin. Ce n’est pas en lisant une analyse en particulier que je me suis soudainement rendu compte de la force de cette conclusion. Non. Au contraire, ce fut en évaluant l’étendue et la diversité des réactions et interprétations suscitées que j’ai compris toute la force – et même la pertinence – de cette conclusion. Avec cette coupure brutale, en plein milieu d’une scène, on est effectivement plongé dans une sortie d’inconnu. Peut-être que suite à cette scène il se passe quelque-chose d’atroce – une fin brutale qui vient de nulle part et qui est purement inattendue, sans logique. Peut-être qu’il ne se passe rien non plus. Et franchement, tout est possible. Pourquoi ? Parce que la série est justement comme ça. C’était au départ un procédé qui me dérangeait dans ces Soprano. Les disparitions, morts et arrestations de personnages tombaient comme ça ; sans logique narrative ; en plein milieu d’une situation qui n’avait rien à voir. Je trouvais ça d’un con ! Perdre ainsi des personnages parfois assez importants, comme ça, sans prendre la peine d’exploiter le pouvoir dramaturgique d’un tel sacrifice narratif ! Quel gâchis ! Et puis j’ai fini par trouver du charme à cette façon de faire. Parce qu’après tout, dans la vraie vie, ça tombe comme ça, sans prévenir. Et Tony, en bon individu lambda, eh bah il vit les choses aussi comme ça ; comme dans la vraie vie. Des fois il y a des trucs qui lui tombent ça dessus, sans prévenir : ce n’est pas logique ; ça casse toute sa dynamique, mais il faut le gérer au moment où ça tombe… Pour le coup ça contribuait à construire une atmosphère très particulière dans cette série. On comprenait rapidement qu’on n’était pas dans du Scorsese. Pas de schéma en mode « tragédie grecque » où un héros sombre avec les mêmes outils que ceux qui ont permis son ascension. Non. Dans Les Soprano ça peut tomber comme ça, sans raison ; à n’importe quel moment. Ça peut tomber, comme ça peut passer. Si ça passe tant mieux. Si ça ne passe pas, tant pis. C’est le game. Cette seule logique explique tellement de choses sur ce qu’est Tony et sur ce qu’est cette série. C’est cette logique là qui fait que cette série dit beaucoup de choses sur nous et sur la vie en général. Alors du coup – oui – au final, cette décision est des plus pertinentes. Rageante c’est vrai, mais pertinente. J’aurais presque envie de dire qu’elle est pertinente parce qu’elle est rageante. Si ça se trouve il ne se passe strictement rien après ce cut au noir ; j’entends par là qu’il ne se passe peut-être rien d’extraordinaire. Et si ça se trouve tout finit là, sèchement, par un acte violent, comme cela aurait pu sécher la série deux épisodes ou deux saisons plus tôt. Et je suis bien contraint de le reconnaitre, mais au final, cette conclusion, elle a fait son taf. Elle a marqué mon esprit. Elle a été signifiante comme il le fallait. Elle a également contribué à emblématiser davantage l’intégralité de l’œuvre. D’ailleurs, quand est venu le moment de penser aux meilleures fins pour cet article, c’est la première qui m’est venue à l’esprit. Oui, la première. Ça ne veut pas dire que c’est la meilleure. Ça ne veut pas dire que c’est ma préférée. Mais je trouve néanmoins que ça dit beaucoup de choses sur sa force et sa pertinence. Bref, encore une fois, M. Chase : chapeau bas !

 

4. Rome.

Après vous avoir vanté les mérites d’une « fin de merde » avec Les Soprano, voilà venu le moment de vous vanter les mérites d’une fin non consentie : celle de Rome ! Alors je sais, ça peut paraître bizarre de classer parmi mes meilleures conclusions de série une fin qui a été subie par ses auteurs, la faute notamment à un budget trop gourmand par rapport au public agrégé. D’habitude, ce genre de situation, ça donne lieu à des cliffhangers jamais satisfaits ; à une intrigue interrompue en plein en plein élan ; bref à énormément de frustrations et de gâchis (Deadwood, Utopia, mais ralalah quoi !) Mais je tiens à vous rassurer tout de suite : si je fais figurer cette fin de Rome à la quatrième position de ce classement, ce n’est pas parce que je trouve que « oh bah finalement ils ne s’en sortent pas si mal que ça en fait ! Chapeau les artistes ! » Non – et c’est même tout le paradoxe de cette conclusion de série – je considère personnellement qu’en fin de compte, elle n’aurait pas pu mieux se terminer que cela. Alors après – c’est vrai – Rome a visiblement eu cette chance par rapport à tant d’autres séries que de connaître son non-renouvèlement PENDANT le tournage de la saison 2, ce qui a certainement permis aux auteurs de bricoler une fin à la toute dernière minute. Mais bon, quand même ! Pour un bricolage, c’est un bricolage d’orfèvre, parce que j’en suis malgré tout arrivé au point de me dire que cette série n’aurait pas pu finir mieux. Bah oui, même si je vais forcément m’interdire de rentrer dans les détails parce que « no spoilers » oblige, je vais quand même vous expliquer pourquoi je trouve cette conclusion absolument remarquable. La première, c’est qu’à finir ainsi en se penchant sur des quidams de l’époque romaine – des personnages lambda que l’Histoire ne retiendra pas – la série plante définitivement le clou de ce qui a su faire sa force, son originalité et sa pertinence à l’époque de sa sortie. Cette force, c’est d’avoir abordé une question historique sous l’angle de l’Histoire totale. L’Histoire totale, c’est considérer que les périodes passées étudiées ne se limitent pas qu’aux dirigeants politiques et qu’aux grands événements marquants. L’Histoire totale, c’est dire qu’il y a aussi tout un quotidien à explorer : des lieux de vie ; des pratiques même dans les classes les plus basses ; des cultures et des pensées qui changent selon les endroits que l’on explore… Or, tout au long de son déroulement, la série Rome a su faire ça. Elle a su poser les dirigeants politiques et les grands événements de la période César / Auguste, mais elle n’a pas oublié de regarder tout cela sous toutes les coutures. Commencer en pleine bataille d’Alesia, mais au milieu des simples soldats, et non en compagnie des consuls et autres officiers, c’était brillant. Finir en s’attardant sur ces mêmes personnages lambdas plutôt que de rester parmi les puissants, c’est finalement merveilleusement boucler la boucle. Et attention : je ne vante pas les mérites de cette conclusion juste pour la belle symbolique. Non. Je trouve que ça dit vraiment quelque-chose de particulier de cette série. Mieux encore, je trouve que ça offre un regard vraiment riche de sens et pertinent sur ce qu’a vraiment été cette période cruciale de l’Histoire romaine ; pour ne pas dire sur l’Histoire en général. Au fond, tous ces conflits, coups d’Etat et manœuvres politiques ne nous apparaissent que ce pour qu’elles furent depuis le départ : les conséquences d’avidités personnelles générées par des personnages totalement esclaves de leur conditions sociales. Or, à côté de ça ; à côté de ces gens qui sont davantage les jouets de l’Histoire plutôt qu’ils n’en sont vraiment les auteurs ; il y a ces deux quidams ordinaires. La tentation de rentrer dans ce jeu infernal existe, mais le plus expérimenté des deux – celui qui durant tant d’années fut le témoin involontaire d’une Histoire politique qui ne l’intéressait pas – celui-là incite l’autre à prendre un autre chemin. Tous deux, ils vont prendre LEUR chemin. Ils vont écrire LEUR histoire. Une historie qu’ils auront choisie ; une histoire qui sera dictée par leur envie… Certes, cette histoire ne saura être relatée dans les siècles et les millénaires qui suivront. On l’oubliera. On l’a d’ailleurs oubliée. Mais cette histoire fait pourtant aussi partie de l’Histoire. Ces gens là aussi ils ont été Rome. Mieux encore, la série nous laisse même à penser que Rome se retrouvait bien plus dans toutes ces petites histoires qu’on a oublié que dans cette grande Histoire au fond bien pauvre et bien stérile. Moi, franchement, quand je termine une série historique sur une posture aussi pertinente que celle-ci, je ne vois même pas ce que je pourrais espérer de plus derrière. Alors OK, ils auraient pu en faire une saison 3 de cette série Rome, mais cette belle conclusion n’a même pas fait naître chez moi la frustration de ne jamais pouvoir la voir. Ce sentiment de complétude, ça, pour moi, c’est tout ce qui fait la beauté des plus grandes conclusions…

 

3. Six Feet Under.

Au risque de commencer à vous faire vous questionner sur la cohérence de mes choix, je préfère malgré tout l’annoncer tout de suite : cette fin de Six Feet Under, je lui trouve une plâtrée de défauts et pas qu’un peu. Oui, je sais : après vous avoir parlé d’une fin que j’ai qualifié de merdique et de rageante, après avoir vanté les mérites d’une fin forcée et subie par ses auteurs, voilà que j’enchaine avec une autre fin que je juge plus que discutable, et cela sur bien des points… Et si encore une fois, je vais m’efforcer d’être le plus évasif possible pour ceux qui n’ont pas vu cette série et qui comptent la voir – rassurez-vous ! – je vais quand même vous expliquer pourquoi au milieu de tous ses défauts, cette conclusion de Six Feet Under, je la trouve remarquable. D’abord, comprenons-nous bien, ce qui me dérange vraiment dans cette fin, c’est surtout son aspect technique. Disons que le choix qui a été pris pour finir cette série a impliqué pas mal de maquillages, de nécessaires sous-entendus et autres hors-champs, ainsi que pas mal de « projections » en termes de rendus visuels qui font que j’ai juste tiqué une bonne quinzaine de fois sur une séquence qui, en tout et pour tout, doit durer trois grosses minutes. Et franchement – on ne va pas se le cacher – quand l’une des séries les plus marquantes de votre expérience de cinéphile se conclut par une rafale de petites grimaces, avouons-le, ça la fout mal. Pour moi, la qualité d’un artifice formel se jauge avant tout à cette capacité qu’il a à faire oublier qu’il est un artifice. Or là, c’est tout l’inverse qui s’opère. Là, on voit l’artifice, et limite on ne voit que ça… Mais bon, seulement voilà, quelle audace et quelle cohérence de finir ainsi ! Je rappelle pour ceux qui l’ignorent ou qui l’auraient perdu de vue, que Six Feet Under est quand même une série qui se passe au sein d’une famille de croque-morts. Cette série, c’est clairement une série qui regarde la mort, notre mort, notre mort à tous… Et franchement, après coup, je ne voyais pas meilleur moyen de conclure une telle série. Pour le coup, cette conclusion parle de mort. Elle parle même de morts. Mais elle en parle de la manière la plus universelle et la plus clairvoyante qui soit. Elle n’est pas forcément un drame. Elle n’est pas forcément triste. Elle est juste une évidence. Elle est juste une composante de notre histoire. Mieux encore, une composante indissociable de notre vie… Et voilà comment, en rappelant que la mort, quoi qu’il arrive, sera la conclusion de tous ces personnages, voilà comment cette série parvient à nous rappeler que la mort en elle-même n’est finalement que peu de choses ; que nous-mêmes d’ailleurs – tous autant que nous sommes – nous ne sommes au final que peu de choses au regard du temps qui passe. Cette fin, elle nous rappelle les fondamentaux. Elle nous rappelle la brièveté de la vie. Elle nous rappelle la fin évidente. Elle nous rappelle l’éphémère de tout. Elle nous rappelle pourquoi il faut tenir plus que tout à ce qui est encore là mais aussi pourquoi il faut savoir aussi s’en détacher et s’en éloigner pour vivre autre chose. Au fond, cette fin, son aspect technique, je l’oublie vite. Et quand je me suis refait cette série une deuxième fois quelques années plus tard, ce détail ne m’a même plus marqué. Le propos était tellement fort, pertinent et juste, que je n’ai pu que valider ce choix au fond de moi et chialer comme un gosse. Aujourd’hui je ne vois pas comment on aurait pu finir cette série autrement. Oui, je l’affirme : cette fin est même pour moi l’un des moments les plus forts que j’ai pu connaître devant une série ; peut-être même plus intense en termes d’émotion que les fins qui suivent dans ce classement. Bref, un must

 

2. Battlestar Galactica.

Après avoir dit que la fin de Six Feet Under était sûrement la plus intense des fins que j’ai connu en termes d’émotions, vous pourriez vous demander ce que fout cette conclusion de Battlestar Galactica juste devant au classement ! Comment une fin pourrait être meilleure en étant moins intense émotionnellement ? Eh bah, personnellement, je pense qu’il y a parfois plus intéressant que l’intensité, tout comme je pense qu’il y a parfois mieux que l’émotion. Concernant ce Battlestar, c’est sur la réflexion, le vertige et la satisfaction que j’ai fini par être conquis. Et l’air de rien, c’était loin d’être gagné au regard du récit qui avait été lancé. Parce que oui, quand on prend bien le temps d’y regarder, cette série s’était quand même risquée sur énormément de pistes, jouant plusieurs cartes en même temps. A la fois la série abordait un aspect allégorique et réflexif sur la société américaine d’aujourd’hui, mais en même temps elle n’avait pas peur de jouer la carte du mystique et du lyrique, cherchant presque à nous faire toucher du bout des doigts ces visions vertigineuses que certaines grandes œuvres de science-fiction ont su parfois nous offrir. Vous savez, je parle de ces moments où, face à une œuvre, on ressent à quel point tout ça nous dépasse même si d’un autre côté, on a l’impression d’avoir été des spectateurs privilégiés qui, l’espace d’un instant, ont su percevoir et comprendre une infime partie de cette remarquable horlogerie… Mais bon, à se risquer sur autant de chemins à la fois, Battlestar prenait donc cet énorme risque de tout simplement passer à côté de sa fin. L’enjeu devenait énorme. L’attente aussi. Il y avait en plus une double voie qui s’offrait à Ronald D. Moore au vu de la manière dont il avait mené sa grande fresque : soit fournir la fin attendue et ainsi ne frustrer personne ; soit oser la rupture et la surprise et ainsi éviter une fin molle et sans panache. Vous me connaissez, j’aime l’audace, et pourtant j’ai admiré le fait que Ronald D. Moore sache trouver un habile entre-deux. Parce que bon, après quatre saisons de hype sur la guerre Humains / Cylons d’un côté et autant d’heures et d’épisodes à nous tenir en haleine avec les mystères du mythe terrien de l’autre, j’avoue que j’aurais super mal vécu le fait qu’on ne nous offre aucune grande bataille finale avec une explication à la clef. C’était certes attendu et prévisible, mais pour moi, on ne pouvait pas y échapper. J’aurais hurlé si on y avait échappé ! (Perso, je ne voulais pas revivre une conclusion « Evangelion ». Parce que bon, l’audace ça va deux secondes quand-même !) Donc pour moi, ça a été un très bon point que Ronald D. Moore sache faire le taf sur cette question là. Pour moi sa conclusion est un très bel exercice de spectaculaire, de montée en tension, de fan-service et de logique d’apothéose. Et puis ce qu’il y a de beau là-dedans, c’est qu’une fois fait tout ce qu’on attendait de lui, Moore vient nous surprendre. Cette conclusion, elle apporte un élément qui n’était pas forcément attendu, mais qui accomplit quand même ce qu’on attendait d’une œuvre d’une telle ampleur. A la fin, cette œuvre questionne notre place à nous dans l’univers ; elle pose ce vertige que je ne peux m’empêcher de rechercher dans chaque œuvre qui se risque à parler d’univers. C’est clair, net, sans bavure. J’ai ressenti un sentiment de complétude après cette conclusion, mais quelque-chose d’assez unique en son genre. J’avais l’impression que tout ce qui devait être dit avait été dit. J’avais l’impression que cette série n’avait rien laissé en jachère. J’avais l’impression que le timing et le tempo avait été parfait. Ça finit au bon endroit, au bon moment. Ni trop tôt ni trop tard. Une fin telle que je les aime. Une fin tellement parfaite que – je l’avoue – j’ai ressenti un vide hallucinant le lendemain de son visionnage. Je savais que ce soir-là, je n’aurais pas mon shoot de Battlestar. Je savais que tout avait été conclu en apothéose. Je savais que l’aventure était complète, qu’elle avait fourni cette sensation que j’avais recherché chez elle, et qu’il fallait désormais que je me contente de ça, car elle ne saurait désormais ni m’apporter plus, ni m’apporter moins. Franchement, ça, moi, je trouve ça juste phénoménale. Chapeau l’artiste…

 

1. The Wire.

Et voilà pour moi LA fin ultime. La meilleure manière de conclure une série… The Wire… C’est en pensant d’ailleurs à cette fin, et en décidant de la disposer en tête de ce classement, que je me suis rendu compte de ce qui, pour moi, faisait vraiment la qualité d’une conclusion. Pour moi, la qualité d’une conclusion, elle dépend vraiment de la cohérence globale de la construction du récit. On ne peut pas avoir de bonne conclusion si le récit est parti en sucette la plupart du temps. Ou plutôt – pour être plus précis – une conclusion n’aura que d’autant plus de force que si elle vient parachever une narration exemplaire de bout en bout. Pour moi, la fin de ce The Wire, c’est ça : une conclusion exemplaire pour un récit exemplaire. Pour ceux qui ont lu les Tops précédents, notamment celui concernant les meilleures dynamiques de séries saison par saison, vous devez certainement vous rappeler que j’avais déjà exprimé toute cette fascination qu’avait été la mienne face à une telle construction de récit. A chaque saison, un angle d’approche différent, des personnages nouveaux ou développés autrement, mais toujours une unité qui s’opérait au travers de ce qui était au fond le cœur du sujet : le lieu ; la ville ; Baltimore. Or là – encore une fois sans trop vous en dire – j’ai juste vécu cette fin comme si j’étais dans un espèce d’état d’apesanteur. Après avoir passé cinq saisons à me présenter chaque recoin et chaque subtilité du lieu, la série, comme lors des conclusions de saisons précédentes, se décide à nous faire faire un petit tour. Quelques paysages. Quelques images. Quelques personnages… Tout ça visant à construire en nous une image unitaire et subtile de ce qu’on sait voir désormais de ce grand patchwork qu’est Baltimore. Mais là où cette conclusion finale de saison 5 sait apporter quelque-chose de supplémentaire par rapport aux conclusions des précédentes saisons, c’est dans cette capacité à nous signifier ce qu’est le véritable propos de ce The Wire. A la fin, après moult changements et bouleversements, tout reprend sa place, la boucle est bouclée, les acteurs changent mais les rôles restent les mêmes. Magnifique incarnation du propos social soutenu par cette série. Ce qui n’est que théorie devient évidence. Mieux encore, la série parvient à nous faire prendre conscience de toute la difficulté qu’il y a à changer cet état de fait qui, pourtant, ne satisfait personne. Une conclusion lucide, subtile, pertinente. Bref, une conclusion brillante pour une série qui ne l’est pas moins…

 

 

 

Top 5 des meilleures séries.

 

 

5. The Leftovers.

Là ça y est : on arrive enfin dans le dur avec ce Top des cinq séries qui, après dix ans de visionnages, m’ont le plus marqué. Et je suppose qu’en découvrant ce The Leftovers sur la plus petite marche de ce classement vous êtes en train de comprendre un petit peu ce qui sera ma logique. The Leftovers, je ne l’ai cité qu’une seule fois dans tout cet article. Or bien d’autres séries ont été citées de multiples fois et ne figureront finalement pas dans ce classement final. Pourquoi ? Bah parce que tout simplement une œuvre n’est pas qu’une simple somme de données quantitatives. Et là, pour le coup, si je prends ce The Leftovers pour ce qu’il est, pour ce qu’il transmet, pour l’impact qu’il a eu sur moi, alors je me dois de me rendre à une évidence : cette série fait désormais clairement partie de mon panthéon personnel. Alors forcément, je prends un risque en posant cette série là sur mon podium car, contrairement aux autres qui figureront par la suite, The Leftovers n’est pas fini au moment où je rédige cet article. Il reste une saison à diffuser. Peut-être que ce que j’en verrai remettra en cause ce que je vous dis là. Peut-être qu’au contraire cela le confirmera. En tout cas c’est un fait, j’adore The Leftovers. Cette série me hante. Mieux, elle me parle. Alors après, je le reconnais : c’est une série dans laquelle il n’est pas forcément facile de rentrer. Nous plonger comme ça dans le quotidien d’une petite ville qui vient de connaitre, comme le reste du monde, une disparition mystérieuse d’une partie de sa population, forcément ça interpelle. Il y a là-dedans quelque-chose d’un peu fantastique et, forcément, pour des gens comme moi, ça nous conduit sur quelque-chose de scabreux. D’ailleurs, personnellement, je reconnais que j’ai traversé les deux premières saisons sur des œufs la première fois où je les ai vues. L’intrigue aime tellement flirter avec l’ambigüité qu’à tout moment, je ne me sentais pas à l’abri d’une révélation à la con en mode : « finalement tout ça c’est un coup de Dieu / des extra-terrestres / du gouvernement illuminati / des Raëliens… » Et puis finalement rien de tout ça. Au contraire, la force de la série est de savoir jouer de cette ambigüité. Elle en joue d’autant mieux qu’elle utilise cette ambigüité pour explorer ce qui est pour moi le cœur du propos : notre vulnérabilité. Notre rapport à la mort, notre rapport à la vie, notre rapport à la norme, notre rapport à l’autre… Tout cela est en permanence questionné par cette vulnérabilité qu’instaure cette possibilité qu’à tout instant, une nouvelle disparition de masse survienne… Or, comme vous avez pu le constater en me lisant tout au long de cet article, ces thématiques là, moi, elles me parlent beaucoup. Et oui, c’est sûrement parce que cela parle de ça et que ça me brasse sur ces questions que The Leftovers figure au final en cinquième place de mon classement. Une place à mon sens grandement justifiée…

 

4. Breaking Bad.

Cela pourra en surprendre quelques-uns, surtout après avoir lu l’intégralité de cet article mais – oui – je ne place ce Breaking Bad qu’en quatrième position. Pourtant c’est vrai, je n’ai jamais cessé de la citer cette série. Excellent générique ; excellents personnages ; excellente écriture ; excellente mise en scène… Tout est parfait dans cette série… Et vous savez quoi ? Oui, je pense que d’un point de vue purement formel, que ce soit aussi bien dans l’écriture que la technique pure et dure, cette série est certainement – au jour d’aujourd’hui (6 avril 2017) – la meilleure série qui n’ait jamais été faite. Oui – et je le dis parce que je le pense sincèrement – les trois séries qui devancent Breaking Bad dans ce classement sont pour moi beaucoup plus perfectibles et critiquables que ne peut l’être cette série. Alors du coup, la question qui pourrait se poser, c’est « pourquoi ne pas l’avoir mis premier alors ? » Eh bien tout simplement parce que ce qui est dit et montré me parle moins. Faire une peinture au vitriol du pathétisme humain qui est en nous, ça me parle certes, mais ça me parle moins. C’est tout. Et pour le coup c’est vraiment la seule raison qui explique que ce Breaking Bad ne soit QUE quatrième de ce classement. Mais bon, d’un autre côté, il est quatrième quand même ! Des séries, je m’en suis quand même bouffé des plâtrées. Il en existe de très bonnes que je n’ai d’ailleurs pas citées dans cet article, et d’autres excellentes, que je vénère d’ailleurs, et qui ne finiront pas dans ce classement. Donc, oui, quand même, si je mets ce Breaking Bad en quatrième position, c’est que ça signifie vraiment quelque-chose pour moi. Parce qu’au fond, même si ce que dit cette série n’est pas forcément ma tasse de thé, je trouve qu’elle le dit excellemment bien. C’est peut-être même ça la force des grandes œuvres d’art : parvenir à faire dire quelque-chose d’intéressant et de captivant même sur des sujets ou des thématiques qui ne nous parlent pas. Là, parce qu’on a une lecture de l’humain et une construction des personnages qui est vraiment brillante ; parce que surtout on a un sens de la narration qui est juste inégalé en termes de minutie et de pertinence : on se retrouve face à un spectacle qui est juste fascinant. Alors après – petite précision quand même pour qui ne s’y est pas encore risqué – je trouve quand même que la saison 1 n’est pas forcément représentative de ce qui nous attend pour le reste. Cette saison, elle se contente juste de poser les choses, de nous ménager, de préparer le terrain… Mais bon, une fois lancé dans la saison 2, la bascule s’opère, et alors là, on se met à nous refiler de la pure de chez pure. Ne serait-ce que pour sa forme, et sa véritable démonstration de talent à l’état brut, cette série mérite d’être vue. Des œuvres comme ça, virtuoses, elles ne peuvent pas laisser indifférent. Cette série, il est évident qu’elle va marquer l’Histoire du monde sériel pendant longtemps, tout comme elle a marqué ma « cinéphilie ». Voilà donc pourquoi je la place quatrième dans mon classement…  

 

3. Battlestar Galactica.

Oui. Je sais. J’en entends déjà quelques-uns qui, malgré le fait qu’ils aient apprécié cette série, doivent hurler à l’hérésie au simple fait que je fasse figurer Battlestar Galactica devant Breaking Bad. Le pire, c’est que je validerais sûrement tous les arguments qu’ils me sortiraient. Ils me diraient que l’histoire globale comporte quand même pas mal de trous d’airs, et je serais d’accord là-dessus. Ils me diraient aussi qu’en termes de réalisation, il n’y a rien de génial et que visuellement les effets spéciaux ont quand même pas mal vieilli, chose qui n’ira pas en s’arrangeant… Et là encore je serais d’accord. Enfin, ils me diraient que si l‘ensemble reste convenable en termes d’écriture, on n’atteint quand même pas le niveau d’excellence des grandes séries phares… Et là, toujours, je serais d’accord. Les personnages de Battlestar sont-ils marquants ? Quelques-uns ont une gueule, c’est vrai, mais aucun n’est véritablement un trésor d’orfèvrerie d’écriture. D’ailleurs, à part les quelques personnages clefs, le reste est quand même assez fade et lisse. Est-ce qu’on finit un épisode en se disant : « la vache rien n’est à retoucher en termes de rythmes et de narration ? » Personnellement, ça ne m’est jamais arrivé… Alors du coup, la question pourrait se poser : « Pourquoi ? » Oui c’est vrai ça : pourquoi placer ce Battlestar Galactica si haut si c’est pour lui reconnaitre une qualité moindre que les deux séries citées précédemment. Eh bah pour ma part, la raison est encore et toujours la même. Battlestar Galactica surpasse pour moi, dans mon cœur, The Leftovers et Breaking Bad juste pour une raison : sa globalité. Quand je prends cette œuvre dans sa globalité, son propos, son histoire, le ressenti qu’elle fournit m’ont beaucoup plus parlé et touché que les deux autres séries susnommées. Alors certes, le simple fait que, déjà, ça se passe dans l’espace, ça joue beaucoup. Vous en penserez ce que vous en voulez ; que je suis un gros geek qui adore se plonger dans des univers technologiques qui nous font fuir notre réalité ; c’est peut-être vrai… Le fait est, qu’effectivement, je trouve que l’exploration spatiale est une thématique qui permet des histoires assez fulgurantes en termes de réflexion et de ressenti quand – bien évidemment – elles sont bien traitées. Or, pour moi, ce Battlestar Galactica est parvenu à combiner tous les éléments que j’avais su apprécier dans les autres œuvres de science-fiction vues jusqu’à présent, parvenant à les synthétiser en mieux. Pour le coup je trouve que cette série a beaucoup fait avancer le genre et, même si au final l’œuvre est perfectible, on ne peut pas lui retirer le bon substantiel qu’elle lui a fait faire.  Parce qu’en gros, Battlestar est loin de se réduire à une simple guerre galactique entre Humains et Robots comme il serait facile de le réduire. Si c’était à ça que vous limitiez votre vision de cette série, alors franchement, ajustez votre approche car Battlstar Galactica c’est beaucoup plus que ça. Pour le coup, comme je venais de vous le dire, pour moi cette série c’est la quintessence même de ce qu’est la vraie science-fiction, c’est-à-dire qu’on se projette ailleurs, à la fois dans le temps et dans l’espace, pour questionner notre réalité, mais selon un angle plus universel, moins dépendant d’une époque ou d’un contexte particulier. Or, Battlestar sait faire ça. A travers ses douze colonies, il arrive à reconstituer les enjeux et les particularismes du système américain. Il nous fait revivre par procuration les grippages du système fédéral, la Guerre de Sécession, le 11 septembre, le Patriot Act… Il se risque même à des écarts vers d’autres pends d’Histoire que celle des Etats-Unis, notamment en posant aussi une situation qui questionne ce qu’est l’occupation et les conséquences que cela entraine. Et ce qui est fort dans Battlestar Galactica, comme j’ai pu le dire en abordant plus haut la question de sa conclusion, c’est qu’au-delà de ça, cette série parvient à étendre ces sujets sur des dimensions beaucoup plus profondes et philosophiques. Qu’est-ce que l’Humain ? Vers quoi est-il amené à évoluer ? Est-il vraiment libre du chemin sur lequel il est lancé ? Sur tous ces points là, Battlestar m’enchante. D’ailleurs Battlestar m’a vraiment laissé une marque indélébile dans ma cinéphilie mais aussi, contrairement aux deux séries suscitées, Battlestar a surtout laissé une marque indélébile dans ma pensée, dans ma manière de voir le monde, et dans ma manière de voir l’Humain. Ça, d’ailleurs, c’est le dénominateur commun des trois séries qui trônent sur les trois marches de ce podium. Battlestar est donc troisième. Je vous laisse découvrir quels sont les deux autres…

 

2. The Wire.

Je pense que les puristes se seraient étonnés de ne pas voir figurer cette série dans mon classement, surtout après l’avoir mentionné tant de fois. J’en imagine même certains qui se demanderont comment une série comme celle-là ne peut se retrouver qu’en seconde place. Parce que oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, The Wire jouit quand même d’une sacrée notoriété au sein de la communauté d’adorateurs de séries, et pour le coup, ce n’est pas moi qui vais les contredire. D’ailleurs, j’aurais du mal à dire quelque-chose de plus que ce que j’ai déjà dit auparavant sur cette série. La pertinence du propos, de la progression saison après saison, de la conclusion, pour moi tout est parfait. Certes, techniquement, la série remonte à une période qui la rend aujourd’hui plus que perfectible. Je serais d’ailleurs d’accord avec ceux qui diraient qu’il est rude de se lancer dans la première saison. C’est vrai qu’aussi bien dans la forme que dans le fond, on peut avoir du mal à voir l’intérêt de cette série. Mais là encore, c’est la vision globale de l’œuvre qui en fait toute sa force. Et pour le coup, l’impact de The Wire est d’autant plus fort qu’il se risque à une lecture subtile très proche de notre réalité. Alors entendons-nous bien : je n’aime pas The Wire parce qu’il y a un côté plus « réel » que dans les autres. Non. Pour moi cet argument n’a jamais été pertinent. Par contre je dois bien reconnaître qu’il est plus difficile de faire une série qui prenne aux tripes en jouant pourtant des effets du réel. Ainsi, oui, The Wire fournit quand même une lecture sociologique puissante, d’autant plus puissante qu’elle est prenante. Là, avec cette série, certains discours prennent du sens ; certaines réalités s’incarnent… Rien que pour cela, moi, cette série, je la trouve juste BRILLANTE.

 

1. Six Feet Under.

Je ne vous le cache pas, ce choix de mettre Six Feet Under en première position, on peut difficilement le comprendre si on n’a pas vu cette série au moment de sa sortie. Parce que c’est vrai – et je le concède volontiers – cette série n’a pas eu la chance de sortir à une époque où l’excellence des standards formels et d’écriture étaient déjà installés dans le monde de la série. Le pire, c’est que pour le coup, ces standards que nous connaissons aujourd’hui, Six Feet Under a grandement contribué à les installer parce que, pour son époque, cette série, ce fut juste une claque. Aujourd’hui même, pour des gens comme moi, Six Feet Under reste encore une claque. C’est même LA claque. Alors oui, on pourrait me reprocher ça : le fait que je fasse dépendre ce Top un peu trop de mon affect et de mon histoire personnelle. Parce que oui, c’est vrai : Six Feet Under fut la première série que j’ai vraiment suivi assidument, du moins si on exclut toutes celles que j’ai suivi dans une logique plus adolescente. Et parce qu’elle fut la première série, Six Feet Under a forcément une place particulière dans mon cœur. Il se trouve aussi qu’en découvrant cette série au début de la vingtaine, celle-ci a initié toutes sortes de questionnements et de sensibilités qui auraient pu être initiés par autre chose si je l’avais vu plus tard. Donc oui, c’est vrai, parce que Six Feet Under parle de la mort ; parce qu’elle parle de la vie à travers la mort ; et parce qu’elle a su le faire à un moment particulier de mon existence, cette série en est du coup devenue ma série phare ; une série-clef dans mon existence. Donc oui, quand je mets Six Feet Under en première position de ce Top, c’est parce que, pour moi, cette série a une place particulière ; une place qu’elle ne pourra peut-être jamais occuper pour vous en raison des changements de standards et du moment où vous allez la découvrir… Malgré tout, par rapport à cela, j’aurais deux choses à vous dire. D’abord, je vous dirais qu’aucune confrontation à une œuvre n’est objective et indépendante de ce que l’on est au moment où on la découvre. Donc oui, mon classement est fondé sur un angle très subjectif et impersonnel, mais je pense qu’on ne pourra jamais se défaire de cette logique là. Et l’autre chose que j’aurais à vous dire c’est que, tout subjectif que soit une expérience de série, elle n’en reste pas moins basée sur des éléments tangibles. Ce n’est pas que le hasard non plus qui m’a fait aimer Six Feet Under. Non. Pour moi, malgré la forme parfois désuète (mais qui selon moi tient encore très bien la route aujourd’hui), il y a une excellente écriture des personnages ; un regard très pertinent porté sur l’Humain. Moi ce que j’adore notamment, c’est qu’à aucun moment Alan Ball ne nous donne des clefs pour classifier ses personnages dans des cases préconçues. Non, il faut apprendre à les connaître et les appréhender comme de vrais êtres humains croisés dans la vie de tous les jours. Découvrir la série avec quelqu’un est d’ailleurs une expérience très intéressante puisqu’on se rend vite compte que personne n’interprète tous les personnages de la même manière, et ce qui est fort, c’est que jamais personne n’aura vraiment totalement raison ou totalement tort. Je trouve ça juste remarquable de justesse. D’ailleurs, c’est un petit peu sur cette idée là que je vais sûrement conclure ce classement, et donc avec lui ce long article sur mes dix premières années de découvertes sérielles. Avec cet article, je me suis juste contenté de vous livrer une vision du monde des séries ; des pistes d’exploration ou de réinterprétation. Ai-je raison ? Ai-je tort ? A dire vrai, on ne saura jamais. Ou plutôt si : on sait déjà. On sait déjà que tout cela n’est qu’une question de point de vue et que, ce qui compte, c’est ce que, VOUS, vous allez faire après cet article. Allez-vous partir à la découverte de nouvelles séries ? Allez-vous en revoir certaines déjà visionnées par le passé ? Ou bien allez vous juste vous contenter d’une petite méditation avant de repasser à autre chose ? Quelque sera votre choix, il sera forcément le bon. La vie est trop courte pour qu’on se contraigne à se fier à l’expérience des autres sans tenter de se construire son expérience à soi… Donc longue vie à vous chers lecteurs, et quel que soit ce que vous avez retenu de cet article, continuez à vous faire plaisir dans vos explorations de séries…

 

 

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Publié par L'homme-grenouille
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commentaires

Le Nouveau Cinéphile 15/05/2017 21:39

Salut Homme-Grenouille !

Je n'apprends qu'en mai que tu avais fini cet article (ça m'apprendra). Une fin excellente dans tous les cas. Je n'ai pas été déçu !

L'homme-grenouille 29/05/2017 19:20

...Et moi je te réponds avec plus d'une semaine de retard donc c'est encore plus la lose !
Merci pour ton commentaire. Content que ça t'ait plu.
Franchement, je ne pensais pas que ça me demanderait autant de temps !
J'y repenserais la prochaine fois que je m'y collerai !
A la prochaine !

Arthur 19/04/2017 16:41

Salut, dans tes meilleures séries pour Battlestar Galactica, tu t'ai trompé tu as repris le même article que pour tes fins préférés.

L'homme-grenouille 20/04/2017 23:38

Ah Twin Peaks ! Honnêtement c'est vrai que la concurrence a été rude.
Disons que la saison 2 de "Twin Peaks" a été beaucoup trop inégale à mon sens pour faire le poids avec ce qui se fait aujourd'hui.
Même chose pour "Les Soprano" : la saison 2 a été pour moi une purge, et la saison 3 a été juste potable. Pour moi cette série fait partie de ces séries de transition qui ne maitrisaient pas encore les rythmes au cordeau des séries plus récentes.

Je t'avoue que je ne sais pas ce que j'aurais fait figurer si j'avais fait un top 10. Même pas sûr que j'y aurai fait figurer ces deux séries... "Rome" y aurait été. "Fargo" aussi je pense. "Black Mirror" peut-être... Enfin bon, je t'avoue que je ne suis pas plus posé la question que cela.

Sinon, pour la question des personnages les plus drôles, je t'avoue qu'effectivement l'idée est intéressante.Mais étonnamment, même après y avoir réfléchi un petit peu, je n'arrive pas à me faire une liste dans ma tête... Les seuls personnages qui me viennent en tête sont en fait des personnages que j'ai déjà cité (Barney Stinson et Jason Stakehouse notamment) donc bon...

Après, écoute, je vais y réfléchir, et si quelque-chose de signifiant me vient, alors je n'hésiterai pas à compléter cet article.
Merci en tout cas pour ton commentaire et à bientôt sur ce blog.

Arthur 20/04/2017 22:42

C'est assez étonnant de ne pas voir twin Peaks en 5 ème place à la place de The Leftovers. Après peut être qu'il aurait été dans un top 10 avec "soprano" par exemple. Et les tops sont géniaux, mais ça manque un peu de point spécial humour je pense. Par exemple les personnages les plus débiles, loufoques. Ou tout simplement un peu de série comique.

L'homme-grenouille 20/04/2017 00:20

Ouf ! C'est corrigé !
Merci de m'avoir signalé ce problème !
Peut-être à une prochaine fois sur ce blog !

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