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15 avril 2006 6 15 /04 /avril /2006 19:24
 Je ne suis pas trop blog dans l'âme à l'origine, mais s'il y a bien un sujet qui m'a poussé à créer celui-ci c'est bien 2001 ! (… et merci à ce cher NoHsec de m'avoir incité si chaleureusement à le faire !) Pourquoi 2001 ? Tout simplement parce que c'est un film dont la complexité n'a d'égal que la magnificence, et qu'il est bien dommage que cette première qualité empêche beaucoup de spectateurs d'avoir accès à la seconde.

 

  J'en ai lu des critiques de spectateurs dubitatifs, soit parce qu'ils trouvaient ça long et ennuyeux, soit parce qu'ils n'y comprenaient pas grand-chose. En un sens c'est normal : 2001 est une œuvre tellement atypique, un film auquel on est si peu préparé, qu'il est logique qu'on reste circonspect quand on le découvre. Moi le premier, j'avoue que je ne savais pas du tout quoi penser de ce film après l'avoir visionné. Je ne voyais pas ce que Kubrick voulait vraiment faire passer comme idée et, si ça peut rassurer tout le monde, ce fut également le cas pour les plus grands noms du cinéma. En effet, dans le documentaire Kubrick, a life in pictures, des cinéastes de génie comme Scorsese ou encore Woody Allen reconnaissaient qu'ils n'avaient rien compris à 2001 en sortant de sa première projection !

 

     

 

  2001 fait partie de ces films qu'il faut savoir digérer. C'est le propre des grandes œuvres de ne pas être accessibles immédiatement. Ce qu'elles apportent est tellement novateur, leur forme est tellement atypique, que sur le coup elles nous déroutent. On est tous tellement formatés, sans s'en rendre compte, par les codes du cinéma occidental, qu'on est très vite déstabilisés lorsqu'un film s'ose à sortir de ces codes. C'est pour cela que j'invite par cet article tous ceux qui ont tiré une croix sur ce film, de se risquer à le revoir une deuxième fois, et de s'efforcer à comprendre cet étrange sentiment qui naît en chacun de nous à la vision de ce film. Alors la beauté de 2001 pourra vous apparaître.

 

  Car au fond, quelle était finalement la prétention de Kubrick en faisant ce 2001 ? L'objectif du cinéaste n'était en rien de chercher à définir ou à expliquer le sens de la vie ou ses finalités, il cherchait juste à rendre intelligible cette notion si abstraite qu'est le dépassement. Toute la démarche de 2001 est là : faire ressentir que l'Homme est le jouet d'une logique invisible, d'une force universelle qui le pousse sur un chemin qui le dépasse totalement. L'enjeu était énorme et les écueils nombreux : il fallait être en mesure de condenser dans un film l'intégralité de l'évolution de l'humanité tout en parvenant à faire ressortir cette force si mystique que 2001 cherche justement à mettre en avant.

 

 

  Le plus grand risque que courait ce 2001, c'était de briser son ambition universaliste. Il aurait été en effet si facile de fermer le film à une grande partie du public en s'embourbant dans des allégories théologiques ou autres erreur du genre, et c'est là que le monolithe noir prend toute sa dimension. Ce monolithe, c'est l'allégorie la plus universelle qui puisse être du dépassement : c'est du mystique pur, sans aucune possibilité d'interprétation par sa forme ou par sa couleur. Le monolithe est l'universel absolu car il est ce qu'on pense qu'il est, ou ce qu'on veut qu'il soit.

 

  

 

  2001 est de ces films qui demandent une intériorisation de la part de celui qui le voit, et c'est cela souvent qui gène le spectateur lambda. Ce que nous propose la plupart du temps le cinéma occidental ce sont des films où le spectateur est passif, où il se contente de recevoir le propos et la morale que lui dispense l'auteur. Le postulat d'un Kubrick est différent : le film n'a pas pour but de nous dire ce qu'il faut penser et ressentir, il est au contraire à vivre comme une expérience à laquelle le spectateur se doit d'apporter ses propres perceptions et d'en tirer ses conclusions et ressentiments personnels.

 

  Une démarche aussi audacieuse explique pourquoi la construction du film est aussi atypique. La dynamique de 2001 n'est pas basée sur le principe traditionnel d'une situation initiale qui fait office de normalité qui est ensuite brisée par un événement perturbateur. Elle est au contraire basée sur le principe d'une progression aussi régulière et harmonieuse qu'une mécanique d'horlogerie. Voila pourquoi 2001 n'a pas de véritable action comme on l'entend traditionnellement : il ne s'agit pas d'intriguer, de se demander comment tout ça va se finir, il s'agit avant tout d'émerveiller face à cette merveilleuse mécanique qu'est l'univers. Voila au fond pourquoi ce 2001 n'est qu'une succession de ballets réguliers et de volutes parfaites : la vocation du film est avant tout contemplative.

 

 

  C'est dans cette perspective d'émerveillement que s'ancrent toutes les scènes basées sur les progrès techniques du futur, qu'il s'agisse des visiophones, des repas liquides ou autres chaussures antigravitaires. A ce sujet la critique de Code Binaire m'a plutôt amusé quand il affirmait que Kubrick n'avait rien compris au rapport vitesse/pesanteur lors de la scène de la femme dans le couloir sphérique. A mon avis cette scène s'inscrit plutôt dans une volonté artistique de coordonner le mouvement de la femme avec la musique pour ainsi l'intégrer dans cette grande valse de corps en rotation. Personnellement je crois que Kubrick s'en foutait un peu de l'exactitude du rapport vitesse/pesanteur.

 

 

  Je pense aussi qu'on se trompe souvent sur la place qu'est sensé occuper HAL dans cette Odyssée de l'espace. Beaucoup, à l'image de Ziziberdine ou Calaglin, se sont focalisés essentiellement sur lui et ont voulu y voir une dénonciation de l'IA là où il n'y en avait pas vraiment. HAL n'occupe en effet qu'une place secondaire dans l'histoire et ne sert, à mon humble avis, qu'à mettre une fois de plus en valeur cette force mystique qui parcourt l'homme. HAL met en valeur l'homme en montrant son incapacité au dépassement. HAL est ce que serait l'homme s'il n'était lié au monolithe : une illusion d'intelligence, une illusion de vie. C'est face à HAL d'ailleurs que le personnage de Bowman prend toute sa dimension. Survaloriser la place de HAL dans 2001 est en fait assez normal lorsqu'on reste dans une logique cinématographique traditionnelle, car on tient absolument à ce que le film s'appuie sur une intrigue alors qu'ici ce n'est pas la démarche de Kubrick.

 

  

 

 

  C'est aussi pour cette même raison, à cause de cet attachement aux codes habituels, que beaucoup d'internautes bloquent sur la conclusion du film. C'est qu'en conformité avec sa démarche initiale, Kubrick n'a pas voulu donner d'explications ou de clefs de compréhension. Mais attention ! Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'explication qu'il n'y a pas de sens ! Chacun est libre d'interpréter la dernière image comme il veut, mais on ne peut pas nier que Kubrick a ici ouvert la porte sur une notion cyclique, voire plutôt circonvolutive, de l'évolution humaine. Comme le film montre en son début comment le singe est devenu homme, il y a dans cette conclusion une ouverture sur l'idée que l'homme va sûrement un jour dépasser cette condition d'être humain.

 

        

 

  En somme, voyez donc la profondeur métaphysique de ce film qui sur le plan du fond et de la forme est sur bien des points visionnaire et révolutionnaire. J'invite donc tous ceux qui n'ont pas osé aller jusqu'au bout de l'aventure à retenter un jour l'expérience et peut-être qu'alors, vous aussi, vous aurez droit à l'illumination. Car contrairement à ce qu'affirmait Guy de Loimbard dans sa critique, ce film est loin d'avoir vieilli et n'a pas perdu de son « utilité ». Bien au contraire, la force de ce film c'est qu'il est intemporel. Rien ne ressemble à 2001 et rien ne lui ressemblera jamais.

 

    

 

J'espère sincèrement donc que cet article vous aura donné envie de voir ou de revoir ce film pour ce qu'il est, c'est-à-dire une œuvre atypique qui demande de la part du spectateur un regard atypique. Maintenant, vous avez le droit de ne pas être d'accord avec ce qui vient d'être dit et je serais vraiment ravi que ce blog devienne l'occasion d'un échange de points de vue et d'opinions sur ce monument du patrimoine humain qu'est 2001 : l'Odyssée de l'espace.



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commentaires

Startouffe 13/11/2010 11:43

Merci encore...Désolé de répondre si tard cher MDB, mais je poste quand même un petit commentaire pour te remercier. Ce genre de petites remarques est loin d'être anecdotique. C'est vraiment dans cet esprit d'ouverture à une oeuvre que j'écris ce type d'article alors forcément, quand on me dit que c'est mission accomplie, je me regonfle d'énergie et d'envie !

J'espère qu'en arpentant le reste de ce blog tu trouveras bien deux ou trois articles qui sauront te satisfaire. Bonne lecture !

Startouffe.

MDB 06/11/2010 12:25

Bonjour, je vois que cet article date un peu, et c'est presque avec honte que je me trouve à ne le lire qu'aujourd'hui.

Je crois pouvoir dire que c'est le meilleur article que j'ai lu sur le film, tout est expliqué clairement tout en faisant comprendre la complexité du film. Je pense que cet article va vraiment ouvrir les yeux de beaucoup de gens qui n'avait pas aimé le film.

Bravo.

Tribersman 05/04/2009 17:41

Retour après une longue absences et de bonne lectureSalut Startouffe, en me relisant je vois que je faisait l'erreur habituelle de confondre les apparences avec la réalité, je pense qu'a l'époque je n'étais pas capable de prendre assez de recul. (bien que ce ne soit que 2 ans plus tôt)

Depuis le temps j'ai eu le temps de lires l'intégralité des Odyssées par Arthur C. Clarke, il y a des différences d'interprétation et un symbolique différente entre le Film et le premier roman (les suivants sont basés sur le film), mais je pense que la nature d'HAL (appelé "CARL" dans le livre) y est décrite de la même façon.

HAL n'est qu'un ordinateur, mais une merveille de technologie infiniment intelligente au point que ses capacités en font une singularité technologique a elle seule.
Mais je ne suis pas là pour discuter de la dangerosité possible d'une telle technologie, après tous le film le fait déjà a une échelle réduite et dans un environnement presque clos, neutralisant le vrai potentiel d'une machine aussi intelligente.

Plutôt de ne voir que HAL comme un machine essayant de mimer l'humanité qu'elle ne peut atteindre, je le vois comme une machine conçut par l'Homme mais dénué de ses défauts et vice.
Ce n'est pas l'Humain qui lui est supérieur, c'est l'absence de créateur et de but qui rend seulement l'humanité imprévisible, HAL possède un créateur et a été créé pour un but, la symbolique ajoutée par Stanley Kubrick ne complète pas toujours, ni souvent ce seul thème mais y ajoute d'autre questionnement.

Maintenant je ne me souvient plus assez du film pour savoir si cette justification a été faite de la même façon, mais ce sont l'alignement de buts contradictoire chez HAL qui l'a poussé a tuer son équipage (a vrai dire, sous le coup de la symbolique elle n'a pas besoin d'être précisé pour être une justification acceptable). A savoir pour le livre : "Étudier le monolithe" et "Ne pas laisser l'équipage humains connaitre son existence".

Je ne développerais pas sur le monolithe, ce n'est pas le sujet.
De toute façon je crains déjà que le livre et le film ne soit trop différent l'un de l'autre pour aller plus loin.

Bobymilk 24/11/2008 17:46

Je vois que tu ne manques pas d'éloges pour cette brillante analyse, et je me joins moi-même aux précédents commentaires pour te féliciter, et pour temoigner de mon grand amour pour 2001.

Le simple fait de lire de tels débats sur un tel film me rempli de joie et d'envi de le revoir encore et encore.

Kleinhase 21/11/2008 17:16

Je voudrais te remercier pour ta très belle analyse, elle m'a permis de mieux comprendre "2001".

Si ça t'intéresse, je viens d'aborder ce film dans mon blog, à travers un article assez long...

startouffe 01/10/2007 00:08

Entendons nous bien sur les évidences...Que de joie et d'alégresse que de te retrouver z'enfin sur ce blog cher Flav! Comme tu vois, les commentaires ont fusés depuis tes premières participations sur cet article. D'ailleurs, à lire ton dernier post, je comprends ta réaction et je ne peux m'empêcher d'y réagir.

Effectivement, bien difficile de mettre des mots sur 2001 : je pourrais réutiliser ici pour Kubrick ce que je disais pour Lynch dans mon article sur "Lost Highway/Mulholland Drive", c'est-à-dire que ce n'est pas un film qu'il faut recevoir comme un discours, mais un film qu'il faut vivre comme une expérience. A partir de là, essayer de s'efforcer dans un article à décortiquer le discours de 2001 alors que compte avant tout l'expérience relève effectivement d'une mauvaise démarche qui touche presque au non-sens.

Cependant, quand je relis les commentaires qui ont été postés, ainsi que l'article que j'ai écrit, on peut effectivement percevoir l'ensemble comme une vaste entreprise de décorquage du film, laissant de côté toute la magie et la dimension narrative de l'oeuvre. Pourtant, ce n'est pas là ma démarche, et je ne pense pas que les commentaires aient fait évoluer l'article vers cette voie. Le but de l'article était avant tout de faire comprendre l'aspect empirique du film, et de souligner justement que ces particularismes de forme ne devaient pas être vu comme des tares qui nuisent à l'approche du film mais bien comme un plus qui rend son propos plus vicéral que jamais.

Ce qui ressort des commentaires postés, à mes yeux, ce ne sont pas des tentatives d'interprétation du film (puisqu'à bien y regarder il ne s'agit que de discussions sur des détails, et non sur une interprétation globale de l'oeuvre), mais bien des échanges d'expériences, des mises en commun de nos perceptions sur le film. Il s'est avéré que, pour le coup, c'est sur HAL que nos perceptions ont été différentes - qu'on l'ai ressenti différemment - mais il s'agissait là avant tout de discuter du rôle qu'on pu jouer certains éléments de l'intrigue dans notre façon de percevoir et de vivre l'expérience 2001, il ne s'est pas agit de décortiquer l'histoire et son sens profond.

C'est ce qui me semble ressortir de tout cet article, et de ses commentaires : c'est que nous avons tous vécu 2001 comme une expérience personnelle incomparable, et que ces échanges d'expériences nous permettent à chacun d'entre nous de revoir le film en s'ouvrant à d'autres facettes que nous ignorions peut-être jusqu'alors.

Je te rassure donc bien cher Flav : je n'ai pas perdu de vue le postulat de base qu'est celui de mon blog depuis sa création : vous proposer une opportunité de découvrir ou de redécouvrir une oeuvre incomprise, ou méprisée, au travers de quelques lignes qui permettent d'affiner ou de préparer notre regard à la vision de ces chefs d'oeuvres pas toujours accessibles. Merci d'ailleurs d'avoir laissé ce post pour rappeler cette évidence que, bien entendu les discours et commentaires sur les films ne sont pas là pour se substituer ou pour décortiquer le film, mais bien ouvrir à un regard qui invite, bien sûr, à un nouveau visionnage de l'oeuvre en question.

Alors "OUI !", au cas où quelques uns auraient perdu cela de vue, voyons et revoyons ce film! Faisons en sorte qu'il nous pénètre et nous transforme à chaque visionnage car tous ces discours n'ont au fond que pour seule utilité d'inciter à une première ou une nouvelle vision, avec un regard ouvert et disposé à être touché par la grâce. Merci donc à toi Flav, de ne pas perdre cette évidence de vue : il est évident que nul ne la perdra de son esprit!

Flav43 27/09/2007 12:19

2001 à voir plus qu'à dire.Mots sur "2001 : A space odyssey" ? Difficile, oui car il est difficile de retranscrire par les mots ce que les images ont délivrés sans en souiller l'aura. Pour ma part, quand je veux parler de "2001...", je le regarde. Mais ton analayse est fort pertinente et il est toujours très intéressant de lire les pistes d'interprétations des autres sur LE plus grand film que le cinéma ai permis.
Ton blog sans critique est intéressant. C'est vrai MARRE DES BLOGS AVEC DES CRITIQUES, quand les gens comprendront que ce n'est pas original ?

Startouffe 29/08/2007 01:06

Tu as parfaitement résumé Nostalgic !J'avoue m'être préparé à un nouvel effort d'interprêtation en voyant que tu venais te joindre au débat mais je constate qu'au final ton propos limpide résume parfaitement ce qui a pu être dit auparavant et reste dans la droite lignée de ce sur quoi on avait débouché (enfin, sauf DrixC qui ne semble toujours pas d'accord ! J'attends encore ta réponse l'ami ;))

Alors, c'est vrai qu'on a beaucoup chipoter sur le fait de savoir si HAL devait être considéré comme un être pleinement vivant ou non. J'ai soutenu dans un premier temps que non, qu'HAL n'était qu'une illusion de vie, un simple artéfact ultra élaboré. J'avoue néanmoins que les arguments de Flav ou encore de DrixC ont su nuancer ma perception des choses et m'interroger sur le caractère vivant de HAL. A dire vrai, tout le débat repose en fait sur le sens que nous donnons au concept même de "vie" et, en fonction de ce qu'on met dedans ou pas, HAL est vivant ou non.

Mais au fond, l'essentiel qui est à retenir, c'est qu'au-delà de ces querelles byzantines, on finit tous par se rejoindre sur le fait que HAL - quelque soit la nature qu'on lui donne - est une entité qui intervient dans 2001 comme un concurrent à l'Homme. Or, bien que plus doué sur bien des domaines, nous semblons tous d'accord pour constater que cette supériorité en calcul et en logique (ce que, toi Nostalgic, tu résumes à de la raisonnalité) ne suffisent pas à garantir la suprématie de HAL sur l'Homme. Relisons nous tous bien, quel qu'est pu être nos désaccords sur la nature de HAL, on se retrouve tous lorsqu'il s'agit de dire que, quelque soit sa nature, HAL est là pour démontrer ce qui fait la nature de l'Homme pour ce qui est de sa force évolutive : ce n'est pas son intelligence ni sa technologie mais bien à la spiritualité comme tu peux le résumer...

Bref, je m'arrête là car je me rends compte qu'à continuer je ne ferais que répéter ce que tu as déjà écrit. Donc merci de ta participation pour avoir finalement, aussi bien synthétiser le débat qui a émaillé cet article.

P.S. Néanmoins la porte reste ouverte à quiconque est prêt à poursuivre le débat sur ce film!

Nostalgic du cool 28/08/2007 23:09

Bon je me permet d'intervenir dans ce débat fort interessant pour y donner ma petite opinion sur HAL et sa nature. Cependant cela fait quelque temps que je n'ai revu ce chef d'oeuvre puis le débat étant très fourni et s'etant echelonné sur une longue période je m'excuse d'avance si j'oublies ou dénature les opinions des participants. Alors pour ma part je suis d'accord avec toi Startouffe quand tu dis que HAL "met en valeur l’homme en montrant son incapacité au dépassement".
Pour moi HAL n'est qu'un programme informatique certes très abouti et performant mais certainement pas un nouvel organisme vivant, une forme d'intelligence aboutie, doté d'une "âme", d'une humanité. Il est capable d'atteindre un certain degrès de pensée grâce à son implacable logique, il prend des décisions, il réussit à appréhender le monde extérieur, il semble même avoir conscience de sa propre existence avec la présence chez lui d'instincts basiques comme la survie. Mais il ne peut atteindre l'étincelle, le on ne sait quoi quelque peu mystique qui donne à l'homme son humanité, pourtant on a la sensation que HAL voudrait se hisser à cette condition d'Homme mais c'est un cheminement trop spirituel, abstrait pour lui.
C'est pour cela que Bowman triompherait car la raison pure, la logique parfaite de HAL ne peut surmonter la capacité d'abstraction de l'homme. Dans 2001 on peut dire que l'homme réussit a transcender à sa condition grâce à l'irrationnel, à l'abstrait (cf la scène de fin, le monolithe) et que cela est inaccessible à la machine même la plus performante. Dans le film Hal essaie de comprendre l'humain de s'approprier ses sentiments, il dit avoir froid quand il meurt mais comment cette machine mathématique faite de logique peut elle appréhender les émotions et les attitudes irrationnés, imparfaites voire inexplicables de l'homme? Cette part d'irationnel, de spiritualité est inhérente à l'homme et non pas à la machine, un peu comme l'animal HAL à conscience de lui même, de son existence, mais il ne peut transcender à sa condition, prendre du recul et agir irrationellement. Alors pour moi HAL ne fait que mimer ce qu'il ne peut être : un humain un être imparfait, illogique et faible, il est presque l'opposé puisqu' il est la logique, la rationnalité. Malgré le fait que HAL fasse preuve d'un certain désir de dépassement il n'en est pas capable car trop enserré dans sa logique de survie, dans sa perception "mathématique" du monde.
Je retombe donc sur ce que dis Startouffe sur la spiritualité, la victoire de l'Homme sur HAL symbolise la superiorité et la particularité de l'homme à savoir sa capacité à l'abstraction qui s'avère supérieure à la plus parfaite logique et donc à HAL. L'homme est unique car le seul capable de spiritualité.

Startouffe 24/08/2007 12:10

Petite modif...Je me suis permis de reposter ton commentaire suite à l'erreur que tu as faîtes et que tu m'as signalé cher Tribersman. Je me suis contenté d'un simple copier-coller, j'espère que tu ne m'en voudra pas :)

J'ai lu attentivement ce que tu as écrit et je crois que je suis déjà pal mal revenu sur cette remarque fort juste que tu m'as faite sur HAL et qu'on m'a déjà faite auparavant. Je suis pas mal revenu dessus dans les commentaires, je sais pas si t'y a jeter un coup d'oeil ou pas. J'avoue que ce doute m'arrange pour le moment car ça m'évite un nouvel effort cérébral !!! ;)

Si cependant tu trouves qu'il y a encore des failles dans l'interprétation, n'hésite pas à le dire et de mon côté je n'hésiterai pas à réfléchir à une réponse!

Tribersman 24/08/2007 11:45

J'admet que je ne me souvient pas énormément du film, je suis d'accord sur tous ce qui concerne le charactère "unique" de l'homme, mais je ne suis pas d'accord sur le fait de ne pas laisser ouvert le doute sur la conscience possible d'HAL.
Surtout si on considère que cette "force", cette "conscience" n'est pas uniquement l'apanage d'une volonté supérieure indéfinissable.

HAL est il conscient ? Est t'il lui aussi animé par cette même "force mystérieuse" ?

Ce qui différencie justement l'Homme de la machine est cette fameuse "force"
Une sorte de génération spontannée de signaux provenant du fond de l'âme.

Car l'Homme fonctionne lui aussi sous la forme de divers processus et sousprocessus automatisé tel que l'instint de survie qui n'est une conséquence du fait qu'un être dôté de cette "force" ne puisse pas savoir s'il la gardera s'il meur.

Mais le fait que HAL veuille éliminer tous l'équipage humains à son bord peut très bien découler d'un autre raisonnement tout à fait logique pour une programmation qui n'aurait pas prévu une faille remettant en cause la protection de l'équipage.
L'Homme est completement inadapté à l'espace et dans un environnement aussi "clos" que celui dans lequel se passe le film il n'est que le réparateur de ses outils incarné par un "os" au début du film, qui devient par la suite la technologie humaine.

Cette image aussi simpliste du "réparateur" peut avoir conduit HAL à inverser accidentellement la relation "Penseur -> Outils" au moment ou il fini par conduire l'Homme à aller réparer une panne qui n'éxistait finalement pas.
Et justement cette fausse-panne pourrait très bien avoir été volontaire de la par de HAL qui aurait justement voulu vérifier si l'Homme n'était bien qu'un "outils".

(En se basant sur l'exploitation des failles des 3/4 Lois de la robotique d'Issac Asimov)

Pour finir : étant donné que la question de l'âme ne sera peut être jamais du domaine de la science il est impossible de dire si HAL est effectivement un être doté d'une conscience ou s'il n'est qu'un programme avec une faille de programmation meurtrière.

ps: Je crois qu'avec des raisonnements pareil je loupe tous ce qui fait l'intérêt d'un film. (^^)°

Startouffe 01/07/2007 20:25

Merci les gars pour cette formidable exploration de 2001!Eh bah merci les gars de ces commentaires forts encourageants!!!

=> Merci à toi Yasss de ces compliments forts flatteurs et de ces témoignages de sympathies qui me vont droit au coeur! (je réfléchis à ta proposition sur Orange Mécanique! Pourquoi pas, mais pas tout de suite ;))

=> Et merci à toi aussi DrixC de vouloir poursuivre encore cette aventure interprétative sur 2001 !! Oui, tu dois avoir certainement raison concernant mon parti pris... Je m'efforce par moult argumentations de conserver un regard objectif sur la question mais visiblement ma passion finit toujours par l'emporter. :) Bah du coup, je suis ravi de savoir que tu me concoctes une nouvelle réponse qui nous fera encore avancer sur le chemin de la compréhension de cette oeuvre extraordinaire! J'attends de lire ça avec impatience!

DrixC 25/06/2007 14:26

salut start, ton point de vue est intéressant, clair, et bien développé.
Néanmoins il témoigne d'un parti pris auquel je ne suis pas sur d'adhérer.
Mais comme toi, je ne peux répondre aussi vite , je vais donc prendre le temps de te répondre et de construire mon argumentation qui , tu t'en doutes , adoptera un point de vue différent sur le caractère mystique de la conscience humaine.
salutations et à très bientot

yasss 13/06/2007 19:47

quelle belle conclusion que voila! j'attendais avec impatience ta reponse et j'ai pas ete deçu. J'aurai bien aimé relancer le debat mais la je crois que tout est dis.
merci encore, j'en ai beaucoup appris sur 2001 et c'etaient de merveilleux moments qu'on a vecu avec cet article.
Qui sait, on s'donnera peut etre rdv avec... orange mecanique, lol
a bientot

Startouffe 12/06/2007 20:22

Préparez les cafés les gars, voici la réponse tant attendue!Bon alors, je sais les gars, je vous ai bien fait patienter pour vous répondre, mais je tenais à être à la hauteur de vos derniers commentaires ! Autant vous dire que j’ai bien pris le temps de la réflexion et que je n’ai pas manqué de relire mon article ainsi que tous vos posts, histoire d’être bien dans le sujet. D’ailleurs, je tiens à m’excuser pour les multiples fautes de frappe et autres étourderies... Je n’ai jamais été très rigoureux sur l’orthographe et la grammaire, et comme je ne me relis jamais, on retrouve souvent des catastrophes : bref, milles excuses car tout ça ne fait pas très sérieux quand même ! (Bon, ça c’est fait…)

Alors sinon – revenons à l’essentiel – voici ce que j’en suis venu à penser suite à vos précieuses remarques. De tout ce que j’ai pu lire de vous, il y a vraiment deux éléments qui sont venus élargir mon champ de questionnement par rapport à la place qu’occupe HAL dans 2001. Ces deux éléments, je ne les avais pas perçus alors que, pourtant, ils apparaissent comme très pertinents pour enrichir l’interprétation que l’on peut se faire de ce chef d’œuvre. Le premier de ces éléments – et sur lequel j’étais déjà revenu – c’était ce parallélisme qu’avait opéré Flav entre l’affrontement meurtriers des singes eu début de film et le « meurtre » de HAL par Bowman. Le second élément, c’est celui qu’induisait DrixC – et sur lequel Yasss semble d’ailleurs s’accorder – c’est l’idée que HAL puisse être considéré comme une nouvelle forme de vie à partir du moment où il a fait une erreur – erreur qui justement est souvent qualifiée d’humaine. Bref – et quitte à me répéter – voila deux remarques dont il est difficile de nier la pertinence et qui, par conséquent, nécessitent de ma part une relecture plus approfondie que je n’ai pu le faire auparavant.

HAL est-il à percevoir comme un être vraiment vivant, comme un être vraiment humain, comme un être vraiment intelligent, ou bien n’est-il qu’une illusion de tout cela ? C’est là chers amis que nos perceptions divergent et c’est donc là-dessus que je vais m’efforcer d’ouvrir et d’éclaircir de nouvelles voies d’interprétations pour nous tous. Certes, cette question de « l’humanité » de HAL reste un aspect assez secondaire du propos d’ensemble de 2001, mais l’éclaircir peut néanmoins affiner notre connaissance de cette œuvre visionnaire.

Pour commencer, il est à noter qu’effectivement la réaction de HAL lors de la mission Jupiter est clairement une réaction de survie. La légitimité même de son existence repose depuis le début dans son infaillibilité or, en commettant une erreur, l’existence de HAL est clairement remise en cause ; il sera même question entre Bowman et Poole de le désactiver. Dès lors, difficile de qualifier autrement les actions d’exterminations menée par HAL comme n’étant autre chose que la simple expression d’un instinct de survie. Or, si on parle de survie, et a fortiori d’instinct, on est en droit d’affirmer que HAL est vivant. Cette idée est d’ailleurs renforcée par le fait que la mission première pour HAL était de mener la mission jusqu’à son terme, mais en tuant tous les membres d’équipage, il va à l’encontre même de sa mission donc, on peut également affirmer que HAL est sorti de son postulat de base – qui est un postulat de simple programme informatique – pour un postulat de désobéissance, ce qui pourrait nous autoriser du coup à dire que HAL jouit d’un libre-arbitre et qu’il est donc un être pensant et non une simple série d’algorithmes. Somme faite de tout, il semble pertinent de considérer HAL comme une espèce à part entière, du moins comme une forme de vie distincte de celle représentée par Bowman et les autres humains.

A prendre désormais en considération le fait que HAL soit une entité vivante à part entière, comment interpréter alors le duel que vont se mener l’humain contre la machine au travers de cette confrontation entre Bowman et HAL ? Qu’est-ce que cette confrontation, et sa conclusion par la désactivation de HAL, peuvent nous révéler sur la nature même du dépassement, ce concept sans cesse mis en avant dans 2001 ? Eh bien, il me semble que la prise en considération de l’aspect vivant de HAL permet effectivement le parallélisme avec l’affrontement entre singes qui s’opère au début du film. En effet, les corrélations entre les deux scènes apparaissent désormais comme évidentes. A l’aube de l’humanité, des singes qui ont touché le monolithe (et qui sont désormais habités par cette force mystique universelle qui nous dépasse) s’imposent dans la chaîne de l’évolution en éliminant physiquement de l’équation d’autres singes qui eux n’ont pas touché le fameux objet. L’image qui ressort alors de cet instant est clairement celle d’une évolution telle que la conçoit Darwin : les faibles sont éliminés par les plus forts, d’où une avancée dans le cadre de l’évolution de cette même espèce. Si on prend désormais la scène de la désactivation de HAL par Bowman, on se rendra compte que la scène répond aux mêmes caractéristiques : on assiste là à un affrontement où le plus fort devra triompher du plus faible. Une fois de plus dans cette scène, le plus fort sera celui qui a touché le monolithe, bref celui qui est habité par cette force mystique et universelle qui nous dépasse et nous appelle au dépassement. Finalement, comme l’histoire de la vie est une succession de cycles à la fois répétitifs et évolutifs, l’histoire de 2001 est un enchaînement de cycles qui eux aussi, au travers d’une récurrence (le triomphe de ceux qui ont touché le monolithe), laisse apparaître une évolution (passage du singe à l’homme, de l’homme au surhomme).

Que ressort-il alors de cette scène de désactivation ? Que ressort-il de l’intrusion de HAL dans l’intrigue de 2001 ? Certes Flav, DrixC et Yasss semblent avoir bien eu raison de me corriger quand j’affirmais dans un premier temps que HAL ne devait être considéré que comme une illusion d’intelligence et de vie, et non pas comme un être vivant et pensant en soi. Cependant, il me semble que le sens que je donnais à la présence de HAL dans ce film n’était pas à ce point dénué de sens par rapport à la logique du film. Car en effet, si on y réfléchit bien, quelle est la place occupée par HAL dans le processus évolutif tel qu’il est définit par 2001 ? Si on s’accorde avec l’interprétation qui vient d’être faite ci-dessus, on peut dire que HAL incarne un obstacle à l’accomplissement de cette évolution qui est insufflée par le monolithe, de la même manière que les singes qui se font massacrés sont un obstacle à l’avènement des singes qui ont touché l’objet mystique. Si on s’accorde sur le fait que la logique d’évolution sous-entendue par ce 2001 est bien une logique darwinienne de progression du plus fort par éradication du plus faible, alors l’intrigue place clairement HAL parmi les faibles à éliminer.

En fait, à remettre les choses en ordre, on se rend compte que la fonction narrative du personnage de HAL est alors bien de mettre en évidence, par défaut, ce qui fait la supériorité de l’Homme, ce qui fait que Bowman doit naturellement triompher de HAL. Certes, HAL est présenté comme ayant conscience de sa propre existence, comme étant doté d’un instinct de survie et d’une capacité à élaborer un jugement et une action qui lui permette de considérer ce qui menace son existence et comment la préserver ; néanmoins, ces qualités qui sont aussi celles de l’Homme, le rendent inférieur à Bowman dans le film. Pourquoi ? Qu’est-ce que possède l’Homme comme qualité que la machine – même aussi élaborée que HAL – ne possède pas ? C'est, à dire vrai, toute la question soulevée par ce passage du film et à laquelle on peut finalement répondre si on mène notre raisonnement jusqu’au bout.

Pour comprendre le sens que prend le personnage de HAL dans 2001, une des possibilités peut être de retourner le problème à l’envers : que serait-il survenu si HAL avait triomphé de Bowman ? Si HAL avait triomphé, aurait-il conduit l’humanité (en partant du principe qu’il en soit une forme d’évolution) vers l’évolution ultime, vers cette renaissance cosmique qui est suggérée lors de la scène finale ? Je pense que tout le monde s’accordera pour dire que non. Si HAL avait triomphé, la mission aurait été un échec et jamais HAL n’aurait été en mesure de poursuivre le parcours final qu’a effectué Bowman. Sans trop extrapolé – évitons de tomber dans la surenchère interprétative – on peut penser qu’un HAL triomphant aurait trouvé sa satisfaction dans sa simple survie, mais cette survie serait vite tombée dans une impasse de sens dans la mesure où la mission dans laquelle il trouvait essence ne pouvait être menée à son terme, vu que tous les scientifiques ont été tué préalablement. Bref, le triomphe de HAL aurait forcément conduit l’humanité dans une impasse car sa survie interdit d’éventuelles évolutions : elle inscrit la vie dans l’immobilisme.

En fait, si on prend du recul par rapport au parallèlisme que l’on peut opérer entre l’affrontement entre singes et la désactivation de HAL, on se rend compte que l’image du cours de la vie induit par 2001 peut se résumer par une lutte cyclique mais dynamique de l’immobilisme contre le progrès (d’une certaine manière, cette dimension du cycle dynamique permanent se retrouve aussi dans les ballets de vaisseaux en rotation). Or, qu’est-ce qui fait triompher une tribu de singe par rapport à l’autre, l’homme par rapport à la machine ? C’est que les plus forts sont ceux qui sont habités et inspirés par la force mystique que symbolise le monolithe. Si l’homme reste supérieur à la machine, ce n’est pas parce qu’il est supérieur sur le niveau du calcul ou bien même du raisonnement, c’est parce que lui est habité de l’intérieur par une force qui le dépasse, mais qui néanmoins le conduit. L’homme est animé par une force mystique qu’il suit presque inconsciemment, mais qu’il suit indéniablement par fascination. A la fin de 2001, Bowman accomplit son périple non pas par le simple souci de survie – comme cela aurait pu être le cas de HAL – il est plutôt guidé par la fascination et la soif de dépassement de sa propre condition.

Au final, si on réfléchit bien à la place qu’a occupé HAL dans cette intrigue, on en vient à percer l’un des messages porteurs de ce 2001. Car, si ce film se présente comme une œuvre de science-fiction, quelle est l’image qu’il donne de notre futur ? C’est un futur dans lequel le salut de l’humanité ne se trouve non pas dans la technologie mais bien dans le spirituel. Il n’y a pas au fond de message plus optimiste, plus humain et plus motivant que celui-ci. J’étais justement en train de lire, pendant que je réfléchissais à la réponse que j’allais vous poster, le dernier ouvrage de Jean Staune, professeur de philosophie des sciences à HEC. Et je suis tombé sur ces quelques lignes de préface, écrites par l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan, qui me semblent répondre au plus juste à cette idée inspirée par 2001 et qui est malheureusement encore trop marginale dans le monde d’aujourd’hui. Ces lignes disaient que « la science sait désormais qu’elle ne peut pas tout savoir. Pour aller jusqu’au bout du chemin et accéder à la réalité ultime, il nous faut faire appel à d’autres mode de connaissance, comme l’intuition mystique et spirituelle, informés et illuminés par les découvertes de la science moderne. La science et la spiritualité sont deux fenêtres complémentaires qui permettent à l’homme d’appréhender le réel. »

Bon alors, au final, désolé les gars de m’être enflammé à ce point et de vous avoir pondu une réponse aussi longue, mais j’estime que je vous devais bien ça aux vues de tout ce temps pendant lequel je vous ai fait patienter ! En tout cas, j’espère que cette réponse vous permettra d’enrichir à vous aussi votre perception de ce chef d’œuvre magnifique qu’est 2001, car sachez que de mon côté, vos remarques m’ont permis d’enrichir les miennes et je vous en serais éternellement reconnaissants. Merci donc à vous, Flav, DrixC et Yasss pour votre participation sur ce blog ! N’hésitez pas à renouveler l’expérience !

yasss 06/06/2007 00:51

bravo a toi mon cher Startouffe pour cet excelent article (le meilleur que j'ai lu sur un blog). Je suis moi meme un très grand fan de ce chef d'oeuvre.
je me suis aussi regalé a lire les commentaires au dessus et je me permet une très modeste intervention pour dire que je partage l'avis de DrixC pour ce qui est du rapprochement entre HAL et l'etre humain.
je crois que HAL est enfait un ordinateur "intelligent" dans le sens où il possède des algorithmes qui lui permettent d'avoir une réflexion basée sur des données programmées, sauf que HAL devient vraiment intelligent.
Il prend conscience de son état et on pourrait dire qu'il possède maintenant une âme. C'est cette prise de conscience qui est à la base de sa folie. Un être très intelligent qui apprend qu'il n'est qu'une création d'autrui, qu'il n'a pas de parents (donc pas de racines), qu'il n'est qu'un instrument, sombre dans le doute. Ce doute est ce qui mène HAL à la folie.
Mais je pense tout de meme que le plus important consernant HAL, et comme l'a signalé Startouffe, est le fait de "mettre en valeur cette force mystique qui parcourt l’homme", cet homme qui reste en fin de compte superieur a HAL.
En attendant, bien sure, TA reponse et encore bravo

Startouffe 01/06/2007 15:10

Une réponse viendra! Mais pas tout de suite!Je viens de lire rapidement tes deux commentaires cher DrixC est je t'en remercie infiniment! Sache que je vais bien suivre ton conseil et me procurer le livre de Clarke (je n'en reviens pas d'ailleurs que je n'ai jamais chercher à me le procurer auparavant, c'est fou!) Merci du conseil en tout cas. :)

Pour ce qui est de ta participation au débat suscité par Flav43, je serais ravi d'y répondre au plus vite tant elle est suscite chez moi un intérêt très vif. Mais je ne voudrais pas te répondre à la va-vite et te fournir une réponse baclée qui n'atteigne pas la pertinence de ta remarque. Or là je dois m'enfuir rapidement pour ne revenir sur allociné qu'après ce week-end, donc je me permets de te faire patienter d'ici là! Comme ça j'aurais le temps de bien murir ma réponse! Héhé!

En tout cas, merci infiniment pour tes deux remarques très intéressantes. C'est toujours un véritable plaisir de lire des commentaires de cette qualité.

DrixC 01/06/2007 13:50

petit désaccordJe viens de lire les commentaires , et je suis assez d'accord avec Flav43, pas trop d'accord avec toi Startouffe sur le caractère humain ou pas de HAL.

Flav dit qu'Hal est considéré par l'équipage comme l'un des leurs. Il se comporte comme un humain puisqu'il va jusqu'à tuer et plus tard se fait tuer par son "congénaire".

Je ne vais pas tout citer mais tu dis notamment qu'Hal
a "des qualités de forme et non des qualités de fond",
que "sa courtoisie n’était qu’un programme parmi tant d’autre"et que "c’est son erreur de calcul(...) ce n’est pas l’erreur en soit qui révèle l’artificialité de HAL, mais la réaction qui en découle. HAL refuse l’idée même qu’il soit capable de se tromper, HAL rejette le doute, il est incapable de se même à l’esprit que quelque chose puisse échapper à son mode de compréhension et de réflexion. En somme, HAL est incapable de dépasser sa situation initiale, HAL est insensible au dépassement, et c’est au fond ce qui le distingue de l’Homme."


Je pense que te trompes pour les raisons suivantes:
Hal commet une erreur , et l'erreur c'est bien connu est humaine!
Les hommes peuvent admettre leurs erreurs parcequ'ils savent qu'ils ne sont pas parfaits. HAL au contraire a été conçu pour ne pas faire d'erreur, d'où sa difficulté à l'admettre. Il n'est pas fait de chair et de sang certes , il n'est pas humain , mais il est Conscient, et cela est indéniablement ce qui le rapproche des hommes plutot que de la machine.
Ce qui le rend conscient et apte à se dépasser c'est justement sa peur de mourir. Souviens toi , HAL prend la décision de tuer ses "collègues" dès l'instant qu'il aprend qu'on va le déconnecter. La perspective de mourir et d'en avoir conscience le "pousse" littéralement à prendre une décision très lourde de sens pour laquelle il n'a jamais été conditionné.Lorsque Bowman commence à vider sa mémoire, HAL dit qu'il a "peur", encore un trait innérent à tout ce qui est vivant.

Quant à cette chansonnette, à mesure que sa mémoire se vide, elle témoigne de son retour à l'enfance , tel le vieillard qui terrorisé par la mort se réfugie dans le souvenir de sa jeunesse, dans les paroles réconfortantes de ses parents , dans les paroles d'une chanson comme "'au clair de la lune"

Voilà mon point de vue , je ne sais pas si la machine est le prolongement de l'homme , mais je pense que la conscience n'est pas exclusive au vivant tel qu'on le connait , il peut y avoir d'autres formes de conscience , d'autres supports.
Toute la question est de savoir si des consciences avec un suppport différent peuvent communiquer et interagir.

Salut , une réponse me ferait très plaisir ;)

DrixC 01/06/2007 12:35

Un chef d'oeuvre universelSalut , je suis assez d'accord avec ton analyse qui rend toute sa beauté à ce chef d'oeuvre.

A noter que l'existence d' HAL 9000 vient également soutenir la thèse selon laquelle la conscience n'est pas propre à l'homme ni même propre à la matière vivante telle qu'on la connait.
J' invite à lire le livre de ArthurC Clarke "2001", coécrit avec Kubrick ( par contre lire les 3 autres suites n'est pas utile) pour ceux qui souhaitent avoir une vision un peu plus partisane du monolithe et de ce qu'il représente.
J'ai pris un réel plaisir à lire ce livre 10 ans après avoir vu le film, la magie de l'exploration du système solaire opère toujours, même si les dimensions infinies qui l entourent sont parfois effrayantes..

Comme tu l'as fait remarquer à juste titre , c'est la notion de dépassement qui domine cette oeuvre. Quand on l'a compris on a moins peur de l'inconnu, en un sens on a moins peur de mourir parce qu'on est réconcilié avec nos origines.
Je considère ce film comme une oeuvre à la portée spirituelle incomparable.
Je dirais que si les hommes modernes avaient besoin d'une bible ce serait 2001 l'odyssée de l'espace, et Messieurs Kubrick et Clarke en seraient les illustres prophètes.

bravo pour ce blog

Startouffe 15/06/2006 17:18

Remarque très intéressante!Hmmmm… Remarque très intéressante Flav ! J’ai bien réfléchi à ce que tu disais au sujet de la nature des rapports entre HAL et les autres membres de l’équipage. J’ai aussi porté une vive attention au parallélisme que tu fais entre l’aube de l’humanité et la mission Jupiter. Effectivement, je reconnais que tu met le doigt sur un aspect du film qui ne m’avait pas trop choqué jusqu’à présent, mais qui pourtant se révèle très intéressant.

Après mûre réflexion, je te dirais qu’au sujet du rapport entre HAL et les autres membres d’équipage il n’y a pas forcément incompatibilité à ce que j’avançais dans mon article et ta remarque sur la bonne entente entre les hommes et la machine. Certes, tous considèrent HAL comme un « être humain », du moins au départ. Cependant, c’est le déroulement de la mission qui démontre que quelque chose sépare l’homme et HAL. Quelque chose qui tend à montrer que la supériorité de HAL face à l’homme, suggérée par sa victoire au échec, par sa capacité à gérer à lui seul tout le vaisseau, n’est en fait qu’une illusion.

Je m’explique : HAL incarne certes une forme de perfection, d’humain fantasmé, mais il n’en reste pas moins un artéfact crée par l’homme, d’après les fantasmes de l’Homme. HAL est courtois, sait jouer aux échecs, et connaît même des contines qu’il chantera d’ailleurs à Bowman avant d’être désactivé. Mais qu’est-ce qui ressort justement de ces caractéristiques ? C’est que les qualités de HAL ne sont que des qualités de forme et non des qualités de fond. HAL apparaît comme intelligent, HAL paraît courtois, HAL paraît humain, mais ce n’est justement qu’une parure. C’est du moins ce que la scène de la désactivation laisse apparaître : sa courtoisie n’était qu’un programme parmi tant d’autre, tout comme cette chanson qu’il chante avant son trépas, qui le rend certes attachant, mais qui témoigne néanmoins de son aspect purement factice et illusoire.

L’autre moment, avant sa désactivation, qui nous montre aussi qu’HAL n’est qu’une illusion d’humanité, c’est son erreur de calcul. Ce n’est pas l’erreur en soit qui révèle l’artificialité de HAL, mais la réaction qui en découle. HAL refuse l’idée même qu’il soit capable de se tromper, HAL rejette le doute, il est incapable de se même à l’esprit que quelque chose puisse échapper à son mode de compréhension et de réflexion. En somme, HAL est incapable de dépasser sa situation initiale, HAL est insensible au dépassement, et c’est au fond ce qui le distingue de l’Homme. L’Homme, lui, évolue justement parce qu’il se sent sans cesse imparfait, parce qu’il court après ces choses qui le dépassent. C’est cela que je voulais dire par la phrase « HAL met en valeur l’homme en montrant son incapacité au dépassement ». De ce fait, à moins que tu ne sois pas d’accord avec cette dernière explication, tu te rendras compte que ta remarque (que les hommes considèrent HAL comme un des leurs) n’est au fond pas incompatible avec mon propos, car les personnages du film, comme les spectateurs, sont dans un premier temps victimes de cette illusion d’humanité que donne à voir ce programme d’intelligence artificielle.

Pour ce qui est du parallélisme que tu induis entre le meurtre commis par un singe sur un autre singe, avec celui de Bowman sur HAL, je vais faire plus rapide (pauvre Flav ! Que de lecture je t’inflige !);). J’avoue que c’est ce qui m’a le plus intéressé dans ton commentaire car je n’avais pas cherché à faire ce parallélisme alors qu’effectivement, il est tout à fait envisageable. Kubrick et Clark induiraient-ils par là que l’évolution passe inévitablement par l’éradication de ce qui est dépassé par ce qui est plus sur la voie de l’aboutissement ultime ? Personnellement cette interprétation darwinienne ne me gênerait pas trop car elle ne semble pas vraiment nuire à l’universalisme du propos de 2001… Mais peut-être avais-tu déjà ton point de vue sur cette question ? Si tel est le cas, n’hésite pas à laisser un nouveau commentaire ! (… et c’est d’ailleurs valable pour quiconque à un avis sur la question !)

Flav43 13/06/2006 09:40

Hal 2 !Bravo pour ton exposé juste et pertinant. Cependant je ne suis pas de ton avis avec HAL ( qu'il nomme Carl d'ailleurs dans le film ). Tu dis, avec une argumentation trés correcte, que HAL "met en valeur l’homme en montrant son incapacité au dépassement". Je vois plutôt ce-dernier comme l'évolution de l'Homme, du moins l'évolution possible. Dans le reportage que visionne l'équipe au début, il est dit que HAL est comme l'un des leurs. Or Dave Bowman finit par le tuer. Il le tue tout comme le singe tue son congénére au début du film. HAL est donc un personnage au même titre que les deux membres de l'équipe. Cependant, comme tu le dis : "on tient absolument à ce que le film s’appuie sur une intrigue alors qu’ici ce n’est pas la démarche de Kubrick."

Docteur Culcul 11/05/2006 22:57

Voilà u exposé qui m'a fait changé la vision que j'avais de ce film. Bravo

barish 10/05/2006 14:32

2001 est un gran film en effet. si tu le souhaite en lien sur mon blog , il y'a un site allociné d'un fan de "2001...." ( ET MERCI POUR TON POST SUR MON BLOG)

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