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25 août 2007 6 25 /08 /août /2007 17:35
Affiche américaine. Warner Bros.
 
Alors les premières images du nouveau volet de Batman, The Dark Knight, sont en train de pointer le bout de leur nez, voilà que reviennent également les échos des oiseaux de mauvaises augures – puristes de l'homme chauve-souris – qui annoncent une énième édulcoration de l'esprit Batman par l'hérétique Christopher Nolan. Ils ne sont pas forcément majoritaires mais ils sont nombreux et vous devez sûrement en connaître quelques uns qui, dans votre entourage, ont déjà blâmé une perte d'âme ou d'identité au fil des adaptations de Batman au cinéma.
   
 Il est vrai qu'en cinq volets – bientôt six – Batman a connu de nombreuses modifications dans son univers et son esthétique depuis ses radieux débuts sur grand écran en 1989 sous la houlette du fantasque mais admirable Tim Burton. Alors que les deux premiers volets (Batman et Batman le défi) étaient parvenus à mettre en place une remarquable atmosphère qui flirtait entre la fantasmagorie et le baroque, les trois volets qui suivirent donnèrent des tons bien différents au célèbre homme chauve-souris, et il y a fort à parier pour que le Dark Knight qui se profile à l'horizon continue dans cette voix.
 
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 Alors, bien sûr, il y a fort à redire sur les prolongements abusifs parfois donnés à ces grandes sagas de super-héros au cinéma, qui émoussent plus souvent ces univers fantastiques plutôt que de les enrichir. Batman répond pleinement de ces sagas qui, en déjà six volets, a connu pas moins de trois réalisateurs différents. Il est à mettre au crédit de ceux qui pestent contre ce type de changement, presque tous dictés par des motivations financières plutôt qu'artistiques, que les résultats médiocres qui en découlent souvent plaident en leur faveur. Qui n'a pas regretté Brian Singer sur X-Men III et qui n'a pas peur de voir Sam Raimi laisser sa place pour Spider-man 4 ? Batman lui-même n'est pas sorti grandi lorsque Joel Schumacher a pris la relève de Burton pour les troisième et quatrième opus de l'homme chauve-souris (j'ai nommé Batman Forever et Batman & Robin). Il faut bien reconnaître que, pour cette fois-ci, considérer que l'esprit Batman avait été perverti trouvait une grande part de légitimité. Univers sans saveur et sans réel savoir faire artistique : ces deux épisodes s'approchaient plus de la série Z que de l'univers fantasmagorique édifié lors des précédents opus par maître Burton.
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 On peut dès lors comprendre qu'avec l'arrivée de Christopher Nolan – réalisateur à la carte de visite flatteuse : The Following, Memento, Insomnia et depuis le Prestige – les fans de la première heure ait pu être déçus de ne pas avoir trouvé dans ce cinquième volet, Batman Begins, un bon vieux retour aux sources. Il est vrai qu'il avait de quoi surprendre ce nouveau Batman car il prenait clairement un parti pris de fond et de forme totalement opposé à celui de Burton, conduisant même certains à se demander si tout cela restait bien du Batman. Pourtant, et c'est là tout l'objectif de ce présent article, la démarche de Nolan – aussi surprenante soit-elle – répond à une véritable cohérence, à une véritable démarche artistique, qu'il serait dommage de condamner parce qu'elle ne correspond pas à des canons abusivement considérés comme inamovibles.  Certes Nolan n'a pas fait de Batman à la Burton, il a voulu faire jusqu'au bout un Batman à la Nolan. C'est une démarche audacieuse, une démarche d'artiste ; reste à cet article de démontrer en quoi cette démarche peut être jugée comme une trahison – ou non – de l'esprit Batman.
 
 Affiche teaser américaine. Warner Bros.
 
 
La genèse de Batman en tant que super-héros telle que l'a conçue Nolan.
 
 
Comme Burton s'était finalement réinventé Batman en l'intégrant dans son univers à l'esthétique baroque et fantasmagorique, Christopher Nolan a lui aussi procédé à une réappropriation du héros pour le refondre tel qu'il le ressentait et le percevait. Cinéaste psychologisant dans l'âme, on peut certes s'étonner qu'un homme comme Nolan ait pu considérer un jour qu'un héros de comics comme Batman pouvait être le sujet d'une de ses démarches analysantes. Pourtant, à bien regarder la trame qui a été suivie dans ce cinquième opus, c'est bien à ce genre d'exercice auquel se plie finalement Nolan. A bien comparer les cinq épisodes de Batman déjà sortis, celui-ci est probablement celui qui se focalise le plus longtemps sur son personnage principal : Bruce Wayne/Batman ! On ne le quitte jamais ! Bien rares sont les moments où on s'attarde sur l'Epouvantail ou bien sur Ra's al Ghul, comme Burton avait pu le faire sur le grand Joker, son fameux pingouin, ou encore sur la divine Catwoman. La genèse des ennemis de Batman ont été réduites dans cet épisode à l'extrême et les ennemis n'apparaissent finalement à chaque fois qu'en compagnie de l'homme chauve-souris. Ce Batman Begins est bien un épisode « Batmanocentré » à l'extrême. Ne serait-ce que par cet aspect, on sent la patte de Nolan marquer le film de son emprunte. En effet, Batman Begins sera à l'image de tous les films de Nolan : des films qui s'intéressent à décortiquer et à analyser un personnage à la psychologie particulière – et quel personnage cette fois-ci ! Bruce Wayne alias Batman.
 
Christian Bale. Warner Bros. France
 
Par bien des aspects, on pourrait dire que la psychologie de Batman n'a jamais été vraiment mise en avant – ni par les films, ni par le comics lui-même. A dire vrai, l'intérêt d'un super héros ne se trouve pas forcément dans ce type de registre, ce qui explique que Bruce Wayne, comme la plupart des super-héros, n'a été que superficiellement creusé par leurs auteurs successifs. C'était là l'opportunité pour Nolan de construire justement où il n'y avait encore rien de bâti, d'où une genèse de Batman souvent réaménagée, souvent réinventée, pour les besoins de la démarche nolanienne. D'ailleurs, à bien regarder ce Batman Begins, c'est dans ses trois premiers quart d'heures qu'interviennent le plus d'éléments modifiés ou inventés : bref c'est là que s'exprime le plus Nolan, où il reconstruit le plus le personnage, où il lui apporte sa touche dans la genèse du héros. Or comment en ressort ce Bruce Wayne ? Comment nous est-il présenté dans ce Batman Begins pour qu'il puisse expliquer la naissance et la nature de son double masqué : Batman ?
 
Christian Bale. Warner Bros. France                          Christian Bale. Warner Bros. France
 
 
Le regard que nous donne à avoir Christopher Nolan sur Batman, au travers des trois premiers quarts d'heure de son film, c'est que l'homme chauve-souris ne naît pas d'un besoin d'anonymat et d'esbroufe, ce à quoi il se limitait dans les deux précédents opus de Schumacher et – avouons le – dans la plupart des comics originaux de Bob Kane. Batman n'est pas qu'un déguisement protecteur et tape-à-l'œil pour Nolan. Bien au contraire, à suivre la genèse que donne Nolan au héros de Gotham, Bruce Wayne était au départ prêt à combattre la pègre à visage découvert, comme il le fait lors de sa première rencontre avec Falcone, le grand parrain de Gotham. Bruce n'est pas alors dans une logique d'héros masqué qui protège son identité réelle et lui donne de la consistance face à l'ennemi. Au contraire, c'est son identité de Bruce Wayne qui fait qu'il est connu, qu'il est connu comme puissant, et qui d'une certaine manière le protège et intimide à la fois. C'est lors de ce face-à-face que Falcone va d'ailleurs dresser avec efficacité le portrait du proto-héros qu'est Bruce Wayne : c'est un héros qui a du pouvoir et du cran, mais Falcone ajoutera à cela que Wayne se trompe s'il pense ne plus rien devoir craindre parce qu'il estime avoir tout perdu : « Les gens de ton monde ont énormément à perdre. » Au fond, la genèse du héros, telle que l'a faite Nolan, naît chez Bruce derrière le masque et le nom de Bruce Wayne. Mais Bruce Wayne en tant que héros – qui s'appuie sur le pouvoir et la notoriété de Bruce Wayne – est un héros imparfait.
 
La première originalité de Nolan donc, c'est déjà de porter un regard sur Batman qui n'est pas celui – classique à la plupart des super-héros – de l'identité protectrice (par l'anonymat) et intimidante (par le jeu d'esbroufe). Dans cette genèse telle que l'a conçue Nolan, Batman découle avant toute chose d'un besoin de transcendance. Batman n'est pas un masque pour cacher ou pour feindre, c'est au contraire un symbole au travers duquel le masque de Bruce Wayne, celui du milliardaire puissant qui s'avère finalement être une entrave à sa véritable identité, tombe enfin et lui permet de s'accomplir pleinement pour ce qu'il est vraiment. Bruce, en s'arrachant à cette identité qui l'étreint, va à la fois pouvoir transcender son pouvoir, tout comme il pourra transcender sa perception de la justice que son identité de Bruce Wayne réduisait jusqu'alors à une dimension subjective de vengeance.
 
Cette différence significative, et vers laquelle va tendre le personnage de Bruce Wayne dans ce Batman Begins, va être clairement évoquée dès les premières minutes par Ra's al Ghul lui-même : « Un justicier n'est qu'un homme égaré dans une course effrénée vers son autosatisfaction. » Ce portrait, c'est celui du héros Wayne. Tant qu'il voudra se construire un héros autour de cette identité de Bruce Wayne, il restera faillible, vulnérable et limité. Ce héros ne peut agir qu'en comptant sur son pouvoir de protection et d'intimidation, comme peut le faire Wayne avec son argent et sa notoriété. Ra's al Ghul fait bien comprendre à son futur disciple que son aspiration à l'héroïsme ne peut se faire au travers de ce personnage de Bruce Wayne dont les pouvoirs sont – certes réels – mais limités. Il faut donc en changer pour se transcender : « On peut détruire [le justicier] ou l'enfermer. Mais si vous dépassez votre condition d'être humain, si vous vous consacrez entièrement à un idéal et si vous êtes insaisissable, là seulement vous serez devenus autre chose : une légende. » Après sa formation, Wayne montrera qu'il a bien assimilé cette idée et que la transcendance de sa nature de héros va passer essentiellement par une redéfinition de son identité : la création d'un masque qui ne soit pas protecteur mais émancipateur. « L'homme a besoin de spectaculaire pour sortir de son apathie, et je ne peux agir en tant que Bruce Wayne. On peut m'ignorer, on peut me détruire en tant qu'homme fait de chair et de sang, mais un symbole… En tant que symbole je deviens incorruptible, je deviens éternel. »
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 Au fond, c'est au travers d'un autre masque, celui de Batman, que Bruce Wayne va pouvoir s'émanciper du masque social à travers lequel il était contraint d'agir et d'être jusqu'à présent. A la fin du film, le personnage de Rachel comprendra bien la nature de ce jeu d'identité chez Bruce, une fois qu'elle aura appris qu'il était Batman. Elle dira d'ailleurs, devant le manoir familial détruit : « Je n'ai pas arrêté de penser à toi, de penser à nous […] mais après j'ai découvert ton masque – (Bruce) : Batman n'est qu'un symbole Rachel – (Rachel) : Non, je parle de ce masque (désignant son visage)… Ton vrai visage est celui que les criminels craignent aujourd'hui. » Depuis le début donc, l'identité secrète du héros est présentée comme l'expression véritable de ce que peut être le vrai Bruce Wayne au fond de lui, alors que celle du personnage social de millionnaire est vue comme le véritable « masque », celui du héros de pacotille, qui protège par l'anonymat et intimide par l'esbroufe.
 
 
 
Cette façon qu'à Nolan de retourner l'identité de Batman et de Bruce Wayne est certes bien étrangère au Batman de Burton. Dans Batman le défi, vers la fin du film, Batman se retrouve démasqué et dévoile aux yeux de ses ennemis le visage de Bruce Wayne. Le personnage est alors présenté comme vulnérabilisé, menacé, car le masque ici protégeait l'identité véritable de Wayne. Chez Nolan, c'est le masque de Wayne qui ne doit pas tomber pour qu'on n'y découvre pas le vrai visage qu'est celui de Batman : le rapport est inversé. Par ses choix, Nolan montre bien là qu'il n'est pas dans la continuité de Burton. Mais est-ce que cela signifie pour autant que son Batman à lui à moins de légitimité ? Pour ce cas, certainement pas.
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La nature du héros telle que la présente Nolan à travers son Batman.
 
 Par bien des égards, au travers de la genèse de Batman, Christopher Nolan nous expose la construction d'un héros, et par là même, la découverte de sa vraie nature. Car au fond, à bien y réfléchir, ce n'est pas l'analyse de Bruce Wayne/Batman qui a certainement intéressé le psychologisant Nolan dans ce projet. En effet, comme il a déjà été dit, le personnage de base n'avait que peu de profondeur et Nolan en a réinventé une bonne partie. Ce qui a certainement attiré Nolan dans cette aventure Batman, c'est qu'au travers de lui, il avait l'occasion de jeter son regard analytique sur la figure même du super-héros. On a déjà eu l'occasion de constater que Nolan diffusait au travers de son Batman Begins une image – une perception – du super-héros : celle d'un symbole qui transcende aussi bien celui qui en est le vecteur – Bruce Wayne – que ceux à qui il redonne espoir, autrement dit les habitants de Gotham.
Il est vrai qu'à bien y regarder, la figure du héros – et a fortiori celle du super-héros – occupe une place assez particulière dans notre paysage culturel. Même fictionnelles, les histoires de héros nous emportent et nous imprègnent. On se surprend à se transcender pour ses actes héroïques imaginaires. On admire les héros autant parfois qu'on les envie. Le héros a un pouvoir de fascination qui explique les succès massifs de grandes épopées révélant de grands héros parmi la masse d'honnêtes gens bien ordinaires : Peter Parker dans Spider-man, Harry Potter dans la saga éponyme, ou encore Neo dans Matrix… Bref, le personnage du super-héros a quelque chose d'irrationnel et de singulier face auquel l'esprit analytique de Nolan n'est pas resté indifférent. On a déjà vu que Nolan soutenait dans ce film que la véritable nature du super-héros – celle qui faisait soulever les foules – c'était sa nature symbolique, et non son côté tape-à-l'œil (était-ce un clin d'œil aux Batman de Joel Schumacher ???), mais ce n'est là qu'une partie de sa vision. En effet, il y a dans ce Batman Begins toute une analyse du personnage de Batman qui débouche sur une l'analyse de la nature même d'un super-héros.
 
 
Or, au travers de la genèse qu'a tissé Nolan pour Batman, quelle image donne t-il de la nature du super-héros ? La première chose qu'il est intéressant de constater c'est que le héros n'est pas héroïque par essence : il le devient. Bruce Wayne, à ses débuts, ne répond à presque aucune des valeurs propres au héros. Il n'est pas sans peur, puisqu'il craint les chauves-souris ; il n'est pas courageux, car il n'affronte pas ses peurs, et cela même lorsqu'elles ne sont fondées sur rien, comme à l'opéra ; enfin il n'est pas vertueux car, à la mort de ses parents, il sombrera dans la colère, le rejet et la vengeance. Bref, celui qui deviendra Batman ne l'a pas été par naissance, il l'est devenu au travers d'un parcours initiatique qui le construira.
 
Autre élément à retenir de cette genèse de Batman telle que nous la présente Nolan, c'est que le héros ne semble pouvoir se construire sans souffrir. Le héros chez Nolan semble être, par essence, un héros qui a souffert. Bruce Wayne n'acquière pas ses principes et ses valeurs par simple ingurgitation d'une morale, qu'elle soit inculquée par son père ou par son mentor Ra's al Ghul. Bruce Wayne acquerra ses valeurs nobles de héros au travers de ses expériences douloureuses lors de son périple en Asie. Comme il le dira à Ra's al Ghul, qui l'interrogera sur sa première expérience de vol, Wayne répondra : « La première fois que j'ai volé pour ne pas mourir de faim, oui [j'ai pris pitié pour les criminels]. J'ai perdu beaucoup de mes préjugés sur la nature du bien et du mal. »
 
 
Le héros est celui qui a acquis ses principes au travers de son expérience de la vie, et la richesse de ses principes dépend de la richesse de ses expériences. Or, c'est parce qu'il a expérimenté la douleur que procure la faim sans pouvoir la satisfaire que son regard sur le vol a changé, que son regard sur le crime s'est nuancé. Nul doute que, dès lors, le regard du Bruce Wayne qui a enduré ces supplices sur la misère de Gotham devient bien plus riche de nuances que celui du Bruce Wayne qui n'avait jamais quitté son microcosme de privilégiés. Comme le lui reprochait alors Falcone : « Alors tu penses que parce que ta maman et ton paternel se sont fait descendre, tu connais tout du mauvais côté de la vie ? Mais tu te trompes. Le désespoir, tu connais pas ce mot. » C'est peut-être d'ailleurs parce qu'il a souffert plus que les autres, qu'il a souffert plus que d'ordinaire – au travers de la disparition de ses parents notamment – que Bruce Wayne s'est finalement retrouvé sur le chemin destiné aux êtres extraordinaires.
 
Cette dimension était déjà présente dès les origines de la saga Batman, mais Nolan souligne et accentue ce trait. Le fait de devenir un héros, quelqu'un d'extraordinaire, ne relève pas de la vocation. Ce sont les évènements qui nous tombent dessus qui font que l'on sera conduit ou non à arpenter le chemin propre aux hommes extraordinaires. Il y a presque l'idée qu'une destinée de héros ne peut que relever de la fatalité, car nul ne choisit volontairement de souffrir, ce qui constitue pourtant une étape essentielle à la genèse du héros. D'une certaine manière, à regarder le parcours de Bruce Wayne tel que le lui a tracé Christopher Nolan, Wayne n'avait pas le choix : la seule façon qu'il avait de sortir de sa souffrance – du mal-être que lui procurait la colère et le désir de vengeance – était de devenir ce qu'il est devenu : Batman.
 
Christian Bale. Warner Bros. France
 
Or, pour se libérer, il est intéressant de constater que la phase primordiale par laquelle Wayne a dû passer fut la domestication de ses peurs. Nolan ne présente pas le héros comme un héros sans peur, ou qui n'a jamais connu la peur. Bien au contraire, Batman est un personnage né de la peur. Le héros ne devient pas héros en ignorant la peur – celui qui ignore la peur n'est finalement qu'un imbécile qui n'a jamais conscience du danger – le héros n'acquière les valeurs du héros qu'en domestiquant sa peur. C'est au fond toute la démarche que Wayne donne à son périple lorsqu'il arrive devant Ra's al Ghul : il dit chercher « le moyen de combattre l'injustice. De retourner la peur contre ceux qui sèment la peur. » La place que donne Nolan à la domestication de la peur dans la gestation du héros est au fond primordiale, dans la mesure où la terreur que fait peser Falcone sur Gotham est l'élément clef du pouvoir du premier et de la perdition de la seconde. C'est la peur de tous par un seul qui plonge la ville dans l'inaction et l'apathie. La peur est d'ailleurs l'idée centrale du film, que ce soit au travers des angoisses de Bruce, du régime de terreur de Falcone, ou encore des affres finales de l'affreux Epouvantail. Falcone ne manquera d'ailleurs pas de le souligner à Wayne, quand celui-ci viendra le défier pour la première fois : « Regarde autour de toi : il y a deux conseillers, un représentant du syndicat, un couple de flics en civil et un juge. Pourtant pas une seconde j'hésiterai à t'exploser la cervelle ici et maintenant. Ca c'est un pouvoir que tu peux pas acheter : le pouvoir de la peur ».
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 Christian Bale et Liam Neeson. Warner Bros. France
 
Le héros de Gotham ne peut donc qu'être un héros qui sait affronter la peur car c'est elle qui peut lui interdire toute action justiciable. Comme l'enseignera d'ailleurs Ra's al Ghul à Wayne lors de son initiation, « S'entraîner [pour un héros] est inutile. Seule compte la volonté d'agir ». Or, Bruce Wayne, à l'époque où il n'est que le proto-héros Bruce Wayne et non pas encore Batman, est un personnage qui est encore emprunt par la peur. Finalement, la peur ne peut-être que l'ultime défi du héros car la seule arme que le héros peut acquérir pour dominer la peur, c'est la connaissance. Falcone sera d'ailleurs le premier à révéler le fondement de la peur à Wayne : « C'est un monde [celui du crime] que tu comprendras jamais. Et ce que tu comprends pas, t'en auras toujours la trouille.» L'acquisition de la sagesse par l'expérience est donc un élément essentiel dans la genèse du héros car elle est à la source de la domestication de ses peurs.
C'est ici que la symbolique de la chauve-souris commence à prendre toute sa dimension. Les chauves-souris terrorisent le jeune Bruce au point de le tétaniser, de le rendre inactif et impuissant. C'est parce qu'elles sont hideuses et qu'elles l'ont attaqué qu'il avoue à son père avoir été autant effrayé. Pourtant, le père apporte une clef à son jeune fils en renversant le rapport de force : elles l'ont attaqué parce qu'elles ont eu peur de lui. Il précise d'ailleurs que ce sont souvent les monstres les plus hideux qui sont les plus effrayés. C'est dans cette clef que Bruce verra la façon de s'émanciper de l'étau de Falcone à Gotham. Bruce pourra tenir tête à Falcone – ce qu'il n'a su faire lors de sa fameuse première rencontre – que s'il parvient justement à «  retourner la peur contre ceux qui sèment la peur ». Le changement de rapport de force ne peut donc passer que par un changement de rapport de peur, et donc de connaissance. D'un côté, Wayne doit connaître le monde des criminels, doit connaître le désespoir comme l'y invite Falcone, pour se libérer du pouvoir qu'a le parrain sur lui. D'un autre côté, Wayne doit devenir un mystère pour Falcone, quelque chose que le parrain n'aura jamais connu et n'arrivera pas à cerner pour qu'au final le jeu d'emprise se renverse.
D'une certaine façon, c'est aussi en cela que le voyage initiatique de Wayne parmi les malfrats de l'autre bout du monde a été initiatique : c'est en les côtoyant – comme en côtoyant les chauves-souris – qu'il a appris à comprendre les malfrats, à les cerner comme des êtres sensibles, voire extra-sensibles à la peur, qu'il a finit par ne plus avoir peur d'eux. C'est aussi parce qu'il a souffert, qu'il connaît la souffrance, qu'il n'a désormais plus peur de souffrir. A en suivre la genèse de Batman donc, le héros n'est pas celui qui ne connaît pas la peur, mais qui au contraire la connaît suffisamment pour la domestiquer et la retourner à son avantage. Mais Nolan semble bien insister sur le fait que la supériorité du héros sur le méchant ne peut se faire que si le héros n'a pas peur lui-même de ce qu'il peut devenir. Un héros est donc essentiellement quelqu'un qui doit se connaître pour se dominer. Ra's al Ghul donnera d'ailleurs une lecture de son périple initiatique qui ira dans ce sens : « Tu as parcouru le monde pour comprendre la mentalité criminelle et vaincre tes peurs. Mais un criminel n'est pas compliqué et ce qui te fait vraiment peur se cache en toi. Tu as peur de ta propre force et de ta colère. Cette énergie qui pousse à faire de grandes ou de terribles choses. Il te faut voyager en toi. » 
Au final, le portrait que nous fait Nolan du héros ne nous conduit pas à l'envier – parce qu'il est plus fort, plus téméraire et qu'il n'a peur de rien – c'est presque le contraire. Au fond, nous n'envions pas le héros tel que nous le peint Nolan, comme nous pourrions envier un Spider-Man ou un Superman. Le héros pour Nolan n'est pas un individu que l'on va envier, c'est un homme que l'on va admirer et respecter pour tout ce qu'il a enduré pour devenir un héros, et pour le sacrifice qu'il fait – le sacrifice de la normalité – pour assumer la charge de faire vivre un symbole au dépend de sa satisfaction personnelle. Dans ce Batman Begins, le héros n'est pas quelqu'un de chanceux, le héros est quelqu'un qui assume juste sa destinée.
 
 
 
Une façon différente de s'approprier l'univers Batman.
 
 
Mais, à bien tout reprendre, ce n'est pas véritablement par le fond du propos que les fans de Batman ont été décontenancés par ce cinquième volet de ses aventures, c'est surtout par sa forme. Nombreux ont été les choix artistiques et visuels qui ont été reprochés à Nolan : un casting inhabituel, des méchants effacés, un manque de spectaculaire dans la mise en scène, ou bien surtout un univers pas aussi sombre qu'on aurait été en droit de l'espérer… Il est incontestable que sur tous ces points, la surprise ne peut être que de taille, surtout quand on a vu les quatre précédents volets. En effet, même pour Batman Forever et Batman & Robin, Joel Schumacher avait bien veillé à conserver les canons qui semblaient constituer l'essence d'un Batman : des acteurs « à gueule », des méchants qui en imposent et surtout un univers ténébreusement baroque. En ne semblant pas vouloir respecter ce que même le piteux Schumacher avait respecté, Nolan peut dès lors apparaître aux yeux de beaucoup d'adorateurs de Batman comme le pire des hérétiques. Pourtant de tels choix peuvent se comprendre, se justifier, ou bien même être relativisé, et cela sans nuire à l'univers de Batman.
Affiche teaser internationale. Warner Bros.
 
Tout d'abord, ce serait faire un faux procès à Nolan que de lui reprocher d'attenter à l'identité de Batman en ne nous référant qu'à ces critères précédemment énoncés et qui nous apparaissent – croyons-nous – comme indissociable de Batman. Pourtant, l'homme chauve-souris n'a pas toujours été associé à un univers baroque et à des super-méchants qui en imposent. Est-il nécessaire de rappeler que Batman fut aussi un personnage de comics parfois franchement risible, ou encore le héros d'une série fort populaire où ce cher Batman était affublé de drôles de collants bariolés, d'une musique comique douteuse, et d'onomatopées assez incroyables qui s'affichaient à l'écran ? En effet, Batman est depuis longtemps devenu un personnage collectif dont l'essence n'a cessé de s'enrichir au fil des auteurs qui l'auront pris en main. Certes, au cinéma, l'empreinte que lui a donné Burton, en l'immiscent dans son univers baroque et fantasmagorique, s'est vite imposée comme une norme pour ce qui est du grand écran, d'autant plus que Schumacher, par son manque de personnalité a contribué à les enraciner plus profondément. Mais il n'en reste pas moins que Batman n'est pas né de l'univers Burton, qu'il a déjà vécu en dehors de cet univers, et qu'il y a donc une légitimité réelle – non condamnable – à vouloir s'approprier à son tour le personnage de Batman, ce qu'a fait Nolan. Après tout, on a applaudit Burton parce qu'il avait su transcender Batman en le plongeant dans son univers, il n'y a pas de raison qu'on l'interdise à Nolan par simple principe.
 
Christian Bale. Warner Bros. France
 
C'est qu'à bien y regarder, il y a une cohérence dans les choix qu'a pris Nolan pour traiter l'univers Batman. Nolan n'est pas un cinéaste du fantasmagorique ; du moins aucun de ses films n'en a jusqu'à présent témoigné. En cela il est diamétralement opposé à Burton et, a fortiori, à sa démarche. Burton est un artiste qui, pour transmettre son regard au spectateur, a souvent recours à la déconnexion du monde réel, en passant par un monde fantasmé ou fantasmagorique. Ce n'est qu'une fois qu'il aura déconnecté le spectateur de sa propre vision du réel qu'il peut l'ouvrir à cet autre regard que l'artiste entend lui apporter. Finalement, des films comme Edward aux mains d'argent, Mars Attacks ou bien même Big Fish sont des films qui nous emmènent dans des univers qui nous déconnectent de notre réalité pour au final nous y ramener au travers de thématiques universelles, mais avec à la clef de cette pirouette un regard nouveau. Nolan opère différemment. Nolan n'est pas quelqu'un qui a besoin de raconter un conte pour offrir le regard qu'il a à proposer. Au contraire, le regard de Nolan se veut analytique plutôt qu'innocent et rêveur : il part donc plutôt de la réalité telle qu'on la voit. Ce n'est qu'en plongeant dans les particularismes psychologiques de ses personnages qu'il nous fait entrer dans un autre monde, qu'il nous offre un autre regard. Le début de Memento est normal, c'est une scène du monde concret : ce n'est qu'en rentrant dans le désordre psychologique du héros que notre regard sur le monde change. Il en va de même pour Following, Insomnia ou encore Le Prestige : on aborde toujours les personnages de l'extérieur, dans le concret du monde réel, tel qu'on le perçoit, puis, par la mise en scène propre à Nolan évoquée dans la partie précédente, on intègre l'esprit du protagoniste et on pénètre son monde perçu. Cette différence de procédé, c'est celle qui s'applique entre les Batman de Burton et le Batman de Nolan.
 
Christian Bale. Warner Bros. France
 
Quoi de plus logique, aux vues de l'approche que compte avoir Nolan de Batman, de partir d'un monde aux allures réelles et non aux aspects fantasmagoriques. L'univers fantasmagorique appelle les spectateurs à se déconnecter des repères et de la logique à laquelle ils ont recours dans leur propre monde. Or Nolan ne cherche pas à amener Batman comme un personnage d'essence extraordinaire ; au contraire il veut le présenter comme un homme normal. Le Batman de Nolan est un homme normal qui devient extraordinaire par un parcours, et non par une prédisposition ou une nature préétablie. A ses débuts, le Bruce Wayne que nous présente Nolan se doit être perçu comme un homme normal – aussi fragile et aussi perturbé – comme pourrait l'être n'importe lequel d'entre nous. Nolan veut présenter un Bruce Wayne le plus humain possible, le plus réaliste qui soit, il y a donc toute une logique à présenter l'homme et son monde comme étant les moins éloignés possibles du monde que nous connaissons tous, un monde qui répond aux mêmes logiques. Ainsi le visage choisi pour ce Bruce Wayne n'est pas aussi emblématique que celui de Michael Keaton, de même le visage donné à Gotham lorsqu'on la présente ressemble trait pour trait aux mégapoles américaines que nous connaissons déjà tous plutôt qu'a une ville totalement fantasmée… Enfin, hors de question de donner aux super-méchants des gueules cassées et des habits de clown. La sobriété vestimentaire de Ra's al Ghul et le simple sac à patate pour faire de Crane l'épouvantail correspondent amplement au ton qui est donné. La forme ne fait que répondre aux exigences du fond.
 
 
Mais, ceci étant dit, même si Nolan a pris de nombreuses libertés pour pouvoir s'exprimer au sein de ce Batman Begins, on pourra constater qu'il a témoigné d'une rigoureuse exigence pour respecter une certaine « identité Batman » tout au long de son film. Si on prend d'ailleurs la dernière demi-heure du film, on constatera que tous les éléments que l'on reprochait d'être absents au début son bels et bien là à la fin. Batman nous gratifie d'une remarquable course poursuite en Batmobile dans un Gotham sur lequel la nuit semble s'être à jamais couchée. L'ambiance est sombre à souhait : les rues sont envahies par une population qui a sombré dans la démence, l'Epouvantail prend des allures de chevalier de l'apocalypse sur son destrier fou, tandis qu'un monorail délabré apporte le chaos vers le centre de la ville. Il faut le reconnaître, malgré ses libertés prises, Nolan finit par retomber sur du Batman pur de dur, tel qu'on le connaissait avant.
 
 
En fait, à bien y regarder, le souci d'expression libre ne s'est pas fait chez Nolan au détriment du respect de cette identité que Batman s'est forgée au fil des décennies et des adaptations diverses. La démarche de Nolan a juste l'inconvénient de déstabiliser celui qui s'attendait à retrouver l'univers Batman tel quel car, à la différence de Burton, Nolan part de son univers pour le plonger progressivement dans celui de Batman. A bien y regarder, Tim Burton avait finalement procédé de la manière inverse puisque le premier Batman est beaucoup moins marqué par l'esthétique Burton que le second. Burton était lui plutôt parti de l'univers de Batman pour le plonger dans le sien, ce qui sûrement eut pour vertu de moins choquer. Au fond, à bien comparer, on constatera finalement que, même si la démarche entre Nolan et Burton demeure différente, il n'en reste pas moins que, l'un comme l'autre, Nolan et Burton ont abordé la fusion de leur univers respectifs avec celui de Batman de la même manière : les deux devant s'alimenter mutuellement.
 
 
 
 
Nolan a-t-il moins de légitimité à s'approprier l'univers de Batman ?
 
Beaucoup auront compris mon point de vue suite à toute la démonstration qui vient d'être faite : il me semble évident qu'on ne peut reprocher à Christopher Nolan d'avoir imprégné ce Batman Begins de sa personnalité et de sa sensibilité artistiques. Nous avons aimé les deux Batman de Burton parce qu'il avait su y insuffler son esprit et son atmosphère, il me semblerait anormale de condamner Nolan par principe pour avoir fait exactement la même chose. On a justement trop reproché à Joel Schumacher de n'avoir rien exprimé dans ses deux Batman, se contentant trop d'une démonstration technique qui reposait sur l'héritage de son prédécesseur.
 
http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/23/40/18825452.jpg http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/23/40/18411591.jpg
 
Certes, comme toujours, on pourrait se chiffonner sur quelques détails, comme la présence évitable de Katie Holmes au générique, comme la place inopportune occupée par cette étrange Ligue des ombres, ou bien encore quant à la voix douteuse que prend soudainement Batman dans la version française… Mais reconnaissons au moins que dans l'ensemble, ce Batman Begins est un spectacle rondement mené, magnifiquement mis en scène, et remarquablement filmé. Après tout cela, certains pourraient encore pester en disant qu'ils n'y reconnaissent pas là leur Batman. A ceux-là je leur répondrai que c'est sûrement leur Burton qu'ils ne reconnaissent pas dans ce Batman, car Nolan a su respecter l'univers Batman en l'enrichissant d'un regard que personne n'avait jusqu'alors osé porter sur lui. Burton n'a pas crée Batman, et toute nouvelle lecture de l'homme chauve-souris ne doit pas être perçue comme un blasphème par rapport au grand Tim. L'un comme l'autre se sont appropriés ce personnage, contribuant encore plus à faire de lui un mythe collectif qui n'appartient plus à personne mais à tout le monde.
 
A cet égard, la sortie du prochain Batman : Dark Knight, toujours sous la direction de Nolan, va s'avérer être une expérience cinématographique fort intéressante puisqu'il sera question de reprendre des éléments d'intrigue déjà traités par les volets de Burton et de Schumacher. Ainsi pourra-t-on juger de la vraie nature collective de cette œuvre qu'est Batman puisqu'il y a fort à parier que l'approche de Nolan sera ici, encore une fois, entièrement différente de ce qui a été fait précédemment. J'irais même jusqu'à dire qu'il ne nous viendra même pas à l'idée de comparer le Joker de Nolan à celui de Burton en terme qualitatif : « lequel est le mieux ? lequel est le moins bien ? » On ne pourra faire qu'un seul constat : ils seront différents, et chacun bien à leur manière. Finalement, une fois ce Dark Knight accompli, Christopher Nolan sera parvenu à appliquer à Batman en tant qu'œuvre, ce qu'il a perçu de lui en tant que personnage. Batman ne sera plus un personnage que l'on associera automatiquement à un seul acteur de chair et de sang ; ses ennemis ne seront plus associés qu'à une seule vision – une seule image ; enfin, son univers sera riche des multiples regards qui se seront portés sur lui. Batman sera alors devenue une idée qui transcende son identité originelle, un idéal… bref une légende.
 
Affiche américaine. Warner Bros.


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Publié par L'homme-grenouille - dans Films trop méconnus ou incompris
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Startouffe 05/07/2011 17:59

Batman, justicier pas si déterminé que cela ?Salutations cher Karl,

Tu n'as pas à t'excuser de revenir à la charge, bien au contraire ! C'est plutôt à moi de m'excuser de répondre aussi tard alors que ce genre de question est des plus excitantes. Mais comme quoi, des fois ça a du bon d'attendre d'être reposé pour répondre car, pour le coup, la réponse à ta question m'apparait claire comme de l'eau de roche.

Tu évoques le fait que finalement Batman n'est pas un justicier déterminé parce que dans "Dark Knight" il pense à rempiler. Je pense pour ma part que c'est une erreur d'interprétation. Quand on voit "Begins", Wayne ne présente pas Batman comme une renaissance ou une révélation mais comme une catharsis. Il s'agit de constituer un symbole pour faire sortir la ville de sa torpeur. Batman n'est pas vu comme une solution permanente, ou une identité à adopter ad vitam eternam, mais plutôt une transition, un passage, une parenthèse. Batman est l'identité par laquelle le vrai héros Wayne voit pouvoir se révéler et se libérer. Une fois que la ville s'est réveillé, Batman n'a plus son utilité dans la tête de Bruce. Je pense donc qu'il faut interprêter ce désir de raccrocher de "Dark Knight" comme la questionnement que se pose Wayne : "est-ce que c'est bon ? Est-ce que c'est maintenant qu'il faut raccrocher étant donné que le chevalier blanc existe désormais ?"

Voila en tout cas comment je perçois la chose. J'espère que ma réponse te satisfait.

Karl 08/06/2011 22:36

Je m'excuse de reposter à nouveau mais j'ai remarqué un fait troublant. Dans "The Dark Knight", Batman décide de révéler son identité, et cela pour vivre normalement avec Rachel Dawse. Cela ne voudrait-il pas dire que Batman n'est pas vraiment un justicier déterminé, mais plutôt un humain essayant de concilier sa vie de super-héros avec sa vie privée et sentimentale, comme Spider-Man? Si on suit cette configuration, Bruce Wayne serait la véritable facade, qui décide de supprimer le super-héros Btman au nom de ses sentiments personnels.

Startouffe 05/06/2011 12:02

Merci pour l'adresse !Eh bah, c'était long, mais c'était sympa !

Désolé de répondre aussi tard à ton post, mais l'article auquel ton adresse renvoyait était très long et nécessitait une certaine fraicheur d'esprit ! Effectivement, l'analyse est exhaustive et les pistes lancées intéressantes, même si certaines me paraissent un peu tirées par les cheveux. Mais bon, c'est le risque d'une analyse qui ne repose que sur le symbole : elle est limitée à l'interprétation qu'on lui donne. Enfin bon, je préfère encore que ça aille trop loin au risque de perdre le lecteur plutôt que cela reste mollasson et qu'on n'enrichisse pas le débat. De toute manière, au final, tout cela ne fait que démontrer une chose, c'est que ce film est d'une réelle richesse et qu"on aurait bien tort de ne pas en profiter.

Effectivement, parmi toutes ces interprétations possibles du sens de cette histoire, moi j'opte effectivement pour l'idée que Batman n'est qu'un exutoire provisoire pour Wayne, une sorte de catharsis vestimentaire pour lui permettre de soigner son mal qu'est la pègre à Gotham. A mon sens, les oeuvres de Nolan méritent justement de l'intérêt parce qu'elles ne posent pas le héros en modèle et en symbole de bien, mais plutôt parce qu'elles posent le héros comme une posture, parfois une nécessité, qui incombe un certain risque et une réelle ambiguité qu'il faut savoir assumer...

Merci encore de ton commentaire et de l'article que tu as mis en lien. Je te souhaite bonne lecture et bonne découverte d'autres articles de ce blog.

Startouffe 24/05/2011 19:59

Qui porte le masque de qui ?Salutations Karl,

Merci pour ton commentaire, c'est toujours tellement agréable d'être amené à réfléchir et discuter de films aussi passionnants. Pour répondre à ta question, il me semble que ce qui se passe dans "Dark Knight" n'est pas incompatible avec l'idée que Bruce Wayne soit le masque et que Batman soit le symbole. Il suffit de reprendre quelques propos qui sont tenus dans les deux films pour s'en convaincre.

Tout d'abord, il me semble qu'il ne faut pas mettre les copycats et Harvey Dent dans le même panier. Harvey Dent n'est pas une copie ou un rival, il est au contraire la finalité de l'existence de Batman. Wayne disait à ,alors qu'il rentrait de son baroud en Chine, qu'en tant que Bruce Wayne il était vulnérable et que Batman devait être un symbole intouchable qui permettrait de susciter des vocations pour résister au règne de la peur instauré par Falcone. Cette vocation, c'est Dent. Et c'est justement parce que Dent existe, c'est-à-dire un homme qui utilise les lois et les règles de la Cité - un élément de la norme et non une exception comme l'est Batman - que Wayne pense à décrocher de son rôle de Batman. Dent est la vocation que Wayne voulait susciter dans Gotham en créant Batman. Batman n'a pas la force de Dent en tant que symbole : Batman reste un symbole de peur, de "hors la loi', et les copycats sont là pour lui rappeler les limites de son symbole.

D'ailleurs, Batman n'est finalement à percevoir que comme la catharsis de Wayne. Une carthasis qui fut nécessaire pour ne plus subir le fatalisme d'une cité rongée par le chaos et la peur. Si la peur disparaît, si le fatalisme n'est plus, alors Wayne n'a plus besoin d'être Batman pour passer dans le monde des justiciers. Il peut se contenter de financer Dent et être Batman - c'est-à-dire lui-même - à travers le costume de Wayne. Devenir le sponsor du chevalier blanc, c'est faire du costume de Wayne un costume de justicier, un costume dans lequel Wayne peut être enfin lui-même et au travers duquel il peut enfin exprimer son authentique nature. Ainsi te dirais-je donc que Dark Knight n'est pas un moment durant lequel Batman s'efface au profit du vrai Bruce ; c'est plutôt le vrai Bruce qui décide de changer de costume afin de s'exprimer tel qu'il est : un justicier.

Voilà en tout cas comment je perçois la chose. Bien évidemment je n'y donne pas une valeur de parole d'évangile, mais j'espère malgré tout que cet angle d'approche a pu contribuer à enrichir ta perception de cette oeuvre que - personnellement, je trouve remarquable.

Karl 23/05/2011 22:55

Bonjour. Je te félicite pour ton analyse. Ah, et pour préciser, je ne suis pas Allocinéen, mais un modeste visiteur de passage.

J'ai néanmoins une question à te poser. Si Bruce Wayne est le masque et Batman le symbole, comment se fait-il que Batman envisage de cesser ses agissements dans "The Dark Knight", confronté au problème des Copycats et voyant en Harvey Dent un agent plus efficace pour rétablir l'ordre à Gotham City? Cela revoit davantage à un concept ou Bruce Wayne est un humain cherchant à rétablir l'ordre, et Batman un masque lui permettant de mieux accomplir son travail. On le voit aussi préoccupé par sa vie sentimentale, autrement dit à des problèmes d'humain et non pas de super-héros (un peu comme dans Spider-Man).

Bonne continuation!

Palilia 11/03/2009 18:45

batmanbonsoir : je viens de lire plusieurs de tes articles et je suis tombé sur celui-ci. Je dois dire que BATMAN LE DEFI et BATMAN BEGINS sont mes préférés mais j'aime bien aussi les autres. Je trouve intéressant le fait de connaître les raisons pour lesquelles il est devenu Batman.
Cela avait déjà été un peu évoqué dans BATMAN CONTRE LE FANTOME MASQUE qui est en fait un film animé. J'ai un peu moins apprécié THE DARK KNIGHT mais il est vrai que le son au cinéma était tellement fort que ç'en était gênant.

nirky 31/07/2008 14:11

Des fans ont adoré l'approche de Nolan, d'autres non, plein de puriste auront préféré l'univers Burton au point de dénigrer celui de Nolan, mais l'inverse est aussi vrai!!
il y a tellement d'auteurs qui ont donné leur versions différentes de Batman en BD que les batfans ont bien compris que ça serait pareil au ciné, personne ne remet en cause le fait que Nolan l'ait adapté à son univers et ait donné sa vision, personne ne trouve qu'il a "trahit" les sacro saints films de Burton, c'est juste qu'on préfére l'un ou l'autre pour des questions de goûts.

Pour ma part j'adore les deux versions et j'ai été content de voir que Nolan s'inspirait des comics Batman de Miller et de Loeb. (d'ailleurs la batmobile de begins sort tout droit du dark knight returns de miller).

Bruce Wayne est le masque et Batman est sa vératable personnalité:
-c'est pas nouveaux, Nolan n'a rien inventé, Burton exprime lui aussi avec beaucoup d'importance la schizophrénie du personnage mais lui il se passe de dialogue.

Darkskywalker 28/04/2008 19:02

Bravo pour cet article à nouveau trés pertinant, même si c'est un sujet qui me touche moins que Matrix ou autres.

Personnellement, je suis un grand admirateur de la merveilleuse série animée des années 90 qui proposait un génial équilibre entre un univers sombre et une ambiance chevaleresque tout public. Je vais être franc, je n'ai jamais grandement apprécié les Batman de Burton (même si j'aime beaucoup maints autres chefs d'oeuvres du cinéaste) , principalement le deuxième dans lequel Burton part tellement dans une ambiance burtonienne qu'il en abandonne le sérieux ou la gravité que j'associe à Batman.

Le principe de Nolan avait ainsi de quoi me plaire en affichant un aspect sombre affirmé, néanmoins en quittant ainsi l'atmosphère quelque peu surréaliste du justicier et en s'insérant dans un contexte le plus réaliste possible, Nolan perd ainsi un peu de la magie du mythe Batman tel que je l'apprécie à savoir comme dans la série animée.

En réalité, aucun film ne m'a réellement convaincu parce qu'aucun n'est parvenu à cet équilibre entre l'aura fantastique qui règne autour du sombre chevalier et la gravité de ses intrigues. Dans une certaine mesure, le premier Burton était le plus proche de cet esprit mais l'ensemble était assez gaché par une réalisation maladroite et un Mickael Keaton que j'ai toujours trouvé dépourvu de charisme, au contraire de Christian Bale qui possède une sorte de charme noir indéniable.

Comme tu l'as précisé, Nolan assume son concept jusqu'au bout et Dark Knight sera vraisemblablement dans cette lignée avec un Joker qu'on ne songera même pas à comparer avec l'excellent Nicholson. La dernière demi heure de Begins m'avait particulièrement déplu car contrairement à l'ambiance assez intimiste du film, le final partait dans un spectaculaire à tout va qui tranchait de manière trop brutale avec le reste du film à mes yeux.

Mais Begins dresse néanmoins un portrait solide de la figure du super héros, et ce qui fait que Batman est de loin mon super héros préféré. Celui qui arrive par son persévérence et son intelligence à atteindre les sommets et non grâce à ses facultés données par le destin ou à la naissance. Néanmoins, c'est aussi pour cela que Batman est le super héros que l'on envie le moins, car la souffrance qu'il subit pour arriver à son statut de héros et tout au long de son éternel combat est étroitement liée au personnage.

Les tourments de Bruce Wayne ont tout de même déjà été évoqués précédemment. D'une part dans cette excellente série animée auquelle je faisais allussion (et également dans le long métrage qui en a été tiré) mais aussi dans certains comics tels ceux de Frank Miller où il allait jusqu'à décrire un Batman vieillissant et paranoiaque, une image qui sera réutilisée dans la série Batman la relève.

Startouffe 16/12/2007 13:22

Qu'attendre de Dark Knight?Merci à vous deux pour vos commentaires forts sympathiques. Je me permettrais néanmoins de préciser à Ashtray à quel point j'apprécie l'oeuvre de Burton, autant que celle de Nolan à dire vrai. Certes, Nolan a beaucoup plus insisté sur la dimension humaine plutôt que sur la dimension fantasmagorique du personnage, pourtant je ne crois pas que les deux Batman de Burton mettent totalement de côté humain de Batman.

En effet, et comme me l'avait signalé l'ami DanelOcean lors de l'une de nos nombreuses conversations, il y a un aspect de Batman/Wayne qui n'est pas présent chez Nolan mais que Burton avait subtilement mis en relief, c'est le déséquilibre mental qui semble habité l'homme chauve-souris. Il est vrai qu'a regarder le premier Batman, mais surtout le deuxième, on ressent nettement que Bruce Wayne est un personnage instable, et dont l'équilibre mental ne semble tenir qu'à un fil. A l'image de ceux qu'il combat, Batman semble à moitié timbré. J'avoue que je n'avais jamais vraiment exploré cet aspect du film, mais après l'avoir revu maintes fois, je ne peux que reconnaître la pertinence de cette remarque.

D'ailleurs, et pour suivre Rupo dans son attente de Dark Knight, il y a peut-être une chance que ce soit sur cet aspect que Nolan se dirige concernant "Dark Knight". Rien que le titre, le chevalier "sombre", laisse augurer un regard sur l'ambiguité du personnage. A revoir "Begins", on remarquera par ailleurs que ce sujet est déjà abordé mais sans être réellement développé. Je ne veux pas créer une attente sur quelque chose qui finalement ne se fera pas, mais je pense quand même que le sujet de ce "Dark Knight" sera l'ambiguité du personnage de Batman.

Super Rupo 15/12/2007 21:12

Même si je lui trouve quelques défauts, ce Batman Begins de Nolan aura réussi l'exploit de me faire prendre conscience que Batman était un personnage digne d'intérêt. J'attends Dark Knights avec impatience, l'idée plantée à la fin de Begins annoncant que les criminels se masquant en réaction à l'apparition d'un héros masqué m'intrigue au plus au point et c'est avec beaucoup de curiosité que je me presserais à aller voir ce film.
Pour en revenir à "l'esprit" Batman... et aux apparentes indignations qui semblent avoir suivies le virage pris par Nolan, il n'existe pas une vérité mais autant de vérités qu'il y a de personnes, aussi devrait on plutôt se réjouir que deux grands monsieurs du cinéma comme Burton et Nolan nous livrent chacun leur propre vision de Batman. C'est un magnifique moyen de nourrir et d'enrichir ce héros tellement humain.

Ashtray-girl7 19/10/2007 13:17

Ouf! J'ai tout lu. Et je ne le regrette pas! Ton analyse est stupéfiante tant elle est complète et riche d'un avis éclairé et étayé. La décortiquation de Batman Bagins méritait effectivement d'être faite tant le film de Nolan a été chahuté par les fans de la première heure - de Burton, donc.
Pour ma part, j'ai vu le Batman de Burton, le 1er, et celui de Nolan. Rien entre les deux. indéniablement, je considère que Nolan a opéré un travail extraordinaire sur le personnage de Batman: comme tu l'as brillamenet démontré, il y insuffle une épaisseur et une identité propre qu'il ne possédait pas avant ça. On découvre l'homme sous le masque, ses failles, son cheminement, et c'est vraiment ainsi que Batman se construit dans l'esprit collectif en tant que mythe finalement. J'aime cette approche. Celle de la focalisation sur l'homme devenu héros. Et sur cet univers d'avantage ancré dans le réel, d'avantage identifiable.
Avant Nolan, j'aimais bien Batman, sans plus. Depuis lui, j'admire Batman. Une légende.

Merci pour ta démarche si interressante, c'est vraiment original! Bonne continuation! ;-)

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