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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 21:24

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Battlestar Galactica : un regard introspectif sur les fondement de la société américaine et même sur la société humaine en général…

 

 

Cela a déjà été dit et répété des dizaines de fois dans cet article, mais c'est vraiment la clef de voûte pour comprendre cette série merveilleuse : dans Battlestar Galactica, les Douze colonies de Kobol sont une référence directe faite aux Etats-Unis d'Amérique. Les douze colonies C'EST les Etats-Unis. Est-il nécessaire de rappeler que ces colonies sont un Etat fédéral comme les Etats-Unis, qu'elles sont dirigées par un président rééligible qui prête serment sur un texte sacré comme aux Etats-Unis, et que son vaisseau s'appelle Colonial One comme l'avion du président américain s'appelle Air Force One ? Il me semble que les signaux sont suffisamment nombreux pour souffrir de toute ambiguïté : les douze colonies, c'est une métaphore des Etats-Unis… Or, tous les problèmes, dilemmes, questions chaudes qui touchent les fondamentaux de ces Douze Colonies sont en fait des problèmes et dilemmes qui touchent les fondamentaux des Etats-Unis d'Amérique. Cette série ne se contente pas d'analyser l'actualité, de nous y faire porter un regard distancié dessus, elle le fait également pour tous les principaux fondements qui font l'Amérique, et même parfois, la société humaine…

 

                   

A gauche, le drapeau colonial. A droite, le premier drapeau des Etats-Unis, avec 13 étoiles pour 13 colonies.

 

 

Les Etats-Unis d'Amérique sont un pays complexe, pétri de particularités, mais qui ne choquent même plus les Américains tant celles-ci leurs paraissent évidentes. Battlestar Galactica parvient à nous les présenter une à une, tout en s'interrogeant sur sa légitimité. Ce premier questionnement posé sur le gouvernement des Douze Colonies, c'est finalement Tom Zarek, le terroriste politique enfermé dans le vaisseau pénitentiaire rescapé baptisé Astral Queen, qui le met le plus immédiatement en avant. Au cours du troisième épisode de la première saison, les réserves en eau ont été diminuées par des attentats et la flotte a besoin d'en récupérer grâce aux glaces d'une lune proche. Seulement voilà, il faut de la main d'œuvre, et la présidente propose que les prisonniers de l'Astral Queen rachètent leur peine par ce travail bénévole. Le marché semble honnête, pourtant le leader des prisonniers, Tom Zarek le refuse. En quoi devrait-il accepter la demande et l'autorité d'une présidente qui n'a même pas été élue ? En effet, Zarek met là le doigt sur une particularité américaine que les Douze colonies reprennent : en cas de décès du président en exercice il n'y a pas d'élection pour en choisir un nouveau : son vice-président prendra la relève jusqu'à la fin du mandat. Le dernier président en date à être arrivé au pouvoir ainsi aux Etats-Unis, c'est Gerald Ford en 1978, suite à la démission de Richard Nixon. Ford est un cas d'autant plus intéressant qu'il était un vice-président qui ne pouvait même pas prétendre avoir été élu avec son président comme colistier, puisque là aussi, il accède à la vice-présidence par démission de son prédécesseur. C'est le même cas pour Laura Roslin qui, elle aussi, « profite » de la mort des quarante-six membres du gouvernement situés au-dessus d'elle dans la hiérarchie pour avoir accéder à la fonction suprême des Douze Colonies. Elle n'était même pas colistière du précédent président Adar… C'est juste une ancienne institutrice qui a accepté de rejoindre son gouvernement en temps que secrétaire à l'éducation, mais sans être passé par le suffrage des électeurs…

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Tom Zarek, véritable terroriste ou prisonnier politique ?

 

D'ailleurs, c'est grâce à cette entorse aux principes démocratiques, que Zarek va s'efforcer, dès l'épisode 11, intitulé Colonial Day, d'accéder lui-même à la présidence, sans élection préalable du peuple. L'épisode nous montre très bien comment l'accession au poste de Vice-président de Tom Zarek est menaçante pour la présidente car il suffirait alors qu'elle meure pour que Zarek se retrouve au poste suprême. Or, connaissant le passif criminel de Zarek, cette option n'est pas à exclure. Soit dit en passant, la vulnérabilité du président colonial liée à cette particularité institutionnelle est la même chez les présidents des Etats-Unis… Doit-on rappeler qu'en seulement deux siècles d'Histoire, quatre présidents américains furent assassinés dans l'exercice de leur fonction ! Ainsi, ce Colonial Day présente ce système institutionnel comme un impitoyable mécanisme invitant aux plus basses manœuvres politiciennes. En effet, Roslin comme Zarek vont être prêts à tous pour faire basculer le destin de la flotte en leur faveur. A cela j'ajoute en plus le fait que le peuple n'est pas consulté pour ces élections, mais que ce sont des représentants de chaque colonies qui prennent ce genre de décisions (qui eux, ont été élus). Ce système à double degré rappelle fortement le principe électoral américain car, il faut le rappeler, le président des Etats-Unis n'est pas élu au suffrage universel direct, mais indirect. Chaque Etat, à l'image des Colonies de Kobol, élit un certain nombre de grands électeurs (en fonction du poids démographique de l'Etat) avec des modalités qui peuvent varier selon les Etats. Ainsi, les représentants des douze colonies, ceux qu'on appelle le Quorum des Douze s'assimilent en quelques sortes à ces grands électeurs. Là aussi, pour satisfaire les membres du Quorum plutôt que le peuple, les manœuvres vont bon train, allant parfois même jusqu'au marchandage politique et au chantage. Bref, une fois de plus, la pédagogie de Battlestar permet un véritable regard neuf sur cet aspect de la culture américaine. Mais au fond, ce n'est là qu'un début, puisque la présidence sera à nouveau l'occasion de vives remises en questions…

 

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Le Quorum des douze en séance, avec en séance le représentant de Caprica : le docteur Baltar.

 

C'est au cours de la seconde saison, que Battlestar revient porter un nouvel assaut sur un autre aspect du fonctionnement institutionnel américain. Toujours en proie à de vives critiques quand à sa légitimité, la présidence accepte la tenue de nouvelles élections anticipées. Ces élections sont l'occasion pour la série de s'interroger sur deux autres aspects de la culture démocratique américaine. Le premier aspect va être apporté par la candidature surprise d'un challenger de poids (dont je tairais le nom pour les néophytes mais dont tout le monde se souvient), qui parvient justement à rallier les promesses de votes autour de son nom grâce à une proposition sciemment démagogique. Ce challenger se doute que sa proposition est risquée, qu'elle risque d'apporter plus de problèmes à ses concitoyens qu'elle ne va en résoudre, mais l'intérêt n'est pas là… Cette proposition, c'est ce que les gens veulent entendre, et c'est ce qui pourrait bien l'amener au pouvoir. Ainsi appuie-t-il les derniers efforts de sa campagne là-dessus, et ceux-ci risquent bien de l'amener contre toute attente en tête des scrutins. On en vient à se demander chez les militaires, et Adama en tête, s'il ne vaudrait pas mieux truquer les élections plutôt que de risquer la survie des derniers rescapés de l'humanité. Ainsi la question est-elle posée : la parole du peuple, même trompée, même dupée, doit-elle être sacrée ? C'est pourtant bien le fondement même de la démocratie : c'est le peuple qui décide et nul n'est à même de choisir pour lui. Pourtant Battlestar Galactica interroge clairement le spectateur sur ce fondamental de la démocratie. Les esprits les plus éclairés ne manqueront pas d'ailleurs de remarquer que cette histoire de trucage des élections par les Hommes au pouvoir fait encore une fois référence à un évènement concret du passé récent de l'Histoire des Etats-Unis : les soupçons de fraude en Floride lors des élections présidentielles de 2000 opposant Al Gore à George W. Bush…

 

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                    Tigh, prêt à toutes les intrigues pour maintenir le status quo avec la présidente Roslin.

 

Mais bien plus que ces simples questions électorales, Battlestar Galactica explore aussi tout le subconscient américain. Ainsi, les différences marquées de mœurs et de culture entre les douze colonies servent à dépeindre la complexité et la diversité de l'Amérique d'aujourd'hui. Ainsi évoque-t-on la suprématie sociale et culturelle des Etats de l'est au travers de cette figure aisément assimilable qu'est Caprica. Centre politique, culturel, intellectuel, Caprica City, la capitale politique des colonies est « the place to be » afin d'espérer une quelconque ascension sociale. Ainsi Gaius Baltar lui-même avouera tout le cheminement qu'il a opéré pour effacer ses origines de pouilleux, ses origines d'Aerelon, le grenier à blé des colonies (vraisemblablement assimilable au Middle-West américain), jusqu'à gommer son accent guttural afin d'adopter celui très sophistiqué des Capricans. On ne peut aussi s'empêcher d'évoquer les archaïsmes religieux des Sagittarons, visiblement les pestiférés des colonies, qui refusent toute médication classique par simple principe religieux, où biens encore les Géméniens qui assènent régulièrement la présidente pour que des mesures plus conformes à la religion soient prises. Ainsi se souvient-on, lors de la première saison, juste avant le Colonial Day, qu'il avait été demandé à la présidente Roslin de rendre l'avortement illégal, chose contraire aux principes de Roslin, mais qu'elle va quand même finir par accepter dans un but électoraliste.

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Caprica City, capitale des douze colonies.

 

La place qu'occupe la religion dans la société est d'ailleurs un sujet assez récurrent dans Battlestar Galactica, et cela toujours avec la même audace et le même souci pédagogique. Autant dire que c'est une démarche plus que louable car la religion occupe une place très importante aux Etats-Unis et que, souvent, elle bénéficie d'une sainte protection qui conduisent généralement les médias à éviter d'en parler… La religion est d'autant plus un enjeu central de cette série que, rappelez-vous, elle est bercée de toutes les influences mormones que son auteur originel y a mis. Loin de s'en débarrasser pourtant, Ronald D. Moore maintient les croyances de la saga originale pour mieux s'en servir à ses fins. Ainsi, à l'image de la saga originelle, les deux épisodes pilotes de 2003 se concluent par ce même message, point de départ de la grande aventure du Galactica : puisque les Cylons ont détruit nos mondes, il nous reste qu'à rejoindre cette treizième colonie que nous décrivent nos textes sacrés : la Terre. Difficile de mettre la religion plus au cœur du propos : le voyage entrepris dans les deux versions de Battlestar Galactica l'est pour des motifs religieux. La Terre est une croyance, mais elle suffit à motiver tout un voyage. Seulement voilà, dans la version de Ronald D. Moore, le discours final se veut plus ambigu. Alors que le commandant Adama exhortait ses troupes à rejoindre la Terre grâce aux coordonnées dont, prétend-il, seuls les commandants de Battlestar ont connaissance, il tient en coulisse un tout autre discours à la présidente Laura Roslin qui émet des doutes sur ses propos. Adama avoue alors avoir commis un mensonge, mais un mensonge nécessaire : il n'y a pas de Terre, mais sans objectif, l'humanité n'avance pas. La religion, c'est le mensonge nécessaire fait à l'humanité pour lui donner un but, même illusoire, afin de l'amener à avancer… Voilà la vision de la place qu'a la religion d'après William Adama. Mais une fois de plus, la série va faire incarner les différences de points de vue sur cette question par l'opposition de deux personnages centraux. Une fois de plus, et comme pour l'opposition sécurité/droits civils, Adama va être mis en opposition à la présidente Roslin.

 

 

 

En effet, malgré son attachement farouche à des droits qu'on pourrait juger contraire à la morale religieuse comme l'avortement, Laura Roslin va tout de même témoigner assez régulièrement pendant cet épopée d'un réel penchant pour une vision mystique du parcours de l'humanité dans l'univers. Certes, sa prise de médicaments hallucinogènes pour atténuer les effets de son cancer explique peut-être, en plus des bouleversements extrêmes qu'ont connus les survivants du Battlestar, l'ampleur de ce revirement. D'autres personnages centraux témoigneront d'ailleurs du même type de revirement. Face à la pression, face à l'impasse, se rassurer dans un espoir, même illusoire, c'est parfois le seul moyen de faire fasse et de tenir le coup psychologiquement. De nombreux personnages sont d'ailleurs clairement présentés comme étant grandement dépendants de cet espoir qu'est la Terre. Ainsi est-ce le cas de Dualla, ou bien plus secondairement de Starbuck qui, ont là vu, pris souvent les dieux de Kobol lors des moments les plus désespérés. Ceux qui auront la dernière saison sauront même qu'un personnage d'importance ira jusqu'au suicide lorsque tous croiront que la Terre n'est qu'une chimère. Face à cela, il est d'ailleurs intéressant de noter la position occupé par les figures « rationalisante » de la série : ils laissent faire, ils cultivent même cette religiosité même s'ils y restent étranger. On se souvient que c'est Adama qui lance le mythe de la Terre. Adama participe aux rares cérémonies religieuses. De même, Adama ne reprend pas Roslin lorsqu'elle s'engouffre dans le registre religieux. Pourtant, la religiosité de Roslin sera un contre-argument électoral de poids lors des élections présidentielles, preuve que la religion n'a pas non plus une sainte place dans la hiérarchie de valeurs des douze colonies. En fait, dans Battlestar comme aux Etats-Unis, la religion occupe une place très spécifique, celle de simple lubrifiant social dans ce système rugueusement rationaliste et matérialiste. D'ailleurs, cette place très restreinte de la religion dans l'ordre des priorités des survivants est une fois de plus symbolisée par Adama qui, par ses revirements de positions, montre bien ce qui est nécessaire, toléré, mais aussi parfois totalement inacceptable. Dès que la sécurité ou les intérêts stratégiques de la flotte rentrent en jeu, il stoppe net sa tolérance à la croyance et la religion. Ainsi empêchera t-il Starbuck de repartir avec son Rider chercher la flèche d'Athéna sur Caprica, élément crucial pourtant d'après la croyance pour trouver le chemin de la Terre…

 

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Kara "Starbuck" Thrace et sa fameuse flèche d'Athéna, clef de la route vers la mystique Terre.

 

Qu'il s'agisse de la religion comme d'autre chose, Battlestar parvient souvent à capter l'attention justement parce qu'il s'efforce d'avoir une lecture pertinente du fonctionnement de nos sociétés, et surtout de celle des Etats-Unis. On disait précédemment que Battlestar décortiquait volontiers l'actualité américaine, mais à dire vrai ce sont tous les grands tournants de l'histoire américaine qui sont abordés. Ainsi les Etats-Unis sont-ils présentés comme un pays qui s'est construit dans la difficulté, et qui a son lot de sang sur les mains – sang des choix qu'il a fait et qui fait indubitablement partie de son identité, mais qu'on cherche souvent à ignorer. Encore une fois, l'opposition entre Roslin et Adama peut symboliser ce nouvel antagonisme qui caractérise si bien la société américaine. D'un côté il y a cette image de société parfaite, idéale, juste, à laquelle les Etats-Unis s'efforce de correspondre… Et de l'autre la société américaine telle qu'elle est, faite des combats, des luttes et des choix qu'il faut prendre afin de faire en sorte que le modèle s'approche le plus possible de la réalité. Ainsi, ces quatre ans de vie en communauté au sein des vaisseaux de la flotte retrace-t-elle tous les moments durant lesquels ces deux images de l'Amérique – ou plutôt devrais-je dire des Douze colonies – ont eu à s'affronter l'une contre l'autre, notamment pour des décisions vitales pour la survie de la société coloniale : cap à tenir, contrebande, corruption, terrorisme, « identité coloniale »… Tous ces sujets qui forgent le destin des colonies retracent ainsi, avec toujours la même pertinence et la même pédagogie, les fondements profonds sur lesquels la société américaine repose aujourd'hui...

 

   

 

Les épisodes furent nombreux où une question de ce type a été abordée. Pourtant chacune d'elle renvoie directement au passif de l'Amérique, à une étape fondamentale de sa construction. Pour rester dans le domaine religieux par exemple, on pourrait évoquer les différents moments où la série s'attarde sur la diversité des courants religieux, et notamment sur les tensions qui peuvent s'exercer entre eux. Ainsi connaissait-on déjà bien les Gémeniens, les habitants d'une des douze colonies de Kobol, très portées sur la religion (…et qui ne sont pas sans nous rappeler les Puritains), mais il y a aussi les Sagittarons pour lesquels un épisode complet de la saison 3 est consacré. Rustres à la pensée archaïque (faut-il y voir une déclinaison des Amishs ?), les Sagittarons sont les méprisés de la flotte. L'Etat colonial s'efforce de les traiter avec l'équité qui leur est du, mais les simples coloniaux qui les côtoient ne manquent pas de marquer leur dédain. Ainsi, lors de l'épisode intitulé The Woman King, Helo, chargé du maintien de l'ordre sur le vaisseau qui a recueilli les réfugiés de Sagittaron, se rend compte d'une discrimination pratiquée au niveau des soins, notamment de la part du médecin chef géménien. Au lieu de soigner les Sagittarons, il leur inoculerait une maladie fatale afin d'économiser les médicaments pour « ceux qui le méritent vraiment ». Ce type de tension religieuse très forte, qui va jusqu'au massacre, pourrait nous faire penser – nous Européens – au génocide juif pratiqué lors de la Seconde guerre mondiale. C'est ignorer que les Etats-Unis ont connu dans leur jeunesse le même genre de tensions très fortes, notamment entre Puritains et d'autres confessions, ou bien tout simplement des libre-penseurs. Ainsi, certains se souviennent peut-être des fameuses sorcières de Salem, femmes exécutées sur simple suspicion de sorcellerie, mais dont l'exécution relevait plutôt, purement et simplement d'exécution sommaires menés par des Puritains sur des personnes qui ne se pliaient pas à leurs usages. Dans le cas américain comme dans le cas galactique, ces exécutions ont été permises par le laxisme de l'Etat qui, bien que connaissant les tensions, avait préféré laisser de côté la question intérieure afin de se concentrer sur la guerre qu'ils étaient en train de mener. Une fois l'affaire connue des hautes instances, il était trop tard… Ainsi les treize colonies d'Amérique s'ancrèrent sur la voie de la démocratie et du libéralisme plutôt que sur celui du communautarisme religieux… Ce fut aussi le cas pour les douze colonies de Kobol dont la présidente pu se défaire de l'influence de Géménon sur le Quorum…

 

Sagittarons, Cylons... Même traitement !

 

La question de la tolérance d'une société à l'égard de la différence sera portée très loin dans Battlestar, au travers d'autres épisodes qui eux aussi se réfèrent à d'autres évènements fameux de l'Histoire américaine, et qui se révélèrent cruciaux par rapport à la définition qui est faite aujourd'hui du pluralisme culturel à l'américaine. Ainsi, après la question de l'intégration des Sagittarons dans la société coloniale, le Galactica se retrouve contraint à une ouverture d'esprit plus grande, à savoir s'il peut considérer un Cylon comme citoyen de la colonie ? C'est en tout cas le cas de quelques uns, qui se battent du côté des Humains dans une logique de paix équitable plutôt que dans une logique d'extermination pure et simple de l'autre. La question fait bondir, et suscitent de nombreux attentats et autres actions d'intimidation de la part de citoyens lambda à l'égard des représentants des colonies ou bien de l'armée. Accepter l'ennemi parmi nous : c'est inacceptable. C'est en tout cas dans ce même type de situation que les Etats-Unis se sont retrouvés confrontés lors de l'après-guerre, alors que la question du droit des Noirs s'est posée. La difficulté a rester unis dans la différence s'est aussi fait percevoir lors de la saison 2, ce coup-ci pour des raisons de convictions politiques. Poser pied sur Kobol mérite-t-il qu'on engage un assaut très risqué contre les Cylons ? Roslin le pense et prie tous les vaisseaux prêts à la rejoindre de la suivre. Les militaires s'y opposent et le colonel Tigh n'hésitera même pas à imposer la loi martiale pour maintenir l'ordre dans ses rangs. Ainsi la flotte va-t-elle se ceindre en deux ce qui risque, face à l'ennemi, de causer sa perte. La liberté de chacun a être libre de son destin est un fondement de la société coloniale, et finalement cette scission possède sa part de légitimité. Néanmoins, c'est l'esprit même des Douze colonies qui se perdent en divisant ce qui autrefois a été uni. Ce dilemme fut plus ou moins celui que connurent les Etats-Unis lors de leur guerre de Sécession. D'un côté le Sud voulait continuer à vivre selon le bon vieux modèle de la démocratie rurale esclavagiste, de l'autre les Etats du Nord voulaient évoluer vers une société plus industrielle et libérale, ce qui passait automatiquement par l'affranchissement des esclaves… c'est à contre cœur que le Sud rallia le Nord, que l'armée rallia la présidente, mais l'unité fut sauve et la prospérité future était ainsi redevenue permise. Là encore, le destin du Galactica ne fait qu'éclairer le passé américain pour mieux en cerner le présent.

 

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Les Cylons peuvent-ils être considérés comme des êtres à part entière et à droits égaux ?

 

Or, il ne faut pas croire que les passages de l'Histoire ancienne américaines sont si rares que cela à être abordés dans Battlestar Galactica… Dès qu'il s'agit d'éclairer et d'expliquer un aspect de la société américaine, le Battlestar ne craint jamais de se réapproprier le passé. Ainsi, par rapport à la construction des colonies WASP face aux territoires d'Amérindiens, une autre question est ouverte, encore une fois lors de la saison 3. Lors de l'épisode intitulé A measure of salvation, les Coloniaux prennent connaissances qu'il existe dans l'univers un virus, visiblement d'origine terrienne, face auxquels les Humains sont immunisés mais qui s'avère fatal pour l'intégralité des Cylons. Apollo en vient à penser l'impensable : et si la flotte s'en servait comme arme biologique ? cette pensée impensable, les Américains l'eurent déjà il y a de cela de nombreux siècles. En effet, si les armes traditionnelles furent aussi utilisées pour déloger les Amérindiens de leur territoires, on n'a pas hésité non plus à avoir recours à la variole. Inconnue jusqu'alors en Amérique, elle fait des ravages parmi les Indigènes. Ainsi ne manque-t-on pas côté colonial de troquer avec les Indiens des couvertures dans lesquels dormirent des malades de la variole afin que celles-ci se transforment en armes bactériologiques redoutables. La variole est indubitablement une arme efficace et qui apporte une victoire indiscutable contre un ennemi qui n'y est pas immunisé. Mais est-elle morale ? En tout cas, Apollo estime que son idée mérite d'être rapportée à la présidente Laura Roslin. Celle-ci, animée par une haine farouche à l'égard des Cylons, n'est d'ailleurs pas hostile à l'idée. Mais une question éthique se pose alors et nombreux sont ceux qui vont s'élever contre ce qu'ils considèrent comme ni plus ni moins qu'un crime de masse où même des innocents par leurs actes deviendraient automatiquement condamnés par leur race. Helo, de par son histoire particulière, fait partie notamment de ceux-là… Encore une fois, le Galactica ne fait que se construire que par rapport à l'Histoire américaine…

 

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Lee "Apollo" Adama, le pont entre les deux opposés que sont son père et la présidente Roslin.

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Encore un dernier exemple, s'il en fallait encore un, c'est ce moment de la saison 2 où la flotte coloniale se retrouve confrontée à un attentat commis contre un officier de haut rang, pour des raisons obscures de collusion avec une sorte de mafia. La présidente Roslin et l'amiral Adama prennent alors conscience du niveau de développement au sein de la flotte de tout un système de contrebande, qu'il s'agisse d'alcool, de prostitution ou bien même de médicaments. A dire vrai, l'existence d'un tel réseau parallèle était connu, mais son ampleur était jusque là sous-estimée …Ou du moins cherchait-on peut-être à fermer les yeux, car tout le monde, finalement, avait recours à cette mafia : Tyrol, Helo et même le propre fils de l'amiral, le capitaine Lee « Apollo » Adama ! Cette situation ressemble trait pour trait à ce que connaissait l'Amérique dans les années 1930 avec la prohibition. L'interdiction de la vente et de la consommation d'alcool – mesure illusoire pour cacher la misère de la crise – avait considérablement fait gagner de l'influence aux réseaux mafieux qui, pour l'occasion, offraient à beaucoup ce que désormais la société ne voulait ou ne pouvait plus offrir. Car l'alcool n'était pas la seule chose que les mafieux pouvaient fournir : comme dans le Galactica, ils étaient devenus une remarquable économie parallèle qui pouvait se vanter d'offrir des produits qui ne souffraient pas autant de l'inflation que ceux qui étaient légalement vendus. Ainsi, face à ce type de réseau, la présidente Roslin s'est retrouvée dans la même situation que Hoover pendant la prohibition. Fidèle au modèle de société réalisée qu'elle défend, elle prône l'éradication du réseau. Mais la série ne manque pas de poser toutes les ambiguïtés de la situation. Face à la crise des médicaments et aux dysfonctionnements multiples des réseaux légaux de la flotte, l'économie parallèle est devenue une économie vitale sans laquelle la population n'aurait pas accès aux besoins les plus essentiels comme le soin. Cet argument, c'est celui du chef mafieux, bien évidemment, mais on sent qu'il a une prégnance sur Lee qui, justement, fait partie de ces personnes qui ont régulièrement recours aux mafieux. Ainsi défendra-t-il l'idée à la présidente que le réseau doit subsister, car à le détruire, un autre se créera dans leur dos étant donné les besoins auxquels ils répondent. En fait, Lee va prôner la politique pragmatique qui consistera à tolérer l'actuel réseau, afin d'en connaître les dirigeants et les actions, et ainsi mieux les contrôler… Encore, toujours, Galactica réinvestit le passé pour mieux expliquer les dilemmes du présent.

 

 

 

 

Conclusion partielle à l'égard de ceux qui n'ont pas encore vu l'intégralité de la série…

 

 

 Ainsi l'aurez-vous sûrement compris : difficile de nier la profondeur discursive d'une telle série, tant ses angles d'approche du monde d'aujourd'hui sont multiples. Mais au fond c'est cela de la vraie science-fiction, et Battlestar Galactica a su en rejouir plus d'un justement parce que cette évasion dans un future imaginaire n'a fait que nous rapprocher d'avantage de notre réalité d'être humain, et surtout d'être social. Ainsi pourrait-on palabrer des heures et des heures encore sur ce chef d'œuvre, au sujet d'interprétations, de compréhension, d'analyse, mais si ce long discours vous a déjà suffit à trouver l'envie de voir, ou de revoir ce monument télévisuel, alors c'est qu'il est temps pour moi de m'arrêter là et de laisser maintenant parler la série à ma place. Donc ruez-vous ! Ruez-vous sur les chaînes qui se risquent à la diffuser, ruez-vous sur les sites de vente par Internet qui proposent des coffrets DVD ou Blu-ray à des prix tout à fait abordables ! Ainsi vous ouvrirez-vous à cette magnifique saga. Car sachez-bien que, si le propos qui a été ici tenu vous a mis l'eau à la bouche, il n'est qu'un seul aspect de la saga ! Car oui, Battlestar Galactica, en plus d'être de la science-fiction telle qu'elle excelle au rang de la fiction sociale, c'est aussi – et surtout – une remarquable épopée fantastique à la recherche d'un sens au parcours humain. Sans cela, Battlestar ne sera pas non plus Battlestar, et toute cette mythologie je ne peux que vous inviter chaleureusement à la découvrir par vous-même ! Dans le même esprit que ce qui vient d'être dit, la mythologie de Battlestar est riche, complexe, ouverte sur le monde… D'ailleurs, et je n'ai finalement pas pu m'en empêcher, ceux qui auront vu la série jusqu'au dernier épisode et qui seraient intéresser de ce replonger dans cette mythologie pourront même se permettre de passer à la page suivante. Eh oui, l'envie fut trop forte, cette merveilleuse série méritait bien qu'on s'attarde sur l'un de ses aspects les plus fondamentaux… et les plus controversés aussi. Ainsi ne puis-je conclure cet article qu'en souhaitant aux néophytes un très bon voyage au sein du Battlestar  pour quatre saison de bonheur, et pour les autres, à tout de suite, de l'autre côté du lien ci-dessous…

 

Pour ceux qui veulent lire la suite, veuillez tourner la page...

 

 

 

 

 



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Publié par L'homme-grenouille - dans Séries TV : du cinéma autrement
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