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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 12:03

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(Partie I : le cinéma populaire américain en 2008)

Ah ! La crise ! Comme en 40 ma p'tite dame ! Du moins est-ce ainsi qu'on en entend parler de ci de là sans que, la plupart du temps, on sache vraiment quelle en est vraiment la nature ou l'ampleur. Foi de pseudo-historien, les véritables crises sont celles qui touchent avant tout les cerveaux, ce sont celles qui entament les esprits et qui réduisent nos capacités d'indignation ! De façon presque prémonitoire, le film Blindness de Fernando Meirelles nous le montrait encore bien : c'est par la résignation à subir ce qu'on nous impose que l'humanité laisse s'écrouler sa société. Les films prémonitoires malheureusement ! ils sont toujours aussi rares, quelques soient les périodes. Heureusement qu'il reste encore des artistes des vrais ! Heureusement qu'il y aura toujours des Christopher Nolan ou des Ang Lee, des Samuel Benchetrit ou des Danny Boyle,  pour porter sur notre monde un regard distancié, un regard extérieur. Ces artistes là, jamais les crises ne les touchent, ou plutôt, jamais les crises n'affectent leur productivité, leur esprit.

    Le réalisateur Christopher Nolan et Heath Ledger sur le tournage. Warner Bros.  Joel Coen, Ethan Coen et Josh Brolin à la conférence de presse du film - Cannes 2007. AlloCiné    Chris Evans et Danny Boyle sur le tournage. Twentieth Century Fox France

Car oui ! Quand j'annonce par ce titre aguicheur à quel point le cinéma de cette dernière année incarnait à lui seule la véritable crise, je ne parlais pas forcément du cinéma véritable ce côté clair de la force celui qu'on chérit tous pour la plupart. Ce qui me venait au contraire à l'esprit, c'était ce côté obscur qui ne cesse de gagner parmi les cinéastes et les cinéphiles, c'est ce cinéma réfractaire et réactionnaire qui, inconsciemment voire insidieusement se fait l'agent de notre perdition. Mais que les choses soient clarifiées tout de suite entre nous : l'existence et la popularité de telles productions ne m'interpelleraient guère si elles ne gagnaient pas en acceptation au sein de notre société. Quelle inquiétude que de voir que désormais des films au propos liberticides soient appréciés et vantés, que ce soit par la presse professionnelle ou bien même par des Allocinéens forts respectables ! 2008 est riche d'exemples malheureusement ! L'avancée de la pensée rétrograde pourrait se voir dans tellement de films, de formes et de fonds si différents. Cette avancée concerne aussi tellement de spectateurs, qu'ils fassent partie de la masse de spectateurs occasionnelle ou bien de ceux qui se considèrent comme l'élite éclairée des cinéphiles ! J'aurais pu en aborder des films :  la plupart ayant été généralement appréciés, voire même parfois encensés.

                                       Walt Disney Studios Motion Pictures France

Pour ceux qui lisent cet article au moment de sa date de parution (février 2009), de magnifiques spécimens hantent encore les salles s'offrant ainsi en exemples. Il peut s'agir tout simplement de Volt (désolé DanielOcean) ou de Frozen River. Il peut tout aussi bien s'agir du tout dernier Twilight (désolé Diane)! Il suffit de remonter dans le temps pour trouver d'autres spécimens de ce cinéma rétrograde et réfractaire et cela quel qu'en soit le style : Hancock comme Hunger, Bee Movie comme Le Silence de Lorna Mais j'arrête là la liste tant je sens déjà les claviers s'activer, les clameurs résonner : « Comment ?! Mais de quel droit considérer ce film comme rétrograde ?! » L'envie au départ me conduisait à tous les aborder mais, par souci d'efficacité, je limiterai mon regard au seul cinéma populaire, celui destiné aux masses. Après tout, quels meilleurs indicateurs que les films écrits, produits et réalisés pour répondre à ce qu'on pense être la demande du plus grand nombre ?  C'est amplement le cas des divertissements dits « familiaux » que sont les dessins-animés américains. C'est aussi le cas des productions ciblées sur un public adolescent. C'est encore plus le cas pour ce cinéma grand public qu'est le fameux blockbuster ! Le pire, c'est que parmi les exemples les plus flagrants d'esprit réactionnaire sont souvent les films qui ont été les plus appréciés par les critiques et les spectateurs. Alors, bien sûr, vous êtes totalement en droit de discuter et de remettre en cause les propos qui vont être ici tenus dans cet article (il suffit de poster des commentaires : c'est ça aussi la magie du blog) ! Néanmoins, prenez juste le temps de parcourir les quelques paragraphes qui suivent avant de vous déchaîner, que je puisse au moins étancher votre curiosité en vous exposant ce qui à mes yeux incarne dans les productions de 2008, cet esprit nauséeux qu'est celui de la crise.

                                                                           Walt Disney Studios Motion Pictures France

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Le nouveau rêve américain qu'on offre à nos chères têtes blondes

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Certaines interrogations doivent déjà se poser Mais que reprocher à ces gentils spectacles innocents que sont Volt et Bee Movie ? L'ami Startouffe aurait-il perdu de vue que ces dessins animés sont avant tout destinés aux enfants ? Ne comprend-il pas qu'il est logique pour des films destinés aux spectateurs de 7 à 77 ans que leur propos soient volontairement simplets et gentillets afin qu'ils soient accessibles à tous ? Il est vrai que cette histoire de chien star de télé qui, victime de son rôle, part à la recherche de celle qui jouait sa maitresse a rencontré un grand succès critique et populaire. Nul n'a vu dans ce film autre chose qu'un spectacle inoffensif et gentillet, et l'a critiqué inoffensivement et gentiment. En effet, à parcourir les critiques de la presse, on lit de Volt qu'il s'agit là d'une « histoire touchante » (Le Parisien) ou « d'univers magique » (Metro). dans Le Monde, on parle carrément de « réflexion sérieuse » ! Même chez les Allocinéens émérites, on parle même de « morale bien fichue ». (DanielOceanAndCo). Il faudra d'ailleurs un entretien particulier avec ce fameux blogueur pour savoir que ce qu'il entendait par « morale bien fichue ». A ses yeux, il y avait dans ce Volt un message « de tolérance à d'acceptation à la différence » (C'est CinéLive qui l'a dit, m'a-t-il confié. Il leur a malheureusement fait confiance). C'est vrai que « tolérance », « respect et ouverture à l'autre», « goût pour l'aventure », ou bien encore « le désir de liberté » sont des valeurs récurrentes véhiculés par les spectacles pour enfants, voire même par les spectacles grands publics. Qui n'a pas rêvé, étant jeune, de participer aux aventures extraordinaires de Bernard et Bianca, ou bien celles de la jeune Alice qui quittait son monde cloisonné pour celui de son pays des merveilles dans lequel son imagination n'avait plus d'entrave ? Qui n'a pas été émerveillé, étant jeune, par les histoires d'amour impossible d'Aladdin et de Jasmine, de Pocahontas et de John Smith, ou bien même de Tarzan et de Jane ? Est-ce pour se convaincre qu'on est resté enfant qu'on voit dans Volt ce qui n'existe pourtant pas ? Où sont les valeurs de tolérance, de respect, de goût de l'aventure dans Volt ? Où est cette « morale bien fichue » ? Par ailleurs, cet article étant celui d'un blog, j'attends tout commentaire pour m'apporter des éléments qui abonderaient dans le sens de l'ami Ocean car, personnellement, la morale qui se trouve vraiment dans ce Volt refile plus une boule dans le ventre et des frissons dans le dos plutôt qu'autre chose. Pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle, se remémorer le film semble indispensable.

     Walt Disney Studios Motion Pictures France  Paramount Pictures France  Paramount Pictures France

Volt tout le monde en conviendra est un petit chien élevé dans le mensonge ; le but recherché étant qu'il protège sa maîtresse qui, en fait, n'est qu'une actrice qui joue ce rôle pour une série télé. Par un malencontreux accident, Volt se retrouve éloigné de sa maîtresse : de la côte est, il se retrouve soudainement parachuté sur la côte ouest. Perdu et fidèle qu'il est ce gentil toutou il décide de faire tout son possible pour retrouver sa maîtresse qu'il croit en danger. Alors oui, certains trouveront sûrement qu'il y a dans cette histoire un certain goût de l'aventure car Volt va traverser tous les Etats-Unis pour retrouver sa maîtresse. Certes, d'autres y verront peut-être aussi dans cette association avec Mitaine, le chat pernicieux, et ce gros hamster en boule, un message de tolérance à la différence. Enfin, si on force un peu, on pourrait même voir une belle histoire d'amour sans entrave dans cette fidélité restée intacte chez la maîtresse de Volt, et cela malgré l'exigence qu'on lui imposait de poursuivre la série avec un autre chien. Du moins c'est là ce qu'on aimerait voir. Car finalement, ni Volt, ni Mitaine, ni le hamster, sont investis d'un vrai goût de l'aventure. Chacun n'aspire qu'à une chose : s'emmitoufler auprès de la gentille Penny et se la couler douce le reste de leurs jours. Il y a-t-il une véritable ouverture à la différence avec l'amitié de Mitaine et de Volt ? Finalement aucune, Mitaine n'est en rien un individu qui pense différemment de Volt : au contraire, sa différence n'est qu'une façade puisqu'au fond elle aspire à la même chose que lui, c'est-à-dire retrouver un foyer. Enfin, l'amour sans entrave de Volt pour la gentille Penny qui le pousse à traverser les USA repose sur un mensonge, mais Volt préfère au final cultiver ce mensonge plutôt que de se questionner réellement sur la nature de leurs rapports.  Ne nous leurrons pas : il n'y a pas de morale bon-enfant dans Volt ! Mais le problème n'est pas là : le véritable problème c'est qu'il y a une morale dans ce film, mais affreusement rétrograde ! Soit personne ne n'en est rendu compte, soit pire encore tous ont considéré plus ou moins les valeurs défendues dans Volt comme des valeurs positives.

     Walt Disney Studios Motion Pictures France  Walt Disney Studios Motion Pictures France

A cette étape de la lecture vous allez me dire que cet article fait toute une montagne d'un film de rien du tout. Détrompez-vous ! C'est en s'attardant sur Volt que tout un aspect du cinéma et de notre société d'aujourd'hui apparaît pleinement au grand jour. Si la morale de Volt vous semble un sujet secondaire c'est qu'elle vous a échappé. En effet, sur quelles valeurs se repose Volt ? (Car ce serait une erreur de penser que des producteurs de dessins-animés considèrent les valeurs morales comme une donnée secondaire de leurs films. Bien au contraire ! Ils veillent justement à ce que le système de valeurs colportées par le film rentrent en parfaite adéquation avec celle des familles qu'ils entendent attirer dans les salles obscures) Pour Volt, il suffit de regarder la finalité de son périple pour voir quelles sont les choses dans la vie qui, à ses yeux, valent vraiment la peine. La vérité ? Non, car Volt ne se questionne jamais sur le fait qu'il ait vécu dans le mensonge si longtemps L'amour ? Non plus, car Mitaine n'a que faire de la personnalité de son maître tant qu'elle en a un. Et que dire du hamster qui abandonne lâchement son maître pour en prendre un autre ! Au final, la seule source de bonheur vers laquelle tendent tous les personnages dans Volt, c'est ce vers quoi Mitaine cherche à conduire son nouveau compagnon canin et qu'il atteint au final : être un bon toutou fidèle D'ailleurs, le film insiste bien sur le fait que Volt n'est pas un vrai chien et ne vit pas comme un vrai chien heureux tant qu'il est dans sa posture de protecteur, de chien extraordinaire, de chien en mission. Qu'est-ce qui va conduire Volt sur la route du bonheur d'après ce film ? C'est se contenter d'aller ramasser le bâton, c'est jouer à la baballe, c'est s'emmitoufler au côté de sa maîtresse qu'on sert servilement. Bref, sous couvert d'un retour à la simplicité et à l'authenticité, le modèle vendu par Volt c'est celui du bonheur au travers des choses basiques de la vie. L'homme heureux : c'est le beauf. L'homme heureux, c'est celui qui ne bouge pas de chez lui, qui reste peinard devant la télé, qui s'occupe de sa maison et qui ne cherche pas à vivre des choses extraordinaires dans la vie. Bref, le modèle du bonheur selon Volt ; c'est celui de l'imbécile heureux ! D'ailleurs, le film n'hésite pas à vous le seriner à plusieurs reprises au travers d'une chanson nasillarde : « Un chat, un chien et un rongeur, c'est la recette du bonheur ». En France, on connaît un maréchal qui n'aurait pas forcément choisi le même triptyque, mais qui se serait sûrement retrouvé dans ce type de slogan.

                                        Walt Disney Studios Motion Pictures France

Si je résume, à une époque on faisait rêver les enfants avec le rêve d'un épanouissement personnel au travers d'aventures fantastiques, de conquêtes de libertés impossibles, ou bien d'histoires sentimentales qui brisent les entraves Maintenant, les producteurs, les critiques, et les parents qui emmènent leur enfants voir des films, s'accordent sur le fait que les valeurs essentielles de notre société sont : l'adhésion à la norme, le plaisir du peu qu'on a déjà, et le repli sur les valeurs traditionnelles. Il n'y a pas à dire : il est beau le nouveau rêve américain ! Comment peut-on assister à cela sans que personne ne s'en émeuve plus que cela ? Et si encore Volt était le seul dessin-animé pour enfants à nous avoir fait le coup cette année Mais on pourrait citer des exemples à la pelle sur ces dernières années. C'est le cas notamment de cet odieux Bee Movie ! Lui aussi on l'a encensé ! Il faut dire qu'il bénéficiait outre-Atlantique de l'aura du comique Jerry Seinfeld qui s'était fortement impliqué dans le projet. Son ambassadeur dans nos contrées était Gad Elmaleh, autre comique réputé pour son humour basé sur un regard distancié et critique sur les murs de notre société. Ça c'est sûr : on ne se méfierait presque pas ! Pourtant pour ceux qui l'ont vu que nous raconte finalement ce film ? Bee Movie, c'est l'histoire d'une abeille qui, à contre courant de tous, remet en question les murs et la finalité de sa société. Pourquoi tout le temps s'habiller pareil ? Pourquoi être conditionné à devoir sans cesse fabriquer du miel avec des cadences infernales ? Pourquoi le loisir est-il à ce point méprisé à côté de la sacro-sainte valeur du travail. Le héros se pose la question légitime : « N'y a-t-il rien d'autre de plus essentiel dans la vie ? » La réponse fournie par la morale de Bee Movie a au moins le mérite d'être claire. Cette réponse c'est : « NON ! ». Eh oui ! Sans le travail servile et aveugle des abeilles, toute la planète meurt. Le héros a donc été bien imprudent et égoïste de remettre en cause ses conditions de travail et les modes de distribution de la production. Si le monde est ainsi fait, c'est qu'il a ses raisons. Le travail est essentiel, les mouvements sociaux et les grèves sont quand à eux les ennemis du bonheur et de la prospérité. Pire, la grève est l'ennemi de la vie ! Autant dire que si vous avez emmené votre gosse voir Bee Movie, j'espère pour vous que vous ferez l'effort de lui expliquer la vraie nature de la grève et les sacrifices qu'il a fallu consentir pour obtenir ce droit fondamental le jour où vous y aurez nécessairement recours.

      Paramount Pictures France  Paramount Pictures France  Paramount Pictures France

Et on pourrait en voir d'autre des dessins-animés du genre qui ont pour morale le retour aux valeurs réactionnaires. Madagascar proclame par exemple qu'on a bien tort de vous dire qu'ailleurs c'est mieux : restez chez vous, n'allez nulle part, c'est là qu'on est le mieux à sa place ! On s'étonnerait même presque de voir que dans des films comme l'âge de glace 2, on est rien d'autre à nous proposer que le banal instinct de survie, le tout noyé dans des références religieuses grotesques, alors que le premier épisode reposait plus sur des valeurs d'ouverture et de solidarité. De même les rebelles de la forêt ou encore nos voisins, les hommes étonnent par la vacuité de leur propos, basés eux aussi sur le simple esprit de survie qui justifie tous les moyens. Et encore ! Je ne peux même pas parler d'Igor ou de Madagascar 2, tant l'actualité des dessins-animés tend actuellement à basculer vers le côté obscur (Heureusement que Pixar et certaines productions Dreamworks font encore de la résistance !). Et dire que la plupart de ces films est encensée par la critique, ou au mieux seulement recommandée. Mais quelle horreur ! La voilà la crise ! Comment espérer qu'un monde continue de prospérer quand les sociétés acceptent de se reconnaître dans de telles imageries ou idées qui prônent des valeurs qui vont dans le sens contraire du progrès humain ?!

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Le teen-movie made in USA : bienvenue dans le monde merveilleux d'Adolf Disney

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Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus de l'ampleur de cette infection du cinéma par les idées rétrogrades, il suffit de sortir du simple domaine des dessins-animés pour embrasser le cadre plus large du cinéma dit populaire. Il suffit de porter son regard sur les dernières productions qui ont eu du succès sur un large public pour s'en convaincre. Dans le cercle adolescent par exemple : on vante les succès de High School Musical 3 et plus récemment de Twilight. Pourtant, à regarder de plus prêt les univers qu'ils mettent en place et dans lesquels les adolescents sont sensés se reconnaître, il y a de quoi s'interroger sur les murs qu'on y retrouve ! Certains diront que je vilipende HSM3 ou Twilight parce qu'en tant qu'homme de 25 ans je ne peux qu'être hermétique à la charmante mièvrerie qui se dégage de ces deux films. FAUX ! Ce n'est pas le mièvre qui me dérange et mes critiques parleront pour moi. Ce qui me dérange et je m'étonne à ce qu'on soit si peu à en faire part c'est que le monde merveilleux de Mickey d'HSM3, dans lequel toutes les midinettes aiment à s'évader, est avant tout un monde qui possède une drôle de conception du merveilleux.

   Walt Disney Studios Motion Pictures France  Vanessa Anne Hudgens et Zac Efron. Walt Disney Studios Motion Pictures France  Summit Entertainment

Un monde merveilleux selon HSM3, c'est un monde ou tout le monde s'aime, où même les méchants sont gentils, où personne ne s'insulte ni ne fume (pourquoi pas) Mais le monde d'HSM3 c'est aussi un monde où il n'y a ni vieux, ni gros, ni boutonneux, ni cancre, ni barbu. C'est un monde où le sexe et l'alcool sont bannis, où l'esprit de rébellion face aux murs sociales n'existe pas, c'est un monde où tout le monde est heureux tant qu'ils ne violent pas les règles et les murs judéo-chrétiennes. Le monde d'HSM3, c'est aussi et surtout un monde où les noirs restent ensemble et où bien sûr ils sont présents dans la limite des quotas imposés (en l'occurrence, un garçon et une fille c'est suffisant, au-delà c'est le Cosby Show). Enfin, le monde d'HSM3, c'est un monde où les rapports entre filles et garçons ne sont sincères que si on ne commence à s'embrasser qu'au bout de deux ans, et si le sexe est considéré comme une perversion plutôt que comme l'épanouissement d'une relation. Et que les adorateurs de Twilight ne prétendent pas l'inverse : on retrouve dans exactement la même configuration dans cette adaptation du roman de Stephenie Meyer (A votre avis : il y a un seul personnage « sino-américain » et une seule « sino-américaine » dans Twilight Vont-ils sortir ensemble au bal de fin d'année ? Réponse dans le film ! Mais je suis persuadé que vous la connaissez déjà)

      Corbin Bleu et Zac Efron. Walt Disney Studios Motion Pictures France  Zac Efron et Vanessa Anne Hudgens. Walt Disney Studios Motion Pictures France  Ashley Tisdale et Zac Efron. Walt Disney Studios Motion Pictures France

Certains sans forcément s'opposer à ces arguments rechigneront quand même à accepter cette idée que ces films puissent être considérés comme réactionnaires en bloc. J'imagine déjà cette chère Diane Selwyn, si elle passe par hasard sur cet article, en train de préparer ses contre-arguments pour venir à la rescousse de Twilight, cette belle histoire d'amour bien mièvre comme on n'ose plus en faire ! Soit dit en passant : elle aurait au moins raison sur un point. Il est vrai que les belles histoires qui s'osent à sublimer une mièvrerie des plus assumées manquent terriblement dans le cinéma occidental. Seulement quel malheur que ces belles histoires adolescentes s'enferment constamment dans des cadres aussi rigides et réfractaires au progrès social ! Et je ne parle pas là que de la seule « gestion des minorités » (Zeus ! Que je déteste ce terme !) mise en évidence il y a de cela quelques lignes ! Tout dans Twilight, de la même manière que dans HSM3, traduit une vision des sentiments adolescents cloîtrés dans des normes morales étouffantes qui prennent nullement en compte une vision moderne et libérale de notre société. Il suffit de décrire la façon dont nous est peinte la relation amoureuse entre Isabella et Edward pour s'en convaincre.

                                         Kristen Stewart et Robert Pattinson. Summit Entertainment

Tout d'abord, l'histoire d'amour telle qu'elle est fantasmée dans Twilight, c'est l'amour sans chair. A l'instar de Troy et Gabriella le couple modèle que tout le monde doit envier la véritable expression de l'amour doit se déconnecter de tout contact corporel. On ne se touche pas ; à peine se prend-on dans les bras l'un de l'autre dans les situations vraiment intimes ; les baisers sont distribués avec parcimonie. Bien évidemment, bien qu'ils aient tous deux 18 ans et qu'ils prétendent avoir trouvé l'amour de leur vie, ils ne se permettent pas l'outrecuidance de s'adonner aux plaisirs sataniques de la chair. Si bien qu'au final, l'amour idéalisé de Twilight, et qu'on vend aux adolescents, est un amour totalement désincarné. C'est un amour où on se regarde ; où on se dit « je t'aime » sans arrêt ; où on passe ses journées allongées dans l'herbe à se regarder lascivement. « Pudeur » diront certains. « Tendresse » me diront d'autres. Sûrement ceux qui se retrouvent dans Twilight ou autres HSM3 défendront cette démarche en affirmant qu'il est au contraire salvateur que le film ne soit pas pollué par un sensualisme bon marché avec ses scènes érotiques plus commerciales qu'essentielles à l'exploration du sentiment amoureux véritable. De ce point de vue d'ailleurs, ils auraient sûrement raison Mais une analyse de nos murs s'impose quand on induit implicitement qu'un sous-entendu sexuel nuit à l'expression du véritable sentiment amoureux à l'écran. Car dans Twilight on en est bien là : le sexe, la chair, ne sont pas considérés seulement comme hors de propos, ils sont carrément allégorisés comme l'ennemi même de l'histoire d'amour adolescente, de la mièvrerie. Que ceux qui ne sont pas convaincus par cette affirmation se rappellent le rapport qu'entretient Edward avec « le sang ».

   Kristen Stewart et Robert Pattinson. Summit Entertainment  Kristen Stewart et Robert Pattinson. Summit Entertainment

Que ceux qui ne le savaient pas me pardonneront de briser ce secret de polichinelle : oui, Twilight raconte une histoire de vampires. Tout le ressort de l'intrigue repose là-dessus : Isabella est humaine, et elle est tombée amoureuse d'un beau (?) jeune-homme au teint blafard qui s'avère malheureusement être un vampire. Leur condition différente rend leur amour impossible, mais ils s'efforceront de le faire triompher envers et contre tout. (Que c'est beau !) Bien évidemment, on retrouve là le schéma classique d'un bon vieux Roméo et Juliette, où l'amour doit triompher des contraintes sociales. Enfin, que sociales les contraintes ? Il n'en est pas si sûr ! Monsieur est vampire tout de même et, comme il le dit si bien, il serait bien tenté de planter ses canines dans la jugulaire de sa bien-aimée. Il lui avoue : c'est dur, mais il tiendra ; il n'a pas envie de lui faire ce coup bas ! Il l'aime trop ! La contrainte dans Twilight n'est donc pas que sociale : il y a une véritable contrainte physique. L'amour entre Isabella et Edward repose aussi et avant tout sur le rejet de l'attraction physique. Le vrai amour, c'est celui qui triomphe de la bestialité animale qui nous ronge de l'intérieur. Le vrai amour, c'est l'amour désincarné. La relation par le corps est une médiation contraire à l'amour véritable nous suggère-t-on. Nous en sommes donc resté dans ce type de romance au stade où on enseigne aux gentilles petites filles que la découverte de soi, l'épanouissement de ses sens et de sa sensibilité à l'autre, sont deux choses qui doivent rester étrangères à la découverte et à l'épanouissement du corps.

     Nikki Reed. Summit Entertainment  Summit Entertainment  Summit Entertainment

Qu'on s'y reconnaisse ou pas, qu'on s'accorde au moins sur ce fait : Twilight est un ardant défenseur des murs judéo-chrétiennes traditionnelles et il tient à rester extérieur aux libertés acquises par les femmes lors de ces dernières décennies au sujet de leurs droits, de leur considération, ou de leur place dans la société. L'amour vanté dans Twilight est un amour sans chair, d'ailleurs il est aussi un amour sans sens. De ce film, dont certains disent qu'il sait saisir tous ces instants « évanescents » propres aux sentiments amoureux, il est curieux que nul ne se soit surpris que Twilight construise la relation clef de son intrigue sur le fait qu'Isabella et Edward ne se connaissent même pas. « Dès le premier regard, je t'ai aimé d'un amour ardant » clame grosso modo le beau Romeo de Twilight à son aimée. Bref, si le corps est banni, même les mots n'ont pas d'importance. L'amour Twilight, c'est donc de l'amour sans chair et sans sens. Finalement, c'est à se demander si l'amour Twilight ne va pas jusqu'à renier le principe même de relation entre deux individus.  On ne se dit rien, on ne se fait rien, on n'échange rien. Reste l'état amoureux, cet état qu'on vous présente comme cette impression de sérénité et de bonheur alors que l'individu est nié jusque dans sa chair. Voila l'amour Twilight, il ressemble à ce que le grand timonier se plaisait à désigné comme « l'opium du peuple ».

                                     Kristen Stewart et Robert Pattinson. Summit Entertainment

Rah mais oui ! Je le sais ! Ils pourront sembler violents ces mots que j'utilise pour qualifier le fond de ces teen-age movies qui déplacent les foules et qui ont des fans jusque parmi les gens les plus fins et les charmants. Mais à la politesse des euphémismes, je préfère la clarté des esprits sincères. L'intention n'est point de violenter mais de faire ouvrir les yeux. Oui, c'est mignon ! Oui, les histoires d'amour qui ont le souffle de cette mièvrerie assumée nous manquent parfois trop en Occident ! Mais quel malheur que ce manque nous aveugle et nous laisse accepter n'importe quoi, au risque de conforter une société dans une démarche réfractaire et attentiste. Comparons un instant les histoires d'amour telles qu'elles nous sont racontées en Occident et celles ô combien merveilleuses ! qui nous viennent d'Inde. On remarquera que dans les productions indiennes, le souffle de ces histoires provient toujours du fait qu'elles mettent en avant les contraintes sociales qui entravent l'épanouissement des individus, et cela notamment au travers de leur amour ! Mais c'est chose normale étant donnée la réalité sociale de l'Inde ! Ces films sont d'actualité par rapport au niveau de développement culturel et social de ce pays. Ces films ne font que traduire une forme d'émancipation qui a encore un sens pour ces sociétés ! Comment cela se fait-il qu'en Occident, contrée où deux siècles de libéralisme ont fortement fait progresser le statut et l'épanouissement social des individus et notamment celui des femmes ! tout spectacle populaire qui tient compte de ces avancées finit par se faire brimer par la critique et bien bouder par les spectateurs (c'est le cas de Ce que pensent les hommes notamment), tandis que les productions qui vantent les modèles de l'ancien temps rencontrent succès et estime ? La crise : elle est là !

      Corbin Bleu et Monica Coleman. Walt Disney Studios Motion Pictures France  Robert Pattinson. Summit Entertainment

Que vous ne soyez pas d'accord avec tout ce qui est dit ici, comme dans le paragraphe précédent ou celui qui va venir, c'est une chose. Mais que vous niiez cette réalité en est une autre ! Aimer les dessins-animés gentillets n'était pas la preuve d'un esprit rétrograde. C'est ne pas se choquer des films qui vantent une marche en arrière au niveau sociale qui est préoccupant. De même, à ce stade de l'article, ce n'est pas sur le fait qu'on aime les histoires mièvres que je cherche à vous interpeller, mais c'est plutôt sur le fait qu'on se reconnaisse dans une mièvrerie qui n'appelle pas à l'épanouissement, en un mot une mièvrerie avilissante. Au fil de votre lecture, peut-être certains se sont aussi dit que je me réveillai peut-être bien tard et que ce type de spectacle a toujours existé et qu'il existera encore ! A cela je réponds : « Et comment ! » Il est vrai que 20 ans avant de réaliser HSM3, Kenny Ortega réalisait déjà les chorégraphies de Dirty Dancing : autre histoire d'amour mièvre par excellence. Pourtant, les choses sont-elles vraiment restées inchangées en 20 ans de temps ? Pas si sûr malheureusement ! Je vous rappelle qu'au moins, dans Dirty Dancing, on n'avait pas peur de coucher avec celui ou celle qu'on aimait, et que la belle Frances n'avait pas peur de se découvrir et de s'épanouir au travers de l'expression corporelle, notamment celle de la danse. Sexualité, sensualité et midinettes faisaient bon ménage à l'époque de nos mamans Est-ce tellement le cas encore aujourd'hui ?

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Des blockbusters de 2008 qui ne démolissent plus rien

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Toujours pas convaincu ? Ou peut-être ne vous sentez-vous pas concerné ! Qu'à cela ne tienne ! Portons alors notre attention sur le simple cinéma populaire grand spectacle qui nous concernent tous, petits ou grands et qu'on pourrait appeler outre-Atlantique « blockbuster ».  Si certains ne seront peut-être pas d'accord avec l'idée que tous nous sommes concernés par les blockbusters, au moins nous accorderons nous sûrement sur le principe qu'ils sont certainement les films les plus représentatifs de la population de base, de ces spectateurs occasionnels, de ceux qui aiment aller au cinéma de temps en temps plus pour la détente que pour la culture. Or, pour ce type de films, là aussi on trouve un certain nombre d'exemples qui, rien que pour cette dernière année, ont vu leur mérites vantées alors que l'intrigue qu'ils développaient était un éloge des valeurs réactionnaires ou pire encore   à l'abolition pure et simple du libre-arbitre humain.

   Affiche américaine. Columbia Pictures  18939066.jpg  18888244.jpg

2008 avait pour cela deux ambassadeurs de choix : Hancock et Wanted : choisis ton destin. Deux merveilleux canulars au pitch mensonger. En effet, le premier se présentait comme un super-héros décalé ; le second prétendait hardiment au travers de son titre que le héros avait le « choix » de son destin. C'est ça aussi l'esprit perfide de la crise : donner l'impression de faire du moderne alors qu'on fait marche à arrière. Regardez le ce Hancock ! Et surtout regardez comment on nous l'a présenté : « Il y a les super-héros, et puis il y a Hancock ! » On nous disait d'Hancock qu'il n'était pas comme les autres super-héros : c'est un anticonformiste. Les normes et les convenances de la société, il n'en à rien à battre. S'il picole ; ça le regarde. S'il pue, ça ne regarde que son hygiène. S'il fait des dégâts en sauvant des gens et manque de politesse, c'est pas ça qui va l'empêcher de dormir. Hancock, nous montrait-on dans les bandes-annonces, c'est quelqu'un qui fait son boulot de héros mais qui vous emmerde ! En somme, Hancock semblait l'incarnation même du héros rebelle Et pourtant ! Quand le film commence par se questionner ce qui fait le héros, la valeur de son acte ou son attitude, on est très vite surpris de la tournure que l'intrigue prend

                  Hancock selon Jock. Sony Pictures Releasing France                          Hancock selon Neal Adams. Sony Pictures Releasing France

Car au fond, que racontait cet Hancock ? Hancock c'est l'histoire d'un super-héros décalé parce qu'il est malheureux d'être différent ! Quand Hancock à un problème avec la société, le problème ne peut venir que d'Hancock, pas la société ! D'ailleurs qu'elle est la solution que présente le film pour régler ce problème ? Il faut qu'il apprenne à se plier aux conventions et à rentrer dans le moule uniformisateur de la société américaine ! C'est dur, mais Hancock commence à jouer le jeu qu'on lui propose et là : c'est le bonheur. Plus Hancock devient ordinaire, plus il est heureux, plus il retrouve goût à l'existence. Mais voila que le film pose alors la question : si c'était si facile pour Hancock de devenir heureux en vivant comme un individu ordinaire, pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ? Et c'est là qu'Hancock montre vraiment qu'il n'a rien d'un film de super-héros En effet, on nous révèle qu'Hancock était heureux avant et qu'il aimait sa vie ordinaire ! Il avait une femme à laquelle il était prédestiné et qu'il aimait, il vivait normalement, comme tout le monde, et c'est comme ça qu'il était heureux ! On nous dit même qu'au côté de cette femme, il perdait tous ses pouvoirs, mais il n'en avait pas besoin puisqu'il avait tout ce qu'un homme était en droit d'espérer de la vie. Seulement voilà, c'est suite à une agression qu'Hancock fut séparée de sa promise ! Pour le sauver, elle le quitta pour qu'il retrouve ses superpouvoirs et survive. Mais voilà, même invincible et omnipotent, Hancock n'était que l'ombre de lui-même maintenant qu'il était loin de son aimée. Ce n'est qu'en la retrouvant au cours du film qu'à nouveau sa va reprendre un sens, même si au final et c'est là toute la tragédie il devra aussi la quitter pour la sauver à son tour...

   Will Smith. Sony Pictures Releasing France  Will Smith, Jason Bateman et Charlize Theron. Sony Pictures Releasing France  Will Smith. Sony Pictures Releasing France

Une belle histoire se dira-t-on Pourtant, comment pourrait-on vraiment s'enthousiasmer du fantasme que nous propose Hancock ? En effet, par essence, un film de super-héros est un film où l'on finit par s'enflammer pour le parcours initiatique d'un individu ordinaire comme vous et moi et qu'un accident va conduire sur le chemin de l'introspection de soi et de son rôle dans la société. Le super-héros, c'est l'expression ultime de la recherche de l'épanouissement de l'être au sein d'un corps social qui en profitera forcément en retour.  Le super-héros, c'est l'idéal libéral où l'essor de la société ne peut aller que de pair avec l'essor de l'individu. C'est le cas de Superman, de Spider-man, d'Iron-man, de Batman, des X-Men, des Watchmen, etc Mais ce n'est pas le cas de cet Hancock là. Hancock ne s'épanouit pas en se découvrant un pouvoir comme c'est le cas de Spider-man, ou en s'affirmant en tant que héros comme c'est le cas de Batman. Hancock s'épanouit, nous dit-on, en perdant son pouvoir ! Il est heureux non pas en étant extraordinaire, mais au contraire en devenant ordinaire. Les vrais héros selon Hancock, les vrais modèles de parcours initiatique, ce sont les gens ordinaires qui aiment leur femme, qui travaillent, et qui élèvent leurs enfants. En étant extraordinaire, Hancock ne peut être que malheureux. D'ailleurs, les pouvoirs qu'il  obtient en sortant du moule social lui sont inutiles, le rendent amer, le tout étant fortement nuisible pour ses contemporains. Le voilà, le nouveau rêve américain ! Et ce rêve suscite une moyenne de 3 étoiles spectateurs sur Allociné ! Et parmi la presse, sur 17 critiques référencées sur la fiche d'Allocine, ils sont 12 a au moins mettre 2 étoiles, synonymes d'un spectacle correct et encore lui reproche-t-on essentiellement des lacunes formelles Qu'est-ce qui est le plus inquiétant ? Que le film soit réactionnaire dans son propos, ou bien que beaucoup de personnes s'y reconnaissent et l'apprécient ?

                                       Will Smith. Sony Pictures Releasing France

Et si encore Hancock était tout seul sur ce chemin Rien que l'été dernier on a retenu trois gros blockbusters qui ont défrayé la chronique. Heureusement il y avait The Dark Knight pour nous montrer que le vrai cinéma était encore vivant ; il y avait aussi cet Hancock donc, mais il y avait également une autre immondice : Wanted. Là encore, 3 étoiles de moyenne pour les spectateurs d'Allociné. 11 critiques presse qui en mettent au moins 2. Et pourtant, qu'avait pour lui ce film dont on vante les mérites ? La réalisation de Bekmanbetov ? Tout le monde s'est accordé pour dire qu'elle était ratée. Le jeu d'Angelina Jolie ? La plupart reconnaissent qu'elle est ici pour faire la plante. Restent sûrement « le scénario assez réjouissant » de Télérama ou « l'histoire solide » de l'écran fantastique. Seul le Monde finalement s'est étonné d'un « scénario alambiqué prônant une idéologie douteuse ». Et comment ! C'est à s'étonner qu'ils soient les seuls ! Parce qu'encore et toujours on ne voudra voir dans un blockbuster un film d'action qui dépote et rien de plus. Mais n'oublions pas que dans un film d'action, on sous-entend justement qu'on veut voir des « actes », du mouvement, du changement. Or pour quels types d'actes les spectateurs se sont-ils enthousiasmés dans Wanted ? En fait, ils se sont extasiés sur toute une série d'attentats dont le sens se trouvait dans le fait qu'ils étaient ordonnés par un métier à tisser qui lit l'avenir (ça ne s'invente pas).

   James McAvoy. Paramount Pictures France  Morgan Freeman. Paramount Pictures France  Angelina Jolie. Paramount Pictures France

Alors, vous allez me dire, le méchant s'avère justement être le responsable de la mort du père du héros, cachant ses actions derrière l'arbitraire des actions du métier à tisser : la morale est donc sauve. Oui, sauf que le principe que le métier à tisser avait raison n'est jamais remis en question dans le film ! Au contraire, les héros préfèrent se tuer parce que le métier avait ordonné qu'ils meurent plutôt que de remettre en question ce principe que le destin de chacun est déjà écrit à l'avance ! Quel titre mensonger dès lors que de le traduire en français de la façon suivante, « choisis ton destin », car d'après Wanted, nul ne peut choisir son destin. Il est déjà écrit à l'avance et on ne peut rien y faire. C'est la négation même du principe de libre-arbitre. Finalement, les héros ne sont pas des héros puisqu'ils n'ont pas la possibilité d'utiliser leur pouvoir pour faire de grandes choses. Ils ne font d'ailleurs finalement rien, puisque les actions sont autodéterminées par un destin préécrit et ne sont pas le fait des Hommes. A noter d'ailleurs que leur caractère extraordinaire, ces hommes et ces femmes les détenaient de leurs gênes et non d'aptitudes particulières qu'ils auraient réussi à développer. Le monde de Wanted, c'est le monde de la fatalité, c'est le monde où l'homme n'est pas décideur de ce qu'il fait. Le monde de Wanted, c'est un monde qu'on ne peut que subir Et visiblement, pas mal de gens se sont reconnus dans cette vision car ils ne se sont même pas choqués du vide de sens et d'action qu'on leur a servi.

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Conclusion : Triomphons de l'atonie humaine ! Réveillons nous !

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Arrivé au terme de cet article, le moment en est forcément au bilan. Voit-on réellement arriver le cinéma réactionnaire de la crise ou bien n'est-ce là qu'une vision forcée de la réalité pour qu'elle corresponde au propos que cet article entendait soutenir ? A ce sujet bien évidemment libre à vous de vous faire votre opinion. Certains considérerons sûrement le trait forcé. D'autres ne verront dans les films cités que des exemples isolés. Enfin il y aura ceux qui trouveront que ce qui a été dit était totalement hors de propos et qu'il ne faut voir dans le succès de ce cinéma populaire là rien d'autre que le simple souci des spectateurs à se divertir. A tous ceux là, je répondrais qu'effectivement c'est le propre du spectateur de dessins animés, de teen-movies, ou de blockbusters que d'aller au cinéma sans se prendre la tête à savoir si le film est « moralement acceptable ». Eh bien justement Notre erreur est sûrement là L'erreur est sûrement de croire que chaque spectacle est innocent, et que le succès des films auprès des critiques et du public ne dépendent que des goûts et des couleurs de chacun.

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Voilà pourquoi il est essentiel de se questionner quand, un, deux, puis une multitude de films qui s'ancrent dans un monde réfractaire, dans des valeurs réactionnaires, commencent à rencontrer leur public. Foi de pseudo-historien disais-je en introduction, les vraies crises sont celles qui touchent avant tout les cerveaux, et la capacité de tout à chacun de se révolter face à ce qu'on estime injuste. Faut-il voir dans le succès d'Hancock la résignation d'un peuple ? Faut-il voir dans HSM3 le dépérissement de la jeunesse ? Faut-il voir dans Volt l'idée naissante chez les producteurs que les valeurs familiales les plus fédératrices aujourd'hui sont celles du repli sur soi et du retour en arrière ? A défaut d'avoir les réponses, notre conscience nous appelle au moins à nous poser ces questions. En tout cas, à cela moi je réponds que, tant qu'il y aura des films où le doute a sa place et qu'il appelle à l'action comme c'est le cas dans The Dark Knight et tant que ces films trouveront leur public, alors je garderai espoir en l'humanité. Tant que des films comme No Country For Old Men nous appelleront à un regard distancié sur notre société, je garderai espoir. Tant qu'il y aura des vrais films, qui parlent du vrai monde, avec un vrai regard comme Wall-E, Juno, ou bien encore plus récemment Slumdog Millionaire et les Noces rebelles, alors le cinéma nous aura montré à quel point toute crise ne peut être qu'éphémère face à la formidable créativité humaine. Alors oui ! Soutenons les encore ces films qui font du vrai cinéma, ces films qui nous font vibrer et nos rappellent à quel point nous sommes vivants ! Et pour l'amour de l'humanité réveillons notre sens critique afin de ne plus nous laisser endormir par ces productions mollassonnes qui nous conditionnent à l'inaction et du coup à la perte de tout ce qui fait de nous une civilisation prospère, toujours en marche vers le progrès



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commentaires

safae 09/12/2009 17:05

twilightj aime beaucoup edewarde

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