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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 15:50

Dix ans, l'air de rien… Eh oui ! Dix ans déjà que la saison unique de Cowboy Bebop est sortie des studios d'animations tokyoites de Sunrise  et a su surprendre la planète entière ! Encore aujourd'hui, on reste surpris de ce passage éclair de Cowboy Bebop. Surpris tout d'abord qu'une série reste jusqu'au bout fidèle à son intégrité : une seule saison prévue dès le lancement pour s'éteindre au bout de 26 épisodes, ni plus ni moins. Le succès aurait pu en ternir le principe, mais Sunrise a su ne pas transiger avec cette règle d'or. Surprenante, Cowboy Bebop l'a aussi été jusque dans sa forme. Autant de sophistication visuelle dans une série d'animation japonaise semblait déjà, en ces temps de productions surcadencées et affadies, relever de la croisade d'esthète. Animation et couleur léchées, réalisation sobre et travaillée, et bande sonore à décorner les diables et enivrer les dieux : certains films d'animation sortis au cinéma auraient presque à rougir d'une comparaison avec cette série à ce point atypique.

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Mais c'est aussi et surtout pour son fond que Cowboy Bebop nous surprend, puisqu'il semble presque ne pas en avoir. Mélange de tout et de rien, voyage au milieu d'épisodes à l'intrigue parsemée, on parcourt ces vingt-six épisodes autant dubitatif qu'on peut s'émerveiller. Et puis le Bebop passe… Les vingt-six épisodes sont révolus, et un sentiment fort nous prend. En somme, cette série surprend sur tant de points qu'encore, dix ans plus tard, elle n'a toujours pas pris une ride, elle n'a toujours pas perdu son charme. Pas très adepte de la japanime, et pourtant j'ai été conquis. Rétif au pur formalisme, et pourtant le charme a fini par prendre. Il m'est devenu difficile de nier l'évidence : Cowboy Bebop est vraiment une expérience à part, qu'on peut sous-estimer si on ne s'y penche pas assez. Et c'est pour cette raison que m'est venue l'envie d'un article, afin de vous y faire pencher suffisamment pour que l'envie vous prenne de saisir le Bebop en vol, le temps de 26 épisodes.

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Cow-boy Bebop, ou la conquête amère du nouvel Ouest

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Le Bebop est un vaisseau… un vaisseau spatial. Il parcourt l'espace, de fronts pionniers en fronts pionniers, avec à son bord deux cow-boys, des chasseurs de prime… Harmonicas dans les réacteurs, le Bebop passe de saloons en maisons de passe, de déserts en casinos, en faisant parfois détour par la réserve d'un vieil indien devin perdu sur un des satellites de Jupiter. Au gré des premiers voyages de Bebop, cette conquête du nouvel Ouest nous surprend un peu. On ne les voit pas les astronautes dans leurs costumes immaculés, ni les vaisseaux spatiaux et cités chromés. Cette conquête de l'espace nous rappelle la conquête de l'Ouest dans la mesure où on ne sait pas vraiment ce que font tous ces drôles de charlots sans véritable foi dans ce désert si inhospitalier. Rien à voir avec la fantasme de la conquête ; l'enchantement de la réalité l'a fait tomber. La réalité en 2071, c'est que l'espace n'est pas conquis par des astronautes plein de rêves et d'espoirs, mais par des paumés contraints par cette marche forcée vers ailleurs, depuis que l'explosion accidentelle d'un portail de transport à vaporisé une partie de la Lune sur la Terre. C'est ça le décor inhabituel de Cowboy Bebop : une conquête spatiale désenchantée, loin des grandes épopées lyriques et de l'émerveillement pour le savoir humain.

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Cowboy Bebop, c'est un petit peu le pays des désolés, c'est le rêve sans les paillettes, la magie sans l'illusion. L'univers de Cowboy Bebop est un univers désenchanté, ou les Hommes passent ça et là, vaille que vaille. C'est un univers qu'on traverse et dans lequel on a l'impression que le futur nous a un peu menti. On est bien loin des univers spatiaux auquel on a habitué. Ici, on se limite au tout petit système solaire, dans lequel les hommes vivent bien moins nombreux qu'à notre époque… On se sent seul dans ce futur, pas d'extra-terrestre non plus ni de grandes avancées foudroyantes : le désert. La Terre voit désormais pleuvoir les astéroïdes et seuls les délaissés l'habitent encore. Mars et Vénus se « terraforment », mais la première se limite à quelques cratères humanisés et la seconde n'est respirable qu'au risque de sales maladies qui peuvent vous rendre aveugles… Et restent après cela quelques cailloux en orbite autour de Jupiter et de Saturne où il ne fait pas forcément mieux vivre… La conquête de l'espace déçoit dans Cowboy Bebop, mais chacun des personnages semble rompu à ce fait… Cela fait partie du décor sans que chacun ne s'en émeuve.

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L'univers de Cowboy Bebop, c'est un petit peu la Ruée vers l'Or sans l'or. Les seuls espoirs de richesse sont ceux des grands cartels tels ces Dragons Rouges, ou bien encore des groupuscules douteux qui profitent du chaos comme ces terroristes défenseurs des animaux, ou bien même de cette multitude de chasseurs de primes qui arpentent l'espace sur leurs vieux rafiots à la recherche de quelques millions pour sortir des périodes de vaches maigres. Pas de valeur, pas d'idéal. Les conquérants de l'Ouest sont des vieux routiers, des voleurs de quat'sous et des cow-boys aux poches trouées, et ils parcourent l'espace en va et en vient pour de banales rétributions pécuniaires. Bref, rien de séduisant dans ce drôle de futur… Et pourtant de cette décrépitude finit par se dégager un certain charme… unique.

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La symphonie cacophonique du tout et du n'importe quoi

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Cowboy Bebop c'est quoi ? Et ça raconte quoi ? Que s'y passe-t-il dans cet espace désenchanté ? – Eh bien justement… Pas grand-chose ! …Ou plutôt tout et n'importe quoi pour être plus précis. En ce sens, la forme de l'intrigue ne fait qu'épouser l'ambiance de son décor. Les histoires n'ont pas forcément de dimension dramatique. C'est surtout l'occasion de suivre le train pépère nomade de notre groupe de cow-boys qui parcourt l'espace de droite à gauche, d'envers en endroit, pour de minables primes qu'ils ne parviennent même pas à encaisser en fin de compte. Mais c'est qu'on aime les voir galérer ces deux compères, Spike Spiegel le grand dandy élancé, et Jet Black, la brute épaisse. De leur désuétude ressort un style de vie bohème auquel on fait parfois référence d'ailleurs. Le Bebop est d'ailleurs une sorte de caravane qui cahote d'un coin à l'autre, où tout et rien passe ou s'installe d'ailleurs. Ainsi Ein, le chien mystère, fera sa case dans le bateau ; Fay la taciturne finira pas s'y incruster, tandis que Ed – l'enfant frivole – va  s'y imposer par chantage…

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Que font ces gens ? Après quoi court-ils ? Rien de trépident : on court après un chien qui se balade dans la ville, on recherche une drôle de plante ou des champignons bizarres ; on tombe sur un satellite malade ou bien encore un gourou comateux…  Chaque conquête ne paye jamais, et tout nouvel Ouest donne toujours son lot de désillusions. A dire vrai, point de vue histoire, Cowboy Bebop n'a pas d'unité, n'a pas de logique non plus… Comme l'univers dans cette série est un agrégat de planètes en pleine colonisation, d'astéroïdes « terraformés », de bases spatiales ici ou là, les histoires du Bebop parlent un peu de tout et de n'importe quoi. Néanmoins, chacune d'elle est en fait l'occasion de découvrir cet espace sans rêve. La recherche de cette plante que détient un certain Rocco dans Waltz For Venus compte finalement peu. Par contre, la découverte de cette Vénus, avec ses nuages verts flottants qui oxygénisent progressivement la planète intrigue, et cette ville aux allures de Constantinople, où tout est écrit en arabe, suggère l'étonnement de par ce mix qu'elle opère des cultures orientales. Ce monde est triste, miteux, et pourtant il est beau.

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Sur le plan culturel d'ailleurs, cet univers qui date de 2071, est aussi un sacré n'importe quoi, où tout à été pulvérisé n'importe comment et n'importe où. Ainsi se côtoient triades chinoises comme les Dragons Rouges et brigands arabes, italiens et même un Pierrot le fou – en Français dans le texte ! Un bar de routiers à toujours son lot de Mexicains avec qui se fritter, et nul doute que non loin on trouvera un étrange trio de petit vieux farmers jouer aux cartes. Tout le monde cohabite avec tout le monde, et qu'importe les mélanges surprenants. Spike trouble le jeu à lui tout seul, avec son patronyme anglo-saxon et ses techniques de combats asiatiques. Il a une identité qu'on finit par aimer, ce Cowboy Bebop : une sorte de melting-pot disgracieux – mélange informe – où les vaisseaux spatiaux n'empêchent pas les vieilles ferrailles, où l'espace n'empêche pas les vieux flingues, où une navette Discovery ou une cassette vidéo peuvent encore avoir leur utilité pour peu qu'on sache chercher dans un vieux hangar ou dans un grand souk. Finalement, la musique de Cowboy Bebop ne fait que traduire cette symphonie de la cacophonie : mélange de jazz, de heavy metal ou de blues, tout y passe. Qu'importe d'ailleurs si un jazz n'est pas le meilleur accompagnement pour une bagarre dans les rues ! Qu'importe si on aurait pu imaginer autre chose qu'un blues pour une bataille dantesque de vaisseaux spatiaux ! Dans Cowboy Bebop, tout finit par trouver sa cohérence dans cet univers si déstructuré, mais qui finit par laisser entrevoir sa logique : cette d'un melting-pot du bazar.

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Et le souffle humain reprend de rien…

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Et voila que dans tout ce joli petit bordel, un souffle humain jaillit. Au gré des épisodes, une culture s'identifie, celle construite non pas par les grands scientifiques et visionnaires, mais celle des culs-terreux de l'espace. Rien n'a été pensé, et pourtant tout ce joli petit ensemble finit par trouver sa cohérence, son identité. Et c'est arrivé à cette étape de sa conquête de l'espace que ce Cowboy Bebop devient soudainement séduisant, un brin enjôleur, car il nous offre un visage du futur inattendu et enivrant. Ce visage, c'est celui de la sereine espérance, à savoir qu'il y aura toujours une étincelle pour naître du néant. Alors que le rêve des technocrates a brisé la Lune en deux et matraqué de météorites la belle planète bleue, les volutes sans grandes prétentions des camionneurs de l'espace, des voleurs de quat'sous, ou bien des jeunes videoludés, parviennent à faire donner à cette conquête d'un nouvel Ouest ses propres lettres de noblesses. Ces lettres, ce sont celles de la vie et de l'espérance humaine. D'ailleurs, à l'origine, le bebop n'est-il pas un jazz libre, joué sans être forcément écrit ? En d'autres mots, le jazz du populo ? Aussi populo soit-il, il a aujourd'hui la valeur des plus grands, et c'est un peu le sens que cet univers bizarroïde nous offre au fur et à mesure de ses turpitudes.

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Point intéressant d'ailleurs à noter : c'est qu'entre ces cow-boys du firmament, ces quatre compères d'un instant que de basses nécessités physiques a réussi, a fini par se tisser un lien qui lui ne relève pas de la simple nécessité. Finalement, de la même manière qu'Ed s'est imposée au Bebop, elle disparaît aussi brusquement, créant un vide. Il en va de même pour Fay et Spike qui rejoignent chacun leur destin. Même si Ed nous casse les oreilles, même si Fay est une poupée gonflable sans consistance qu'on voudrait crever à chaque épisode, du rien a su se créer du vrai, du sincère… Et la rupture de fin ne fait que consolider cet aspect « coup de vent » de la série : à peine arrivée, sitôt partie. La série passe un peu comme un train au milieu du désert de l'Ouest. Ce passage peut sembler anodin, sans réelle signification, et pourtant son passage vient rompre la monotonie ambiante des séries de japanime. Et le train s'éloigne, et on le regrette… Puis on apprécie justement l'instant. Il n'avait aucune prétention et pourtant il a su créer son moment, à la fois si court et si méditatif.

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Une seule saison, et pourtant c'est amplement suffisant. On s'est laissé happé sans y prendre garde. On s'est laissé surprendre par cette série inattendue, inespérée, qui a su nous saisir sur l'espace d'une saison, et on se dit que viendra sûrement un autre jour où une autre surprise de ce genre saura nous enivrer à nouveau. En espérant le prochain passage, je vous invite à vous risquer dans ce Bebop qui, s'il peut susciter la lassitude chez celui qui n'y est pas préparé, peut toucher au cœur de celui qui sait s'y ouvrir. Alors peut-être vous ferez partie de ceux qui guettent, dans la japanimation ou ailleurs, la série qui sera capable de nous surprendre autant que ce soit par sa liberté de forme ou par sa liberté de fond.  En attendant ce moment, « see you later, space cowboy… »

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commentaires

hamadi 19/03/2009 22:55

see you space cowboyj'adore cowboy bebop,car pour moi c'est in vrai manga le réalisateur à fait aussi maccros plus

Corro 09/03/2009 22:35

Très bon commentaire d'une des meilleurs séries qu'il m'ait jamais été donné de voir.

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