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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 19:00

 

 

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C’est marrant d’écrire un blog. Des fois je reste des mois sans rien publier, parce que je me dis que je n’ai rien à dire de nouveau, ou bien parce que j’ai la flemme, ou bien tout simplement parce que je trouve l’actualité atone… Et puis il y a des moments comme celui-ci où j’aurais envie d’écrire un article tous les trois jours, à condition bien évidemment d’avoir le temps pour ça. Regardez un peu. Au moment où j’écris ces lignes, nous nous trouvons dans les derniers jours de 2014 : je suis en train de digérer tranquillement mes repas pantagruéliques du réveillon de Noël ; je prépare mon foie au Nouvel An qui s’annonce et, au milieu de tout ça, j’essaye de trouver le temps pour écrire mon traditionnel petit article revenant sur l’année 2014. Et là – pif-paf-pouf ! – venue de nulle part, voilà qu’une micro-polémique enflamme le net sur des thématiques qui ne peuvent que susciter chez moi une réaction écrite. Cette polémique n’a pas vraiment de nom. Aux yeux de certains, elle a pour origine un dérapage de l’animatrice Paola Raiman et du philosophe Raphaël Enthoven lors de leur émission diffusée sur France Culture le 21 décembre 2014 et intitulée le Gai Savoir. Alors qu’à l’origine il devait être question de la démocratie selon Alexis de Tocqueville, il n’a suffi que de cinq minutes pour que ces deux animateurs sus-citées ne s’en prennent ouvertement à un jeune Youtuber connu sur la toile pour poster ses critiques de films – Durendal pour ceux qui le connaissent -  le désignant comme un « soit-disant critique » ; un « abruti » et dont la parole a été assimilée à la « bave de crapaud ». Mais beaucoup ne manqueraient pas de rappeler que la véritable amorce de cette affaire se trouve ailleurs, en amont, chez Durendal lui-même.  Après tout, le duo de France Culture ne s’est-il pas juste contenté de réagir à des propos tenus par le jeune Youtuber lors de sa review d’Adieu au langage, film de Jean-Luc Godard ? Il est vrai que pour le coup, Durendal n’avait pas mâché ses mots dès son introduction : rebondissant sur l’image du chien présent dans le long-métrage, il s’était permis de dire qu’il était temps de « piquer » Godard ; qu’il méritait « l’injection létale » car, au fond, il n’était qu’un « vieux connard » qui se permettait « de donner des leçons alors qu’il ne maitrisait même pas son outil de base. » Du coup, qui a vraiment tiré le premier ? Les réactions offusquées de Paola Raiman et Raphaël Enthoven sont-elles si inadaptées et disproportionnées au regard de ce qui a été dit par Durendal ? La question est ouverte, d’où la naissance de cette micro-polémique. Alors peut-être qu’à cet instant, ceux d’entre vous qui n’étiez pas au courant de cette histoire ne comprennent certainement pas pourquoi je me permets de la relayer sur ce blog tant elle parait puérile et insignifiante. Si l’affaire s’était arrêtée là, je les aurais amplement compris. Mais seulement voilà, la toile s’est emparée depuis de l’histoire : France Culture fut assaillie de mails et de commentaires désobligeants ; sur Twitter et Facebook l’affaire fut largement commentée, obligeant même les principaux acteurs de cette polémique – et d’autres – à revenir sur ses enjeux. Or, c’est à partir de cet instant que j’ai soudainement trouvé un intérêt particulier à cette petite polémique qui en cache en fait une bien plus grande, d’où mon malin plaisir à la baptiser du joli nom de Durendalgate

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Mais bon, justement, puisque tout le monde en a parlé, tout n’a-t-il pas déjà été dit ? Peut-être, mais qu’en a-t-on vraiment tiré comme enseignement ? A-t-on seulement vu à quel point, derrière ses aspects triviaux, cette polémique met en lumière une évolution logique de la société actuelle ? C’est d’ailleurs marrant, mais je ne m’étonne qu’à peine que l’ami Durendal se retrouve soudainement – et contre toute attente – au cœur d’une affaire comme celle-ci. Car, si lors de son retour sur « l’Affaire » Raphaël Enthoven a tenu à présenter Durendal comme un simple « symptôme », je pense qu’au contraire, il est beaucoup plus pertinent de le percevoir comme un symbole. Durendal incarne une nouvelle forme de communication, d’expression et d’information sur le cinéma. Après l’apparition des critiques spectateurs sur Allociné en 1997 ; la possibilité de poster des commentaires sur les différents sites de vente de films en lignes ; puis le développement des blogs et autres chaînes Youtube ; l’individu lambda s’invite dans des sphères d’expressions publiques autrefois réservées qu’à une catégorie de personnes bien spécifiques et triées sur le volet. Durendal est devenu malgré lui une figure de proue dans le domaine de la critique de cinéma, sinon amateur (car après tout, Durendal n’est plus vraiment un amateur puisqu’il est désormais rémunéré pour ses critiques via Youtube et Tipeee) du moins alternative. Et oui – forcément ! – moi le petit gars qui tient son blog et qui poste ses critiques depuis bientôt dix ans, je suis sensible à ce qui se dit sur ce cher Durendal et – à travers lui – sur la pertinence de l’individu lambda à exprimer son opinion sur le cinéma via Internet. Car oui, s’il y a bien un point sur lequel Raphaël Enthoven a su se montrer pertinent, c’est qu’effectivement le cas Durendal peut clairement permettre de nous questionner sur la démocratie actuelle, telle qu’elle est pensée de part et d’autres de la société. Par contre, ce qu’il n’a perçu qu’à moitié – et c’est un peu ballot pour un philosophe – c’est que bien plus que le cas Durendal à lui seul, c’est tout le Durendalgate qui est un questionnement sur la démocratie dans notre société ; sur la démocratie permise par Internet et surtout – car c’est bien là ce qui nous intéresse ici – sur la démocratie dans le domaine de l’expression de notre amour à tous du cinéma…

 

 

Léger savoir…

 

Une chose semble souvent établie dans une polémique, c’est qu’elle repose sur l’ambigüité et l’interprétation. La polémique, c’est l’acte qui flirte avec les limites fixées ; c’est le discours qui interroge sur l’idée qu’elle sous-entend ; c’est le fait qui appelle à une précision de la part de son auteur. Il n’y a pas de polémique s’il y a clarté et légitimité du geste. S’il y a donc eu polémique dans ce Durendalgate, c’est que tout le monde n’a pas forcément joué franc-jeu dans cette histoire. Durendal est-il allé trop loin dans sa critique dédiée à Adieu au langage ? Paola Raiman et Raphaël Enthoven sont-ils allés trop loin dans leur invective faite à l’égard du critique ? Les réactions survenues à cet égard de la part d’Internautes anonymes (ou moins anonymes) sont-elles allées trop loin elles-aussi ? Dans ce petit jeu de ping-pong discursif, tout le monde a tenu à justifier sa position et ses propos pour attirer à lui la raison et le bons-sens. C’est de bonne guerre. Cependant, ce que j’ai trouvé de fort intéressant dans cette affaire, c’est qu’à bien y regarder, ses deux principaux antagonistes sont paradoxalement ceux qui en ont le moins compris la substance profonde. Oui, il y avait autre chose qui était dit derrière « la bave de crapaud ». Et non, le vrai problème n’est pas l’injection létale promise à Godard. Et ça, aux dires de leurs réponses respectives, ni Durendal, ni Paola Raiman ne semblaient en avoir réellement pris conscience.

 

http://media.senscritique.com/media/000006685518/source_big/Le_Cinema_de_Durendal.jpgPauvre Timothée Fontaine… Avait-il seulement réfléchi un seul instant à ce qu’impliquait vraiment le fait d’essayer de percer en tant que critique cinéma sur Youtube ? Pour cela, difficile de reprocher quoi que ce soit à la détermination du jeune étudiant en école de cinéma qui, sentant l’envol des vidéos Youtube, s’est décidé à profiter du filon pour essayer d’en vivre. La recette a été simple : être là le premier et être le plus visible possible pour s’imposer dans les recommandations proposées par le site. Aujourd’hui, 29 décembre 2014, quand on tape « critique cinéma » dans Google vidéos, on tombe d’abord sur le leader du marché, Allociné, et puis juste après on tombe sur le Cinéma de Durendal. Il a posté sur tout, à une cadence effrénée, sans même se soucier de monter ses vidéos. « Face cam » ; plan séquence ; one shot… Sans réelle concurrence sur ce secteur en terme de prolixité ; sachant jouer de ses connaissances pour faire connaitre son existence sur d’autres chaines liées au cinéma ; Timothée Fontaine a su comprendre et appliquer à son profit les mécaniques du réseau… Seulement, quand presque abasourdi il apprend avoir été conspué lors du Gai savoir du 21 décembre par Paola Raiman et Raphaël Enthoven, sa réaction sur Facebook démontre à quel point il n’a pas pris le temps de comprendre comment fonctionnait cet autre réseau social qu’est la société française. Que dit-il en réaction au « soi-disant critique » de Paola Raiman et à la « bave de Crapaud » d’Enthoven ? Il répond simplement qu’on ne l’a pas compris – pire – qu’on n’a pas pris le temps de le connaitre avant de le critiquer. Puisqu’on en a fait un symbole de « l’abruti » qui peut s’exprimer librement à la tribune ; Durendal entend se justifier en prouvant qu’il n’est pas un abruti ; qu’il sait ce qu’il dit ; qu’il est assistant-réalisateur ; qu’il a fait une école de cinéma ; qu’il sait comprendre Godard dans toute sa subtilité comme peuvent le prouver ses multiples publications et que c’est par un jugement trop hâtif qu’on l’a relégué dans la catégorie des abrutis. En gros, il reproche que, pour le coup, France Culture n’a pas pris le temps de se cultiver sur le jeune Youtuber qu’il est, et que les propos qu’on lui reproche, sortis du contexte, auraient pu être reprochés à n’importe qui d’autre. Procès d’intention parce que culpabilité d’ignorance : voilà la ligne de défense de Durendal. Et c’est là certainement ce qui a été son interprétation sincère des choses dans le vif de l’instant… Comme quoi, les réactions à chaud, bien que compréhensibles, sont rarement les meilleures… Pour le coup, l’ami Durendal aurait gagné à réfléchir plus tôt à ce qu’il incarnait vraiment aux yeux des gens de France Culture. Sa défense n’en aurait été que meilleure…

 

http://i.ytimg.com/vi/KFWhTAG5pAY/maxresdefault.jpgMais que peut bien valoir une telle défense pour qui écoute France Culture ? Qui se risquera à aller sur sa page Facebook pour lire un tel message ? Qui osera ensuite vérifier par lui-même qu’effectivement, Durendal connait Godard et que – par extension – il connait le cinéma ? En se défendant ainsi, Timothée Fontaine ne fait que s’adresser à son propre public, déjà convaincu du bien-fondé de sa chaîne et de ses propos. Il n’a pas compris que ce n’était pas son avis sur Godard qui était en cause. Il n’a pas compris que ce n’étaient pas ses propres mérites personnels qui étaient méconnus. En somme, il n’a pas compris comment fonctionnait le vrai réseau, celui de la société française en son entier. C’est d’ailleurs tout un symbole que l’ami Durendal se soit fait épinglé sur l’Adieu au langage, car c’est bien sur ce domaine qu’il s’est mis out dès le départ de sa chaine. C’est bien sur l’épreuve du langage que Timothée a échoué pour prétendre à la reconnaissance de la part de la société qui se cache derrière France Culture. Non, et cette affaire le démontre bien, la société française n’est pas une société qui se hiérarchise naturellement et justement selon le mérite de chacun, comme c’est plus ou moins le cas de Youtube. Non, et cette affaire le démontre toujours, la société française n’est pas une démocratie où chacun dispose d’un libre accès à la tribune à partir du moment où son avis est partagé par un certain nombre de citoyens. La France n’est pas une démocratie. La France a été bien plus forgée par les Capétiens et les Bourbons qu’elle ne l’a été par les Sans-culottes et autres membres du CNR… Par une réponse sur le même Facebook, Paola Raiman, en bonne élève de grande école, a renvoyé Durendal à ce qui le disqualifie d’office dans les hautes sphères de responsabilités. « Je salue cette belle tentative de votre part pour déplacer le débat et biffer ce qui fâche. Ce qui m’a fait réagir c’est que vous commenciez votre vidéo sur cette blague potache et vendue comme telle de l’injection létale qu’il faudrait administrer à Godard. Le ton étant que, sous couvert de plaisanterie, l’obscénité du propos est déchargée de toute responsabilité. » Paola Raiman sait-elle seulement ce qu’est le trash talking, et en connait-elle les codes d’usage ? La question n’est pas là : Durendal parle comme la masse donc il est la masse. Or, et c’est finalement cela qui est le plus édifiant dans cette affaire, c’est qu’il semble acquis par tous – Durendal y compris – qu’en France, l’homme du peuple n’a pas de légitimité à exprimer son point de vue à la tribune… Et sur cette question là, c’est encore le philosophe Raphaël Enthoven qui l’a exprimé le mieux, enfonçant le clou deux jours après son Gai Savoir, dans un article qu’il a décidé d’intituler De quoi Durendal est-il le nom ?

 

 

« Ce vieux connard qui ne maitrise même pas son outil de base… »

 

http://www.actu-philosophia.com/IMG/arton296.jpgComme tout un symbole, il y a en qui prennent tribune sur Facebook pour se justifier et d’autres, comme Raphaël Enthoven, qui préfèrent passer par un article sur l’Huffington Post, le tout relayé par le site de France Culture (…alors que la réponse de Durendal, elle, bien entendue, n’a pas été relayée, allez savoir pourquoi.) Mais peut-être est-ce là le privilège des philosophes car, oui, pour ceux qui ne le savaient pas, Raphaël Enthoven n’est pas un simple individu extrait de la masse, comme peut l’être Durendal, lui il EST philosophe. Dans son post, Raphaël Enthoven n’oublie d’ailleurs pas de rajouter ça et là des liens vers une multitude de ses précédents articles concernant le déconstructionnisme social ; les courants d’histoires philosophiques ou bien encore la pensée d’Aristote. Car non, quand Raphaël Enthoven décide de prendre place sur la tribune, ce n’est certainement pas pour justifier ses attaques faciles et laver son amour-propre blessé. Quand un philosophe s’ose à parler publiquement, c’est avant tout pour éveiller les âmes et affranchir les esprits en quête de sagesse de leurs représentations trompeuses. Ainsi se dit-il amusé de tout ce retentissement, précisant d’ailleurs dès ses premières lignes, qu’il ne s’exprime uniquement parce qu’il s’agit là d’une belle mise en abime « amusante » de son propos sur la démocratie de Tocqueville. Car oui, parce qu’au départ, il était question de philosophie sur le concept de démocratie… Et il est beau de voir un philosophe à l’œuvre, car alors qu’il se questionne sur ce que cache Durendal, il apporte au fond davantage d’informations sur ce que cachent les émissions philosophiques de France Culture

 

http://s1.dmcdn.net/DyPrq.jpgParce qu’au fond, de quoi Raphaël Enthoven est-il vraiment le nom ? Est-il un « symptôme » de la philosophie contemporaine telle qu’elle s’exprime dans des émissions de « vulgarisation » comme peut l’être le Gai Savoir ? Bien sûr que oui. Oubliez les définitions de la philosophie que l’on vous a forcé à apprendre au lycée, à la fac ou en hypokhâgne. La philosophie n’est visiblement pas l’art de questionner les concepts induits par le langage ou de remettre en question les représentations que notre milieu nous fait percevoir à tort comme des vérités intangibles. C’est une évidence, car si tel avait été vraiment le cas, la réponse de Raphaël Enthoven faite à Durendal et à tous ceux qui l’ont défendu aurait sûrement été sensiblement différente. Sûrement aurait-il reconnu qu’un extrait de seulement dix secondes, totalement déconnecté de sa mise en contexte, était clairement insuffisant pour émettre un jugement péremptoire et à l’emporte-pièce sur un individu. Aurait-il peut-être précisé alors qu’en se livrant ainsi à l’insulte facile, il s’était gentiment laissé aller à un réflexe grégaire, conditionné par son milieu, lequel l’avait poussé à l’invective à l’égard d’un inconnu qui, par son seul langage, avait trahi une appartenance sociale étrangère à la sienne. En somme, il aurait pu montrer comment un philosophe philosophait, c’est-à-dire en prenant conscience des représentations dont il était victime, en apprenant à penser contre lui-même, bref en raisonnant. Alors là, oui, pour le coup, Raphaël Enthoven nous aurait donné une belle leçon de philosophie, accessible à tous et qui aurait eu pour grand mérite de calmer tout le monde. Oui, cette preuve de grandeur d’esprit aurait alors démontré la force de la philosophie et de la raison face aux problèmes du quotidien. Quel grand philosophe Enthoven aurait alors été. Mais non. Il faut croire que la philosophie sur France Culture n’a rien à voir avec celle qu’on nous apprend à l’école. A lire Enthoven, son insulte était totalement justifiée. Connaître qui dit quoi et dans quel contexte il le dit n’a pas d’importance : l’utilisation d’un langage non-soutenu suffit à disqualifier l’adversaire et les idées qu’il défend. Fin de la leçon. Alors soit, on peut s’en tenir à cette version là de la philosophie à la Enthoven. Mais si on s’attache à l’étymologie et à l’histoire des mots, on est tout de même en droit d’aboutir à d’autres conclusions. Ça, chers lecteurs, ça ne s’appelle pas de la philosophie, ça s’appelle de la politique. Car oui, en fin de compte, ce Durendalgate ne cache pas une question d’offense faite à des personnes. Il ne cache pas non plus un débat philosophique passionnant sur la démocratie. Ce qu’il cache, c’est une lutte politique AU SEIN de la démocratie, et c’est en cela qu’il est passionnant.

 

http://media.rtl.fr/online/image/2013/0611/7762224620_raphael-enthoven-l-invite-du-jour-du-11-06-2013-dans-a-la-bonne-heure.jpgVoilà bien deux pratiques différentes et opposées que sont la rhétorique philosophique et la rhétorique politique. La première cherche à questionner les concepts le plus clairement du monde, afin que tout à chacun puisse entrapercevoir une vérité au milieu des représentations trompeuses. La seconde cherche par contre à confirmer des représentations trompeuses afin que la vérité soit dissimulée au plus grand nombre et cela au profit de seulement quelques uns. En son début d’article, Enthoven demande quel « crime » a-t-il bien pu lui valoir cette « chasse aux sorcières » dont il s’estime victime ? Comme sa jeune étudiante, le philosophe pose le langage comme seul étalon. Il affirme qu’on lui reproche juste d’avoir qualifié, pourtant à raison juge-t-il, de « bave de crapaud » une « saillie » appelant « publiquement au meurtre d’un homme ». Pourtant non, M. Enthoven. Ce qu’on vous reproche sur ce coup-là, c’est que vous fassiez preuve de premier degré là où toute personne ayant vue la vidéo de Durendal pouvait comprendre qu’il s’agissait là d’un vocabulaire imagé. Que le propos de Durendal soit pertinent ou non, la question n’est plus là. A quoi bon oublier à cet instant précis, en bon philosophe que vous êtes, de questionner justement le langage ? Pourquoi refuser l’analyse qui consiste à prendre en compte le contexte dans lequel est produit ce Cinéma de Durendal ? Cette chaîne Youtube, comme beaucoup d’autres, a opté pour une logique de vulgarisation adressée aux masses. Et pour se faire, elle a adapté son langage et ses références culturelles pour s’affranchir des convenances mondaines de la haute bourgeoisie parisienne dans laquelle la masse ne se reconnait pas. Oui, Durendal a fait le choix de ce qu’on appelle (sûrement à tort) le trash talking : un registre de langue plus en contact avec la culture de masse et se voulant volontairement iconoclaste à l’égard du langage bourgeois. Ne pas vouloir comprendre les codifications du langage afin de faire dire aux mots, non pas ce qu’ils ont voulu dire, mais ce qu’on veut leur faire dire dans une logique partisane et partiale, ce n’est pas un exercice de clarification afin de mieux philosopher, c’est un exercice de duperie qui ne nourrit que des fins politiques. Car oui, même si Raphaël Enthoven s’efforce de transformer des particularismes culturels qui lui sont exclusifs en vérités universelles, c’est parce qu’il sent bien que la société qu’il défend est en train de vaciller et qu’il cherche à rallier ses troupes dans cette révolution de l’ombre qu’il tente d’étouffer en la taisant…

 

 

De quoi Raphaël Enthoven est-il le nom ?

 

http://idata.over-blog.com/2/70/65/85/Articles/Images/enthoven-et-raiman-photo-dr.jpgIl s’amuse le philosophe… Il cherche à tourner l’affaire en dérision, comme si elle n’avait que peu de sens. Mais pourquoi revenir dessus si la question est si anodine ? Si Enthoven parle, c’est qu’il a peur. Il voit bien que quelque-chose est en train de changer avec Internet. Il sent bien cet air de révolution qui est en train de souffler sur ce Palais des Tuileries qu’est Radio France, palais dans lequel il pensait pourtant pouvoir tranquillement tenir salon. Il a beau vouloir faire l’intrigué quand on le qualifie « d’anti-révolutionnaire », pourtant il rappelle bien derrière aux gens qui parlent sa langue et qui partagent sa culture de classe qu’une armée de Durendal est en train de se constituer et que c’est un danger. Mais la vraie question c’est : un danger pour qui ? De quelle révolution est-il question là ? Sommes-nous revenus au temps des coupeurs de têtes et des adeptes de la Grande Terreur ou bien Enthoven confond-il avec un autre type de révolution, bien plus sournois celui-ci, qu’est la révolution de l’accès au savoir ? Car non, Internet ne fait par émerger des Durendal coupeurs de tête (du moins pas au sens littéral du terme). Bien au contraire, Internet fait émerger un nouveau type de modèle culturel que la classe au pouvoir ne contrôle pas, et c’est cela le vrai problème d’Enthoven.

 

http://remarque.as.nyu.edu/docs/CP/3410/ecole-normale-superieure.jpgIl n’y a encore pas si longtemps, pour contrôler l’opinion politique de la masse, ainsi que la richesse qu'elle produisait, il suffisait de passer par ces grands séminaires de la République française que sont les grandes écoles. ENA, ENS, Polytechnique, Centrale, Sciences-Po : autant d’institutions formant l’élite qui se devra de reproduire et préserver le système et la hiérarchie en place. Si les énarques avaient davantage vocation à confisquer les instances de pouvoir, les normaliens comme Enthoven avaient quant à eux le rôle de devenir les grands prêtres d’une société devant nous apprendre à nous, la masse, comment penser, comment interpréter les philosophes, comment aimer l’art, comment sublimer le langage. Bien évidemment, les bons philosophes sont bien plus les Tocqueville que les Habermas ; les bons films sont forcément les Godard plus que les Jeunet et les bons mots ceux de Molière plutôt que ceux de Kool Shen. Peut-être certains trouveront-ils cela logique, même si une récente étude a démontré que le vocabulaire employé dans un album de rappeur US est finalement bien plus riche que l’intégrale de William Shakespeare. La réalité c’est qu’aucune culture n’est supérieure à une autre, le but de l’ENS et de cette horreur qu’on appelle le Ministère de la Culture (Orwell l’aurait sûrement appelé le ministère du bon goût accepté et subventionné par l’Etat) c’est simplement d’assoir dans l’esprit des gens que tous ces traits culturels propres à la classe dominante, et qu’on s’efforce d’ailleurs souvent de laisser obscurs pour les masses, sont en fait les composantes d’une culture supérieure à toutes les autres. Faire croire cela, c’est asseoir la domination d’une élite qui en maitrise les codes. Et quand Enthoven, en bon bobo parisien, passe par les grands radio-crochets de prêtres que sont Henri IV et l’ENS, il pense que désormais c’est bon, il va pouvoir accomplir son œuvre de conservatisme social et intellectuel. Qui d’autre se risquera-t-on à inviter dans les grandes émissions télés ou de radio, tenus par des copains de « classe » ? On invitera un grand prêtre comme lui et il servira son sermon, comme tant d’autres avant lui depuis la Révolution française. Le peuple apprenant à se faire une représentation du monde à la télé comme autrefois on se la faisait à l’église auprès du discours du curé, Enthoven pensait la messe dite et le contrôle total… Seulement, comme l’Eglise fut surprise et rapidement débordée par l’invention de l’imprimerie, la noblesse et le clergé d’aujourd’hui découvrent à quel point ils ont eu tort d’avoir négligé la diffusion d’Internet…

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d3/Tocqueville_by_Daumier.jpg/220px-Tocqueville_by_Daumier.jpgComme la première presse de Gutemberg avait pondu une Bible, les tenants de la haute société pensaient certainement qu’Internet ne servirait qu’à faciliter les achats des produits conventionnels ; de transmettre autrement la bonne parole, bref de reproduire la pyramide sociale déjà en place. Il n’était pas question de faire des raccourcis dans le réseau et encore moins de permettre à la base de se chercher des nouvelles têtes. Le problème pour Enthoven, ce n’est pas que Durendal s’exprime en bien ou en mal sur Godard, le problème c’est qu’on l’écoute, et qu’on a l’impression d’avoir là suffisamment d’outils de compréhension du cinéma pour se passer des Télérama et autres cahiers du cinéma. Elle est là l’armée de Durendal que craint Enthoven : ce sont les Karim Debbache ou Fossoyeurs de films qu’on écoute davantage que les Jean-Marc Lalanne ou autre François Bégaudeau ; ce sont les points de vue politiques d’Alain Soral ou autre Usul à qui on prête davantage attention qu'à ceux des Jean-Pierre Aphatie et autres Patrick Cohen ; ce sont les DanyCaligula et autres Michel Onfray dont on reconnait davantage la pertinence de la démarche intellectuelle que celles des classiques Alain Finkielkraut et autres Raphaël Enthoven. Les élites sont en train de perdre leur place, alors il convient de dénigrer de l’Internaute. Il est forcément anonyme, insultant, inculte, vulgaire… Journalistes, politiques et autres philosophes conventionnels ne perdent jamais une occasion de dénigrer ce qu’Enthoven appelle la foule. Mais s’il parle de foule, c’est parce qu’il n’ose pas employer trop clairement le mot qui traduit le mieux sa pensée. Ce qui dérange vraiment Enthoven, c’est le peuple. Comme il le dit si bien, on s’en moque de savoir si Durendal est cultivé ou non. Pas besoin de le connaitre : il est le peuple, par son langage il a montré son camp : il faut le disqualifier et le discréditer socialement. Et s’il faut pour cela tordre dans tous les sens le propos de Tocqueville pour lui faire dire qu’il est malsain que le peuple se rapproche trop des élites au pouvoir, alors Enthoven ne s’en privera pas. Oui, Raphaël Enthoven est le philosophe qui ose vous affirmer que la meilleure des démocraties, c’est celle où le peuple n'a aucun pouvoir. A le croire, le peuple peut parler mais il ne faut surtout pas qu'on l'écoute. Et si Enthoven a besoin d’une vache sacrée comme Tocqueville pour bénir ses propos, il ne s’en privera pas : la preuve avec ce fameux Gai Savoir du 21 décembre... Ce que notre cher philosophe n’a pas compris, c’est que son effort est vain. Raconte ce que tu veux sur Tocqueville, Raphaël, grâce à la magie d’Internet le peuple est désormais émancipé de ton interprétation et peut aller directement lire l’auteur par lui-même à la source… Eh oui, maintenant ça marche comme ça. Des Durendal il y en a partout, il y en aura de plus en plus, et dans tous les domaines. Il va falloir s’y faire…

 

 

Conclusion : il était une fois Internet…

 

http://monmedia.org/wp-content/uploads/2014/06/durendal.pngFinalement, que tirer comme leçon de ce Durendalgate ? Plein de choses en fin de compte. Cette polémique nous révèle l’hypocrisie d’une philosophie qui n’en est pas une ; d’une haute culture qui n’est en fait qu’une culture d’élite et surtout, d’un mouvement populaire qui semble encore s’ignorer. Quel dommage en fin de compte, que cette affaire soit tombée sur Durendal. C’était quelqu’un de trop naïf, singeant avec un peu trop de pédanterie les tons sentencieux et doctrinaux des vrais maîtres du savoir. C’était une cible trop facile. Et c’est dommage parce qu’au-delà de ça, Durendal incarne quand même un regard alternatif  à cette culture de l’étalage et de l’exclusion ; il assume (presque) totalement la place de ses goûts personnels et de leur totale subjectivité ; il cherche à porter l’érudition sur des œuvres populaires qui d’habitude ne rencontrent que le plus grand des mépris de la part des hautes sphères. Durendal n’a sûrement pas compris ce qui lui était arrivé. Il ne le comprend sûrement toujours pas. Mais qu’importe. Durendal a repris son activité comme si de rien n’était, ne changeant pas d’un iota son attitude et sa démarche. Et il a eu raison, car c’est ainsi que la révolution est en train de se gagner tout doucement…

 

http://www.babelio.com/users/AVT_Alain-Finkielkraut_2953.jpegEnthoven pourra dire ce qu’il veut : ce qu’il dira, il ne le dira que pour les siens, ceux qui sont persuadés qu’une élite fermée à la culture bien close et stigmatisante doivent garder les commandes du pouvoir et du bon goût. Durendal, lui continue de parler à de plus en plus de monde. Il parle aux gens qui apprécient ses reviews, aux gars peu convaincus mais qui sont quand même curieux de connaître le regard honnête qu’il porte sur les dernières sorties (comme moi) ; tout comme il parle aussi aux haters qui trouvent qu’il se la raconte trop et qu’il se devrait bien de la fermer. De plus en plus de monde écoute Durendal ; parle de Durendal ; débat du point de vue de Durendal. Et peut-être que la réciproque est aussi vraie du côté de France Cul ! Aujourd’hui avec Internet, tout le monde donne son avis sur tout, puis tout le monde donne son avis sur les avis des autres. Alors certes, le propos du philosophe d’Henri IV est évalué au même niveau que celui du lycéen de 15 ans coincé dans les tréfonds de son Auvergne, mais c’est justement ça ce qu’on appelle la démocratie. Chaque auteur ne dispose plus d'une aura de principe. Seule la pertinence du propos tranchera auprès du peuple. C’est sûr qu’on est loin des salons où on est sûr d'avoir fait le ménage par rapport aux idées et aux comportements qui gênent : en démocratie il y a de tout, ça clashe parfois crûment sur des vérités qu'on croyait pourtant universellement acquises ; ça dérape souvent ; mais il y a toujours au milieu de tout ça quelque-chose de frais, de pertinent, de nouveau. Oui, c’est ça le peuple, et c’est très bien comme ça. Du peuple peut jaillir la pertinence. La lecture pertinente peut venir de la rue autant qu’elle peut venir d’Henri IV. Si le but de l’homme sortant de l’ENS est bien la sagesse, il ne devrait pas craindre de remettre en cause ses propres représentations, effort qu'il juge si indispensable chez l'autre et si peu chez lui...

 

http://chickon.files.wordpress.com/2013/11/947016_153500334831834_215892890_n.pngAlors que faire ? Mais pardi : rien ! Du moins, rien de plus que ce que nous faisons déjà tous ici sur la toile ! Commentons, questionnons, débattons, de cinéma ou d’autres. Nous n’avons pas besoin de l’aval de Paola Raiman ou de Raphael Enthoven pour dire ce que nous pensons et ressentons. Si nous pouvons écouter leur point de vue pour questionner le nôtre, nous n’avons nulle obligation à nous conformer à leurs visions du monde de la culture, et c’est d’ailleurs certainement cette prise de conscience qui les dérange le plus. Ainsi, que Durendal continue son cinéma, qu’on l’aime ou non, tandis qu’ici aussi on se décidera à parler encore et toujours de cinéma, d’une autre façon qui ne lui est ni supérieure ni inférieure. Que tout le monde continue à penser et à donner son envie sur la toile, sans intermédiaire bourgeois indispensable. C’est ainsi que la révolution avance doucement et pacifiquement, et c’est très bien comme ça…

 

 

 

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Publié par L'homme-grenouille - dans Regard amphibien sur le ciné
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commentaires

Nimajneb 08/11/2016 16:40

Permettez-moi de rebondir (avec du retard) sur ce sujet. Votre blog est pas mal, les commentaires de vos lecteurs pas idiots. J'espère que vous garderez l'esprit ouvert sur le mien.

Vous écrivez :
"Alors certes, le propos du philosophe d’Henri IV est évalué au même niveau que celui du lycéen de 15 ans coincé dans les tréfonds de son Auvergne, mais c’est justement ça ce qu’on appelle la démocratie"

La théorie de la démocratie telle qu'elle a été (re)fondé durant la renaissance ne ressemble que très peu à ce que vous dîtes. Dans la théorie de la démocratie, tous les individus sont égaux devant le droit de vote (en matière de choix) mais les élus (et dans une moindre mesure intellectuels, artistes, journalistes) doivent avoir une marge de manoeuvre pour agir même contre l'avis de la majorité. Ces élus sont choisis parmi les individus capables de dominer les passions du moment pour arriver à une décision motivée par la raison et l'intérêt général.

D'ailleurs, l'émission du GAI SAVOIR où Einthoven cite le blogueur a pour sujet TOCQUEVILLE dont les travaux sur la démocratie font autorité depuis deux siècles dans le monde entier et qui traite justement de la dictature de la majorité (voir aussi Foucault au travers de son analyse du panoptique de Bentham), le blogueur n'étant qu'une illustration de ce phénomène selon le philosophe.

Si je prends la démocratie en exemple, c'est que l'interprétation de celle-ci (dans votre post, dans les réactions de Mr tout le monde) s'éloigne de plus en plus de sa définition originale dont les intellectuels sont (à tort ou à raison) des gardiens, des spécialistes. Aujourd'hui, démocratie = égalité ce qui est faux.

Pourtant où est le plus important ? Retenir la définition de la démocratie éprouvée par les grands penseurs (Diderot, Tocqueville, Rousseau, Montesquieu qui font autorité dans le monde et dans le temps) qui a façonné nos institutions et permis une méthode de gouvernement qui a fait ses preuves ou bien faut-il retenir que la simplification appliquée aujourd'hui en France par une opinion des masses prônant l'égalitarisme ?

La même logique est à l'oeuvre lorsque Durendal et Einthoven analysent Godard. Einthoven comprend les tenants et les aboutissants sociologiques, littéraires et politiques des films de Godard.
Durendal, jeune étudiant en cinéma est-il capable de décrypter le sens des films de Godard ? Je ne crois pas. Le fait qu'il mette l'accent sur la technique laissant à désirer des films de Godard est ici révélateur tant l'intérêt de ces films n'est pas dans l'approche esthétique mais dans le message qu'il souhaite envoyer au spectateur.

Ce serait comme demander à une passionnée des romans à l'eau de rose de critiquer l'ILIADE de HOMERE. Forcément, elle trouvera le texte illisible et elle aura raison (à hauteur de ses attentes, de ses connaissances et de la mise en perspective du contexte du texte) car elle n'en est pas capable.
Là où Einthoven souhaite attirer notre point de vue, c'est que des blogueurs comme DURENDAL vont critiquer (sans aucun fondement logique ou intellectuel) des oeuvres qui les dépassent afin de pouvoir légitimer les critiques qu'ils peuvent faire sur des films à leur niveau (BESSON, CAPTAIN AMERICA, etc...).

Enfin, le public de DURENDAL se trouve légitimé : j'ai raison de trouvé nul les films de GODARD et bien CAPTAIN AMERICA, DURENDAL me le confirme.

C’est ce que je trouve le plus grave : la jeune génération se contente de ne prendre des sources d’information que par des prescripteurs qui leur ressemble. Elle n’accepte aucune remise en cause de son jugement et refuse de reconnaître la pertinence et la valeur d’opinions formées par l’élite. En résumé, on refuse de grandir, de se corriger. On accorde une valeur à ses goûts subjectifs plutôt qu’à la valeur objective et consensuelle que va mettre en avant l’intellectuel (ici Einthoven). On peut ne pas être d’accord avec EINTHOVEN, mais ce qu’il dit n’est pas le fruit de son égo mais la résultante de nombreuses critiques/analyses travaux précédemment réalisés sur TOCQUEVILLE/GODARD qu’il a eu le courage de compiler et d’étudier pour mieux nous les restituer.

La même logique s'applique aux moins jeunes qui sont politisés et qui essayent de se convaincre du bienfondé de leurs opinions en ne lisant que les journaux qui vont dans le sens de leurs idées (l'huma et libération à gauche, le figaro à droite). Au moins, dans ces journaux, il y a des journalistes, un choix du rédacteur en chef, un contrôle de la rédaction. Les blogs et ses avatars n'ont malheureusement pas tout ces gardes fous.

L'homme-grenouille 12/11/2016 23:45

Salut Nimajneb !

Merci pour ton commentaire et – rassure-toi – pour moi toute question étant intemporelle, il n’est jamais trop tard pour s’exprimer sur un sujet !

D’ailleurs je te remercie doublement parce que là, avec ton commentaire, tu mets clairement les pieds dans le plat en abordant ce qui est en fait le sujet central de cet article, voire même de ce Durendalgate tout entier : j’ai nommé « la démocratie » !

Alors j’ai lu attentivement ton commentaire afin d’être sûr de ne pas me tromper sur l’interprétation que je me faisais de ton propos (d’ailleurs n’hésite pas à me corriger si tu estimes que c’est nécessaire), et en gros, j’ai eu l’impression que ça me disait : :
- OK, au sens strict du terme, « démocratie » ça veut dire « pouvoir du peuple ».
- Mais prenons quand même en considération que le concept a été redéfini à la veille et au lendemain des révolutions libérales d’Occident.
- Aujourd’hui, au sens moderne du terme, la démocratie s’entend comme un système représentatif capable de dégager une élite du peuple plus à même de capter et de penser l’intérêt général.
- Et comme cette définition fait autorité depuis plus de deux siècles, ne peut-on pas la considérer comme étant la plus valide ?
- (Encore une fois, si j’ai estropié ta pensée à un endroit, n’hésite pas à me le dire.)

Alors, si ton propos est bien celui-là, sache que je l’entends parfaitement bien. Je ne peux d’ailleurs que parfaitement l’entendre parce que, justement, c’est le propos dominant ; celui qui est véhiculé dans notre société depuis effectivement deux siècles et que les médias, l’école et toutes les autres institutions se chargent régulièrement de nous transmettre. Or, c’est justement cette mécanique de pensée là que je me permets de remettre en cause au travers de cet article. Effectivement, moi je dis :
- Oui, la « démocratie » au sens strict du terme, ça veut dire « pouvoir au peuple ».
- Non, dès qu’on pense la démocratie en voulant pondérer, contrôler, museler une partie de ce peuple par une autre partie de ce peuple, ce n’est plus de la démocratie. Il existe plein de mots pour désigner ce type de système : aristocratie, plutocratie, technocratie, oligarchie. Appelons un chat « un chat » et arrêtons de brouiller les cartes en appelant systématiquement « démocratie » ce qui en fait n’en est pas.
- De là, oser nous faire croire que la démocratie représentative est une forme de démocratie est juste une manipulation intellectuelle que je dénonce. Je la dénonce quand Enthoven utilise la démocratie pour ostraciser Durendal de la tribune publique. Je la dénonce aussi quand Toqueville l’utilise pour ostraciser le peuple de la sphère politique (démarche qu’Enthoven cautionne également.)

Arrivé à cette étape là de mon propos, je me doute que tu dois te raidir en te disant : « OK, je suis tombé sur Marxiste et son dogme à la con. » …Et je ne pourrais pas t’en vouloir car, comme l’a si bien expliqué Noam Chomsky, l’explication courte est l’ennemie de l’idée nouvelle ; l’explication courte ne peut que favoriser l’idée dominante. D’ailleurs, notre société nous a aussi appris à classer très rapidement les idées hétérodoxes dans les cases « marxistes » ou « fascistes » (selon le côté où ça penche), afin de bien nous inculquer de bons réflexes orthodoxes.

Aussi, je serais certes tenté de te pondre un lourd pavé pour te détailler par le menu les incohérences que je trouve à la pensée dominante, ou bien encore les manipulations dogmatiques que j’y vois. Mais bon, ce serait à la fois indigeste pour toi comme pour moi, donc je décide de m’y prendre autrement.

Par rapport à ton commentaire, je vais juste me permettre de te poser quelques questions, que tu te poseras sincèrement, simplement guidé par le désir d’avoir un regard vrai sur les choses. Je ne dis pas que ça te permettra de voir les choses comme je les vois, mais au moins cela nous permettra-t-il peut-être de réamorcer notre discussion sur un terrain plus neutre et plus ouvert à la critique de la pensée dominante…

Question n°1 : l’esprit d’intérêt général ne peut-il émaner que des gens qui sortent de grandes écoles ? Est-il impossible de voir émerger une idée pertinente de la part d’un individu lambda que la société n’aura pas été identifié comme une élite ?

Question n°2 : un philosophe ou un politicien qui n’est jamais sorti de son microcosme culturel durant toute sa vie peut-il vraiment avoir, sur un domaine précis qu’il n’a jamais vécu, côtoyé et expérimenté, une meilleure connaissance et une meilleure analyse de ce domaine que toutes les personnes qui vivent, côtoient ou expérimentent au quotidien ce domaine dont il est question ?

Question n°3 : Peut-on juger de la pertinence du point de vue d’un citoyen lambda si celui-ci n’est pas entendu / relayé / respecté / considéré / débattu ?

Question n°4 : Au regard des décisions prises par la plupart des systèmes représentatifs actuels (baisse des impôts pour les plus hauts salaires, défiscalisation des entreprises stratégiques, absence de poursuite contre les gros exilés fiscaux, assouplissement du code du travail, réduction des cotisations, suppression des élections prudhommales, fracturation du temps de repos incompréhensible, rallongement du temps de travail légal, baisse des cotisations salariales, réduction du service public), peut-on encore affirmer que ces systèmes dits démocratiques agissent dans l’intérêt commun et non pour le compte d’intérêts particuliers ?

Question n°5 : Si les systèmes représentatifs à base d’élite sociale sont si supérieurs que cela aux systèmes réellement démocratiques, comment expliquer que Wikipedia, encyclopédie construite selon des principes démocratiques, se révèle être aujourd’hui une encyclopédie qui brasse un savoir bien plus vaste que toutes les autres (qui, elles pourtant, sont élaborées dans une logique élitiste) et surtout comment expliquer qu’elle affiche un taux d’erreurs bien plus faible que ses concurrentes ?


Ces questions, je les pose vraiment sans agressivité aucune et avec pour seul souci de voir émerger un questionnement pertinent sur notre façon de percevoir et de vivre les choses. Parce que oui, je fais partie de ceux qui considèrent qu’un esprit a plus de chance de cerner la vérité des choses par le questionnement plutôt que la soumission aveugle à une autorité quelle qu’elle soit. Tu as beaucoup fait référence à l’argument d’autorité dans ton commentaire. J’avoue y être assez peu sensible ma foi. Il est vrai, la pensée d’Alexis de Tocqueville fait aujourd’hui autorité. Mais pourquoi fait-elle autorité ? Nous y soumettons nous parce que nous avons été convaincus par ses arguments, ou bien parce qu’on nous a défini autoritairement cette pensée comme étant la pensée juste à laquelle adhérer ? Qui aujourd’hui ose dire qu’il n’est pas d’accord avec Tocqueville ? Avec Aristote ? Avec Emmanuel Kant ? …alors pourtant qu’ils sont des penseurs aux écrits fortement contestables !

Personnellement, je n’ai rien contre l’autorité pourvu que je sache d’où elle vient et si les raisons pour lesquelles je m’y soumets me semblent juste. Moi, personnellement, je d’adhère pas à la logique de Tocqueville sur la question de la démocratie. Ses arguments sont biaisés et dictés par la vision que lui suggère son appartenance sociale… Durendal me sortirait une lecture plus complète dans son argumentation que je pourrais m’y soumettre sans sourciller. ;-)

Moi je préfère adhérer aux idées que ma logique perçoit comme justes plutôt qu’à celle que ma société me dicte comme conformes. Alors oui, je ne vois pas pourquoi on accorderait moins d’attention à Durendal sur son ressenti en terme de cinéma plutôt qu’à des sommités reconnus comme peuvent l’être des Jean-Michel Frodon ou bien encore Pascal Merigeau. Quand je vois l’analyse très pertinente que fait le premier sur « Autant en emporte le vent », développant et argumentant son propos, tandis que de l’autre je relis les articles faméliques des deux autres sur « Vice-Versa » et « Interstellar », je me dis que les cartes de mérite social sont bien mal distribuées dans nos sociétés. Moi ce que je dis, c’est qu’il faudrait peut-être arrêter de les distribuer. Ce n’est pas de l’égalitarisme. C’est juste du pragmatisme. A laisser parler tout le monde et à ne faire son choix qu’en fonction de la qualité d’argumentation des idées, on a forcément plus de chance de tomber sur quelque-chose de pertinent qu’en choisissant de croire aveuglément quelqu’un qu’on nous a estampillé expert sans qu’on sache ni qui ni pourquoi…

Pour moi, cette manière de fonctionner n’est pas forcément incompatible avec l’idée d’élite intellectuelle ou de penseur de grande école. Oui, parfois la pensée de l’homme ou de la femme d’Henri IV sera la plus pertinente… Ou mieux encore, elle viendra enrichir les différents regards que l’on portait sur la question. Pertinence et autorité ne sont forcément incompatible c’est vrai, mais quand ça l’est, à mon sens, il faut savoir prendre la petite pilule rouge comme dirait Morpheus... C’est un exercice intellectuel inconfortable certes, mais à mon sens il en vaut vraiment la chandelle. C’est à ça que mon article invitait. C’est d’ailleurs aussi à ça que ma réponse à ton commentaire t’invite aussi. La question c’est maintenant de savoir si tu acceptes, cher Nimajneb, de te risquer à ce petit jeu avec moi ? ;-)

selignac 03/07/2015 17:59

et dire que je ne connaissais pas ton blog! Merci! tu exprimes presque à la virgule près, mon avis sur ,ce qui s'est passé. D'autant que les insultes, certains semblent bien les accepter quand raphael les prononcent au premier degrés, et beaucoup moins quand durendal le fait au second degrés...
Pour rajouter un truc: selon moi, la posture de durendal dans ses vidéos est consécutive au mépris de la culture d'élite, une posture défensive par avance si tu veux (parce qu'il sait très bien que 90 pour cent des gens vont lui dire "Mais heu, godard c'est génial, t'as rien compris!") c'est un personnage qu'il crée aussi

L'homme-grenouille 15/07/2015 00:12

Oh par tous les dieux Selignac !

Je pensais t'avoir répondu et voilà que je me rends compte que ce n'est pas le cas ! Mes excuses !

Eh bah tout d'abord, merci (bien évidemment) et tu me vois ravi d'apprendre que, pour le coup, tu te sois à ce point retrouvé dans cet article. C'est toujours un plaisir d'apprendre ce genre de choses.

Alors après, pour ce qui est du comportement de Durendal, j'ai envie de dire que toutes les interprétations sont plus ou moins possibles. Alors oui, on pourrait dire qu'il joue un rôle. Mais franchement, qui n'en joue pas ? Même nous, dans la vie de tous les jours, nous jouons des rôles sociaux en permanence donc, pour moi la vraie question c'est : quel rôle jouons-nous et qu'assumons-nous comme posture ? Là, dans le cas de Durendal, je t'avouerais que je serais peut-être un peu plus cynique que toi. Que le "système" le pousse à ça, franchement, je ne suis pas convaincu. Je pense plus que c'est une façon à lui d'assumer et de s'affirmer : "non je ne suis pas dans la norme !" Il suffit de voir comment ce gars affiche régulièrement son identité sexuelle pour s'en convaincre un temps soit peu. C'est un mec qui a dû se construire en tant qu'adulte ainsi, en affirmant, voire en suraffirmant sa différence afin de bien signifier sa singularité. Mais bon, je t'avoue que j'hésite à aller au-delà car, après, on rentre clairement dans la psychologie de comptoir, et ce n'est plus forcément le sujet... ^^

En tout cas merci encore pour ton commentaire et à bientôt sur ce blog !

Jean Bono 28/06/2015 15:54

Salut l’homme-grenouille,

Avant tout, je me permets d'émettre un regret au sujet du vouvoiement. Quelle bonne raison avons-nous de le bannir ainsi du langage courant ? Cela dit, ce n'est pas le cœur du débat et je te tutoies donc puisque tu préfères.

Tout d'abord, merci de ta réponse. Quelle patience, tout de même, de répondre à chaque commentaire avec autant d'attention ! Je trouve cela admirable et c'est aussi pourquoi je réponds.

Sans doute n'ai-je pas été très clair dans mon précédent commentaire. Pourtant il ne me semble pas avoir parlé, ni même évoqué, le terme de « lutte des classes ». Une révolution, certes. Pas une lutte des classes. Je suis donc un tantinet surpris sur ce point par ta réponse. Je n'ai utilisé le champ lexical de la révolution que pour faire écho à ton article. Je n'en tire pas pour autant la conclusion que tu voudrais à tout prix "une révolution", mais cet aspect occupe une place importante dans ton analyse.
Non, pour moi, dans ton article, je sens davantage l'influence de Bourdieu et le problème de la reproduction stricte d'une élite bourgeoise, ce qui en fin de compte a à voir avec la lutte des classes... Mais ce que je reprochais à l'article c'était d'être trop simpliste sur le traitement de l'élite et un peu flou sur le propos.

Il y a d'abord, l'opposition entre peuple et élite.
A priori, on ne peut pas te reprocher d’en parler puisque c'est le fond de ton article et du "Durendalgate" : tu dénonces chez Enthoven, une logique de lutte des classes. Mais mon reproche concerne ta vision à propos de l'élite, qui, selon mon point de vue, ne se démarque pas assez de la logique : une opposition entre deux blocs. Cela rend ta conclusion moins convaincante, car, schématiquement, elle invite à dissoudre un des blocs dans l’autre d’une façon un peu artificielle, c'est-à-dire sans avoir cherché de véritables rapprochements entre ces deux blocs.
Aujourd'hui les radios comme France Culture et France Inter sont pour moi en majorité acquises en faveur des nouveaux médias et d'internet. La position de Finkielkraut, est selon moi plus intéressante que celle d'Enthoven, lequel, je crois comprendre, ne rejette pas ce média mais voudrait plutôt s’en emparer, faire en sorte qu’on y respecte les mêmes règles que sur un autre média classique. C'est pourquoi la position d'Enthoven me paraît assez hypocrite et je partage l’agacement que l’on peut avoir pour ce genre d’intellectuels. Il me semble que Finkielkraut s’est toujours montré univoque à propos d’internet. Son rejet quasi absolu le place d’ailleurs dans un camp très minoritaire, la plupart des élites faisant bonne figure et ne voulant pas passer pour de "vieux cons" (comme Onfray, que je trouve sympathique, mais qui se révèle vite assez pâlichon). Il ne tire jamais d’exemples précis d’internet, comme le fait Enthoven, évitant ainsi de s’accaparer un domaine qui n’est pas le sien. Cette position me paraît saine et son rejet est argumenté, donc salutaire car il est toujours bon d’avoir un détracteur et à ce titre, il me semble qu'on a à apprendre de ce qu'il dit. Même dans le rejet d’internet il y a des nuances et ceci montre à mes yeux toute la complexité et l'hétérogénéité de l'élite. Je ne prétends pas que tu la nies, je remarque seulement que tu ne la traites pas dans ton article. Ceci contribue à créer un bloc homogène, et il ressort cette situation d'opposition un peu caricatural et ceci malgré ta conclusion : c'était la critique soulevée dans mon premier commentaire. Autre point qui va dans le sens de ce que je dis : des expressions comme le "philosophe d'Henri IV" (même si elle n’est utilisée qu’une fois)tend à associer, dans l’esprit du lecteur, un établissement d'élites et la personne d'Enthoven. Elle semble regrouper tous les individus qui sortent d'Henri IV sous une même personne. Cette expression et d’autres me font cet effet.

Maintenant pour le fond de l'article. Il me semble que tu l'as toi-même repris et résumé dans ces quelques lignes :
"moi je revendique une société dans laquelle la parole de l'énarque serait écouté avec autant de considération que celle d'un lycéen auvergnat. Il ne s'agit pas d'exclure l'énarque ou le normalien ! Il s'agit de le replonger dans le peuple, de le réintégrer dans la masse ! Il ne vaut pas plus, il ne vaut pas moins. Et si son expertise est plus juste, qu'il le DEMONTRE. "
Je vais donc partir de là. Replonger l’élite dans le peuple ? Cela paraît difficile… Comment replonger l’élite dans le peuple sans supprimer du même coup l’élite ? Si, quand on parle d’élites, on se restreint aux personnes qui sont passés par des grandes écoles, on ne peut nier qu’elles ont un niveau d’études supérieur à d’autres. Et à quoi bon faire des études si l’on en tire aucun avantage ? De plus c’est illusion que de croire que nous naissons tous avec un esprit critique. L’esprit critique se forge avec la connaissance et celle-ci vient justement des études. L’exemple du lycéen auvergnat pointe, à juste titre, le déséquilibre entre Paris et les Provinces qui mérite d’être traité, mais semble ignorer la valeur de l’expérience (qui va souvent de paire avec l’âge). Il est évident pour moi que certaines voix ont plus de valeurs que d’autres. Cela ne veut pas dire que l’on doit empêcher les personnes ordinaires de s’exprimer, mais c’est un état de fait dont il faut avoir conscience et qu’il faut savoir prendre avec humilité. Rimbaud, qui très tôt passe son temps à donner des leçons à ses aînés, a commencé par savoir aussi bien qu’eux son latin et son grec (seulement il l’a fait beaucoup plus vite). Même le génie ne sort pas de nulle part. Long développement, mais qui me fait conclure au non sens d’une situation d’égalisation forcée de toutes les voix. Soit on quitte complètement le système élitiste, est-ce vraiment possible ? Je me pose la question… Soit on accepte de reconnaître une certaine valeur à des individus et immédiatement cela se concrétise par une plus grande visibilité. Mais alors quelle valeur ? J’y viens.
Alors je veux être honnête, dans ce dernier paragraphe j’ai fait un peu semblant de ne pas comprendre ce que tu voulais dire et j’ai enfoncé quelques portes ouvertes au passage. Mais c’était pour préciser mon cheminement. Quand tu dis : « Il ne vaut pas plus, il ne vaut pas moins » tu veux parler, je pense, de l’égalité de la constitution, « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », qui se fonde elle-même sur une égalité biologique : nous avons tous un cerveau et nous pouvons tous apprendre à nous en servir, donc à raisonner. Le fait est que tout le monde n’embrasse pas une carrière de philosophe et que le bon sens ne suffit pas toujours, hélas, à suivre des développements complexes. Même si je suis assez d’accord pour fonder la valeur d’un dicours sur sa rigueur logique, dans le cas de Durendal, la question n’est pas là. La logique ou la pertinence globale de ses podcasts ne suffisent pas à expliquer son relatif succès. C’est son langage jeune, son goût du trash et du provocant qui séduisent au moins autant, voir plus. On sait bien que sur internet la raison n’a pas une place aussi importante qu’on voudrait se l’imaginer. La vraie rigueur est aride, contraignante et ne peut pas intéresser tout le monde. Moi, qui fait actuellement des études de maths, je sais à quel point il y a peu de monde avec qui ont envie d’entendre une vraie démonstration. Tout cela pour dire qu’en pratique ce ne sont évidemment pas toujours les personnes qui raisonnent le mieux qui sont le mieux reconnus et je pense que c’est, en partie, l’ordre naturel des choses. Même si j’encourage toujours quiconque à raisonner par lui-même, bien évidemment!
« Si son point de vue sur l'éducation est plus pertinente que celle d'un prof lambda, qu'il accepte la contradiction, qu'il accepte qu'à sa parole portée par France Culture s'oppose une autre parole qui, dans l'idéal pourrait être aussi portée par France Culture, mais qui, grâce à Internet pourrait tout aussi bien être portée partout ailleurs... Je ne défends pas l'internaute anonyme contre l'élite. Je défends un système égalitaire et démocratique, dans laquelle l'élite à sa place, face à un système d'exclusion et de lutte de classe où seule l'élite à sa place... »
LA, je suis à peu près d’accord. La première phrase me paraît un peu obscur (Tu voulais dire : « Même si… » ? Parce que si son point de vue est en effet plus pertinent, une confrontation semble alors peu fructueuse, sauf si c’est dans le but d’expliquer son propos, enfin bon…), mais je comprends l’idée générale et je la partage. Il est important en effet que les élites fassent preuve d’ouverture à la critique et ne s’enferment pas dans leur certitudes et c’est valable pour tous. Mais, je maintiens mes critiques sur les points précédents. Ce second commentaire est plus long que le premier, j’espère qu’il reste à peu près lisible. Il faut avouer que le sujet est loin d’être simple.
Bonne journée !

L'homme-grenouille 05/07/2015 17:43

Salut Jean,

Merci encore pour cette nouvelle réponse. Ce genre d’échange est toujours très stimulant pour moi et je les apprécie d’autant plus quand les choses se font de manière posée, sans tension, comme c’est le cas en ce moment même. Donc, encore merci !

Première chose à dire en réaction : « pas d’inquiétude ! Tout était clair ! » Au contraire, c’est peut-être moi qui ne l’ai pas été suffisamment. Parce qu’au fond, à bien tout relire, j’ai quand même l’impression que nous sommes d’accord sur beaucoup de choses : lecture bourdieusienne de la société, reproduction des élites, collusion des médias… Peut-être mon propos a-t-il des allures simplistes car, c’est vrai qu’en fin de compte, il aboutit aux mêmes conclusions que beaucoup de démagogues et autres populistes de tous genres. Malgré tout, est-ce parce que j’arrive aux mêmes conclusions que des démonstrations simplistes que cela rend de ma propre démonstration simpliste, je n’en suis pas pleinement convaincu, et je vais m’efforcer de le démontrer !

A bien tout relire, je me rends compte que notre gros point de divergence tient dans notre façon de percevoir les structures de notre société. Fondre l’élite dans la masse, cela ne me semble pas compliqué pour moi, à condition de se poser la question de « qu’est-ce qu’on entend par élite ? » Si on conçoit l’élite comme un groupe social uniforme et homogène, un ensemble d’individus qu’on distingue par définition du reste de la population dans une logique bipartique de la société, alors je suis d’accord, on ne peut pas fondre l’élite dans la masse car, cela anéantirait immédiatement le concept même d’élite.

Mais pourquoi concevoir l’élite comme un groupe social justement uniforme ? Parce que pour moi, contrairement à ce que j’ai cru lire, je n’ai aucun souci avec l’idée même d’élite intellectuelle. Par exemple, j’adhère parfaitement à ce discours qui dit que nous ne sommes pas tous égaux dans les savoirs, les connaissances, les pertinences d’analyses. Bien sûr que nous ne le sommes pas ! Je ne dis d’ailleurs pas qu’il faut considérer un propos pétri d’ignorances avec autant d’égard et de valeur qu’un propos construit par observation et esprit critique. Non. Ce que je remets en cause, c’est cette idée qu’on considère que, par définition, celui qui se trouve à un rang social supérieur en sait forcément davantage sur celui qui se trouve à un rang social inférieur. Or, non, moi je suis désolé, quand j’entends Alain Finkielkraut parler d’Internet, j’entends le propos d’un gars pétri d’ignorances SUR LA QUESTION D’INTERNET. Le gars est peut-être incollable sur Charles Peguy (d’ailleurs je pense que si je me risquais à un débat avec lui sur cet auteur, il démontrerait rapidement, texte à l’appui, que c’est lui qui a raison et moi qui ais tort parce qu’au fond, je n’ai rien lu de lui), mais cela ne l’empêche pas pour autant de dire d’énormes conneries sur Internet. Pour reprendre l’exemple sus-cité, il ose affirmer que le droit français ne s’applique pas sur Internet, ce qui justifierait selon lui qu’on considère cet espace virtuel comme un espace social détestable et condamnable (http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/31/internet-est-une-malediction-selon-finkielkraut_4357704_3224.html), mais le problème c’est que cette idée est totalement fausse. Le droit français s’applique sur Internet. C’est un fait, démontrable en plus. Là le gars parle sans savoir. Son raisonnement ne va pas plus loin que celui de madame Michu. Sur cette question là – et d’ailleurs sur la pensée de la société en général – Alain Finkielkraut N’EST PAS une élite. Pourtant socialement il est reconnu comme tel, et donc c’est cela qui lui vaut ce Pass Premium qui lui permet de s’exprimer sur TOUTES les questions, y compris celles où il ne sait rien. Absurde.

Pourquoi quelqu’un qui ne se distingue pas par sa fortune, son rang social, son nom ou sa profession, mais qui atteint une certaine forme d’élitisme dans un savoir ne pourrait-il pas être sur un point donné, considéré comme une élite ?

Il ne me parait pas absurde que lors d’un débat d’idées sur l’avenir de l’agriculture on puisse considérer le point de vue d’un simple agriculteur comme autant pertinent sur la question que celui d’un ministre ! Et pourquoi pas confronter à ces deux points de vue potentiellement antagonistes celui d’un vétérinaire ? Celui d’un médecin généraliste ? Celui d’un nutritionniste ? Celui d’un démographe ? Celui d’un ouvrier agricole ? Et même tout simplement – celui d’un simple consommateur ? Si l’élite se définit par une sorte de « best of the best » sur une question donnée, il me semble que c’est un raisonnement – pour le coup – simpliste que de considérer qu’une seule personne puisse détenir à lui tout seul, un point de vue complet et irréfutable. La vision qu’on a aujourd’hui d’une élite globale, où une trentaine d’experts suffisent à tout expliquer dans le monde, de la crise économique aux conflits territoriaux en passant par des questions philosophiques et identitaires, c’est cela que je trouve absurde. Dans un débat d’idée, classer la valeur des gens en fonction de leur rang social et non en fonction de leurs expériences, savoirs et compétences sur le sujet c’est aussi cela que je trouve absurde. Alors, on pourrait répondre à cela qu’il faut quand même bien reconnaitre cette élite, l’identifier, afin qu’elle puisse s’exprimer ! Certes. Mais là du coup se pose pour moi une autre question. Les institutions qui définissent et fabriquent actuellement les élites, notamment les élites sociales, fabriquent-elles vraiment des élites intellectuelles ? Pour moi, sur de nombreux points, la réponse est non.

Et je reste du coup persuadé que le meilleur moyen de faire ressurgir les élites, les vraies élites, sur une question, cela reste encore le débat d’idées. Dans les anciennes structures il était très difficile qu’un individu lambda, potentielle élite sur un domaine, ne vienne s’inviter dans le débat public. Maintenant, avec Internet, c’est possible. Or c’est justement pour cela qu’Internet est à ce point haï par ceux qui bénéficient actuellement d’un statut d’élite sociale. Accepter Internet, c’est accepter que la contradiction puisse faire émerger une opinion plus conforme à la réalité et à la vérité des choses. Le problème avec cette méthode, c’est que cette opinion peut très bien naître à l’extérieur de sa sphère privilégiée… Sacrilège…

Donc voilà, j’espère que cette réponse permet d’affiner ma perception de la chose. En tout cas, je ne sais pas pour les autres, mais moi la longueur des commentaires ne me dérange pas, donc pas de problème !


P.S. Et comme je ne voulais fâcher personne avec la question du vouvoiement / tutoiement, j’ai écrit ce commentaire de tel manière à ce que je n’utilise ni l’un ni l’autre ! Comme ça tout le monde est content ! ^^

Jean Bono 19/06/2015 17:43

Un bel effort d'analyse, gâché cependant par la dernière partie de votre article qui trébuche sur l'opposition simpliste du peuple et des élites. C'est dommage ! Vous vous enfermez dans le dialogue de sourd que vous sembliez dénoncer au début, du moins il me semble. La leçon que j'en ai tiré en vous lisant est la suivante : on a, d'une part, les élites, qui resteront donc entre eux, mais sont secrètement terrorisés de sentir le désintérêt de la majorité et d'autre part, "nous", les internautes anonymes (mais qui ne sommes rien moins que le Peuple), nous qui continuerons à parler, échanger et débattre sur internet. Et ça, c'est bien ! car c'est ainsi que nous renverserons, de fait, ce système élitiste d'énarques et de normaliens, qui, sous couvert d'opinions démocratiques, s'emploient à conserver égoïstement leurs privilèges et leur primauté intellectuelle. À ce propos, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire en observant la photo judicieusement placée d'un Alain Finkielkraut en proie au doute et à la solitude. Avez-vous un grief masqué contre lui ou a-t-il aussi commis la faute d'être normalien et journaliste sur France culture ? Je ne veux pas me faire à tout pris son défenseur et je suis bien conscient qu'il ne représente pas le cœur de l'article, néanmoins je m'étonne que vous lui réserviez le même traitement que Enthoven. Il me semble qu'il n'a pas grand chose à voir avec la "micro-polémique" et est juste livré là en pâture pour soutenir votre désir de pointer du doigt une "caste galonnée d'or", pour citer Barbusse, qui se pavanerait au sein d'institutions poussiéreuses, spectres héritiers de l'ancien régime ... Il y a là maladresse ou bien un parti pris que, dans ce cas, je ne partage pas et je trouve que cela nuit à votre article, qui présente toutefois des éclairages pertinents.

L'homme-grenouille 25/06/2015 13:13

Salut Jean !
(Je t'en supplie : tutoyons-nous !)

Tout d'abord merci pour ce commentaire réfléchi et posé. J'avoue que ça fait du bien d'avoir des retours comme les tiens qui savent être critiques de manière très constructive. Tu n'es pas la première personne à m'avouer une telle perception de mes derniers paragraphes et donc, oui, pour le coup, si je me veux honnête intellectuellement avec toi et avec moi-même, la moindre des choses est donc de me pencher en toute sincérité sur ce que j'ai écris afin de vérifier si ma "plume" a travesti ma pensée ou bien si, plus grave encore, elle a trahi un ressenti inconscient qui a fait sortir ma démonstration de sa logique.

Alors pour commencer, je t'ai relu afin de bien comprendre ce que tu avais perçu de mon propos. De ce que j'ai compris, ton reproche repose sur le fait que je commence mon article en dénonçant ceux qui excluent des gens de la tribune publique sur le seul motif de leur non-appartenance à une certaine élite sociale, et que je le conclut malgré tout en voulant exclure à mon tour la dite élite pour finalement les mêmes motifs que je dénonçais au départ. Pour le coup, si tel avait bien été mon propos - même exprimé inconsciemment - je t'aurais totalement donné raison et j'aurais fait mon mea culpa. Peut-être même que j'aurais rédigé un nouvel article pour expliquer comment moi-même, je suis parvenu à tomber dans le même piège que je dénonçais pourtant !. Mais je me suis bien relu - et je t'invite d'ailleurs à en faire de même si la démarche t'intéresse - ce que tu as perçu de mon propos n'est pas ce que j'ai dit. Je vais m'expliquer...

Je ne reproche pas à l'élite de s'exprimer, je lui reproche d'exclure de la tribune publique tous ceux qui ne font pas partie de leur microcosme. Je sais, ça fait "lutte des classes", et même pour moi qui ne suis pas un socialo de la vieille école, ça me choque vraiment comme constat. Seulement voilà, si on prend le temps d'observer ce qu'illustre ce Durendalgate, c'est bien de cela dont il est question. A partir du moment où un groupe de personnes établit une connivence selon des critères socio-culturels afin de s'assurer la défense mutuelle de leur intérêt en excluant tous ceux qui n'en font pas partie, c'est un comportement de "lutte de classes". Seulement, ce n'est pas parce que je reconnais cet aspect de la lecture marxiste que j'embrasse tout le dogme. Pour le coup - mais en même temps c'est un réflexe qu'on aurait tous eu, moi le premier - je pense que c'est toi qui a opéré un raccourci idéologique en me lisant. Parce que j'emploie un vocabulaire reconnaissant l'existence d'une classe dominante, ainsi que l'existence d'outils de création de classe dominante (comme l'ENA et l'ENS par exemple) alors tu as présupposé que, forcément, je devais aussi défendre la lutte des classes en faveur des masses laborieuses, la dictature du prolétariat, le "ni dieu ni maître", le grand soir et tout le tralala... Pourtant non. Et relis bien ma conclusion ! Face à cette logique de lutte de classes - qui n'est pas la mienne mais celle d'Enthoven ! - moi je revendique une société dans laquelle la parole de l'énarque serait écouté avec autant de considération que celle d'un lycéen auvergnat. Il ne s'agit pas d'exclure l'énarque ou le normalien ! Il s'agit de le replonger dans le peuple, de le réintégrer dans la masse ! Il ne vaut pas plus, il ne vaut pas moins. Et si son expertise est plus juste, qu'il le DEMONTRE. Si son point de vue sur l'éducation est plus pertinente que celle d'un prof lambda, qu'il accepte la contradiction, qu'il accepte qu'à sa parole portée par France Culture s'oppose une autre parole qui, dans l'idéal pourrait être aussi portée par France Culture, mais qui, grâce à Internet pourrait tout aussi bien être portée partout ailleurs... Je ne défends pas l'internaute anonyme contre l'élite. Je défends un système égalitaire et démocratique, dans laquelle l'élite à sa place, face à un système d'exclusion et de lutte de classe où seule l'élite à sa place...

Alors après, pourquoi mettre l'ami Finkielkraut dans le paquet des "opposants désignés" ? Parce qu'il appartient à une élite ? Non. Si j'associe Finkielkraut à Enthoven, ce n'est pas parce qu'il appartient à la même classe, c'est parce qu'il obéit à la même démarche de rejet de cette nouvelle démocratie qui cherche à s'instaurer. A l'écouter, tout ce qui n'est pas de son monde est forcément nuisible : nouvelles technologies, nouveaux moyens de communication, nouvelles façons de penser le vivre-ensemble... C'est en cela que je trouve qu'il est assimilable à Enthoven : par sa démarche, non par son appartenance sociale. D'ailleurs relis-moi bien, mon but n'est pas de faire des packages socio-idéologiques de gentils et de méchants dans ma démonstration. Je range Onfray dans le camp de ceux qui acceptent le nouveau jeu démocratique proposé par Internet, pourtant Onfray lui aussi est passé par ces écoles de formatage des élites. De la même manière, je cite Soral parmi ceux qui se livrent au jeu de la démocratie d'Internet. Soral est-il quelqu'un à qui j'ai envie de laisser la tribune publique ? Non. Mais justement, dans une logique de non-exclusion, Soral a sa place, et Internet la lui laisse d'ailleurs bien volontiers... A mon sens à raison...

Voilà donc pour ma part. Je ne sais pas si tu vois où je veux en venir. Je ne sais pas si je t'ai convaincu ou non de ce que j'estime être la cohérence de ma démonstration.

N'hésite pas à réagir à nouveau. Ici tous les propos sont les bienvenus !

Merci encore pour ton commentaire et à bientôt sur ce blog !

Lota 09/06/2015 02:44

Article fort intéressant.
J'ai pris connaissance de cette "affaire" il y a peu et n'en suis pas vraiment étonnée (étrangement, ce genre de "scandale" ne touche pas des youtubeurs comme "Le Fossoyeur de Films", Karim Debbache ou Doug Walker du "Nostalgia Critic".)

Faute de pouvoir offrir un contenu mis en scène et monté, Durendal mise sur l'invective, la vulgarité, la prétention.
Incapable de préparer son sujet en amont, il enchaîne les poncifs et approximations, martèle son opinion d'un ton prétentieux et peux se montrer tout à fait désagréable avec ceux qui auraient un avis contraire (voir ses réponses aux commentaires sous ses vidéos).

Durendal, c'est un peu la Nabila des critiques cinéma: célèbre pour de mauvaises raisons, et cela au détriment d'individus bien plus sympathiques et talentueux (comme "Mr Meeea", "Ginger Force" "Mr 3D"...etc...)

L'homme-grenouille 13/10/2015 20:34

Je suis d'accord pour dire que ses rétrospectives et ses PJREVAT sont plus poussés que ses vlogs (en même temps ce n'est pas dur ^^).Il a un point de vue assez personnel, qu'on ne retrouve pas forcément ailleurs et il a le mérite de le défendre. Rien que pour cela, je trouve que Durendal apporte vraiment quelque-chose et mérite d'être défendu.

Après, je pense malgré tout que cela n'empêche pas le gars de manquer de recul sur ce qu'il avance. A l'écouter, j'ai quand même l'impression qu'il a du mal à considérer que son point de vue n'est qu'un point de vue. Il se voit quand même comme un savant et, par conséquent, il a une tendance à hiérarchiser les points de vue, plaçant le sien à un niveau non négligeable sur la pyramide. le pire, c'est que je pense qu'il le fait inconsciemment, ce qui fait que ça n'empêche pas de trouver le personnage sympathique. Malgré tout je ne pense pas que ce soit un raccourci que de le qualifier ainsi... Mais bon, ce n'est qu'un point de vue ^^

Blobule 22/09/2015 03:39

Mouais, c'est un peu un raccourci ça quand même ... Ses vlogs sont exactement comme ça, les retrospectives sur des sujets complets par contre sont très intéressantes, et la le ton est nettement plus "standard"

l'homme-grenouille 10/06/2015 14:44

Ralalah ! On est quand bien sévère avec ce pauvre Durendal je trouve... :-)

Alors certes, comme toi Lota je le trouve pédant, prétentieux et pas très profond ce Durendal, c'est vrai. Maintenant, est-ce qu'on peut vraiment lui en vouloir ? Après tout, il ne faut pas oublier que le cher Timothée Fontaine n'est qu'un petit gars ordinaire, un individu lambda, qui se livre simplement à l'exercice du vlog avec les moyens du bord, comme c'est le cas d'une indénombrable flopée d'autres quidams. Alors oui, le gars n'a pas forcément la rigueur et la maturité intellectuelle pour fournir le niveau d'exigence auquel on est habitué à un tel niveau d'exposition, maintenant en est-il vraiment blâmable ? Après tout, il n'est pas le seul à faire ce qu'il fait, à défaut de le faire de manière consciencieuse, il s'efforce de le faire de manière honnête et sincère. Seulement voilà, j'ai l'impression que ce qu'on reproche à Durendal - et qu'on reprochera moins à d'autres du même genre et que tu as cité - c'est que lui bénéficie d'une aura et d'une tribune qu'on ne juge pas méritées. Mais franchement à qui la faute ?

Alors voilà, le gars a su arriver au bon moment et au bon endroit, sachant produire énormément de contenu afin de se créer son réseau de fidèles. Sur sa gestion de l'outil Internet, il a su être très bon, bien meilleur que d'autres d'ailleurs. D'ailleurs, si beaucoup critiquent Durendal, beaucoup savent aussi l'apprécier pour ce qu'il offre. Sans être forcément d'accord sur ses "Pourquoi j'ai raison et vous avez tort", il faut bien reconnaître que le gars propose toujours une lecture argumentée qui peut se défendre. A défaut d'obtenir le consensus, au moins apportte-t-il une alternative qui en soi est salutaire. Alors après, certes, le problème pour ceux qui, comme nous, ne se retrouvent pas chez Durendal est recherchent des critiques alternatives un peu plus élaborées eh bien on enrage de ne rien trouver d'autre et on est écœuré de ne tomber que sur lui. Moi aussi j'apprécie plutôt bien ce cher Fossoyeur, et j'adore l'ami Debbache. Seulement voilà, le premier sort un épisode tous les mois si ce n'est pas deux, alors que le second a disparu des écrans radars depuis plus d'un an.

Ah ça oui, on aimerait bien tous tomber sur un gars ou une nana d'un niveau karimesque qui serait capable de fournir tous les trois jours une analyse pertinente et profonde transmise au travers d'une vidéo bien montée. Seulement voilà, ça nécessite du taf, ça nécessite qu'on aille au-delà de la simple structure du gars qui se filme à l'arrache après le boulot ou entre deux cours. Pour le moment, il n'y a pas. Quand il y aura, certainement que Durendal sera un peu noyé face à tout ça, et on s'agacera moins de le voir un peu partout. Seulement voilà, c'est un processus qui est en train de se lancer et, qu'on le veuille ou non, Durendal participe à cette émergence d'une critique alternative, ne serait-ce qu'en montrant à quel point c'est facile aujourd'hui de s'emparer de l'outil Internet...

Après, c'est sûr, si le gars avait été un peu plus mature, avait davantage conscience des limites de son propos et de sa posture, certainement l'accepterait-on davantage pour ce qu'il est : un simple gars qui livre son avis. Sa prétention ne l'aide pas, sa naïveté non plus, mais au-delà de ça je pense que c'est juste un gars qui est un petit peu dépassé par ce qui lui arrive, qui n'a pas le recul nécessaire pour analyser les causes de son relatif succès et qui - c'est humain - se laisse totalement griser par l'interprétation qu'il juge la plus flatteuse de son fort niveau d'exposition. N'oublions pas que le petit gars est jeune, il a encore tout le temps de mûrir... Soyons cléments avec lui, le pauvre...

En tout cas, merci pour ce commentaire, et surtout merci pour ton compliment, ça me fait très plaisir. N'hésite pas à réagir encore si le désir te prend, sur cet article ou sur un autre.

Bon plaisir sur ce blog !

Krinou 04/06/2015 02:36

Rebonsoir :)

Cette fois, j'ai reçu une notification.

Je me suis réabonné et j'ai reçu un courriel pour me demander de valider ma demande.

Si ça se trouve, la dernière fois elle a atterri dans mes indésirables et elle est passée à la trappe, quand j'y repense, je ne me souviens pas avoir validé quoi que ce soit.

Je pense que cette fois je devrais recevoir les prochains articles.

Je te remercie pour l'invitation à intervenir, je n'hésiterai pas à le faire si j'en ressens le besoin. :)

Pour m'y retrouver, je vais déjà commencer par consulter les articles récents et puis ensuite, ce sera au pifomètre, selon que le titre et/ou le sujet m'inspire ou pas.

Merci d'être à l'écoute de tes lecteurs et de répondre à leurs messages, ce n'est pas toujours le cas.

l'homme-grenouille 07/06/2015 01:43

T'inviter à intervenir est pour moi la moindre des choses. Si je tiens un blog c'est avant tout pour partager des points de vue. Donc ça me parait évident que ça aille dans les deux sens. Après tout, je ne suis pas un journaliste qui vient toucher sa pige ou bien faire valoir son rang. On est entre simples internautes ici donc je t'en prie, mettons nous à l'aise.

Merci en tout cas pour tes messages forts aimables et ton soutien.

Un bientôt sur ce blog !.

Krinou 03/06/2015 17:00

Bonjour l'homme-grenouille (drôle de pseudo) :)

Je suis désolée pour ma réponse tardive, j'avais pourtant coché la case permettant de recevoir une notification en cas de réponse, d'ailleurs, je ne reçois pas non plus la newsletter, c'est en me rendant sur le blog que je m'en suis rendu compte.
Peut-être ai-je mal renseigné mon adresse mail, je vais retenter au cas où, sinon, c'est que le problème vient d'Overblog.

En tout cas, le problème des commentaires illisibles est résolu, c'est beaucoup mieux comme ça. :)

Concernant la pub, rare sont les blogs qui acceptent de ne pas l'imposer gratuitement, généralement, il faut souscrire à un abonnement payant pour ne pas voir son blog défiguré par des messages publicitaires.
Il me semble que c'était le cas d'Overblog jusqu'à présent mais, apparemment, ils ont changé d'avis, c'est dommage, ils étaient très apprécié pour ça.
Quoi qu'il en soit, pub ou pas, j'ai mon arme fatale : adblock.

Voilà ! Je m'en vais maintenant consulter les articles que j'ai manqué.

l'homme-grenouille 03/06/2015 19:22

Salut Krinou,

Effectivement, pour tous les petits soucis d'abonnement et tout et tout, c'est plutôt avec Overblog qu'il faut voir ça. Malheureusement je ne suis que bien peu de choses face au fonctionnement global de ce blog, je me contente juste d'utiliser l'interface qu'on me donne, et je serais bien incapable de te venir en aide sur ces questions.

Malgré tout, il est vrai qu'à force de bidouiller, ce blog a fini par reprendre forme lisible. Bon après, je dis à force de bidouiller... j'ai surtout payé. Bah oui, c'est ça le nouveau Overblog. On m'a forcé la main pour prendre la nouvelle version de leur blog et pour la faire fonctionner, eh bah il faut passer au porte-monnaie. Alors je ne dis pas, j'aurais pu me barrer, faire du copier-coller, etc... Mais je ne le cache pas, j'ai eu la flemme. De plus payer m'apporte une certaine assistance technique non négligeable, tout comme la disparition des pubs (voilà plus besoin d'ad-block !)

J'espère en tout cas que tu t'y retrouveras sur les derniers articles parus depuis. N'hésite pas à partager ton avis !

Krinou 30/03/2015 02:52

Bonsoir :)

Je suis tombée sur votre article par hasard en recherchant des précisions concernant le clash Durendal/France Culture.

Je trouve votre point de vue très pertinent mais je me garderai de détailler, si tout est clair dans ma tête, ça va être plus difficile de mettre ça par écrit, je n'ai pas votre plume ni votre talent pour assembler mes idées de manière structurée et je n'ai pas envie de me ridiculiser. :(

Je me suis abonnée à votre newsletter pour pouvoir suivre vos articles.

J'en profite pour vous signaler que les commentaires sont quasiment illisibles, c'est dommage.
Peut-être devriez-vous changer le fond ou la couleur du texte pour que celui-ci ressorte mieux ?

L'homme-grenouille 30/03/2015 21:35

Salutations Krinou et merci pour ton commentaire !

Après t'avoir lu je n'ai qu'une seule chose à dire : pas de chichis entre nous ! Si tu veux poser tes idées, même en vrac, il ne faut pas hésiter ! Qu'importe le contenant pourvu qu'on ait l'ivresse !

Pour la mise en page récente de mon blog et de mes commentaires, je m'en excuse sincèrement même si, au fond, je n'ai pas vraiment de quoi car il se trouve que ces changements inopportuns relèvent des facéties d'Overblog et non des miennes. Après m'avoir imposé des pubs dégueulasses voilà maintenant qu'ils m'ont lancé une mise à jour sauvage dans la tronche qui m'a quelque-peu bouleversé ce blog. Etant pas mal pris par mon boulot en ce moment, et confronté au silence d'Overblog, j'avoue que la chose risque de végéter comme cela un bon gros mois. J'en suis désolé. Dès que je pourrais reprendre la main sur mon blog, je ferai le nécessaire pour améliorer cela au plus vite...

L'homme-grenouille 03/03/2015 14:48

Salut Gerka,

Merci d'avoir pris le temps de réagir à cette lecture et d'exprimer sans entrave ton point de vue !
Comme tu peux le constater, la critique est ici bienvenue, y compris la tienne car, bien évidemment, contrairement à ce que tu as cru lire dans mes lignes, je considère que tout le monde est sujet à critique à partir du moment où il entend s'exprimer sur la sphère publique.

Relis moi attentivement : je ne prône pas un retournement de la situation actuelle : je ne dis pas qu'il faut qu'on retire tout crédit et intérêt à ceux qui se posent aujourd'hui comme des élites intellectuelles, de la même manière qu'on le fait actuellement à l'égard des youtubeurs, blogueurs, commentateurs. Je ne dis pas non plus qu'il fait prendre pour parole de messie, sans jugement critique ni contestation les paroles de youtubeurs de la même manière qu'on le fait aujourd'hui pour les Enthoven et consorts. Je dis qu'il faut au contraire, si on recherche bien sûr une certaine forme d'avancée des débats, faire sauter les privilèges de chacun. Qu'on considère et qu'on critique les propos de tous avec la même rigueur et considération intellectuelle, quelque soit l'identité de son auteur. C'est la rigueur du propos qui doit faire notre représentation de celui qui le prononce, pas l'inverse.

Donc non, je ne considère pas que youtube fait le peuple, que le peuple implique que la bourgeoisie en soit forcément exclut et que le nombre fait la vérité. Par cet article, j'invite juste les gens à se questionner sur leurs propres représentations, sur leurs préjugés qu'ils ont à l'égard de l'opinion et de ceux qui la font et aussi et surtout, sur notre méconnaissance totale de ce qu'est vraiment la philosophie et la démocratie.

J'espère que ce commentaire t'invitera, cher Gerka, à relire cet article selon un oeil moins passionné. Je me ferais alors une joie de répondre à un second commentaire qui, celui-ci, critiquera certainement davantage la réalité de mon propos. Car après tout, c'est bien dans le débat dépassionné qu'on fait le mieux progresser sa pensée.

Merci encore, et peut être à plus tard sur ce blog. ^^

Gerka 03/03/2015 11:47

Si l'homme du peuple a le droit de s'exprimer, peut-il seulement essuyer la critique? Parce qu'il est homme du peuple, celui-ci aurait le droit de critiquer sans lui-même subir le blâme? La condition du bourgeois serait de fermer sa gueule parce qu'il est bourgeois? Quelle belle dictature que voilà... Son opinion ne vaut pas car il ne passe pas par tel ou tel outil de communication? Youtube étant décrété comme "la voix de la démocratie". Je suis assez effrayé par ce genre d'argumentaire qui dit que le nombre fait pertinence du seul fait qu'il est nombreux. Restez dans vos poncifs, qu'une culture probe et difficile d'accès est nécessairement stigmatisante. Espérez encore le grand soir, ou la meute, bien évidemment démocratique et non-stigmatisante, pourra bouffer les méchants bourgeois. N'est-ce pas paradoxale? Manichéisme et idiotie quand tu nous tiens.

L'homme-grenouille 22/02/2015 12:06

Salut Benoît,

Alors bien sûr, je ne renie pas la cohérence de la pensée d'Enthoven. Je comprends parfaitement qu'on puisse écouter ses émissions et y trouver du sens. Et qu'il se refuse à présenter la liberté de
pensée comme la simple expression de sa propre pensée grégaire et conditionnée, je peux complètement le concevoir. Moi, je suis assez nietzschéen sur la question : j'estime qu'on ne découvre sa
propre pensée qu'en pensant contre ses réflexes mentaux conditionnés, qu'en pensant contre soi-même... Donc sur ce plan là, la pensée d'Enthoven, pourquoi pas...

Mais bon, ce qui me dérange pas contre, c'est qu'il fasse le raccourci suivant : puisque penser c'est être capable de penser contre nos réflexes grégaires, alors la pensée ne peut s'acquérir qu'en
s'émancipant de la pensée et de la culture de la foule, donc le vrai penseur est celui qui ne fait pas partie du peuple (car chez Enthoven, le peuple équivaut à la foule), c'est celui qui s'est
élevé au dessus de la foule. Là-dessus non, je ne suis pas d'accord. On peut très bien s'aliéner intellectuellement avec de la culture classique. A partir du moment où on l'ingère et où ne la
questionne pas, on adopte un comportement grégaire. Certes, c'est un comportement grégaire construit sur de la culture classique, mais un comportement grégaire quand même ! Inversement, un individu
qui baigne dans de la culture populaire peut très bien disposer des outils nécessaires pour apprendre à penser contre lui-même. Il est donc indispensable de laisser le plus large éventail
d'individus s'exprimer afin que cette pensée alternative surgisse. Enthoven veut interdire cette parole. il a tort. Il ne réagit pas ici comme quelqu'un qui veut défendre la pensée, il agit ici
comme quelqu'un qui veut défendre le monopole de SA pensée. Moi c'est ça qui me dérange...

Alors après, OK, quand tu laisses s'exprimer tout le monde, tu as peut-être une majorité écrasante de ce que tu disais : "ouais moi je suis un thug et je te clashes si je veux biatch". Mais, la
plupart du temps, cette catégorie là reste à moisir dans les arcanes insondées de Youtube, comme peut l'être un Jacques Cheminade lors d'une élection. C'est ça la démocratie : il faut accepter que
tous s'expriment et que, spontanément, le peuple fasse ressortir les propos dignes d'intérêt. Alors certes, parmi les vidéos dignes d'intérêt, on aura Pew-Die-Pie et ses sessions de jeux-video,
mais on aura aussi e-penser, dirtybiology ou bien Crossed... C'est de la sélection naturelle appliquée à l'idée. Pour moi c'est ça le jeu de la démocratie, et ce n'est clairement pas ce que défend
l'ami Raphaël...

Benoît 22/02/2015 10:43

Bonjour à toi, merci de ta réponse. Je ne crois vraiment pas que Enthoven utilise les propos de Tocqueville pour attaquer la liberté de penser. Je vais écouter une nouvelle fois son émission
cependant. Ce que Enthoven, il me semble met en évidence dans la réflexion de Tocqueville c'est la difficulté et les paradoxes qui se dégagent de l'idée de liberté de penser et de démocratie. C'est
justement parce qu'il n'y a pas de vérité objective qu'il est difficile de mettre tout le monde d'accord. Enthoven n'est pas objectif forcément mais il s'efforce de véhiculer des idées. Je ne
connais pas personnellement Enthoven et il y a certainement des différences de perception entre nous, en fonction de nos origines, éducation etc. mais ce que j'apprécie dans ses chroniques avec
Paula c'est qu'ils suivent un fil ténu celui de la liberté de penser justement. La liberté de penser n'est pas un soap opera, ça n'est pas une fiction que l'on peut écrire pour contenter tout le
monde. Cela ne s'arrête pas à une formule ou une citation lancée sur les réseaux sociaux (je m'échaude un peu). C'est vrai, cette revendication à tout bout de champ me fait un peu peur. Il est
facile de clamer ses différences mais si difficile de faire l'effort d'écouter et de comprendre le raisonnement de l'autre. La liberté de penser ne devrait pas se limiter au fait de penser à
travers une appartenance religieuse, sexuelle, identitaire, sociologique (je suis jeune et je pratique le trash talk et je t'emm.) bref égocentrique. La liberté de dire n'importe quoi sous prétexte
que je suis en démocratie et que l'on me doit la liberté de penser ce que je veux me fait peur effectivement. Je me répète, la liberté de penser ça se prend et c'est un risque et une responsabilité
que l'on prend, pas une boisson raffraîchissante. Amicalement à toi, Benoît

L'homme-grenouille 22/02/2015 00:48

Salutations cher Benoît et merci pour ce commentaire...

J'ai pris un peu le temps de la réflexion avant de répondre, car même si je trouvais ton propos totalement sensé, je ne pouvais m'empêcher d'y sentir quelque-chose clocher. Je pense que notre point
de désaccord tient sur deux choses.

D'une part, je pense que le problème vient de l'illusion d'objectivité du propos d'Enthoven. Comme tu l'as dit, personne ne peut anticiper ce que peut donner davantage de liberté d'expression. Mais
justement : ni toi, ni moi, ni Raphaël Enthoven, ni même Alexis de Tocqueville ne peut prétendre le savoir. On peut établir des suppositions et ensuite vouloir pencher plus en faveur de l'une
plutôt que pour l'autre... Mais aucun élément objectif ne peut nous garantir que nous avons raison de pencher pour cette vision des choses plutôt qu'une autre. Cela relève de la supposition, de
l'instinct, mais en rien de l'objectivité.

Oui, Enthoven parle bien, il est éloquent, il ne fait pas de faute de syntaxe et il sait étaler sa culture. Mais aussi cultivé soit-il, il est comme tout le monde prisonnier d'un conditionnement
qui lui est propre et qui ne lui donne qu'un point de vue partiel sur la situation. L'objectivité d'Enthoven n'est qu'une illusion. Tout n'est qu'une question de point de vue...

Du coup, d'autre part, je pense que c'est parce que tu ne perçois pas le caractère subjectif du point de vue d'Enthoven que tu n'en perçois pas le caractère politique. Enthoven est un philosophe,
est à moins qu'il ne soit moins intelligent que je ne l'imagine, il a conscience que son point de vue est purement subjectif, propre à sa condition sociale et au milieu qu'il fréquente. Du coup,
vouloir prétendre que son point de vue subjectif est une vérité universelle, et vouloir verrouiller la parole qu'à des gens de son rang sous prétexte qu'ils sont les seuls à détenir le savoir,
c'est un acte délibéré visant à s'assurer un monopole de la pensée et de l'opinion. Or, ça oui, c'est politique. La liberté d'expression c'est politique. Et quand Enthoven lutte contre elle, il
accomplit un acte politique, et soit-dit en passant, il accomplit aussi un acte qu'on pourrait juger d'anti-démocratique.

Alors ensuite, je me trompe peut-être, mais j'ai l'impression de lire dans ton message une peur de ce que pourrait donner une société où on ouvre trop l'espace de parole au plus grand nombre. Moi,
comme je l'ai dit dans l'article, je ne vois pas de quoi on devrait avoir peur si ce qu'on cherche c'est une forme de vérité. Acceptons que tout le monde prenne la parole, débatte, s'interroge,
livre son avis... Je ne vois pas pourquoi, parce qu'il y a plus d'opinions dans la discussion, cela empêcherait l'esprit sincère et rationnel d'en dégager une vérité. Au contraire, avec un
échantillon plus large, les possibilités sont plus grandes. Après, on a le droit d'avoir peur de ça. On a le droit d'avoir peur du peuple (mais le peuple n'est-il pas agressif justement que
lorsqu'on cherche à le priver de parole ?),Mais le fait est que, malgré ce droit, il convient de reconnaitre que soutenir une telle position n'est clairement pas dans une logique démocratique.
Vouloir associer ce point de vue à la quintessence même de la démocratie, et prendre Tocqueville comme alibi, c'est incohérent et pour moi, concernant Enthoven, c'est clairement malhonnête d'un
point de vue intellectuel.

Bref voilà ce que j'aurais à répondre à ton commentaire. Je ne sais pas s'il éclaircit les doutes ou les zones d'ombres que tu avais concernant cet article. En tout cas, si ce n'est pas le cas,
n'hésite pas à commenter à nouveau.!

Merci encore pour ce commentaire et peut-être à une prochaine fois sur ce blog...

Delaunay Benoît 20/02/2015 14:32

Dans le cadre de l'affaire "Durengate", je ne perçois pas le sens politique des propos que vous prêtez aux animateurs du Gai Savoir sur FC. Ce qu'ils promeuvent dans leurs émissions est une liberté
de pensée sans être dupe des idées reçues et surtout de soi-même. La liberté n'est pas due, elle se prend effectivement et c'est à la communauté et ses représentants d'en ménager les conséquences
pour le bien commun. Ni l'élite, ni les "bloggers free styles" sont en mesure de connaître ce que la liberté de parole et de la diffuser va engendrer comme changements et comme remise en question.
Je perds un peu la pertinence de vos propos dans la la longueur de votre développement et il me semble en revanche que celui des deux animateurs de FC aide à garder un point de vue objectif sur le
débat.
Les questions que soulèvent cette affaire comme vous l'avez relevé sont en effet très intéressantes, merci. Cordialement

l'homme-grenouille 02/02/2015 20:14

Salut à vous deux et merci pour vos commentaires !

Si je n'ai pas grand-chose à redire à truelle (à part encore merci) j'ai pas contre un petit mot à dire en réaction au commentaire de Blop (forcément !).

Alors oui, effectivement, je ne m'en cache pas : les grandes écoles ne sont pas mes amies. Mais je m'excuse si mon propos ait pu être perçu comme une attaque faite aux gens qui la composent. Ce ne
sont pas gens qui me dérangent mais la structure. Je n'ai rien contre les élèves, j'ai quelque-chose contre le système. Je n'aime pas la culture élitiste que ces écoles inculquent. Je n'aime pas le
classicisme et le conservatisme de leur démarche. Et j'ai vraiment un TRES GROS PROBLEME avec l'aversion que nourrit et cultive ces institutions à l'égard de la culture de masse.

Je n'ai rien contre le modèle idyllique de la grande école, présentée comme un outil permettant à n'importe qui de se hisser par le mérite au sommet de la hiérarchie de la société. Par contre j'ai
un souci par rapport à ce qu'on y enseigne, la manière dont on l'enseigne et surtout comment cet outil est utilisé à des fins de verrouillage social.

Alors après, je suis d'accord, c'est un long débat. Est-ce que tu veux qu'on l'ouvres sur ce blog, après tout pourquoi pas ! ^^ Après, si le débat consiste à dire "mais il y a des gens très bien
qui sortent de l'ENS" moi je n'opposerais pas le moins du monde. Après, malheureusement, l'ENS est aussi ce qui permet à des personnes comme Raphaël Enthoven d'être ce qu'ils sont : des grands
gourous adoubés par la République qui prêchent la bonne parole. Et c'est malheureusement à ça, je pense, que sert l'ENS. Pour toutes les autres choses, d'autres structures d'éducation supérieure
peuvent gérer ça. Par contre, pour cet office de catéchisme grand-bourgeois, seule l'ENS sait accomplir cet office. c'est en cela que je la juge inutile et que - je le concède - c'est pour cela que
je ne manque pas souligner ses travers dès qu'ils s'illustrent aussi visiblement que dans ce cas là.

Voilà, pas d'offense j'espère... ^^

Blop 02/02/2015 12:48

Un article intéressant, mais je m'oppose fermement au mépris pour l'"élite" incarnée par l'ENS et Henri IV. Ce sont des écoles, donc remplies d'élèves, qui sont donc jeunes, et qui sont donc de la
génération internet. Ces élèves ne reproduisent pas tous, loin de là, le schéma que tu décris. Et c'est assez ironique quand on reproche aux gens de ne pas prendre de recul que de tomber dans
l'anti-grandes écoles primaire.

truelle 27/01/2015 01:55

Merci beaucoup pour ce nouveau point de vue et cette bonne critique de la situation :)

L'homme-grenouille 16/01/2015 21:15

Eh bien merci MG, ça fait toujours plaisir à lire !

Ravi de constater que ce que je raconte peut amener de l'eau au moulin de quelques-uns !

Au plaisir de te retrouver sur ce blog...

MG 14/01/2015 22:42

Excellent article. Et je trouve le point de vue très pertinent. Merci !

l'homme-grenouille 13/01/2015 11:01

Oui effectivement, moi aussi j'avais lu ça...

Eh bah écoute, pour ma part, bien que je ne sois vraiment pas fan du cinéma de Durendal, j'avoue que ce commentaire n'a clairement pas attiré ma sympathie. Je conçois que le personnage et le
discours de Thimothée Fontaine agacent. Moi aussi je le trouve pédant, prétentieux, à admonester des vérités qu'il renverse dès le vlog suivant... Comme je l'ai dit dans cet article, Durendal était
une proie facile pour Enthoven tant celui-ci cherche à singer la critique institutionnelle au lieu de s'en émanciper. Quoi de plus facile que d'exclure un individu de la tribune qui reconnait
lui-même qu'on parle mieux de cinéma quand on a des diplômes d'Etat dans ce domaine. Oui, c'est vrai, il est facile de détester Durendal. Et pourtant...

Qu'on le veuille ou non, Durendal incarne aujourd'hui une alternative. Certes, sur de nombreux points, il ne fait finalement que colporter ce qu'on lui a appris à l'école, oubliant que le cinéma
savait parfois s'apprécier en dehors des leçons et de la seule technique. Mais bon, au-delà de ça, le gars est capable d'ouvrir la porte au goût, et de distinguer le bon de ce qu'il lui plait.
Alors OK, le jour où il aura compris que son "objectivement bon" est aussi le produit de son goût et non le fruit de son analyse érudite, là Durendal commencera à devenir vraiment cool D'ailleurs,
à mes yeux, Durendal est déjà en cela bien plus cool que ce gars qui a posté son commentaire sur Sens Critique : quel paradoxe de reprocher l'aspect sentencieux de l'émission tout en affirmant
derrière qu'il existe un bon goût intangible. Alors OK, Durendal n'a pas fait encore l’entièreté du chemin nécessaire pour devenir vraiment cool, mais au moins il en a, à mon sens, accompli
davantage que la plupart des critiques professionnelles. Quand il assumera jusqu'au bout le caractère 100% subjectif de son propos, quand il aura compris qu'en fait sa focalisation sur la grammaire
cinématographique n'est qu'une interprétation parmi tant d'autres, là sûrement arrêtera-t-il de vouloir justifier son statut. Là sûrement arrêtera-t-il de faire son donneur de leçons sentencieux,
ce qui est effectivement très horripilant (surtout quand la démarche intellectuelle est encore à ce point bancale).

Parce qu'au-delà de tout ça, je reste persuadé que Durendal ne doit pas être un aussi mauvais bougre que ça. Il souffre juste du syndrome du bon élève. Un peu comme le système scolaire le laisse
suggérer à tort, ce gars semble persuadé qu'il n'existe qu'un savoir, qu'une seule interprétation du monde, et qu'il suffit de l'ingérer pour désormais pouvoir prétendre au rang de maître qui
transmettra à nouveau la leçon. Je pense qu'il pèche davantage par naïveté que par réel orgueil. Personnellement, j'ai l'impression que si j'avais à croiser ce mec dans la rue, il serait sûrement
très sympa et on aurait une discussion très intéressante. Certes, il aurait ses idées arrêtées (mais après tout on a aussi chacun les nôtres), mais cela n'empêcherait sûrement pas un échange
cordial. C'est aussi pour cela que je n'arrive pas à être trop virulent à l'égard de ce gars. De toute façon je n'en ai pas envie...

En fait, je pense qu'on aime détester Durendal parce qu'il incarne une idée qui nous plait - celle d'une critique en provenance du net, débarrassée des oripeaux bien chiants de cette culture bobo
qui monopolise l'expression en termes de cinéma. Seulement voilà, Durendal est un peu seul sur ce registre de la review régulière, si bien qu'on ne doit se contenter que de lui. S'ils étaient dix
ou vingt à poster des critiques régulièrement comme lui, je pense qu'on se prendrait moins le chou sur sa personne et ses positions. Durendal aurait toujours son public (ce qui serait cool), mais
beaucoup d'autres auraient ENFIN autre choses et ne regarderaient plus ce mec en désespoir de cause... Après que Durendal nous plaise ou non, à mes yeux il a sa légitimité à s'exprimer, quelque
soit ce qu'il raconte. Il a le mérite d'avoir un propos clair et honnête, à défaut d'avoir un propos encore pleinement cohérent et vraiment érudit (puisque c'est sur cette voie là qui semble
vouloir se lancer...) Alors rien que pour cela, qu'il s'exprime. Je préfère un net avec Durendal qu'un net sans Durendal.
..
Après n'y vois là que mon modeste point de vue sur la question!
...Et n'hésite surtout pas à contre-réagir si le cœur t'en dit ! ^^

MisterX 12/01/2015 11:16

Article intéressant, bien que la polémique ne m'intéresse que bien peu, sinon je te trouve bien complaisant envers le cinéma de Durrendal qui en soit reste un critique assez médiocre, un
commentaire intéressant qui résume très bien ce que représente le cinéma de Durrendal :

http://www.senscritique.com/serie/Le_Cinema_de_Durendal/critique/40950121

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