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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 00:00
 
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C’est la rentrée, aussi bien dans les classes que sur les chaînes de télévision ! L’occasion de reprendre une routine et d’entamer un nouveau cycle… Mais pas forcément pour tous ! Jacky Goldberg s’en était déjà inquiété dans un article des Inrocks datant du début juin : l’une des émissions phares de sensibilisation au cinéma était amenée à disparaître dès la rentrée 2013. Le Cercle, puisqu’il s’agit de cette émission, s’est effectivement refermé sur lui-même en cet été. Animé d’abord par Daphné Rouiller, puis repris brillamment par Frédéric Begbeider, l’émission perdura sur la branche cinéma du groupe Canal+ pendant prêt de dix ans, puisque son apparition se fit en 2004. C’était une émission « exigeante », « pleine de vitalité » et qui était une belle « exception culturelle de la télé » nous dit l’ami Jacky. L’amour de l’art s’éteint au profit de la logique mercantile de la télé et du sacro-saint principe de l’économie de bouts de chandelle. Ainsi disparaît une émission dans laquelle des critiques avaient pour « seul tort de porter un regard sur des œuvres détachées de toute promotion pure ». Car oui… C’est ça que regrette Jacky Goldberg et ses amis, c’était cette émission qui avait pour seul et unique ambition de réunir autour d’une table de casino une demi douzaine d’amoureux du cinéma, de véritables connaisseurs reconnus comme tel, pour qu’ils puissent discuter et débattre à l’envie des films de la semaine, et la plupart du temps, du petit long métrage qui n’avait su se trouver qu’une trentaine de salles... Ils étaient rarement d’accord, ils s’engueulaient souvent, mais c’était ça, selon l’ami Jacky, qui incarnait finalement le mieux l’existence sur la petite lucarne de l’expression d’une véritable diversité d’opinion sur une véritable diversité de cinéma...
 
Ah… Le pire c’est qu’il n’a pas totalement tort l’ami Jacky (photo ci-contre)... Moi aussi je l’aimais bien cette émission. Plus d’une fois elle m’a amenée à m’intéresser à des films dont j’ignorais presque jusqu’à la sortie. Plus d’une fois j’allais la voir juste pour confronter mon point de vue au débat virulent de ce « cercle » d’initiés. Et, s’il y a bien un point sur lequel je rejoins Jacky Goldberg c’est que, c’est vrai qu’aux côtés des Juste Prix et autres Vivement dimanche, une émission comme celle-ci ne faisait pas de mal, au moins diversifiait-elle la ridicule offre du PAF… Mais bon… Permettez-moi aussi de sourire sur le regard que notre cher inrockuptible porte sur la diversité de l’opinion et la diversité du cinéma, et encore plus sur l’affranchissement que l’émission aurait permis à l’égard du grand méchant marché libéral. Ce qu’il y a de sublime dans l’expression d’un point de vue, c’est lorsqu’elle condamne une pratique pour en défendre une autre qui, finalement, est tout aussi condamnable, mais à la seule différence qu’elle ne concerne pas son auteur. Parce que oui, le Cercle incarnait peut-être l’émancipation de la parole par rapport aux traditionnelles émissions mainstream qui adoptaient davantage une communication mercantile sur les gros produits phares américains ; mais il n’empêche qu’au final, ce même Cercle finissait toujours par enfermer le spectateur dans un autre carcan : celui de la pensée unique du bourgeois parisien. Parce que oui, celui qui a vraiment pris le temps de regarder ces émissions, se rendra compte à quel point s’y exprimait presque exclusivement (exception faite de la merveilleuse Marie Sauvion) un point de vue très stéréotypé et dont les codes peuvent parfois franchement prêter à rire tant ils sont ridicules et ampoulés. C’est pour cela que, pour rendre hommage au Cercle, j’entends vous faire partager tout ce que cette émission a su m’apprendre sur la véritable nature d’une critique. Si ce qui faisait peur à Jacky dans la disparition du Cercle c’était la disparition d’une certaine « qualité », d’une certaine « exigence » de l’amour du cinéma et de l’écriture de la critique, alors qu’il se rassure… En dix leçons, je m’en vais vous apprendre comment écrire une critique de « qualité », « exigeante », respectueuse de notre glorieuse « exception culturelle ». Jacky Goldberg pourra alors retourner à ses papiers, il saura que sur le net, de nouveaux critiques en herbe sauront respecter l’héritage de toute une génération de critiques incorruptibles…
 
 
Ecrire une bonne critique de cinéma en 10 leçons :
 
Leçon n°1
« La forme impersonnelle exclusivement tu emploieras »
 
C’est le B-A-BA de la critique. Vous pouvez être sûr que des gens comme Jacky Goldberg arrêteront tout de suite de vous lire dès qu’ils tomberont sur une première personne du singulier. Bannissez le « je » ! Le « je » laisserait suggérer qu’une critique sert à exprimer un avis personnel, basé sur des sentiments qui vous sont propres. Vous ne pouvez laisser suggérer une telle hérésie. Vous imaginez ? Si jamais on part du principe que la cinéphilie c’est simplement ressentir des sentiments au cinéma, alors tout le monde pourrait être critique ! Du coup, cela voudrait signifier que l’expression de simples blogueurs ou de posteurs sur Allociné ou Imdb a autant de légitimité et de valeur intrinsèque que celle d’un individu qui a réussi à trouver une sinécure dans un journal pour juste écrire ce qu’il pense ! Infamie ! Vous ne pouvez pas remettre plusieurs siècles de culture du pistons et de relations de classes dominantes comme ça. L’utilisation de la forme  impersonnelle a cette force qu’elle fait comprendre à votre lecteur qu’il ne s’agit pas là d’un point de vue personnel qui est exprimé, mais d’une réalité. « On peut aimer le début mais on s’ennuie très vite au bout d’une demi-heure, faute de renouvellement de l’intrigue. » Voyez comme la forme impersonnelle laisse suggérer que c’est une fatalité, une mécanique inéluctable. « On » est obligé de s’ennuyer. Vous voilà inclus dans l’affaire. Un « je » laisserait la possibilité à votre lecteur de penser que c’est votre point de vue et qu’il a le droit de ne pas être d’accord. Eh bien non. La vraie critique, celle qui est « exigeante » doit prétendre imposer une vérité. Et la forme impersonnelle est finalement la plus adéquate pour la suggérer auprès du lecteur sans qu’il ne s’en rende vraiment compte.
 
   
Leçon n°2
« Des références classiques toujours tu utiliseras »
 
http://fr.web.img1.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/45/59/18866826.jpgLa forme impersonnelle ne peut suffire à imposer véritablement votre point de vue comme vérité. Il est important donc que vous démontriez en permanence à votre lecteur que votre point de vue prévaut au sien parce que vous vous y connaissez plus que lui en cinéma. C’est là que rentre en jeu l’utilisation de la référence. Comparez une scène ou un jeu d’acteur à une référence plus ancienne et plus obscure vous permet de sous-entendre que vous connaissez suffisamment de films sur suffisamment d’époques pour réussir à faire un lien que personne d’autre, et certainement pas votre lecteur, aurait pu faire. Bien évidemment, plus la référence est ancienne et obscure, plus la mécanique fonctionne. En cas de doute, vous pouvez en caser deux ou trois à la suite, l’effet d’accumulation peut jouer parfois en votre faveur (il ne faudrait pas laisser le doute à l’adversaire). Veillez bien aussi à choisir vos références parmi des œuvres reconnues et agrées par la communauté des critiques bourgeois parisiens. Par exemple, quand vous voyez un film de J.J. Abrams, ne le comparez pas à Michael Bay. Il sera beaucoup plus pertinent de faire un lien avec Robert Wise. Mais attention à ne pas en faire trop. Si votre subterfuge se voit, on vous accusera d’obscurantisme. Il faut donc parfois faire preuve de subtilité en alliant des références classiques à des thématiques plus plébéiennes.
 
   
Leçon n°3
« Ce que la masse n’aime pas, tu aimeras (et inversement) ».
 
http://fr.web.img1.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/20/58/20121556.jpgC’est l’une des bases pour être intégré dans le monde des véritables critiques. Ecrire est facile, tout le monde pourrait le faire, alors que les planques dans les journaux sont rares. Pour conserver ces places de privilégiés, les critiques ont mis en place tout un système de rites et de codes culturels qui laissent suggérer au commun des mortels que la culture est aussi un privilège. Ainsi, pour faire accepter à vos lecteurs et à votre entourage que la société de privilèges existe également dans le monde de la culture – et que bien évidemment vous faites partie des privilégiés – il est important que vos goûts excluent systématiquement les individus issus des classes populaires, voire même des classes moyennes. Banissez donc tout film aisément accessible. Des films qui savent se faire visuels, qui créent des atmosphères captivantes, ou bien même qui savent se faire très rythmés, ont une fâcheuse propension à être facilement accessibles à tous. Dire du bien de ces films serait mettre la populace au même niveau que vous. Il faut que vous vous distinguiez. Aimez le muet. Aimez le noir et blanc. Aimez le film bavard, immobile et abscond. Aimez le film misérabiliste qui parle de morts d’enfants bulgares sans musique ni intrigue. Aimez les films qui ne sont pas accessibles aisément au peuple : des films sortis dans huit salles, des films ouzbeks non sous-titrés. Mais encore une fois, il faut être méfiant. Internet a rendu cet exercice un peu plus difficile car le peuple peut parfois avoir accès à des bons films étrangers. Méfiez-vous donc en vantant les mérites d’un Park Chan-Wook ou d’un Kim Jee-Woon, vous disant innocemment que seules les classes dominantes pourraient connaître des réalisateurs aux noms si compliqués. Cette perfidie qu’est le piratage a permis une certaine acculturation de la masse sur certains de ces films, si bien que la langue et la culture étrangère ne sont plus une barrière vous protégeant de la plèbe.
 
   
Leçon n°4
« Tous tes classiques, connaître tu devras »
 
http://fr.web.img3.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/71/09/09/19122748.jpgC’est l’exigence la plus rude qui est demandée à un critique véritable. Mais si vous voulez être reconnu comme membre du cercle, il vous faudra passer par là. Il existe malgré tout des parades, rassurez-vous. Vous aurez sûrement compris l’intérêt de ce commandement : connaître les classiques doit juste vous permettre de rendre applicable les enseignements des leçons n°2 et 3. Ainsi, il ne vous est pas vraiment utile d'avoir vraiment vu ces classiques. Apprenez les noms de films les plus connus, lisez les synopsis et retenez si possible quelques éléments du casting… Le but est juste d’avoir de quoi citer. Même si votre référence est un peu à côté de la plaque, seuls ceux qui auront vraiment osé voir les classiques pourront vous confondre (méfiez-vous il y en a). C’est pour cela que l’idéal est d’avoir au moins vu quelques uns de ces classiques et de citer assez fréquemment les mêmes pour ne pas être pris au dépourvu. Mieux encore, vous pouvez piquer les références à vos camarades, mais cela implique d’écrire après lui, ce n’est qui n’est pas du meilleur ton. Sachez en tout cas que vous pouvez faire votre culture en allant... sur le long terme… Je vous conseille de regarder en priorité les films les plus cités, afin de ne pas être pris au dépourvu par la suite. N’hésitez pas à vous farcir quelques films sortis de nulle part aussi, après tout, cela vous donnera la possibilité de riposter au cas où un malandrin essaye de vous coincer. Sachez que sinon, dans l’attente de parfaire votre culture, rien ne vous interdit de mentir et de prétendre avoir vu un film que vous n’avez pas vu. Reconnaître que vous n’avez pas vu un classique va vous déclasser à vie. Mentir peut sauver la face une soirée et vous pourrez alors vous rattraper à la prochaine fois, une fois le dit film vu. Attention à ne pas tomber dans un piège malgré tout : le classique n’est pas une fin en soi. Rappelez-vous que le but du classique est seulement d’avoir des références pour montrer votre supériorité à la plèbe, voire à vos concurrents qui vous rivalisent les places de privilégiés. Mais ces références vous devez les utiliser pour parler du cinéma d’aujourd’hui. Si vous commencez à perdre de vue l’actualité du cinéma, on risque fort de vous qualifier de rétrograde plutôt que véritable critique exigeant.
 
 
Leçon n°5
« A ton sentiment personnel, jamais tu ne te fieras »
   
http://fr.web.img6.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/50/66/18864546.jpgC’est un piège classique. Un bon critique n’a pas pour but d’exprimer un sentiment personnel, il recherche avant tout à être reconnu par la classe dominante comme un gardien du temple. Ainsi pense-t-on bêtement qu’en se cachant derrière les barrières anti-plèbes (voir leçon n°3) on est entre gens de condition et que le meilleur moyen de s’en rapprocher reste encore le plaisir partagé… FAUX ! Le plaisir est quelque-chose de très subjectif dans le monde des vrais critiques. Dans ce monde, le plaisir s’acquière lorsqu’on a soudainement l’impression de se hisser socialement, que la classe privilégiée se range à vos côtés. Il est donc fondamental d’exprimer avant tout un sentiment dans lequel la classe des privilégiés se reconnaitra. Se limiter aux classiques peut être une stratégie, mais comme il dit dans la leçon précédente, elle risque de vous faire passer pour un homme (ou une femme) ancré(e) dans le passé. C’est un indispensable certes, mais cela ne peut vous suffire : c’est donc vos critiques de l’actualité qui feront la différence. Pour celles là, quelques règles s’appliquent aussi. Si le film se passe à Paris, prend place dans le monde de la bourgeoisie, et a pour thème « je ne comprends pas : ma vie semble accomplie mais je ressens comme un mal-être », alors vous avez de fortes chances d’avoir au moins une majorité à vos côtés. Mais c’est là un choix de facilité. Vous serez acceptés par conformisme, mais pas reconnus parmi l’élite. Le bourgeois parisien n’aime pas se savoir conservateur, dominateur et ampoulé : il aime se convaincre du contraire. Ainsi, en société, il aime montrer sa hauteur d’âme (qui justifie d’ailleurs sa place au sommet d’un ordre qu’il juge naturel) en exhibant une sensibilité à l’égard des pauvres. Donnez-lui du biscuit pour qu’il puisse faire sa bonne âme chrétienne et vous gagnerez des points. Dégottez-lui un film iranien qui montre à quel point c’est dur d’être Iranien, ou un film belge qui montre à quel point c’est dur d’être belge, et il sera content. Autres recettes qui marchent pas mal : les films d’arabes qui parlent de banlieue. C’est tellement bon de se montrer ouvert d’esprit à l’égard de gens qu’on ose à peine côtoyer en vrai. Ainsi il vous faudra sauter sur les prochaines Esquive et autres Graine et le mulet. C’est tellement chic… Il est important de ne pas se tromper sur des cas d’école comme ceux là.
 
   
Leçon n°6
« Des cinéastes expérimentaux ou novateur tu te méfieras. »
   
http://fr.web.img3.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/66/96/15/19214613.jpgC’est le piège face auquel vous serez forcément confronté un jour : le cinéaste novateur. Il ne correspond à aucune de vos grilles, vous ne pouvez y rattacher aucune de vos références, et en plus de cela vous n’y comprenez rien. Là, je ne vous le cache pas, vous naviguez un peu en eaux troubles, et il vous faudra un peu jouer à pile ou face. D’un côté, vous pouvez appliquer le principe de la leçon n°4. Si c’est compliqué et déstructuré, il y a de fortes chances que la masse n’aime pas. Ainsi, le fait d’aimer vous place donc dans une position de domination : vous laissez suggérer que votre haut niveau de culture et d’ouverture d’esprit vous a permis de comprendre ce film, même si ce n’est pas le cas. Si en plus ce film est étranger, vous prenez moins de risque : foncez. Le problème, c’est que – leçon n°5 – il va vous falloir apporter du biscuit au bourgeois mondain pour qu’il puisse briller en société grâce à vos mots. Si vous n’êtes pas capable de verbaliser cette génialitude pour que votre lecteur puisse perdre son interlocuteur, vous risquez l’ostracisme. Il y a donc trois façons de résoudre ce problème : soit vous tirez à pile ou face, soit vous attendez de savoir ce que les autres vont en dire afin de vous conformer aux références et ainsi minimiser les risques, ou bien soit vous vous fiez à la leçon n°7…
 
   
Leçon n°7 :
       « L’art de la mauvaise foi et du retournement de veste
maitriser tu devras. »
   
http://fr.web.img6.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/03/84/18876989.jpgVous ne pourrez jamais tomber juste tout le temps, c’est un fait statistique. Cela veut donc dire qu’il vous faudra aussi savoir gérer vos défaites et vos mauvais paris. Or, si vous comptez vraiment faire partie des critiques du net ou de la presse qui comptent, bref les critiques « exigeantes », vous aurez à faire à des concurrents qui, pour se hisser chercheront, à vous descendre. Ils ne manqueront d’ailleurs pas d’utiliser vos mauvais pronostics passés pour cela. Pensez à tous ceux qui descendirent David Lynch ou Tim Burton à leurs débuts. Lorsque dix ans plus tard ils se rendirent compte que ces deux auteurs étaient devenus d'indicutables précurseurs tant ils furent pompés ça et là, ils dûrent bien reconnaître qu'ils étaient passés à côté de quelque-chose. Bref, ces pauvres malchanceux, pensant brimer des cinéastes trop primaire pour l’un et trop enfantin pour l’autre, se sont retrouvés dans la position des gars incapables de reconnaître les classiques de demain. Cette situation est très embarrassante pour un critique de valeur, et c’est pour cela qu’il faut savoir user de souplesse et de dextérité pour rattraper le coup. Il existe pour ça deux attitudes possibles : la mauvaise foi assumée et le retournement de veste. La seconde attitude est plus facile que la première, surtout si le dit réalisateur est toujours en activité. Il vous suffira d’attendre la sortie d’un de ses nouveaux films pour affirmer qu’enfin, le réalisateur a atteint la maturité de son art et qu’on y reconnaît toute la patte de l’artiste. C'est très pratique, et même pas besoin que le film soit de qualité pour affirmer cela. De toutes façons, vous ne serez pas le seul dans cette situation, et d'autres individus de mauvaise foi viendront vous soutenir, même sur des bouses atroces  comme Sweeney Todd, Alice au pays des merveilles ou encore Dark Shadows, Ainsi vous reconnaissez l’artiste en justifiant vos mauvaises critiques passées. Certes, cela passe parfois par l’encensement de bousins, mais c’est le prix à payer. Mieux vaut arriver après la bataille dans le camp des vainqueurs que de rester fidèle au camp des vaincus.
 
   
Leçon n°8 :
« A ne pas trop te déconnecter de la populace veiller tu devras. »
   
http://fr.web.img4.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/04/04/20535567.jpgEtre reconnu par les élites est, vous l’aurez compris, l’un des éléments clefs pour devenir un critique exigeant, de qualité, conforme à l’exception culturelle française. Seulement, ne faites pas la même erreur que de nombreuses classes dominantes qui oublient que leur pouvoir parmi les élites dépend de la soumission et d’obéissance que leur portent leurs sujets. Dans une république bourgeoise comme la nôtre, il est important de se revendiquer rapidement du peuple, sinon une révolution est si vite arrivée. Il va de soit qu’à trop écrire pour les élites, vous risquez de perdre votre lectorat populaire. Or, on est élite justement par qu'on domine une populace, ce serait prendre une grâve erreur que de croire qu'on puisse s'en couper. Il ne faut donc surtout pas se désintéresser des films mainstream, des comédies potaches à la française ou des gros blockbusters américains. Là un jeu subtil va commencer pour vous. Car si, par fidélité aux leçons n°3 et n°5, vous rejetez systématiquement ces films, le plébéien va percevoir les mécaniques de votre démarche ou, pire, il vous croira fermé d’esprit, et alors il n’accordera plus d’importance à votre avis. Il va donc falloir choisir, de temps en temps, un film populaire qu’il vous faudra aimer. Pas trop non plus : sinon vous ne risquez d’être assimilé au peuple, mais suffisamment pour que le lecteur d’en-bas croit innocemment que vous fonctionnez comme lui, que vous allez au cinéma pour le plaisir d’être touché par la grâce… Veillez à ne pas choisir trop mal, mais c’est justement l’apprentissage fourni dans la leçon n°9.
 
 
Leçon n°9
« L’auteur qui te donne l’occasion de briller, encenser tu devras. »
 
http://fr.web.img5.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/83/00/93/19856895.jpgComment choisir le spectacle populaire qu’on acceptera de défendre, ou bien même les auteurs dont on ne sait pas trop quoi penser ? La solution est souvent simple, choisissez de préférence ceux qui vous donnent l’occasion de briller et de montrer à quel point vous êtes un véritable critique exigeant. Si un film fait de multiples références cachées à des classiques, ce sera forcément du pain béni pour vous, alors faites-vous plaisir. De même, si l’auteur essaye de se la jouer misérabilisme iranien alors qu’il est américain, foncez pour faire le parallèle ! Mieux encore, quand un film comme Take Shelter prend le parti de ne donner aucune ligne directrice quant au propos fourni mais qu’il laisse un paquet de sous-entendus pour que vous puissiez interpréter à l’envie, mais alors lâchez-vous ! La plupart des critiques de cinéma sont des anciens étudiants de lettres aigris et prétentieux qui n’ont trouvé aucune débouchée vers un vrai métier ou vers une vraie activité professionnelle. La seule chose qui savent faire, ce sont généralement des commentaires de texte, seule activité finalement par laquelle ils arrivent à exprimer leur capacités et leurs raffinements. Les critiques du coup suivront ce type de film. Alors faîtes de même. Montrez que vous êtes raffinés : saisissez l’occasion. Explosez la concurrence, éblouissez le plébéien qui se dira que définitivement, il ne s’y connaît pas en cinéma par rapport à vous. Avec le temps, vous saurez reconnaître ces cinéastes qui ont parfaitement compris ce type de fonctionnement du critique de cinéma. Ils vous tendent des perches en espérant que vous saurez leur rendre bien. Il serait dommage de négliger ce type de relation gagnant-gagnant…
 
Leçon n°10
« Des mots compliqués tes alliés tu feras ».
 
http://fr.web.img4.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/18/16/18370240.jpgEt c’est finalement l’ultime leçon, celle qui permet de lutter face à notre pire ennemi en tant que critique : l’écriture. Il faut se méfier de l’écriture car au fond, si vous l’utilisez sans quelques astuces, elle peut vite vous démasquer et vous trahir. Il serait tellement dommage d’avoir rempli les critères des neuf leçons précédentes et – par excès de clarté – se faire surprendre en pleine tentative de noyage de poisson à l’égard d’un artiste novateur, ou bien alors en plein exercice de votre art de la mauvaise de foi. Eh bien sachez que, face à ce genre de situation, vous avez un allié de taille : les mots compliqués. Si vous avez peur d’être cerné, si vous avez craignez d’être perçu ou compris, si vous voulez cacher votre manque total d’argument pour défendre un Kechiche ou valoriser votre film plébéien du mois, alors utilisez-les. Et comme le disait un célèbre philosophe allemand : « plus c’est gros, plus ça passe ! » Alors allez-y, usez de « quintessences », de « postmodernisme », de « déstructuration »… C’est parfois même l’occasion de faire des combos avec la leçon n°2 : usez des références classiques ! N’hésitez pas à vous lâcher dans une remarquable comparaison avec un courant pictural du XIXe ! Voire avec un courant musical obscur ! Et dans le doute, rajoutez des qualificatifs et des adverbes de plus de dix lettres qui, de préférence, ne sont que très peu usités. Plus vous en ferez, mieux ce sera. A défaut de comprendre pourquoi ce film est si bien, vos lecteurs se diront que vous ne pouvez qu’avoir raison car ils se sont sentis très cons, du moins inférieurs à vous dans la maitrise dans la langue française. Alors, si en plus vous avez une formation de littéraire, n’hésitez pas à vous lâcher dans des formules de poète frustré qui s’extasie devant son propre lyrisme. Et si vous manquez d’inspiration, lisez les critiques Presse faites sur les films de Kechiche (oui encore lui, un must ce garçon) : on vous dira que ce réalisateur « filme la parole en marche avec fièvre, mû par une urgence qui donne au film une grande puissance artistique » ou bien encore que dans ce film « le rire reste un tragique vue de dos, car la tombée des masques si brillamment orchestrée dévoile aussi combien derrière leurs maladroits marivaudages, ces jeunes sont dépourvus de tout. » On vous parlera aussi de « l’efferversence des perpetuels jeux de l’amour et du hasard » ou bien encore de « dialogues incondescents portés par des acteurs électriques… » Oui... Electriques ! Et c’est Serge Kaganski des Inrocks qui écrit ça ! C’est bien la preuve que tout le monde peut se permettre n'importe quoi ! Si malgré tout vous avez peur d’aller trop loin, dites-vous seulement que si vous, de votre côté, vous vous trouvez votre propos diablement intelligent et mystique à la fois, c’est que vous êtes sûrement dans le bon ton...
 
http://www.lesinrocks.com/wp-content/thumbnails/uploads/2013/06/lecercle-604-tt-width-604-height-335.jpg
 
Voilà... Je pense que maintenant vous avez tout compris à l’art de la critique et surtout, je pense que vous avez compris pourquoi cette merveilleuse émission qu’est le Cercle doit vous manquer. Mais le pire, c’est que – ironie mise de côté – elle me manquera quand même aussi cette émission… sincèrement. Pourquoi ? D’abord parce qu’effectivement, je suis d’accord avec Jacky Goldberg, ça apportait un regard différent sur le cinéma par rapport aux emissions mainstream sur le sujet. Et puis moi j’aimais bien savoir ce que pensait la bourgeoisie parisienne à la sortie de certains films... S’il y avait eu d’autres avis que les leurs, ça aurait encore été mieux, mais c’était finalement là un bon début. Dommage donc qu’ils n’aient pas su voir que la critique et le regard qu’ils défendaient sur le cinéma étaient aussi une forme très restreinte d’expression. Dommage qu'ils n'aient pas su se percevoir eux-mêmes comme une autre forme de dictature de la pensée, de volonté de monopolisation du discours... A cela, on pourrait me répondre : « oui, mais que vouliez-vous exactement cher Monsieur Grenouille ? Qu’on fasse s’asseoir à côté d’Eric Neuhoff et de Jean-Marc Lalanne des « kikoo-lol » et autres bouffeurs de pop-corn ? La tranche populaire était déjà suffisamment représentée par Xavier Leherpeur et Marie Sauvion non ? Si c’est pour amener à la table des gens qui n’ont pas de culture classique et qui ne savent pas argumenter « objectivement », alors c’est forcément vouloir faire niveler par le bas la qualité et l’intérêt du débat ! Le public ne peut qu'être perdant ! » Cela semble si logique de se dire ça, effectivement… Et pourtant c’est tellement absurde…
 
http://www.washingtonpost.com/blogs/style-blog/files/2013/04/ebert-0041365105421_image_1024w.jpgNon, on n’est pas obligé d’avoir vu tous ses classiques pour parler d’une passion. Non encore, nous n’avons pas davantage d’obligation d’objectivité, car il n’y a pas d’objectivité quand il s’agit de transmission d’émotion. Non enfin, les prises d’opinion qui sortent de cette logique ne sont pas forcément inintéressantes et n’abaissent pas le débat, bien au contraire. Il y a de la culture ailleurs que dans les classiques, comme il y a de l’argumentation ailleurs que dans les syntaxes ampoulées d’anciens khâgneux frustrés. On peut parler de cinéma autrement. On peut voir la critique autrement. Et on peut prendre du PLAISIR à partager ou pas certains points de vue qui se reposent avant tout sur la passion et la sincérité plutôt que sur des outils de domination sociale. Et pour vous le démontrer, moi, ce n’est pas sur la disparition du Cercle que j’entends pleurer. Cette année, c’est aussi une autre référence de la critique de cinéma qui est morte : Roger Ebert (photo ci contre). Son nom est peu connu en France mais c’était une institution aux Etats-Unis. Plus que sa culture, c’était sa passion qui était appréciée. Il avait la VRAIE culture du débat, tout comme un véritable sens de l’esprit critique. Et pour rendre hommage aux anciennes grandes plumes comme aux actuelles, je vous propose en guise de conclusion une vidéo hommage faite en l’honneur de ce cher Roger Ebert. Et là encore, la personne qui a fait cette vidéo est pour moi une institution car il est l’un des premiers à avoir su utiliser Internet pour faire entendre une autre voix, une autre façon de vibrer le cinéma. Certains le connaissent déjà très bien, pour d’autres il est encore un illustre inconnu : il s’agit du Douglas Walker, alias le NostalgiaCritic… Regardez ça, et osez me dire qu’après ça, vous n’aurez pas envie – non pas de penser le cinéma comme eux – mais d’AIMER le cinéma comme eux… Bon visionnage, et surtout longue vie au cinéma, longue vie à la libre-expression et surtout longue vie à la diversité des ressentis et des points de vue...
 
 
http://thewebdatabase.files.wordpress.com/2012/07/250px-nostalgia_critic1.jpg
 
 

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Publié par L'homme-grenouille - dans Regard amphibien sur le ciné
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commentaires

Neylla 18/03/2017 16:08

Ne pas écrire en jaune tu aurais du

L'homme-grenouille 19/03/2017 19:47

Salut Neylla !

Je me permets une petite question par rapport à ta remarque : as-tu lu cet article via un téléphone mobile ?

Parce que si c'est le cas je peux comprendre ton indignation ! Sur PC, le blog est pensé pour s'afficher le texte en blanc (ou jaune) sur fond gris foncé. Pour le coup, je pense que l'alternance d'écritures blanches / jaunes ne pose de souci (comme l'agencement et la taille des photos, comme la navigation, comme l'utilisation des liens, etc...)

Le vrai souci c'est qu'Overblog a décidé de mettre en place une version mobile de merde où tu ne peux pas paramétrer tout ça. Donc bon... Sache au pire que si la lecture est si désagréable sur mobile, il existe une option en bas de page "consulter la page hors version mobile". (Bon, c'est pas formulé comme ça, mais ça doit en être proche).

Bref voilà. En espérant que cela ne t'a pas empêché de profiter de l'article.

En attendant, à bientôt peut-être sur ce blog !

ANANI 02/04/2016 22:32

Il est génial ton article, je cherche un stage dans la critique de cinéma, je vais m'en inspirer. CHEERS

L'homme-grenouille 03/04/2016 10:14

Eh bien je suis content que cet article t'aies plu...
(...en espérant que tu en as saisi toute l'ironie !)

l'homme-grenouille 04/10/2013 19:24

Salut Ecko....

Merci pour le compliment ! j'espère que tu sauras trouver ton bonheur. Ce blog est encore un peu en bordel depuis ma migration d'Allociné, j'espère que ça ne te posera pas trop de souci...

Sinon oui - merci de le confirmer - le Cercle semble bien avoir repris malgré tout ! Je l'avais vu dans un programme TV et je me demandais s'ils n'étaient pas victimes d'un repompage d'ancienne
grille ! Si c'est bien le cas, alors bah j'en conclus la même chose que toi : "bonne nouvelle". Car oui, comme je te le disais, même si je trouve leur point de vue un peu fermé, c'est vrai que ça
fait toujours un point de vue en plus... pour ne pas dire le seul point de vue disponible actuellement sur le PAF. Parce qu'en effet, s'il faut s'arrêter à la promo du Grand Journal ou les
commentaires de Caron et Polony, on est mal barrés...

Sinon, pour finir, sur ce que tu dis de Beigbeder et la diversité des prises de parole, je suis aussi d'accord avec toi. J'adore le grand Fred, et j'avoue qu'autour de la table, j'appréciais pas
mal Leherpeur et la miss Sauvion. Malgré tout, laisse-les parler des "Hommes et des dieux" ou de "la chasse" et tu comprendras très vite les limites de leur diversité. Mon article entendait juste
souligner ceci, certainement pas faire taire la critique parisienne !

En tout cas c'est un plaisir de recevoir de tels commentaires. j'espère que tu sauras trouver d'autres satisfactions sur ce blog !

ecko 01/10/2013 14:30

salut, j'ai découvert ton blog il y a 10 jours et pour l'instant j'ai parcouru un bon nombre d'articles très intéressants (celui la & celui sur 2001 l'odyssée de l'espace par ex). en plus des
critiques que j'ai pu lire sur allocine.fr

mais j'ai été surpris de tomber sur une nouvelle version du cercle sur canal + la semaine dernière. donc je crois que l'émission a été renouvelée.

sinon, je suis d'accord avec ce que tu dis dans l'article. il y a un stéréotype un peu bobo et parisienne dans la critique de cinéma aujourd'hui. néanmoins le cercle je trouve que c'est une
émission assez "highskilled" en matière de critique de cinéma. ils disent plein de trucs intéressant sur la technique, la mise en scène, etc. et ils ont des avis assez différents quand même, même
si ils sont tous du même milieu. et la plupart du temps quand je regarde un film j'aime bien comparer ce que j'ai pensé avec ce qu'ils pensent. aussi, ils me donnent souvent envie d'aller voir
d'autres films, notamment des anciens auxquels ils font référence quand ils critiquent un film récent.
Beigbeder anime super bien l'émission je trouve. Il est marrant et relance bien le débat à chaque fois.
Bref, je suis content que cette émission perdure. C'est la seule qui parle objectivement de cinéma. Pas comme dans le grand journal ou les autres émissions où ils pompent les acteurs/réal qui
viennent sur leur plateau télé...

Et je suis content aussi d'avoir découvert ton blog :) keep up the good work!

l'homme-grenouille 25/09/2013 19:04

Quoi répondre si ce n'est merci ?!! ^^
Bon plaisir sur le reste de ce blog !

Guyr 23/09/2013 16:11

Bonjour.
Un seul mot devrait suffire : excellentissime !
Cordialement. Guyr.

l'homme-grenouille 07/09/2013 15:25

Je corrige juste la dernière phrase :"Il n'y a pas si longtemps j'appliqUAIS"... Saloperie d'iPhone et de correcteur automatique, (mais aussi saloperie d'Ober-blog : écrire un commentaire avec un
smartphone, cet juste un calvaire !)

l'homme-grenouille 07/09/2013 15:19

Oh mais bien sûr que ce genre de pique ne m'échappe pas ! J'y suis autant sensible que j'en suis friand... Mais sinon, non, je ne suis pas maso (si tu dis ça parce que tu crois m'avoir surpris à
l'entrée du Bondage Club, je nie tout en bloc et accuse un sosie). Certes je dis ne pas vouloir de réponse de Jacky, mais non pas pare que je veux empêcher une discussion, c'est plutôt parce que je
sais qu'il refusera la discussion... Du moins, il refusera la discussion comme tu viens de la récrire, c'est à dire un échange de sensations, de point de vue, afin que chacun puisse se questionńer
sur ce qui a vraiment vu et ressenti. Si c'est pour avoir une discussion "combat" où il s'agit de savoir qui restera debout à la fin, moi ça ne m'intéresse pas.. Pour moi ce n'est pas de la
discussion...

De toute façon, cet article n'a pas été écrit en direction des critiques parisiens. Je l'ai écrit plutôt pour des gens comme nous : des mecs qui se contentent de lire des critiques voire parfois
d'en écrire, juste comme ça, parce qu'on aime bien... Je voulais juste sensibiliser les gens à ce qu'ils lisaient mais - encore plus - à ce qu'ils écrivaient. On est nombreux à adopter les
habitudes de la critique professionnelle juste par convention, sans réfléchir, alors qu'en fin de compte ça n'a pas de sens. Moi le premier, il n'y a pas si longtemps encore j'appliquerais presque
les dix leçons sans m'en rendre compte. Si ça peut permettre aux gens de se décomplexer en lisant ou en écrivant une critique, alors je serai content. .

DanielOceanAndCo 07/09/2013 09:39

Maso l'ami homme-grenouille??

Tu dis d'un côté que tu veux t'engager dans ce combat de la domination bourgeoise sur les populos que nous sommes pour dire le paragraphe suivant que c'est peine perdue puisque l'ami Goldberg usera
de toutes les leçons pour démonter et ridiculiser ton propos.

Or, pour moi, un débat est intéressant quand on est deux à écouter, ce qui n'est visiblement pas le cas de la bourgeoisie qui, quand tu leur parles pensent "bla-bla-bla on est les meilleurs je
t'écoute pas bla-bla-bla" d'où ma remarque sur le fait que s'ils sont heureux comme ça, tant mieux pour eux. As-tu remarqué d'ailleurs ma pique sur le fait qu'ils aiment "à raison" et nous à tort??
^^

l'homme-grenouille 06/09/2013 21:47

Ah mon fidèle commentateur ! Comment ne pas te remercier pour cette nouvelle participation ? Surtout qu’il y aurait beaucoup de choses à dire ! Tu abordes là plein de sujets qui pourraient
entretenir de sacrées discussions !

Premier point que tu abordes : Ciné Live était-il une presse moins parisienne ? Moins embourgeoisée ? C’est clair qu’à côté des Télérama, Cahiers et autres journaux que l’on retrouve généralement
dans la catégorie Presse d’Allociné, on est davantage dans le grand public. D’ailleurs, comme je le disais dans l’article, Xavier Leherpeur était, avec Marie Sauvion, la caution « populaire » du
Cercle. Malgré tout, il était malgré tout victime de cette idée que pour avoir sa légitimité, il fallait passer par la connaissance, voire l’adhésion, à la culture classique. Je n’ai que très peu
lu Ciné Live et peut-être ai-je tort de faire de Leherpeur une figure symbole de l’état d’esprit du magazine, mais il me semble que ce journaliste là traduit quand même les bornes tolérées dans ce
monde de la presse concernant la culture populaire. Certes, l’ami Xavier a un joli franc-parler, il parle plus facilement avec des « je » et surtout avec ses émotions (d’où le véritable respect que
je nourris pour ce mec…), malgré tout il démontre aussi bien que, pour avoir sa place dans le sérail, il faut aussi avoir son Pass « adhésion aux classiques ». Alors après, OK, le pauvre, s’il aime
les classiques on ne va pas lui empêcher de parler ! Ce que je dis juste, c’est que c’est certain que si ce gars-là avait rejeté ou ignoré les classiques, il n’aurait jamais eu le droit à la
parole. Moi c’est ça qui me gêne. On reste prisonnier d’un spectre assez réduit de la pensée qui à le droit de Cité, ce qu’Internet a justement tendance à exploser, et tant mieux…

A la question de savoir si c’est Ciné Live qui a fait ton caractère ou si c’est tes goûts qui t’ont amenés à Ciné Live, cela revient pour moi à se poser la même question que « est-ce que, quand je
regarde un film en VO, mon choix des sous-titres français est conditionné par le fait que je sois né en France ? » Tu me connais, je suis très déterministe : je considère qu’on est bien plus le
produit d’un environnement qu’un individu qui dispose d’un réel libre arbitre. Je ne pense qu’en fonction des outils que mon expérience de vie m’a mis sous la main. Si j’étais né dans une riche
famille du parti communiste chinois, il me semble évident que je penserais le monde clairement différemment. Pour les émotions, c’est pareil. Je pense qu’en fonction de ton milieu social, Ciné Live
était justement le journal qui était le plus adapté à ton mode de pensée, comme il a été plus spontané pour toi de choisir les sous-titres français quand tu regardes un film en V.O. Tu pourrais
certes mettre en anglais, ou en tamoul, mais ce serait un choix moins spontané, qui nécessiterait plus d’effort de ta part et qui serait surement inhibé par la peur d’échapper à quelque-chose…
Après, une fois la connexion faite avec Ciné Live, ce magazine est forcément devenu un étalon pour toi. Tu as pu changer depuis, prendre tes distances, mais ce rapport au cinéma s’est toujours
forgé par rapport à cet étalon, un peu comme on se construit l’image de la masculinité et de la féminité en fonction de ce qu’on voit chez nous dans notre enfance. On se construit en accord ou en
contradiction, mais toujours par rapport à cette balise… Je pourrais sûrement m’étendre encore davantage sur le sujet, mais j’écrirais alors des pages et des pages supplémentaires.

Restent tes remarques sur l’usage scolaire du « on » et surtout sur le fait que, finalement, les petits intellos bourgeois s’y retrouvent sûrement, alors pourquoi les blâmer… Pour la première
remarque, je suis d’accord mais avec une réserve. Certes, dès le collège et encore plus en fac de lettres, on prohibe le « je »… Oui, mais parce qu’on fait une étude de texte. On ne cherche pas à
donner son avis, mais on analyse pour décortiquer le procédé d’écriture. Après tout, pourquoi pas… Laissons des experts rodés à l’exercice analyser le film, nous en décortiquer les différents
effets d’écriture… Mais dans ce cas, il serait peut-être bon de préciser qu’au collège comme à la fac, la prohibition du « je » est assorti d’une autre consigne : l’interdiction d’émettre un avis
personnel. Or, nos chers Khâgneux tout frustrés se gardent bien de respecter cette consigne. Au contraire, ils ne se gênent pas pour basculer de l’analyse à la prononciation d’un avis péremptoire
qui, au fond, n’engage qu’eux. Qui sont-ils pour dire qu’un effet est raté ? Qu’une narration n’est pas efficace ? On est dans le jugement de valeur là, plus dans l’analyse ! Or, moi je trouve
qu’enchainer le jugement à l’analyse, c’est une incroyable escroquerie intellectuelle – pire ! – une violence faite au lecteur. En gros le principe c’est : « je viens de te montrer que j’avais
mieux compris le film que toi donc c’est ma pensée et mes sentiments qui feront office de loi. Plie-toi connard. Je suis désormais ton maître à penser. » Ça, moi, je trouve ça honteux. Et quand tu
dis : « mais s’ils sont heureux comme ça, laissons-les… », moi je réponds « hors de question ». Car cette jouissance n’est pas basée sur un rapport de plaisir au film, mais sur un rapport de
domination à l’autre. Je kiffe, parce que j’ai l’impression que je maitrise l’outil culturel qui me fait appartenir à l’élite. Cette jouissance passe forcément par une forme de mépris, un mépris à
l’égard de la masse et de la diversité. Moi, je suis un grand adepte de la pensée libérale sur ce sujet : chacun est libre de jouir de ce qu’il veut, tant qu’il n’empêche pas les autres de jouir.
Or, le goût bourgeois à ce grand défaut de vouloir se faire monopolisant et asphyxiant pour les modes de pensée autres que lui. C’est pour cela que je le méprise et que je le tacle, et pour rien
d’autre… Après tout, les bourgeois parisiens ne se gênent pas pour déchiqueter le cinéma populaire, se moquant éperdument de comment ceux qui aiment ces films percevront leurs propos acerbes. Leur
rendre la pareille est un simple rééquilibrage des choses…

Après, si l’ami Jacky vient lire cet article, il sera bien évidemment libre de commenter, mais ce sera sûrement en appliquant les dix leçons. Son but sera forcément de me déglinguer, car il lui
faudra montrer sa distinction de la masse (leçon n°3). Il aura d’ailleurs sûrement recours à des conventions d’écriture que je ne connais pas, pour me prouver sa supériorité (leçon n°1). Il
s’appuiera d’ailleurs sûrement sur une citation afin de montrer qu’il maitrise vraiment son sujet, et qu’en plus de cela j’ai en fait face à moi une armée de gens qui pensent tous pareil alors que
moi je suis tout seul comme un petit con (leçon n°4). Bien évidemment, pour que son opposition de principe ne soit pas trop flagrante, il commencera malgré tout par trouver quelques trucs sympas
dans l’article (leçon n°8). Mais au final, au milieu de quelques mots gentils, il veillera bien à ce que tout le monde comprenne qui est le boss, en utilisant de nombreuses formules rhétoriques qui
ont de la gueule dans un Français absolument parfait et surtout usant de mots abandonnés depuis Molière, sauf à Louis Le Grand… Donc au final, il peut certes commenter, mais au fond ce serait
inutile parce que je sais ce qu’il répondrait. Et puis de toute façon, il ne répondrait même pas aux vues du trafic sur ce blog. Seulement 70 à 100 visiteurs par jour ? Pff… Ridicule ! Je ne lui
dispute pas le contrôle de la masse. Jacky ne parle pas pour le plaisir d’argumenter et d’échanger, il parle pour briller en société et asseoir sa position. Quel beau métier quant on y pense celui
de critique rémunéré…

DanielOceanAndCo 01/09/2013 11:47

Un article intéressant comme d'hab qui enfonce encore une fois la bourgeoisie parisienne (qu'est-ce qu'ils prennent ceux là).

ça serait sympa que t'envois l'article par mail aux Inrock' histoire de voir si Goldberg le lit et surtout te répond ^^

C'est vrai que tu fustiges dans ton article une certaine presse, mais laquelle exactement?? J'ai lu pendant longtemps Ciné Live (avant que ça ne se transforme en Studio Ciné Live à la
mords-moi-le-nœud!!!) où j'appréciais leur façon de défendre un cinéma populaire (pas seulement de temps en temps comme tu sembles le souligner avec l'exemple "Star Trek Into Darkness" qui a eu
bonne presse) et à la fois un cinéma plus exigent.

D'ailleurs, je me pose souvent la question si Ciné Live a participé à forger mon caractère de cinéphile, ou si mon caractère était tel que je me retrouvais dans ce magazine??

Toujours est-il que oui, le "on" est un réflexe scolaire. Je pense que toi comme moi l'avons utilisé à nos débuts sur Allociné, qui datent de 2004 quand même, et qu'aujourd'hui, on a plus à cœur
d'exprimer notre individualité à travers nos critiques.

Mais bon, j'ai envie de dire, si les élites intellectuelles se complaisent dans leur mode de pensée et qu'ils le vivent très bien, tant mieux pour eux ^^ Parce que certes, tu peux trouver ce qui
fait la différence entre la façon d'aimer le cinéma de la plèbe et des élites, les deux te diront toujours qu'ils aiment sincèrement ce qu'ils aiment, même si les seconds rajouteront "à raison"!!

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