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8 juillet 2006 6 08 /07 /juillet /2006 12:44

Beaucoup d'entre vous ont sûrement vu ce teen-movie, The Faculty, qui à l'époque de sa sortie rencontra un certain succès. Pour la plupart il fut simplement divertissant. Pour quelques autres il a peut-être paru un peu ridicule sur certains points. Mais dans l'ensemble, tous s'accordent en général pour dire qu'il s'agissait, certes d'un film sympathique, mais d'un teen-movie avant toute chose, sans réel renouvellement du genre. Si tel est votre point de vue, la lecture de ce présent article risque de fortement vous intéressez, car comme avez pu le voir sur la page d'accueil de ce blog, mes articles s'intéressent essentiellement et avant tout aux œuvres et aux talents méconnus et incompris… et ce Faculty en fait partie.

                            

J'en imagine déjà quelque uns en train de se remémorer les vagues souvenirs qu'il ont de ce film, et déjà se demander ce que je lui trouve de plus que les autres. Car au fond, et c'est bien vrai, il n'y avait rien de véritablement original dans cette intrigue de jeunes lycéens devant lutter contre une invasion de parasites extra-terrestres qui cherchent à prendre le contrôle de l'humanité. En toute honnêteté, je conçois parfaitement que l'on soit septique à l'égard du potentiel artistique de ce film, pourtant je vais sûrement en dérider quelques uns en vous rappelant le nom de son réalisateur : Robert Rodriguez. A ceux pour qui ce nom n'évoque encore rien, voici une brève piqûre de rappel. Robert Rodriguez est un jeune réalisateur américain né en 1968. C'est un proche de Tarantino et très vite il s'illustre au travers de films à l'esprit décalé comme le Mariachi et Desperado. C'est également à lui que l'on doit des films comme une nuit en enfer on encore le très récent (et sublime) Sin City. Certes ce jeune auteur ne refuse pas les films de commande, mais ce n'est jamais sans imposer sa griffe que ce soit dans le scénario ou dans mise en scène, et ce Faculty en est au fond une parfaite illustration.

 

Dimension Films        

En effet, à bien regarder ce Faculty, on se rendra compte qu'il combine à la fois des aspects parmi les plus classiques du teen-movie, mais aussi toute une série d'aspects qui tentent au contraire à déconstruire l'ensemble de l'édifice. Pour ce qui relève du classique, on notera le fond du film, sa structure de base : des adolescents vont soudainement se retrouver confrontés à une menace mortelle face à laquelle ils doivent lutter seuls. En général, dans un teen-movie, ces adolescents sont rarement des personnages travaillés : ils doivent justement être rapidement indentifiables par un spectateur peu demandeur sur cette question. Sur ce plan, les six protagonistes de The Faculty répondent parfaitement aux critères : Casey est l'introverti, le rejeté, le trouillard ; Zeke le marginal ; Stokeley l'incomprise ; Marybeth l'isolé qui cherche un groupe dans lequel s'intégrer ; Stan celui qui cherche à s'affranchir des préjugés qui pèsent sur lui, et enfin Delilah qui elle assume la superficialité de sa personne.

 

 

Autre élément quasi récurrent du teen-movie, et que l'on retrouve dans The Faculty, c'est la progression de l'intrigue et son dénouement. Le teen-movie passe en effet toujours par un certain nombre d'étapes, presque incontournables : un isolement progressif (dans ce film, cela passe par la réduction exponentielle de gens sains dans la faculté), un climax dramatique durant lequel tout semble perdu (quand rien ne semble pouvoir enrayer l'invasion), la désolidarisation d'un des membres du groupe (Dalilah), la perte d'un voire plusieurs des leurs (ici un modèle du genre, puisqu'il n'en restera plus qu'un à la fin pour sauver l'humanité), une relation amoureuse pour répondre aux préoccupations récurrentes des jeunes spectateurs (celle de Stokeley pour Stan, et quelques autres plus fantaisistes), et enfin une fin où l'aventure prend des allures de parcours initiatiques par lesquels les adolescents se sont épanouis en tant qu'adultes, somme toute le fantasme latent de l'adolescent lambda (Casey n'est plus un loser, Stokeley s'assume en tant que tel, etc…).

 

                             Elijah Wood.

Pourtant, à ces éléments ultra-classiques, s'ajoutent toute une série d'aspects qui viennent rentrer en contradiction avec la structure de base. La coexistence de ces deux aspects antinomiques est assez inédite pour ce type de film et semble démontrer là une démarche plus que particulière de la part du metteur en scène. Car en effet, si les éléments de fond ont été pensés pour répondre aux exigences du spectateur adolescent, les aspects superficiels rajoutés par Rodriguez vont dans un sens totalement opposé. Ces derniers apparaissent lors de passages aisément identifiables, notamment lorsque les protagonistes principaux se doivent d'échanger leurs points de vue sur la crise qu'ils subissent. Lors de ces instants, chacun des adolescents apparaît particulièrement risible et ridicule, sans aucune maturité de réflexion et d'action. Casey, lors de sa conversation avec Sockley dans la bibliothèque, part dans un discours explicatif sans queue ni tête composé d'un monceau de clichés de films de série Z ce qui le décrédibilise complètement, mais décrédibilise aussi d'une certaine manière l'intrigue. Stockey ne sauve pas l'honneur de la bande avec sa réponse au trip de Casey, dans la mesure elle aussi va se servir de ses références en terme de films et ouvrages d'épouvante pour trouver des clefs de compréhension à la situation.

 

 

 

Il y a dans la manière de traiter ces passages un côté presque suicidaire de la part de Rodriguez dans la mesure où le film renvoie alors au public adolescent une image d'eux qu'ils n'apprécient pas : celle d'individus encore puérils et immatures dont les centres de questionnement restent encore purement superficiels. Cette déconstruction de l'adolescent passe aussi dans le film par le fait que ses valeurs soient constamment tournées en ridicule. Le fait que la drogue soit le seul moyen de se sauver de la menace, ou bien encore la conclusion ridiculement mièvre où tout le monde trouve la solution à ses problème d'amour et d'amour-propre, tout cela dans une dimension presque surfaite, tend une fois de plus à déconnecter le public adolescent du film.

 

                       

On peut dès lors se demander à quoi rime cette façon si paradoxale de mettre en scène le film, car cette opposition de style est loin de passer inaperçue et beaucoup de spectateurs ont d'ailleurs tendance à dénigrer le film justement pour cet aspect. Cette démarche semble si obscure qu'il serait même facile d'aboutir à la conclusion que finalement Rodriguez s'est tout simplement planté et qu'il n'y a rien à comprendre de plus dans cette étrange façon de mettre en scène. Pourtant, un certain nombre d'éléments existent dans ce film qui tendent à nous démontrer le contraire. En effet, certains passages contiennent de véritables clefs apparentes de compréhension qui permettent d'accéder à la démarche profonde de l'auteur. Le plus fort c'est que ces clefs, aussi apparentes soient-elles, ne sont pas accessibles au public adolescent auquel s'adresse ce film. Le jeu de Rodriguez semble dès lors devenir plus clair…

                                   Robert Patrick.

Les clefs en question, ce sont les références ouvertes faîtes à des œuvres ou ouvrages antérieurs, au travers de la bouche même de Stokeley qui va jusqu'à les citer. Une d'entre elles est particulièrement récurrente, c'est l'Invasion des profanateurs, un film d'épouvante des années 50 qui depuis connut de nombreux remake dont le plus fameux reste celui de Philip Kaufman en 1978, avec Donald Sutherland, Leonard Nimoy, ou encore Jeff Goldblum. Ce film, inconnu des nouvelles générations, est au fond l'exacte réplique de ce Faculty sur le plan de la trame scénaristique. Ici, c'était San Francisco qui voyait progressivement sa population se faire substituer par des plantes d'origine extra-terrestre. Plus qu'un remarquable film d'épouvante, cette Invasion des profanateurs est aussi un magnifique propos sur le conformisme et ses raisons. Il va de soit que lorsque le personnage de Stokeley se décide à faire ouvertement une comparaison entre la situation à laquelle ils se retrouvent tous confrontés et l'intrigue de l'Invasion des profanateurs, elle oblige le spectateur averti à faire de même.

(l'Invasion des Profanateurs - 1978)

Dès lors, pour ce spectateur averti qui regarde le reste de ce Faculty avec à l'esprit cette Invasion des profanateurs, le film prend un tout autre aspect. Car en effet, à faire le parallèle constant entre les deux films, on finit par s'apercevoir qu'ils ont en fait une démarche bien similaire. On comprend dès lors qu'au fond ce Faculty doit être avant tout considéré comme un remake assez libre de l'Invasion des profanateurs, où le conformisme qui est ici mis en avant est le pire conformisme qui soit : le conformisme adolescent. Alors que dans le film de Kaufman on ne trouvait son salut que dans la conformation aux attitudes de l'envahisseur, dans ce Faculty la survie sociale de l'adolescent passe par ce même type de comportement. A remettre en liens les six protagonistes de l'histoire, on se rend d'ailleurs compte qu'ils illustrent chacun d'eux une position particulière face à ce conformisme de groupe. Dalilha incarne celle qui s'est conformé à la norme pour trouver une place de choix au sein du corpus adolescent. Zeke au contraire est celui qui s'est volontairement marginalisé pour conserver une certaine identité. Stokeley incarne celle qui est marginalisée un peu malgré elle mais qui n'entend pas pour autant changer son attitude pour modifier cet état de fait. Casey quant à lui est un marginal qui subit son sort et qui voudrait s'intégrer même s'il n'en a pas la capacité. Stan s'est lui aussi plié à la norme, mais à la différence de Dalilha il n'en accepte pas le sacrifice. Dernier cas, Marybeth, qui elle est une marginalisée temporaire, due à son statut de nouvelle, mais qui tend à s'intégrer par sa volonté de se conformer à la mentalité de tous.  Au fond, chacun de ces personnages illustre les modes de diffusion du conformisme : la peur de la marginalisation. Cette peur de la marginalisation va autant prendre de la dimension que dans l'histoire, le fait de vouloir rester humain est en soit une forme de marginalisation face à la nouvelle conformité qu'instaurent les envahisseurs.

 

                

A bien tout prendre, on se rend dès lors compte que ce Faculty est au fond un spectacle bien plus pervers qu'il n'y parait de prime abord car c'est un film qui vient se moquer de la culture adolescente en arborant les couleurs de cette même culture. C'est un film qui se moque du public auquel il se destine. Cependant, il y a moquerie sans qu'il semble y avoir mépris. Il y a quand même dans ce Faculty un souci d'efficacité qui témoigne bien d'une certaine sympathie pour ce genre de film, simpliste certes, mais sachant parfois être distrayant. On ressentirait presque chez Rodriguez un regard attendri et moqueur sur son propre âge bête. D'une certaine manière donc, voila un film qui ne saurait être apprécié pour ce qu'il est vraiment que par une population suffisamment vieille pour avoir pris le temps de prendre du recul sur l'adolescence, mais aussi suffisamment jeune pour rester connecté avec les soubassements de sa culture… En somme un film destiné pour ceux de la génération de Rodriguez !

 

                           

Voyez donc comment un film au fond bien simpliste peut parfois recéler des dimensions plus profondes qu'on lui ignore. C'était un peu le but caché de cet article qui, sans chercher à vous présenter ce Faculty comme un chef d'œuvre, ce qu'il n'est pas vraiment d'ailleurs, voulait avant tout montrer qu'un film populaire pouvait parfois aussi subir un mépris trop facile… Voilà qui est fait ! J



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Publié par L'homme-grenouille - dans Films trop méconnus ou incompris
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commentaires

DanielOceanAndCo 15/12/2012 20:25

C'est parce que le film vient d'être diffusé lundi ou mardi ^^

L'homme-grenouille 13/12/2012 18:28

Salut Wawalter !

Marrant que tu reviennes sur un article si ancien qui parle, qui plus est, d'un film que je pensais tombé aux oubliettes. Cela fait plaisir de voir que même les anciens articles sont encore lu.
Merci de ton commentaire.

Pour réagir à ta remarque. Je ne sais pas personnellement s'il faut s'imaginer ce genre de fourberie de la part de l'ami Rodriguez. J'ai l'impression qu'il a voulu faire de la pure série Z, sans
réelle subtilités, mises à part celles dont je parle dans cet article. De toute façon, n'y a t-il pas cette scène où on voit les petits têtards sur la tronche d'Elijah Wood mourir au moment où la
bête est achevée ? C'est la preuve que tout est bien fini non ?

Bon, en tout cas, encore merci pour ton commentaire. Et j'espère que tu sauras trouver ton plaisir en continuant à farfouiller dans ce blog !

wawaltair 12/12/2012 00:49

Je pense qu'a la fin du film ils sont tous parasité. Rodriguez es un fourbe. Film excelent

Startouffe 30/01/2011 22:45

Tous des extra-terrestres ces professeurs...Salutations Tally,

Ravi de voir qu'il en existe encore pour apprécier ce film quelque peu tombé dans le néant des teenages movies des années 90. J'espère en tout cas que cet article aura su aussi t'apporter un autre regard sur cette oeuvre tant sous-estimée...

Tally 30/01/2011 21:54

J'ai vraiment adoré ce film surtout que je pense que mes proffesseurs sont des extra-terrestres !!! :)

dasola 19/02/2009 16:11

Bonjour, j'ai vu ce film lors de sa sortie et pourtant je ne suis pas forcément fan de ce genre et j'avais plus de 35 ans quand je l'ai vu. Mais j'avais bien apprécié, cela fait peur, juste ce qu'il faut et il ne faut pas se fier au joli minois d'une certaine personne. Un bon suspense. Bonne fin d'après-midi.

David Lynch 09/08/2006 14:25

Et si en fait The faculty était un film qui se moque du public auquel il n'est pas destiné en se faisant passer pour un film qui se moque du public auquel il est destiné... J'ai besoin d'une nouvelle véranda, j'en ferai bien un film...

clara 09/07/2006 10:37

CoolJe suis tombée sur ce film par pur hasard et j'ai été agréablement surprise ! De bons acteurs avec un esprit tordus pour certains des personnages ... tout y est !
A part ça ton blog est super et méritait d'être blog du moment... si tu en as le tmps va faire un tour sur le mien !
Bye

loic 08/07/2006 16:38

se film est trop bien,Elijah Wood é trop bien comm ds le seigneur des anneaux

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