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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 18:19

                         

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Série culte, série pour ados, série pour filles… Même s'ils sont parfois contradictoires, les qualificatifs ne manquent pas pour parler des Frères Scott, cette série qui, depuis 2003, défraye la chronique outre-atlantique sous son nom original de One Tree Hill. Le vieux continent a mis plus de temps à découvrir cette série, mais le classement des séries d'Allociné est formel à ce sujet : la fiche consacrée aux Frères Scott a longtemps fait partie de celles qui ont été les plus consultées par les internautes. Véritable série culte ou simple phénomène de masse ? Icône marquante d'une génération ou simple produit périssable à destination des ados ? Le débat peut être long. D'un côté il y a ceux qui insisteront sur le manque d'originalité de cette série qui n'a fait que combler le vide laissé par l'arrêt de Dawson, qui avait lui-même profité de l'essoufflement de Beverly Hills, qui avait quant à lui damé le pion à Les Années Collège, etc… Bref, beaucoup insisteront donc sur le fait que les Frères Scott n'est qu'une nouvelle protubérance de ces énièmes Feux de l'amour pour ados, sorte de « série initiatique de la vie », qui se contente juste de remettre à jour la base de données de la série qu'il est sensé remplacer.

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                     Tori Spelling, Brian Austin Green, Gabrielle Carteris, Jennie Garth, Jason Priestley, Ian Ziering, Luke Perry & Shannen Doherty. Worldvision Enterprises Inc.    Chad Michael Murray. Columbia TriStar Television Inc

A gauche, Beverly Hills, un aieul des Frères Scott ; et à droite Chad M. Murray (alias. Lucas Scott) dans Dawson, une autre série pour ados.

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Et puis il y en a d'autres qui, sans contester l'aspect très formaté de cette série, insisteront sur le fait que Les Frères Scott savent aborder des sujets qui parlent aux adolescents d'aujourd'hui, et qui n'a pas peur de mettre les pieds dans le plat, tout en soignant la forme afin de rester accessible aux plus jeunes. C'est vrai qu'elle se retrouve un petit peu entre ces deux tendances cette série des Frères Scott, et le débat pourrait durer des heures. Par contre, il y a bien une question au sujet de ces Frères Scott qui ne fera pas débat, et qui mérite sur bien des points qu'elle soit mise en avant, c'est que cette série est clairement un remarquable miroir – déformé certes – mais un miroir quand même de ce qu'est aujourd'hui la société américaine. Un peu à l'image d'une carotte de glace, les séries qui émaillent les années sont autant de traces indélébiles de ce que fut le zeitgeist, l'esprit de son temps, d'une société à un temps donné. Les Frères Scott n'échappent pas à la règle : même si la série croit faire preuve de progressisme (ce qui n'est pas totalement faux) elle se contente en fait de traduire quelles sont les idées progressistes d'hier qui ont été assimilées comme étant acceptables au jour d'aujourd'hui. A ce titre donc, cette série Les Frères Scott est la parfaite carotte de glace de la société américaine d'aujourd'hui à partir de laquelle on peut étudier un zeitgeist fort riche de vérités très enrichissante sur l'image que nous nous faisons de la société américaine. Une telle lecture des Frères Scott, vous allez le voir, est loin d'être inutile, surtout qu'elle est assez rare. Car oui, encore aujourd'hui, les Etats-Unis d'Amérique ont gardé une réelle aura sur les populations du Vieux Continent que nous sommes, et surtout sur les jeunes. Les films, les séries en provenance d'outre-Atlantique qui nourrissent leur univers imaginaire contribuent encore aujourd'hui à projeter l'image du rêve américain. Or, une telle influence n'est pas sans conséquence sur le zeitgeist européen ? Souvent nous assimilons des concepts et des mœurs que nous pensons universels et qui, pourtant, sont des problématiques purement américaines qui finissent néanmoins par nous influencer aussi au final. Que ceux qui veulent donc savoir ce que regardent vraiment leurs chères progénitures adolescentes, ou qui cherchent tout simplement à voir les Frères Scott sous un autre angle, lisent les lignes qui vont suivre.

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Une parenthèse historique qui s'impose…

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A l'origine de la société américaine, il y a les pères fondateurs. Vous allez me dire : « Qu'est-ce que les pères fondateurs de l'Amérique ont a voir avec les Frères Scott ? » - Justement tout. Comme de nombreuses séries ou autres fictions américaines, les Frères Scott ne font que traduire cette dualité ancestrale qui ronge l'Amérique de l'intérieur et qui remontent donc aux temps des pères fondateurs. Pour vous en convaincre, on ne retiendra que deux figures qui remontent à la jeunesse des Etats-Unis d'Amérique. D'un côté, Thomas Jefferson, troisième président de cette jeune nation juste après George Washington et John Adams. De l'autre, Alexander Hamilton, brillant avocat à qui on attribue d'ailleurs la création de la première banque d'Amérique, voire carrément de l'industrialisation du pays. Ces deux hommes traduisent deux visions opposées de comment doivent évoluer cette jeune société américaine ; deux visions qui sont le ferment des péripéties qui animent cette série qu'est Les Frères Scott.

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                                                 Pilgrims fathers (à gauche) et frères Scott (à droite) : même combat ?

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D'un côté, Jefferson s'est battu pour l'indépendance face aux Anglais afin que les Américains puissent vivre dans une société qui était pour lui l'idéal de vie absolu : la démocratie rurale. Pour Jefferson, homme du XVIIIe siècle, un homme n'aspirait qu'à une seule chose dans la vie : vivre tranquillement sur ses terres sans qu'aucun roi, aucun seigneur, ni aucun président ne viennent le contrarier. Pour garantir l'harmonie entre tous ces citoyens libres et éviter le chaos et l'anarchie, rien ne valaient mieux que les règles de morale et de conduite dictées par Dieu. Ainsi l'église devait-elle servir, dans l'idéal de Jefferson, de lieu de rencontre et de socle de la communauté paysanne américaine. Mais cette vision des Etats-Unis rencontrait à cette époque un modèle concurrent : une vision urbaine de la société dictée par les préoccupations bourgeoises de l'époque, inspirées elles-mêmes par le courant des Lumières. Alexander Hamilton incarne ce modèle dit libéral. Il consiste à défendre l'idéal de la libre entreprise : chacun est libre d'intégrer le marché économique pour s'enrichir et ainsi prospérer. Hamilton voyait dans ce système une façon de faire qui profitait à tout le monde : pour s'enrichir il fallait rendre ses produits plus attractifs que ceux du voisin, ce qui conduisait irrémédiablement à une course régulière pour vendre les meilleurs produits au prix le plus bas. Bien évidemment, il ne s'agissait pas pour Hamilton de se limiter à l'idéal de démocratie rural de Jefferson. La société ne devait pas être figée, mais en mouvement vers le progrès et la prospérité matérielle. Ainsi, alors que Jefferson prônait un idéal de société pieuse qui respecte les principes sociaux et moraux de la religion, Hamilton défend l'idée de la promotion perpétuelle de l'individu audacieux, qui n'a pas peur d'entrer en concurrence pour atteindre une prospérité matérielle qui lui revient de droit. Les Frères Scott c'est cela : l'opposition constante entre la société d'Hamilton et de Jefferson. Que ceux qui veulent en savoir plus me suivent…

 

Le visage des deux idéaux américains : à gauche la démocratie rurale prônée par Thomas Jefferson ; à droite l'Amérique libérale défendue par Alexander Hamilton.

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L'Amérique d'aujourd'hui c'est donc ça, et les Frères Scott s'en ressentent. L'Amérique c'est deux systèmes de valeurs, deux modèles de vie, mais une seule société. L'Histoire des Etats-Unis ne pourrait se résumer au fond qu'aux divers épisodes par lesquels les « puritains » ont combattus les « libéraux ». Selon l'époque, selon l'endroit, telle idée ou telle autre triomphe : mais au final tout se passe dans le même pays. Les Etats-Unis furent à la fois le pays d'où est parti le mouvement hippie comme il est celui du créationnisme ; il est le libérateur du joug nazi comme il est aussi le pays du Khu Klux Klan ; il est celui qui a porté Obama au pouvoir mais il est aussi qui a tué Martin Luther King. C'est de ce pays complexe dont les Frères Scott font la peinture. C'est dans ce pays où les militants Pro-Life et Pro-Choice se combattent que cette série va s'efforcer de construire une intrigue de jeux amoureux. C'est dans cette société où les valeurs familiales rentrent souvent en opposition avec le credo de la réussite individuelle que Lucas, Nathan, Peyton, Brooke et Haley vont s'efforcer, par leur aventures, de poser les bases d'une « série initiatique de la vie » dans laquelle chaque jeune Américain pourra s'y reconnaître et s'y retrouver. Au final, quel idéal et quelles valeurs cette série des Frères Scott transmet et défend face à son jeune public adolescent ?

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Une série qui transcende l'idéal libéral, individualiste et capitaliste de la société américaine.

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Ce qui ressort en premier de cette série, et de la manière la plus évidente qui soit, c'est bien le fait que cette série prône avant toute chose l'épanouissement plein et entier de l'individu. A ce titre, difficile de déclarer les Frères Scott comme une série « réac », car l'intrigue de chacun des personnages les ancrent clairement dans une logique de prise de liberté, de prise de risque, d'affranchissement de la personne par l'exercice du libre-arbitre. Et quand on parle de valeurs libérales ici, il faut bien le comprendre dans toute sa dimension « hamiltonienne », c'est-à-dire l'affirmation de l'individu par l'esprit de concurrence, l'affranchissement des contraintes sociales par l'esprit d'entreprise, ou bien même encore l'épanouissement par la prospérité matérielle, l'affranchissement. Pour ceux qui restent sceptiques, les exemples ne manquent pas et ont pour mérite d'être très clairs.

   Chad Michael Murray. Warner Bros. Television   James Lafferty & Bethany Joy Lenz. Warner Bros. Television   Hilarie Burton. Warner Bros. Television

Le premier et le plus simple de ces exemples se trouve chez les deux personnages éponymes de la série, Lucas et Nathan Scott. Tous les deux, malgré leurs différents, se retrouvent dans un seul et même domaine dans lequel ils entendent s'épanouir et s'affirmer : le basket. L'idée d'une activité qui vous affirme en vous mettant individuellement en valeur face aux autres ne se limite pas qu'au basket des garçons. On se souviendra aussi que Peyton et Brooke font de même, mais ce coup-ci au travers du groupe de Pom-pom girls du lycée. L'appel à l'épanouissement personnel ne se traduit d'ailleurs pas que par le sport. Les personnages des Frères Scott sont toujours en quête d'épanouissement au travers de multiples moyens qu'ils trouvent pour s'exprimer. Par exemple, c'est au travers de ses multiples dessins que Peyton s'efforce d'exprimer son mal-être tandis que Brooke s'efforce de prendre en main son image en se présentant à la représentante des élèves au lycée. Enfin, dernier exemple qui ancre clairement ces personnages des Frères Scott dans une logique Hamiltonienne de l'accomplissement et de l'épanouissement de soi : Haley, qui poursuit son rêve de devenir chanteuse…

   

Cette quête perpétuelle qu'ont les adolescents des Frères Scott à chercher à s'épanouir n'est pas la seule marque qui ancre cette série dans le socle libéral des valeurs américaines. On retrouve aussi cet esprit de compétition et d'entreprise qui est un des ferments sociaux des Etats-Unis et qu'on retrouve parfaitement dans la logique de chacun des personnages. Encore une fois, c'est chez les deux frères/héros de la série que cet esprit d'affirmation par la compétition est le plus évident. Il se retrouve d'ailleurs à plusieurs niveaux de leur relation, et cela même quand celle-ci se trouve plutôt au beau fixe. C'est bien évidemment dans le basket que cette rivalité se fait la plus évidente, rivalité qu'on pourrait aussi qualifier de concurrence dans les bons moments, car elle pousse clairement les performances des deux individus vers le haut. Cependant, on pourrait également noter que cette concurrence entre les deux frères s'est aussi exprimée sur la question des filles (la conquête de Peyton par Lucas alors en début de saison 1 ; Nathan qui jette son dévolu sur Haley pour gêner Lucas durant la même saison). Cette concurrence s'est même une fois exprimée autour du père que les deux frères ont en commun, Dan cherchant justement à remplacer Nathan par Lucas en saison 2. Bien évidemment, l'esprit de concurrence s'exprime également chez les filles, même si les niveaux de rivalités ne sont pas les mêmes. Ici, c'est sur la question des garçons que Peyton et Brooke rentrent le plus en confrontation, notamment au sujet de Lucas. On pourrait aussi évoquer à nouveau tous les cas où Brooke cherche sans cesse à s'affirmer par rapport aux autres : notamment au travers d'élections et de compétitions de Pom-pom girls.

   

Dernier élément enfin qui témoigne de l'emprise culturelle des valeurs libérales américaines dans la série des Frères Scott, c'est l'expression qu'on y trouve de l'esprit d'entreprise tant valorisé par Hamilton, ainsi que la réussite matérielle qui l'accompagne souvent. L'œil éduqué sera le premier surpris par la débauche matérielle qui s'exprime dans cette série et qui est propre à la culture américaine. Il est vrai qu'en Europe – et notamment en Europe méridoniale – où l'emprise de l'Eglise catholique s'est exprimée plus durablement qu'en Amérique, l'affichage de la réussite matérielle a toujours été plus moralement prohibée. Rien de cela dans les Frères Scott et cela se sent. Chez les élèves, Brooke incarne en cela l'archétype de la fille de bonne famille qui affiche ostensiblement sa prospérité matérielle : voiture à la mode (à l'époque la New Beatle), frénésie de vêtement, et fêtes multiples dans la grande maison de papa et de maman. Chez les garçons aussi, on retrouverait aussi le même pendant chez Nathan, qui lui aussi traduit la prospérité de son père au travers de ses luxueuses voitures. Même les « pauvres » de Tree Hill se doivent d'afficher un minimum d'aisance : Peyton a sa voiture, Lucas aura la sienne.

   Sophia Bush. Warner Bros. Television

Mais toute cette richesse est étalée sans remord car elle est le fruit du juste et méritoire esprit d'entreprise de chacun. Dan Scott, le père des deux frères Scott, symbolise à lui seule cette connexion. Il est riche, il a une grosse maison, de belles voitures, et il le doit à son esprit d'entreprise. Il n'avait rien, mais parce qu'il a su séduire la bonne femme et parce qu'il a su s'y prendre dans les affaires, il est à la tête d'une concession automobile qui marche. C'est donc légitimement qu'il affiche sa prospérité matérielle, d'ailleurs toujours dans une logique de concurrence, notamment avec son propre frère Keith à qui il rappelle sans cesse qu'il a mieux réussi que lui. Mais là encore, la prospérité matérielle et l'esprit d'entreprise ne se limitent pas à un seul personnage mais en concernent bien au contraire la totalité, puisque même Karen, la mère abandonnée de Lucas, se risque elle aussi à prendre des cours de management pour améliorer son affaire. Et même Peyton va avoir l'audace de lancer son propre label pour mener à bien ses ambitions. Non, il n'y a pas à redire, les Frères Scott remplissent toutes les conditions pour être le parfait modèle de la société américaine libérale telle que l'aurait souhaitée Alexander Hamilton… Mais, malgré tout, de la même manière que les valeurs d'Hamilton ne se sont pas imposées sans laisser leur place aux valeurs de Jefferson, on va constater que les Frères Scott eux aussi savent brasser le chaud et le froid, le progressisme et les valeurs réactionnaires, à l'image de ce qu'est finalement leur pays aujourd'hui…

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Une série qui n'en défend pas moins les valeurs conservatrices d'une société construite autour des fondements judéo-chrétiens.

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La démocratie rurale ; l'esprit de communauté ; les valeurs religieuses comme garant de paix au sein de la société… Tout ceci n'est pas absent des Frères Scott, bien au contraire. Loin de s'affirmer dans une posture d'émancipation de la jeunesse par rapport aux valeurs traditionnelles de la société américaine, les Frères Scott préfèrent au contraire les entériner. De même que l'Amérique parvient sans souci, du moins apparent, à faire cohabiter ces deux systèmes de valeurs pourtant antagonistes, les Frères Scott font adopter à leurs personnages la même ambiguïté de démarche. Preuve en est, c'est qu'au-delà de toutes les initiatives de chacun des individus à s'épanouir et à s'affirmer, il reste cette idée essentielle dans les Frères Scott que la base du bonheur repose avant tout dans la qualité des liens sacrés de la famille. La famille – à comprendre au sens de famille mononucléaire – socle social de base dans la société judéo-chrétienne, est présentée dans les Frères Scott comme la clef de voûte du bonheur personnel. D'ailleurs, tous les personnages de la série commencent chacun avec un malheur qu'il traîne, une source de mal-être personnel, et ce mal-être est toujours lié à la famille. Lucas n'est pas bien dans sa peau parce qu'il n'a pas de père. Peyton n'est pas bien dans sa peau parce qu'elle n'a pas de mère. Karen, la mère de Lucas, est quant à elle malheureuse parce qu'elle n'a pas de mari. Keith, l'oncle de Lucas, est quand à lui malheureux parce qu'il n'a pas de femme. Nathan, quant à lui, sera malheureux à partir du moment où il perdra son père à cause d'une anicroche… Mais il retrouvera le bonheur quand il trouvera l'espoir de fonder sa propre cellule familiale, en épousant Haley. Mais le malheur reviendra lorsque Haley partira… Dan, d'ailleurs, est peut-être finalement le personnage le plus à plaindre, car c'est lui qui en définitive peine le plus à se constituer une famille dans la mesure où il doit menacer ou acheter sa femme ou ses fils pour maintenir ce qu'il sait être sa seule source de bonheur : ce n'est pas sa prospérité matérielle, mais bien sa famille.

       

Si à vos yeux, la survalorisation de la famille mononucléaire ne vous choque pas plus que cela dans les Frères Scott, on pourrait évoquer dans ce cas tous les autres aspects des relations sociales que peuvent tisser les personnages de la série entre eux et examiner s'ils respectent ou non les préceptes judéo-chrétiens. Bien évidemment, dès qu'il s'agit de jauger du respect des normes sociales fixées par la morale religieuse dans une série, l'idéal est de porter directement son attention sur les relations affectives, amoureuses et surtout sexuelles. Or, la première chose qui choque dans ces Frères Scott, c'est que l'intrigue a beau se dérouler au XXIe siècle, on y retrouve absolument hallucinant de filles-mères. C'en est presque d'ailleurs le sujet de la série puisque les deux héros, Lucas et Nathan, sont tous les deux les fruits d'une grossesse non désirée alors que leurs parents étaient encore adolescents. Et ce n'est pas le fruit que d'une génération, puisque parmi les adolescents de la série, on retrouve également Jack qui lui aussi doit se coltiner un bébé sous le bras, et même Lucas et Brooke qui ont failli tomber dans le panneau puisqu'à la fin de la saison 1, Brooke se croit elle aussi enceinte. Vous allez me dire, c'est un signe d'affranchissement des normes judéo-chrétiennes, puisque la morale religieuse proscrit formellement toute relation sexuelle en dehors du cadre sacré du mariage ! Or, visiblement, les héros de la série ne se sont pas gênés pour outrepasser cette règle ! C'est effectivement une interprétation possible, mais qui en fait est incomplète. Au contraire, toutes ces grossesses involontaires ne font que confirmer ces valeurs judéo-chrétiennes qui sont encore fortement ancrées dans la société américaine d'aujourd'hui. Preuves à l'appui…

      

La vraie remarque que l'on devrait se faire face à toutes ces grossesses, ce ne serait pas de se dire que ces adolescents savent prendre leurs libertés pour s'épanouir pleinement, mais bien de s'interroger sur leur utilisation des moyens de contraception. Visiblement personne ne prend la pilule, ni les mères comme Karen et Debra, mais surtout ni les filles comme Brooke ou Haley. Pire encore, personne ne semble utiliser de préservatif ! Pourtant, il n'est pas rare de voir des préservatifs dans la série, mais ce qui est étonnant c'est qu'à chaque fois il est présenté comme rentrant en contradiction avec l'acte amoureux. D'une part, les seules couples a avoir utilisé des préservatifs sont, dans les Frères Scott, les couples qui ne s'aimaient pas vraiment : Peyton et Nathan, mais aussi Nikki et Jack. D'autre part, quand le préservatif apparaît dans la série, c'est toujours pour le tourner en dérision : Brooke s'en sert de ballons dans une fête, ou bien elle les utilise pour suggérer moqueusement une relation entre deux individus. Au final, l'idée d'amour libre et « sûr » est une notion totalement absente des Frères Scott. Soit on s'aime et dans ces cas là il faut savoir s'exposer aux conséquences de son « erreur », soit on se protège, mais dans ces cas là il semble impossible de s'aimer vraiment tout en se protégeant des risques de l'amour. Ainsi, peut-on encore retrouver dans les Frères Scott des arguments datant d'une autre époque pour qu'un partenaire dissuade l'autre de passer à l'acte. Ainsi entendra-t-on Lucas dire à Anna qu'ils ne devraient pas faire de bêtise au risque de le payer d'une grossesse non désirée qu'ils regretteraient par la suite. Pourtant, au jour d'aujourd'hui, la question des contraceptifs devrait éluder la question et faire peser le débat sur une autre dimension. Bref, loin d'être si libéraux que cela, les Frères Scott cultivent quelques idées bien ancrées dans la tradition réactionnaire de leur pays comme quoi pratiquer le sexe hors mariage doit forcément impliquer une punition derrière…

         

Enfin, dernier élément qui, dans les valeurs adoptées par les Frères Scott, témoignent d'un sacro-saint respect pour les valeurs défendues par le modèle traditionaliste américain, c'est la valorisation de l'épanouissement amoureux dans le seul cadre du couple. En effet, dans la droit lignée de ce qui était dit auparavant, l'idée de sexe sans risque ou de plaisir sans amour sont deux idées totalement absentes de la série. Dans la continuité, on remarquera que, finalement, même l'amour sans couple est une idée complètement absente de la série. Ainsi, tous les individus de la série ne trouvent leur épanouissement amoureux personnel que dans le seul cadre du couple. Le cas le plus flagrant est bien évidemment celui de Nathan et de Haley qui décident d'aller jusqu'au mariage pour consommer le fruit de leur amour. Mais finalement ce ne sont pas les seuls, puisqu'au final tous les couples de la série finiront pas être entérinés dans le cadre solennel d'un mariage : c'est le cas notamment de Lucas et Peyton dans la saison 6. Bien évidemment, tous ces mariages se font dans le cadre solennel de la maison de Dieu, socle de la stabilité sociale américaine. De même, on remarquera qu'en définitive, les couples qui se fixe à la fin dans le mariage sont ceux qui s'étaient formé le plus spontanément en début de série. L'idée qui en ressort rentre encore une fois dans les préceptes confortable qu'au final l'amour ne se choisi pas : le premier aimé et celui qu'on aime pour la vie. La notion de « choix » est finalement totalement éludée, et ne se résumerait au final que seul choix de Dan pour Debra parce que justement elle avait de l'argent (bref, un choix qui n'est pas un choix d'amour). Dernier élément consolidateur de l'idée que l'épanouissement de l'individu ne passe que par le couple : les enfants ! Présenté comme une happy end, l'aboutissement de tout couple est la consolidation par l'enfant : comme c'est le cas de Haley et de Nathan qui ne manquent pas d'avoir un enfant assez rapidement. Au final, on se rendra compte que cette série « initiatique » pour adolescent est loin d'être transgressive dans ce qu'elle présente et ce qu'elle défend. Bien au contraire, elle exprime clairement et nettement ce qu'il en est du consensus moral qui existe actuellement entre valeurs libérales du type de celles que défendaient Hamilton, et de valeurs traditionalistes issus tout droit du modèle défendu par Jefferson…. Bref, les Frères Scott, sans militantisme aucun, se contentent juste de traduire le zeitgeist de l'Amérique d'aujourd'hui.

          

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Conclusion : une série qui traduit le zeitgeist de l'Amérique d'aujoud'hui.

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Au final, à bien y regarder, s'il on devait expliquer le succès que connaissent les Frères Scott aujourd'hui, ce ne serait pas par leur originalité, mais bien au contraire, il s'expliquerait par sa capacité à coller le plus fidèlement qui soit à l'idée que se font aujourd'hui les Américains de ce que doit être leur propre vie. Car, finalement, les aventures que vivent les héros de nos chers Frères Scott ne font que traduire, ni plus ni moins, ce qu'est la société américaine d'aujourd'hui : une société où les excès de la culture libérale et capitaliste sont compensés par les excès de la culture traditionaliste, garante de stabilité et de paix sociale. Chaque personnage est en porte à faux entre les deux systèmes de valeur et finalement ne tranche jamais : Nathan hésite entre s'épanouir individuellement par le basket comme lui soufflerait dans l'oreille Alexander Hamilton, et s'épanouir au travers du couple et de la famille comme l'inviterait à le faire de son côté Thomas Jefferson. Et il en va de même pour Haley qui hésite entre la chanson et son mari ; pour Peyton qui hésite entre son label et son homme, etc… telle est l'histoire des Frères Scott, c'est l'histoire de la société américaine.

       Chad Michael Murray & Hilarie Burton. Warner Bros. Television Paul Johansson & Moira Kelly. Warner Bros. Television

D'ailleurs, à bien des titres, on peut s'étonner du succès que rencontrent les Frères Scott en France. Par bien des aspects, la série ne correspond pas à l'identité culturelle de la masse européenne, ou du moins française. En France, la prospérité matérielle n'a jamais été posée comme un leitmotiv assumé ; en France les Eglises sont presque vides ; en France notre Histoire fait que l'autorité morale dont on pourrait juger qu'il faille s'en affranchir est plutôt celle de l'Etat que celle de la religion. Et pourtant, la jeunesse adolescente se reconnaît en grande partie dans cette dualité américaine telle qu'elle est présentée dans les Frères Scott. Faut-il se dire qu'au final l'adolescent passe au-delà de toutes les « subtilités » de la série et n'en apprécie que certains aspects de l'intrigue sans adhérer pour autant à l'ensemble ? Ou bien, au contraire, et plus intéressant encore, le succès des Frères Scott en France ne ferait-il  qu'entériner une américanisation progressive des mœurs françaises, produit de décennies d'influence audiovisuelle sur notre pays, et dont les effets se font déjà pleinement sentir dans de multiples aspects de notre quotidien qu'il s'agisse de l'urbanisme, du regard que l'on porte aujourd'hui sur la sexualité qui en France aussi est désormais passive et active, ou bien tout simplement au travers de la politique, nous qui avons actuellement le plus américain des présidents français ?...



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