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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 15:42

Warner Bros. France

 

« Une idée. C'est un virus. Une maladie qui germe pour prendre de l'ampleur. » Voilà un propos récurrent de cet Inception qui sonne comme un leitmotiv à nos oreilles. Il prêterait presque à rire quand on place ce film dans son contexte, j'entends par là dans le contexte des productions cinématographiques du moment. En effet, l'année 2010 est déjà entamée de plus de sa moitié et voilà qu'au milieu de cette bouillie de stéréotypes numérisés, de cette mélasse de situations et d'états d'âmes fabriqués à la chaîne et micro-ondables que sont les productions du moment, déboule un film qui – une fois de plus en ce qui concerne ce cher Christopher Nolan – repose sur une chose toute simple : une idée… Quelle révolution ! Quelle innovation ! Voilà qu'un film entend se vendre, se diffuser, voire même conquérir le public en ne s'appuyant sur rien, rien d'autre qu'une idée. Enfin, il faut comprendre ce « rien » comme étant ce que ceux qui produisent le cinéma aujourd'hui considèrent comme du « rien ». En effet, aujourd'hui, en ces temps où le marketing est roi et où même l'industrie du cinéma est aux mains des diplômés de la Harvard Business School plutôt qu'à celles des diplômés de l'USC, on n'ose plus « investir » dans « l'industrie » du cinéma sans s'assurer d'un retour sur investissement. Ainsi faut-il viser large, définir une clientèle cible et diagnostiquer les produits vendeurs : ainsi, tant qu'on a de l'action, de la romance, des noms que les gens connaissent et surtout des histoires qui ont déjà été éprouvées, le projet est jugé « viable ». Cette logique va tellement loin que le remake et la franchise deviennent des valeurs sûres : « Ouf ! On vient d'acheter les droits de Spider-man ! On va pouvoir le rebooter même pas dix ans après que Raimi ait lancé la première saga. » Dans ce monde du calcul de profits et pertes, d'expertises clients et d'études d'impact, c'est vrai qu'avoir une idée c'est ne rien avoir de « concret ». Au mieux cet Inception peut-il se vanter d'avancer un tandem Di Caprio-Cotillard et une ville de Paris qui se plie en deux, mais encore fallait-il obtenir l'argent pour cela, et ce ne sont pas les « idées » – originales qui plus est – qui rassureront les actionnaires… Il aura donc fallu qu'un petit gars, du nom de Christopher Nolan, fasse son petit bonhomme de chemin, ne se résigne jamais, pour que petit à petit il puisse gravir les échelons grâce à des films originaux, basés sur des idées, qui avec le temps ont su être des chefs d'œuvres artistiques comme des produits de plus en plus rentables commercialement. Car oui, n'oublions jamais que ce qui fait avant tout le cinéma c'est l'émotion ressentie face à la création. Or, après s'être servi de la franchise de l'homme chauve-souris pour s'envoler et ainsi passer de l'ombre à la lumière, voilà enfin que Nolan impose entièrement son style avec une œuvre intégralement originale. Inception, c'est la preuve par le chiffre – 3,5 millions de spectateurs en France au bout de la troisième semaine d'exploitation – que l'idée reste ce qui fait déplacer les foules dans les salles obscures…

Warner Bros. France Warner Bros. France Warner Bros. France Warner Bros. France Warner Bros. France

C'est vrai après tout, que vient-on chercher dans les salles obscures ? Ne sommes-nous que des consommateurs qui viennent chercher leur fixe : un moment de détente, un désinhibiteur, un déculpabilisateur social, selon le film et le public ? Dans ce monde de l'argent roi et du « physical first », les marchands de rêves ne sont-ils que des prostitués au solde des grands magnats de ce monde ? D'une certaine façon, ce qu'est Inception apporte la réponse à cette grande question car, une fois de plus, l'intrigue n'est pour Nolan qu'une énième occasion de réfléchir comment le cinéma peut explorer l'esprit humain. Un peu dans la lignée de son précédent Prestige, le parallèle entre le sujet abordé et le septième art n'est jamais bien loin. D'ailleurs, à parler quelques lignes plus haut de marchands de rêves au service des grands magnats de la finance alors que j'évoquais le cinéma, on pourrait déjà reconnaître la trame de base de cette Inception. Le héros du film, Dom Cobb, ainsi que ses partenaires, ne sont-ils pas finalement des marchands de rêves qui officient pour le compte du puissant Saito ? Oui, vous l'avez compris, avec cet article j'espère une fois de plus vous inviter à découvrir ce film qu'est Inception au-delà d'une simple vision de surface, au-delà de la simple intrigue rocambolesque cherchant juste à distraire l'esprit. Inception ne parle pas que de cinéma, ni même que de notre rapport au cinéma… Ce film, comme la plupart de ceux réalisés par cet auteur, n'est qu'une fenêtre qui en mène à d'autres et qui s'ouvrent toutes au final sur le vaste champs de la psychologie humaine. Inception, c'est un film qui vise à nous toucher nous …par l'idée. Le cinéma de Nolan est finalement à l'image des architectures de Cobb, c'est une œuvre à plusieurs strates, à plusieurs niveaux, et loin de se limiter à seulement vous extraire de votre quotidien l'espace de deux heures, le maître Christopher nourrit le secret espoir qu'en franchissant les strates il puisse aller au-delà de l'extraction… qu'il puisse vous insuffler une idée …qu'il puisse faire de « l'inception ». Alors que ceux que la vision de ce film a intrigué se laissent tenter et se risque à franchir les niveaux qui suivent… Préparez-vous : Nolan est l'architecte, et le rêveur… c'est vous.

 

Voyage au bout du monde de l'idée…

 

 Bien évidemment, on y a tous été sensible, Inception saisit l'esprit avant tout par son principe. Dès l'introduction, ce principe est posé : ce que nous allons voir ne répond pas à la logique de notre monde, ni à la logique qui est celle qui nous habite inconsciemment à chaque fois que l'on se pose devant un film. Les personnages que l'on voit ne sont pas forcément des personnages : en effet, hormis le rêveur et les extracteurs, la foule environnante ne sont que de simples projections de l'esprit. De même, les lieux dans lesquels ils se trouvent ne sont pas forcément là où ils se trouvent : Dom Cobb et Saito s'opposent-ils dans cet étrange palais qu'est celui de l'introduction, ou bien est-ce plutôt dans cette ville en pleine ébullition où le rêve se produit ?… A moins que ce soit dans le train dans lequel les deux rêves s'imbriquent ? Et que veulent d'ailleurs ces personnages ? Un coffre ? Une feuille ? Une information ? Une évaluation de compétences ? Finalement, tout ce qu'on retire comme information de cette introduction, c'est que rien n'est vraiment réel. La mort n'est pas forcément une mort, une personne n'est pas forcément celle que l'on croit, et la réalité que l'on croit être n'est peut-être pas la réalité. Tout est travesti, le spectateur à de quoi se perdre. Mais que doit-on considérer comme base réelle pour suivre l'intrigue ? Réponse donnée par l'introduction : rien. La réalité d'Inception, c'est qu'il n'y a pas de réalité. C'est pourtant là un véritablement lieu commun : bien évidemment qu'un film n'est pas la réalité ! Ce n'est qu'une série d'images et de sons que notre cerveau interprétera d'une façon ou d'une autre. Certes, pour recevoir le message, pour recevoir l'émotion, nous jouons le jeu d'admettre la potentielle réalité de l'histoire d'un film que l'on va voir. Cela relève désormais presque du réflexe. Or, Inception entend briser ce réflexe. Inception oblige le spectateur à prendre le film consciemment pour ce qu'il est : un artifice, une chimère… une simple idée dans notre tête.

Leonardo DiCaprio. Warner Bros. France  Joseph Gordon-Levitt. Warner Bros. France  Ken Watanabe. Warner Bros. France

Mais pourquoi donc jouer ainsi avec nous ? A par égarer ou refouler quelques spectateurs en route, Christopher Nolan ne semble rien avoir à gagner en se laissant ainsi aller à une abstraction intellectualisante de son intrigue que beaucoup lui reprochent… Peut-être, sauf qu'ainsi faisant, Nolan a réussi concrètement à poser son principe. Ce principe repose sur une idée : celle que finalement les actes, les faits, les risques produits et commis par les personnages n'ont aucune importance, dans un film comme dans la vie… La seule chose qui mérite de l'intérêt c'est ce qu'il se passe dans la tête des gens : quelle idée a motivé cet acte ? Quel sentiment a conduit à prendre un tel risque ? Seul l'esprit des personnages est ainsi mis en évidence dans Inception. D'ailleurs, les faits sont relativement déstructurés dans ce film : on passe d'une chambre d'hôtel à un blockhaus en pleine montagne en un clin d'œil ; un train traverse soudainement une grande artère de New-York ; Paris se retrouve la tête en bas… Mais est-ce véritablement important ? Le train, comme tous les petits éléments visuels récurrents (les apparitions de Mall ou des enfants, la flûte de champagne brisée, les rideaux flottants…) sont autant d'éléments qui savent traduire de l'état d'esprit de Cobb et de la prégnance de la motivation cathartique qu'il met dans ses missions. De même, comment mieux exprimer visuellement que l'esprit n'a pas de limite dans le monde du rêve sinon qu'en laissant Ariane créer son monde à l'envie ? Finalement ces faits ont plus de sens que n'importe quelle autre action plausible mais qui ne révèle rien d'un personnage : une course poursuite, une bagarre, des discussions ressassant des conventions sociales, une scène où Lorna se tape la tête contre une fenêtre… Les faits, en eux-mêmes, pour ce qu'ils sont intrinsèquement, n'ont aucun intérêt… et cela même si c'est pour coller à la réalité. Car la seule réalité qui existe au cinéma, c'est qu'il n'y a pas de réalité. Nous sommes dans le royaume de l'idée, d'où l'intérêt de cet Inception pour le rêve…

Ellen Page. Warner Bros. France Marion Cotillard. Warner Bros. France Warner Bros. France

Certes, le rêve n'est pas réel. Il suffit de se réveiller pour que tout soit effacé, pour que toutes les actions commises dans le rêve soient effacées. Que Cobb se risque dans le monde réel à tirer ainsi sur son coéquipier Arthur– comme il le fait lors de l'introduction pour qu'il ne souffre plus – et il n'y aura plus d'Arthur. Fini. Mais c'est prendre là la réalité des choses que d'un point de vue purement matériel et physique. La réalité c'est qu'un simple rêve, bien qu'irréel, va néanmoins affecter la pensée d'un homme dans cette histoire : Fischer, le jeune homme d'affaires pour lequel un simple rêve va le conduire à agir différemment. Le rêve n'a donc pas laissé le monde réel intact, au contraire il l'a modifié via l'idée. D'ailleurs, la scène de fin – celle de l'ultime réveil dans l'avion Sydney/Los Angeles – suffit à elle seule à résumer la prédominance des enjeux intérieurs à ceux des enjeux extérieurs. Concrètement, personne n'a bougé de son siège, mais ce que chacun a ressenti, vécu, compris, même si c'est au travers de cette expérience immatérielle qu'est le rêve, tout ceci a malgré tout clairement changé les choses. Les regards en disent long, la musique d'Hans Zimmer à cet instant aussi. L'aventure se lit sur les regards, notamment celui d'Ariane, la complicité aussi sur celui d'Eams, la conviction enfin dans celui de Fischer. L'importance n'a finalement pas été dans le vécu, mais dans le ressenti. Ainsi le film n'a-t-il pas exploré l'aventure mais a exploré les hommes et les femmes. Ainsi, Inception n'a jamais cherché à aller plus loin, plus fort ou plus vite ; il s'est juste contenté d'aller plus profondément. Ainsi, l'exploration sans cesse plus profonde des esprits a-t-elle révélée ce que le monde du concret ne pouvait pas. Le mal-être complexe de Cobb est ainsi devenue limpide au fur et à mesure qu'à chaque niveau de rêve qu'on franchissait, une nouvelle strate se dévoilait à nue. De même, le masque glacial de Fischer montre à chaque descente comment celui-ci s'est cimenté. Alors oui, rien n'a changé d'aspect ni de forme, mais Inception nous apprend que ce qui compte aussi c'est le regard, la perspective… Or, s'il y a bien quelque chose qui a changé c'est le regard que portait l'un sur l'autre Saito et Cobb. En un voyage d'avion, le coup de fil qui n'était qu'une simple monnaie d'échange est devenu un serment solennel honorant l'homme qui le fait plutôt que celui qui en bénéficie. Oui, définitivement oui, en nous plongeant dans le monde illogique du rêve, Inception n'a fait que nous montrer du doigt l'engrenage qui fait tourner toute la machine du monde matériel et rationnel : notre esprit et nos idées…

 

Et si la toupie ne s'arrêtait plus ?...

 

 Oh oui, Inception est une véritable ode au monde de l'intérieur, une véritable exploration de ce qui nous anime vraiment. C'est qu'en plus, le film sait mettre en image une vérité que nous connaissons tous mais qui ne nous échappe que trop : le monde de l'esprit, auquel fait partie le monde du rêve, reste et restera toujours un lieu d'intense liberté, largement supérieur à celui du monde concret. On pense ce que l'on veut, imagine ce que l'on veut… on vit même ce que l'on veut. Ainsi Paris peut-il se replier comme un simple cube de papier, une ville peut-elle être créée de toute pièce comme ce fut le cas dans lors de cette vie dans les limbes entre Cobb et sa femme Mall… Les morts peuvent rester vivants aussi, et les souvenirs forts vécus et revécu à l'infini… La tentation pourrait d'ailleurs être grande de fuir le monde réel pour se replier sur son monde à soi, son monde de liberté. Beaucoup dans Inception s'y laisse prendre, pour ne pas dire tous. Cobb a son ascenseur à souvenir qu'il emprunte tous les soirs ; Ariane revient après être partie attirée par la jouissance de la création pure ; et surtout Mall, celle qui justement a voulu oublier consciemment la réalité des choses, comme on enferme une petite toupie dans un coffre fort. Finalement le risque est là : fuir la réalité. L'abandon dans le rêve pose finalement la même question que l'abandon dans la drogue : les « rêveurs » de Mombassa qui viennent dormir quotidiennement sous l'effet des sédatifs de Yusef en sont mêmes d'ailleurs arrivés au même point que Mall. Pour eux, le rêve est devenu leur réalité, et c'est le monde réel qui est devenu leur rêve illogique, leur accumulation de faits déconnectés de sens… D'ailleurs, la question pourrait se poser, et elle est posée par Inception : pourquoi s'attache-t-on tant à rester dans le monde réel puisque celui-ci n'est que contrainte ? Pourquoi est-il aussi important de savoir si la toupie s'arrête ou non de tourner ?

Michael Caine. Warner Bros. France Leonardo DiCaprio. Warner Bros. France Leonardo DiCaprio et Marion Cotillard. Warner Bros. France

Bien évidemment, dès qu'on parle de toupie, forcément on se remémore cette fin où la toupie tourne, tourne, vacille… mais sans savoir si au final Cobb est parvenue à accomplir son rêve dans le monde réel ou si au contraire il s'est laissé prendre par l'enchantement de ce monde idyllique. Il est vrai que sur ce plan, le film a su entretenir le mystère : Cobb veut retrouver ses enfants, ne pas les abandonner, et pour se faire il doit veiller à ne pas tomber dans le même mal que sa défunte femme : quitte à faire tourner en permanence une toupie avec un revolver sur la tempe. Pourtant, au milieu du film, une scène vient semer le doute. Cobb essaye alors les sédatifs de Yusef et se réveille presque instantanément ; il est perturbé et ne peut lancer sa toupie correctement ; elle tombe ; on l'appelle ; il l'a ramasse ; mais nul ne sait si le réveil fut bien réel. Le doute nous prend alors tout le film et, lors de cette scène finale sous forme d'happy end durant laquelle les enfants sont enfin en vue, et alors revient cette question de savoir si le réveil fut véritable ou non lors de l'essai à Mombassa. Cobb attend et, ne pouvant résister, il préfère ne pas savoir et aller embrasser ses enfants, réels ou rêvés qu'importe. On a tous ressenti ce qu'il s'était passé dans la tête de Cobb à ce moment là. Lui qui a toujours voulu courir après une réalité et non après un fantasme – ne pas abandonner ses enfants – voilà que s'ouvre soudainement à lui la possibilité que toute son aventure, tout le soulagement qu'il ressent sur l'instant, n'est peut-être qu'une illusion. Et qu'aurait-il fait s'il avait attendu le verdict final et que la toupie aurait continué à tourner ? Aurait-il accepté l'inutilité de son périple ? Aurait-il sorti un revolver pour revenir à la réalité, aussi déplaisante soit-elle ? Et nous qu'aurions-nous fait ? Quelle révélation aurions-nous préféré ? Un si joli mensonge nous tend les bras ; un beau soulagement pour un homme qui a tant souffert… Après tout, que ces enfants soient vrais ou faux, Cobb ne cherche-t-il pas comme nous tous le bonheur plutôt que la vérité ? Vivre heureux ne mérite-t-il pas que l'on se mente de temps en temps ? Encore une fois, tout est une question de point de vue, d'idée…

Leonardo DiCaprio. Warner Bros. France Leonardo DiCaprio. Warner Bros. France Christopher Nolan et Leonardo DiCaprio. Warner Bros. France

Seulement voilà, si peut-être beaucoup d'entre nous auraient peut-être choisi la solution de facilité, Inception entend nourrir le dilemme en s'appuyant sur le parcours personnel de Cobb. Cobb est une vieille âme : s'il paraît encore jeune de corps il a néanmoins un très long vécu de par ses rêves interposés qui multiplient l'impression de temps vécu. Ainsi, pour avoir erré dans les strates les plus profondes du rêve dans le rêve, Cobb était arrivé dans les limbes avec Mall et y a vécu l'équivalent de décennies entières. Cobb sait ce que c'est que de se complaire dans un rêve, puisqu'il l'a déjà fait. Et justement, si au départ il reconnaît que cette illusion d'être le maître du monde était des plus grisantes, très vite le bonheur s'en est allé. La lassitude ? Justement oui. Si Mall était elle bien présente, en pensée et dans toute sa complexité durant cette longue aventure, tout le reste n'était que le fruit de projections, de labyrinthes visant à perdre l'esprit, de décors qui finissent tous en paradoxes ou en escaliers de Penrose... Le rêveur est finalement limité par ses propres connaissances, sa propre expérimentation du monde réel. Les enfants qu'il s'imagine dans les limbes ressemble certes à ses enfants, mais il ne les imagine qu'en fonction de ce qu'il sait d'eux, il ne pourra pas exemple jamais les voir grandir, jamais les laisser le surprendre. Qu'il se suicide comme Mall l'aurait voulu et c'est finalement s'empêcher de les voir grandir… et c'est surtout les laisser grandir sans parents… La conviction de Cobb est d'ailleurs totalement faite lorsqu'à la fin, la projection qu'il se fait de Mall lui demande de rester avec lui pour toujours… Comme Cobb l'explique si bien, il a beau l'avoir tant connu, il n'en demeure pas moins qu'au final la projection qu'il s'en fait n'est qu'un pale reflet à côté de ce qu'était réellement Mall… Ainsi, certes on pourrait se réjouir de voir Cobb se laisser aller à se jeter dans les bras de ses enfants, mais on est aussi en droit de se dire que si jamais il n'est pas dans le monde réel, il a signé sa perte… Ainsi, Nolan n'en perd pas de vue la globalité de son propos. Le monde de l'idée n'a d'intérêt que s'il un impact sur le monde réel. C'est finalement la réciproque de ce qui avait été dit avant, bouclant ainsi la boucle. Mais une question pourrait finalement encore se poser, et c'est d'ailleurs celle qu'Ariane se pose en surprenant Cobb dans son rituel de rêves dans l'ascenseur : « Mais pourquoi les hommes doivent-ils rêver ? »

 

Une idée : la maladie qui germe…

 

 Nous perdre, nous dérouter, nous leurrer : finalement le rêve est aussi celui qui nous perd, ou plutôt celui qui nous fait perdre la réalité. C'est à force de petits mensonges accumulés les uns aux autres, comme des rêves s'empilent les uns sur les autres, que parfois le fil de notre réalité nous échappe et qu'on se met à poursuivre des chimères. Ainsi, portée en exemple, la pauvre Mall qui, l'espace d'un long séjour dans les limbes, a voulu omettre que ce monde de rêve était un monde illusoire. Ainsi s'est-elle rendue vulnérable, confuse, lorsqu'un brin de réalité lui est revenue à l'esprit : cette toupie que Dom Cobb s'est décidé à refaire tourner dans ce coffre, comme une idée sournoise insufflée dans le cerveau mais que l'esprit ne parvient plus à analyser faute de ne plus savoir distinguer le vrai du faux, le conscient du subconscient… Ainsi, l'inception est-elle d'ailleurs présentée comme une sournoiserie, une influence perfide d'un tiers qui, parce qu'il est habile à comprendre le fonctionnement du monde des idées, parvient à manipuler les esprits des autres sans que ceux-ci ne s'en rendent parfaitement compte. Difficile à ce moment précis de ne pas voir en Cobb, le réalisateur Nolan qui aime jouer de ses insinuations avec nous. Nolan serait-il alors un perfide réalisateur cherchant à nous induire en erreur pour mieux transmettre insidieusement une idée que l'on prendrait pour notre, mais qui ne l'ai en fait pas ? Avons-nous été incepté par Nolan via Inception ?

Ellen Page et Leonardo DiCaprio. Warner Bros. France Leonardo DiCaprio et Tom Hardy. Warner Bros. France Marion Cotillard. Warner Bros. France

Incepté ou pas, Nolan du moins nous interroge sur ce qu'impliquerait le concept. Après tout les idées définissent nos personnalités, et il suffit d'une seule idée qui germe dans l'esprit pour qu'une personnalité change du tout au tout. Or d'où nous viennent nos idées ? Comme l'expliquent si bien Arthur et Cobb à Saito en début de film, on est tous protégés des idées que voudraient nous insuffler les autres tant que l'on a conscience que ces idées ne viennent pas de nous. L'art de l'inception, c'est justement celui de réussir à faire suggérer une idée, sans que le sujet ne prenne conscience que cette idée soit d'une origine étrangère. C'est réussir à rappeler à sa femme que son monde n'est pas réel sans qu'elle est l'impression que c'est son mari qui lui souffle cette idée ; ou bien c'est réussir à faire croire à un fils que son père voulait voir son œuvre détruite une fois sa mort survenue… Seulement voilà, quand on observe l'ensemble des intrigues qui s'entremêlent dans ce film, on pourrait se demander ce qui ne relève pas de l'inception… En effet, si l'inception c'est de la suggestion invisible faite par autrui, alors dans ce cas Cobb a incepté Ariane quand il l'amène malgré elle à découvrir les plaisirs de l'architecture onirique. En effet, la belle étudiante n'a pas encore pris sa décision que Cobb sait déjà qu'avec ce qu'il lui a montré, elle ne pourra que revenir et accepter. C'est effectivement ce qu'il se passera. Cobb n'a-t-il finalement pas incepté Ariane en lui insufflant l'idée qu'elle voudrait devenir architecte ? De même, à reprendre Fischer, n'est-il pas celui qui s'est fait incepté toute sa vie ? Certes Cobb l'a incepté par le rêve, mais que dire de ce que lui a fait son propre père ? Fischer est un individu fermé, guindé, qui s'efforce d'être le plus respectable et le plus pertinent possible dans ses paroles et dans ses actes… Or, n'est-il pas comme cela en réponse à ce que son père désirait de lui, en réponse à ce que Fischer Junior pensait entendre et comprendre des marmonnements de Fischer senior ? Au fond, l'éducation est une certaine forme d'inception aussi… Au final, on pourrait presque se demander si la question en creux que pose ce film n'est pas la suivante : qu'est-ce qui ne relève pas de l'inception ? En effet, peut-on vraiment prétendre être des individus qui se sont autodéterminés par des idées qui n'auraient pour origine que nous-même ? Finalement, nous, en tant qu'individus, ne sommes pas en fait que le produit des multiples influences, des multiples inceptions qui nous ont construits, de notre naissance à aujourd'hui ?… Ainsi, que Nolan nous incepte cette idée par ce film n'est qu'une inception de plus dans la logique des choses… Devrions-nous donc vraiment nous sentir dupés ?

Leonardo DiCaprio et Cillian Murphy. Warner Bros. France Cillian Murphy, Leonardo DiCaprio et Tom Hardy. Warner Bros. France Tom Hardy. Warner Bros. France

Le voilà peut-être le message de Nolan : ce que nous faisons, nous le faisons en fonction des idées qui germent dans notre esprit, et ces idées ne nous sont pas propres. Ces idées, elles sont toutes le fruit d'influences extérieures : d'inceptions… Ainsi, nous sommes tous des Fischer. Nous sommes tous des êtres manipulés, influencés, conditionnés… Quelle idée effrayante pourrait-on se dire. Quel effroi que de se dire qu'on est le produit de l'action des idées des autres sur nous-mêmes. Pourtant, quand on y repense bien, jamais vraiment Nolan ne semble s'en effrayer de son côté. Certes, il y a cette pauvre Mall qui a connu la déchéance de la faute d'une inception malheureuse, mais il y a aussi ce jeune Fischer qui, au réveil de son rêve triple, voire même quadruple, se retrouve enfin serein. Son regard traduit le soulagement : le soulagement de se libérer enfin du carcan moral du père, le soulagement d'être enfin lui. Pourtant cet « enfin lui » est le produit d'un autre, d'une manipulation. Est-ce pour autant que cette inception là est moins bienfaitrice pour lui que celle menée par son père qui a consisté pendant toute son enfance à faire de lui un jeune héritier sous la pression ? D'ailleurs, à suivre cet Inception jusqu'au bout, nous risquons nous-même de nous faire incepter par un simple film. Il suffira de se poser une seule question sur le fait de savoir si nous sommes bien dans le réel ou dans un rêve, de nous interroger sur le prochain rêve que nous ferions, ou bien même tout simplement de nous demander ce que nous aurions fait à la place de Cobb pour que le film ait un impact sur notre esprit, qu'il fasse naître une idée… Or, si cette idée venait à germer pour plus tard totalement modifier la personne que nous sommes, en voudrions nous à Nolan de nous avoir incepté de la sorte ? Mais au fond, n'est-ce pas finalement cela que nous cherchions tous, tout au fond de nous, en allant au cinéma ?

 

Conclusion : quand le cinéma devient un rêve dans le rêve…

 

 Alors finalement, sont-ils tous aussi inexploitables que cela les films à idées ? La réalité c'est qu'au fond, seuls les films à idées sont ceux qui peuvent potentiellement attirer les spectateurs que nous sommes. Peut-être d'ailleurs que si les places coûtaient moins chères, les spectateurs se risqueraient sûrement à aller plus au cinéma et que, par conséquent, ils arrêteraient d'aller voir ces films « rassurants », ceux qui semblent formatés pour passer une bonne soirée mais qui en fait se contentent juste de leur fournir la sempiternelle même dose d'idées micro-ondées. Parce qu'au final, nous sommes tous pareils : nous ne nous rappelons que des films dont on est sorti scotchés, ceux qui nous ont fait sortir différent de comme on était rentrés. Chacun de nous avons sûrement connu cette sensation là, et même si on ne l'espère pas à chaque visionnage, on n'en est pas moins ravi quand elle nous tombe dessus, espérant même la revivre à nouveau. Cette jouissance, c'est celle que l'on ressent quand un film a su nous toucher, quand un film a su mettre le doigt sur un nœud tout enfoui au fond de nous, c'est celle d'un film qui a su nous faire connaître ce qu'a connu Fischer : un plaisir cathartique, une idée qui soulage, bref une inception…

Christopher Nolan. Warner Bros. France Christopher Nolan. Warner Bros. France

Oui, oui et trois fois oui ! Le cinéma a cette puissance de faire germer en nous les idées, car il est une remarquable plateforme qui sait relier un artiste à un spectateur, ou bien deux spectateurs ensembles par films interposés. C'est d'ailleurs pour cela que j'aime le cinéma, et que j'admire ceux qui cherchent sans cesse à repousser les limites de cet art. Oui, Nolan a raison de dire que cet espace de rêve qu'est le film est un moment 20 fois plus intense pour notre esprit que l'espace réel, que le cerveau est exploité au maximum de ses capacités, et que décupler les espaces de rêves dans cet espace premier, par des flash-backs des imbriquement d'histoires ou bien des intrigues dans l'intrigue, c'est décupler d'autant plus le potentiel d'un film à faire vivre et à transmettre de l'émotion. Alors comment encore soutenir aujourd'hui que le public a besoin d'un cinéma simpliste et formaté d'un point de vue commercial, ou bien dépourvu de tout artifice visuel ou narratif d'un point de vue artistique ? Au contraire, ce sont des explorateurs comme Christopher Nolan, ceux-là qui justement cherchent à repousser sans cesse les limites de la complexité narrative, qui en fin de compte enrichissent le plus ce merveilleux média qu'est le cinéma. Non, l'artifice n'est pas « que de l'artifice » : c'est la science même du cinéma qui consiste à pousser encore plus loin les limites du sensitif au travers de cet art qui, finalement, ne repose que sur une pellicule qui défile devant une simple ampoule… Alors, pour ma part c'est une certitude, au milieu de tous ces films qui prétendent ne toucher qu'au réel ou bien qui ne s'attachent qu'à jouer les marchands de rêves formatés, je continuerais à attendre le prochain Nolan avec l'enthousiasme de celui qui aime que des auteurs cherchent à semer en nous des idées, que le cinéma cherche à nous incepter…

 

Warner Bros. France

 

 



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Publié par L'homme-grenouille - dans Films trop méconnus ou incompris
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commentaires

l'homme-grenouille 08/01/2015 19:02

Salut Nouveau Cinéphile !

Désolé de ne pas avoir répondu plus tôt ! Avec les vacances et une rupture inopinée d'Internet, j'ai été un peu gêné pour accéder à ce blog. Dommage, car discuter de cet "Inception" est, pour moi
toujours une chose passionnante à faire.

Concernant ton point de vue, effectivement, ce film est du genre à permettre une multitude d'interprétation. Un ami, il n'y a pas si longtemps, me disait qu'au fond, on pouvait aussi voir toute
l'intrigue comme une immense tentative d'inception sur Cobb pour l'inciter à affronter le fantôme de sa femme et assumer le fait de vouloir revoir ses enfants.

L'un dans l'autre, savoir quelle version est celle pensée par Nolan ou non, pour moi cela n'a pas d'importance. Questionner le réel ; s'interroger sur l'origine de nos idées, là était le propos de
Nolan. Si le film est parvenu à nous amener là, je trouve que c'est déjà génial en soi...

Le Nouveau Cinéphile 17/12/2014 22:11

Concernant Inception, j'ai toujours eu cette petite idée qui me trottait dans la tête: Et si tout cela, étant du point de vue de Saito, était forcément biaisé? Tout le film n'est qu'un long effort
de la part de Saito pour se souvenir de ses aventures oniriques; donc, pourquoi la vision que nous aurions du film ne serait-elle pas celle de Saito?

Et en ce qui concerne les scènes où il n'apparaît pas, ce ne sont que des déductions: il imagine et déduit ce qui serait arrivé.

Le Nouveau Cinéphile 17/12/2014 21:13

Salut Homme-Grenouille (ou Startouffe si tu préfère)!

Merci d'avoir pris à nouveau la peine de m'écrire. Si en plus, mes commentaires t'ont donné envie de revoir ce film, j'en suis très content, ce que j'écris sert à quelque chose (d'ailleurs, merci
de l'être abonné à mon compte allociné, ça fait toujours plaisir de se savoir lu :)

Concernant la théorie de l'alliance, j'avoue être un peu bloqué avec ses limites et ne plus y adhérer. J'ai quand même un argument en sa faveur: lors du plan final: Nolan nous ferait croire que la
toupie est le fameux totem de Cobb. En fait, il n'en serait rien, ce serait comme un tour de passe-passe.

Mais concernant Youssef... je sèche, je rend copie blanche. Cela dit, je suis séduit par l'idée selon laquelle le totem serait le même pour Mal et pour Cobb.

Donc, oui, cette fin est belle et bien ouverte. Mais j'aime mieux croire qu'il est quand même réveillé à la fin du film.

Merci encore! Par ailleurs, j'ai continué mon "Parcours Nolan" avec Interstellar. Mon Dieu, que c'est puissant! Un tel film avec une beauté comme celle-ci... Magnifique! Peut-être dans un top
10...

J'aurais peut-être une suggestion: et si tu écrivais un article sur ce que j'aime appeler les "films d'auteurs à grand spectacle"? C'est-à-dire ces films où le divertissement de haute qualité et
l'intelligence non seulement se cotoient, mais se perfectionnent l'une l'autre; je pense par exemple à Inception, Apocalypse Now (et oui, encore lui^^) Heat (tous les films de Mann en général),
Lawrence d'Arabie ou encore Le Dernier Samourai. Après, si tu accepte de consacrer ton temps à un tel projet, parle des films que tu veux bien entendu.

Merci encore et à bientôt!

l'homme-grenouille 16/12/2014 21:10

Salut mon cher cinéphile,

Je ne sais pas si tu repasseras par là, mais je me permets malgré tout de répondre au sujet de notre dernière discussion.

J'ai revu Inception, il y avait longtemps, cela fait du bien.

Et pour le coup, je me dois d'apporter quelques correctifs par rapport à ce que j'ai pu avancer dans mon dernier commentaire. Effectivement, la toupie est bien le totem de Mal. Cobb l'explique à
Ariane, c'est même elle qui est à l'origine de ce procédé pour distinguer réalité et rêve. Donc, sur ce point, c'est indiscutable puisque c'est dit clairement.

Maintenant, la question qui se pose clairement c'est : quel est le totem de Cobb ? Est-ce la bague ? Eh bah je dois bien avouer qu'en regardant le film, je ne vois pas comment on ne peut pas
considérer que le totem de Cobb est... la toupie.

Raison n°1 : Cobb fait tourner sa toupie tout le temps à des moments où il sort de ses rêves, y compris parfois dans la précipitation. Pourquoi, alors qu'il est encore sonné par le somnifère de
Yusuf, se précipite-t-il dans la salle de bain pour la faire tourner à l'arrache sur le recoin d'un lavabo ? Pour se remémorer sa femme ? Vu qu'il ressort d'un rêve traumatisant en sa présence, je
ne pense pas. Non, Cobb utilise la toupie comme totem... Je ne vois pas d'autres explications.

Raison n°2 : Le plan final. Si la toupie n'est pas le totem de Cobb, ce plan final sur la toupie n'a pas de sens. La focalisation de Nolan sur le fait qu'elle s'arrête ou non n'aurait aussi aucun
sens.

Après, la déduction qui pourrait être faite au sujet de cette toupie, c'est qu'elle ait servie de totem, non pas alternativement de Mal à Cobb, mais à Mal et Cobb en même temps. C'était un couple.
Ils "plongeaient" ensemble. Ils étaient fusionnels. Ils avaient le même totem. En soi, ce serait là un bon symbole de ce que raconte ce film : la difficulté de Cobb à accepter la réalité de la
perte et à se rattacher à l'imaginaire.

Donc voilà, après revisionnage, ce que perçoit de cette question des totems !

Si tu as quoi que ce soit à proposer cher Cinéphile, ou n'importe qui d'autres, n'hésitez pas à compléter.

L'homme-grenouille 11/12/2014 22:14

Oh mais oui tutoyons-nous voyons !
On est sur le net, entre cinéphiles : profitons-en ! :-)

Ravi d'ailleurs que les interprétations que je pose sur ce blog t'interpellent et te questionnent. Après, que tu restes séduit où non par la théorie de l'alliance, après tout qu'importe. Ce qui
compte c'est qu'on profite de ce film, qu'on le détricote, qu'on questionne notre point de vue. Moi-même, je ne considère pas mon point de vue comme vérité absolue, et si jamais on me fait pointer
du doigt un manquement dans mes articles, je n'hésiterais pas à les réécrire de suite. ^^

Pour en finir avec Nolan, j'ai envie de te dire "oui, continue à explorer le bonhomme et son oeuvre. A part Insomnia, je trouve que tout vaut le coup d'être vu chez lui. Je me suis en plus risqué
un article pour presque chacun de ses films, donc si le coeur t'en dit, n'hésite pas à te lancer dans un "cycle Nolan" !

En tout cas merci encore pour ton commentaire. Si tu as envie, en lisant mes articles, de découvrir ou de redécouvrir des films (comme 2001 qui est aussi un film qu'il m'a fallu digérer avant de
l'apprécier : rassure-toi) alors j'en suis ravi. C'est cool de se dire qu'une passion peut devenir contagieuse quand elle est partagée sincèrement.

Bon plaisir sur ce blog, et bon plaisir dans ta découverte du cinéma...

Le Nouveau Cinéphile 11/12/2014 00:10

Autant pour moi! Tu a écrit blanc sur noir (ou bien noir sur blanc pour citer Claude Nougaro) la signification de la bague dans le film, si elle n'était pas le totem de Cobb. Mes excuses les plus
cinématographiques.

Le Nouveau Cinéphile 10/12/2014 23:42

Bonjour Homme-Grenouille !

Merci d'avoir pris la peine de me répondre, surtout de façon si conséquente (presque une nouvelle analyse de ce film rien que pour me répondre, merci à toi) ! Et en plus, je suis très content
et flatté de t'avoir donné envie de revoir ce film, que je classe parmi les plus grands dans son genre (la Science-fiction).

Il est vrai que j'ai eu cette idée en regardant le Pourquoi J'ai Raison Et Vous Avez Tort du Durendal (à croire qu'il est lui aussi un extracteur, ou plutôt un "inceptionneur"). Je trouve cependant
qu'elle est assez pertinente: si l'on voit Nolan comme un magicien, il va clairement nous persuader de quelque chose... pour mieux nous cacher la vérité (je ne peux pas dire si c'est vrai ou non,
car je n'ai vu de Nolan que ce film et Batman Begins, mais je ne vais pas tarder à me jeter sur le reste de la trilogie et sur Interstellar).

Un argument que l'on pourrait reprendre serait celui-ci : Cobb fait tourner la toupie parce qu'il pense à Mal. Et il garde son arme en main car il voudrait se suicider, du moins y pense-t-il.
Ou alors, peut-être, le film étant aussi celui de Saito (puisque c'est lui qui doit se remémorer tout cela), il pense que c'est la toupie qui est le totem de Cobb. Alors qu'en fait c'est son
alliance.

Comment l'alliance indique le monde réel ? Précisément par son absence. Sa présence indique au contraire le rêve. Ainsi, au début du film, Cobb l'a au doigt, puisqu'il rêve. Mais sinon, il ne
l'a pas : il est réveillé.

De plus, je ne vois pas l'intérêt de montrer cette bague si elle n'avait pas de signification dans le scénario. À mon sens, Nolan a voulu montrer que nous sommes facilement manipulé par la façon de
faire du cinéma (d'ailleurs, je pense, comme toi si j'ai bien lu ton article, que tout le film est une métaphore du cinéma).

Après, j'avoue que je sèche sur le coffre... mais je ne m'avoue pas vaincu ^^. Sauf si l'on considère qu'elle veut rester dans ce monde à tous prix, qu'elle refuse donc de considérer toute autre
opportunité ; certes, c'est très con comme idée, mais elle-même est déjà un peu dérangée du cerveau à ce moment-là...

Bref, c'est pas très solide. Moi-même, je n'ai pas vu ce film depuis un bon bout de temps.

Concernant Apocalypse Now, je ne pense pas que ce film fasse l'unanimité. De plus, pas mal de questions peuvent se poser: quel est la meilleure version (Originale ou Redux)? Quelle signification?
Film de guerre ou pas? C'est le genre de film qui transcende son genre et ne donne pas de réponses, mais seulement des questions, comme justement Inception, 2001: L'Odyssée de l'Espace, Mulholland
Drive, La Porte du Paradis, Il était une fois en Amérique, parait-il (je n'ai pas vu tous ces films, je n'en parle que de réputation). Et accessoirement, Apocalypse Now est probablement mon film
culte, tout comme 2001 pour toi. Cela dit, je conçois que tu n'a peut-être que peu de temps, et je t'en voudrais pas (trop^^) de ne pas écrire d'article dessus.

D'ailleurs, sur 2001, je n'avais pas aimé mon premier visionnage (je trouvais ça trop lent, vide, froid et incompréhensible). Mais ce que tu a écrit dessus m'encourage à lui redonner sa chance et
j'irais le revoir avec plaisir.

Une dernière chose : dans mon précédent commentaire, je t'ai vouvoyé, je pensais avoir l'air un peu « familier » en te tutoyant. Cela dit, puisque tu me tutois, je te suis sur cette
ligne de conduite, si ça te va.

Dans tous les cas, merci encore pour ta réponse ! Je poursuis ma découverte de ce blog avec plaisir !

L'homme-grenouille 10/12/2014 21:35

Salutations, nouveau cinéphile !

Tout d’abord un triple merci ! Un premier merci pour les compliments que tu me fais. Ça me touche : je trouve ça vachement sympa. En plus, à te lire, tu as parfaitement compris l’état d’esprit de
ce blog. Effectivement ce ne sont que des avis personnels. Libres à vous de les partager ou non. Moi je ne les mets à disposition que pour vous exposer un nouveau point de vue susceptible
d’enrichir le vôtre. Rien ne nous empêche d’en discuter par la suite pour continuer la stimulation de chacun. Ensuite, deuxième merci pour ressortir cet article de l’oubli. L’air de rien ça me
redonne envie de le revoir ce film avec tout ça ! Ça c’est quand même chouette. Et enfin un troisième merci pour me donner l’occasion, par ton commentaire, de revenir sur cette fameuse théorie de
l’alliance qui se diffuse pas mal en ce moment depuis que ce bon vieux Durendal l’a mise en avant dans l’une de ses récentes émissions consacrées à l’ami Nolan.

Alors puisque tu me poses la question de savoir ce que j’en pense, je te répondrais qu’elle est intéressante parce qu’elle nous pousse tout à chacun à porter davantage d’attention à la richesse de
détails de ce film (…et malgré ça, il y en aura encore qui trouveront le moyen de rabâcher que le cinéma de Nolan est pauvre !). Mais à mon sens, toute séduisante puisse-t-elle être, il m’apparait
évident que cette théorie ne tient pas la route. Je vais t’expliquer qu’est-ce qui me fait dire ça, tu vas me dire ce que tu en penses…

D’abord, première question, si l’alliance est un totem, pourquoi n’existe pas A LA FOIS dans la réalité et dans le rêve. Cobb explique bien que le but d’un totem est de pouvoir être testé en
permanence, pour voir justement si on est dans la réalité ou non. Il faut qu’un détail connu de son seul propriétaire puisse distinguer réalité et rêve. Or là, contrairement à tous les autres
totems, l’alliance n’existe que dans une dimension. Comment jauger le poids, le reflet, une caractéristique quelconque d’un objet sur lequel on n’arrive plus à mettre la main ? Si le totem n’existe
plus, disparait dans une dimension, il ne peut plus jouer son rôle de totem. Non ?

Deuxième question : si la toupie n’est pas le totem de Cobb… Mais pourquoi la faire tourner en permanence dès qu’on a l’impression qu’on switche d’une dimension à l’autre ??? Il y a quand même une
scène où Cobb tient un flingue à la main pour voir si la toupie s’arrête ou non. Si ce n’est pas un totem, elle va forcément s’arrêter, donc le flingue ne servirait à rien. Certains disent comme
toi que, du coup, il s’agit là bien d’un totem permettant de distinguer le réel du rêve, mais que ce n’est pas le sien, c’est celui de Mal… Mais là encore ça ne tient pas la route : chaque totem
est personnel. Si cette toupie est le totem de Mal, Cobb n’en connait pas la spécificité ou n’est pas sensé la connaitre ! Donc à quoi bon l’utiliser ? Un totem n’est efficace que pour son
propriétaire ! S’il ne faut rien en révéler c’est seulement pour éviter que l’Incepteur introduise cette particularité dans le rêve ! Cette toupie est le totem de Cobb, sinon il serait illogique
que Cobb, qui fixe lui-même cette règle, l’utilise ainsi.

Troisième question. Si cette toupie est sensée être le totem de Mal et non celui de Cobb, pourquoi la cache-t-elle dans son coffre ? Un totem sert à vérifier si on est dans le réel ou dans le rêve,
or Mal ne veut plus faire la distinction, elle n’a que faire des totems ! C’est Cobb qui ne veut pas s’abandonner au rêve ! C’est Cobb qui veut encore faire la distinction ! C’est Cobb qui a besoin
d’un totem ! Mal planque la toupie de Cobb dans son coffre pour qu’il s’abandonne au rêve comme elle le souhaite. Parce que bon, planquer son propre totem dans un coffre dont on a la combinaison,
c’est pas une idée très fut’fut en soi !

Dernière question : quel intérêt aurait Nolan à induire ce genre de raisonnement dans son propos ? Nolan est un mec qui a une logique dans son propos, une démarche qui est sans cesse la même. Un
individu accomplit un parcours initiatique pour prendre conscience de ses propres aliénations, et le plan final renvoie systématiquement à sa libération, ou du moins à la prise de conscience du
mécanisme qui l’aliène. Pourquoi Cobb finirait-il donc le film, à faire tourner une toupie qui n’a aucun sens, alors qu’il sait depuis le départ – suppose la théorie de l’alliance – qu’il est dans
le monde réel ? Quel sens aurait ce plan ? Un plan aussi fondamental que celui-là serait sans aucune signification dans le schéma de Nolan ? Juste pour le piège ? C’est vraiment mal connaitre le
bonhomme ! Tout le questionnement à porter sur le rapport au réel et au fantasme s’écroulerait comme un château carte, juste pour un tour de passe-passe dont il n’a même pas anticipé la lecture.
Pas logique tout ça…

Du coup cette alliance… Simple hasard ? Non. Nolan est un mec qui ne supporte pas le hasard, l’absence de réflexion. Quand il choisit un plan, un nom de personnage, une action commise, il doit
forcément y avoir un sens et une cohérence avec le reste de l’ensemble. Tout ça passe par un jeu de symboles dont l’alliance fait partie. L’alliance, à mes yeux, est davantage le symbole de
l’omniprésence de Mal dans l’esprit de Cobb. Dans le réel, il accepte sa perte ; il veut revoir ses enfants qu’il a laissés seuls. Dans son esprit par contre, Mal est un souvenir qui hante son
esprit et dont il ne parvient pas à se détacher. Dans le monde du rêve, il est encore lié à elle, et la culpabilité revient sans cesse l’entraver dans cette entreprise qui lui est pourtant si
chère. L’alliance est un symbole dans Inception, un parmi tant d’autres. Certes, ce n’est pas le plus visible ; certes il faut savoir le débusquer ; mais ce n’est pas parce qu’il n’est pas évident
à voir qu’il est un secret et que, sous prétexte qu’il soit un secret il en devient du coup la clef d’un mystère. Je comprends qu’on puisse s’enflammer sur ce genre de théorie : elles sont
intéressantes car elles nous permettent de revenir sur certains détails non vus à la première vision. Mais il ne faut pas non plus tomber dans le piège inverse : ne plus voir que ça du film et
oublier tout ce qui se dit autour…

Après une telle réponse à ta première question, tu comprendras que je répondrais plus succinctement à la seconde^^… Pour être honnête, je ne pensais absolument pas faire un article sur Apocalypse
Now tant ce film me parait limpide. Ce film est d’ailleurs reconnu par tous comme un chef d’œuvre et en ce sens j’avoue ne pas du tout me distinguer de la masse. Si j’avais à écrire dessus je ne
vois vraiment pas ce que je pourrais dire qui n’ait déjà été dit. Bon, après, tu me donnes du coup envie de le revoir. J’aviserais en fonction de ça… Qui sait… ^^

Enfin bref, encore merci pour ce commentaire. J’espère que ma réponse saura te satisfaire et te questionner encore davantage sur ce film !

Le Nouveau Cinéphile 09/12/2014 11:22

Merci pour cet article très intéressant sur ce film que j'apprécie énormément.

J'ai juste deux remarques:

La première concerne la fin: à mon sens, elle n'est pas ouverte, Cobb est rentré chez lui. Son totem n'est pas et n'a jamais été la toupie, c'est son alliance. Quand il l'a, il rêve; quand il ne
l'a pas, il est éveillé. Or, il ne l'a pas quand il rentre chez lui, on peut donc en conclure qu'il est dans le monde réel.

La seconde: voudriez-vous écrire un article consacré à Apocalypse Now? Il entrerait parfaitement dans la catégorie des films inconnus ou incompris.

En tous cas, je trouve ce blog très intéressant, même si je ne suis pas toujours d'accord avec vos avis (que voulez-vous, quand on aime le Seigneur des Anneaux...). Mais je trouve tous ces articles
très bien écrits. Merci encore!

Startouffe 13/11/2010 11:48

Non non, l'inception est bien partout !Salutations cher 406coupé (mais qui peut bien se cacher derrière cet adorateur de voiture mythique ?)

je te rassure tout de suite, je trouve que ta remarque est au contraire totalement dans le sujet ! C'est justement la force de Nolan que de chercher à disséquer le fonctionnement de l'esprit humain sous tous ces aspects. Le discours d'Inception n'est pas qu'une simple distraction de l'esprit totalement distincte du monde réel dans lequel nous vivions tous. L'idée d'influence, de conditionnement, est au contraire un fondement de la société humaine et du comportement de groupe. Voir de l'inception partout, c'est avoir saisi la démarche de ce type de film : regarder NOTRE monde autrement.

Alors oui - définitivement oui - l'inception est partout.

Servilement toi,
Startouffe.

406coupe 10/11/2010 16:15

Encore un article foisonnant d'idées. Ta vision de ce film qui, je m'en souviens encore, nous a tous laissé coi à la sortie de la salle, m'amène à faire un parallèle avec le monde de l'entreprise en général et des techniques de communication en particulier. Les références ne sont pas très glamour, je te l'accorde, mais c'est le monde professionnel auquel j'appartiens.
Quand tu as une idée ou un message à transmettre à quelqu'un, on t'apprend que, la meilleure technique, est d'amener ton interlocuteur à formuler lui même l'idée pour lui faire croire qu'il l'a trouvée seul. Ce n'est ni plus ni moins qu'une sorte de manipulation mentale.
Certaine personne de mon entourage use de cette technique en permanence, parfois même comme un réflexe, juste par habitude.
Ces techniques sont même utilisées à grande échelle par les états quand ils ont un message à faire passer à leur population : cf la préparation à la guerre en Irak.
Je digresse certainement un peu mais voilà à quoi m'a fait penser ton article.

Startouffe 16/09/2010 17:28

L'inception est partout...Salutations ô ami Rupo...

Pour répondre brièvement à ton commentaire (non pas qu'il ne soit pas intéressant - c'est surtout que je n'ai rien à rajouter à ce qui est dit) tu as bien raison de supposer que j'amalgame le concept d'inception à celui de conditionnement/influence... Il me semble que c'est là tout le propos du film. Chacun cherche à se protéger de l'influence des autres, espérant ainsi pouvoir penser et créer par lui-même. La réalité du film c'est qu'au final, nous sommes tous le produit d'influence, et donc plus ou moins d'inceptions. Or, effectivement, je ne pense pas que Nolan pose cette idée comme une chose à connoter négativement. A la fin tout le monde est heureux, ce qui est rare dans un de ses films, donc c'est sûrement que l'inception n'est pas à si condamnable que cela dans le principe. Nolan nous fait juste prendre conscience de quelque chose, il nous fait regarder autrement. Et, pour moi, c'est cela un véritable cinéaste, un véritable artiste...

SuperRupo 05/09/2010 22:14

Bon alors moi je suis justement sorti du film sans interprétation et c'est donc avec plaisir que je découvre les votre. J'aime beaucoup l'idée que l'on soit incapable de créer une idée de nous même. Ca illustrerait ce (triste?) constat que l'humain et l'humanité ne soient pas capables de créativité pure. Au final, les réalisations ne sont que la copie de ce que l'humain a observé de son monde et de ces prédécesseurs. En tout cas, cela explique un des rare (voir le seul) aspect du film qui m'avait laissé dubitatif, le fait que les limbes soient aussi basiques. Par là j'entends que l'on n'y voit que des buildings, certes nombreux et impressionnants mais au final sans réelles créativités. Comme si lorsque l'imagination humaine arrivait à ses limites, celui ci chercherait à compenser par un aspect plus gros, plus fort, plus impressionnant mais en ayant abandonné d'y apporter de l'innovation. En découvrant les limbes, m'attendant à quelque chose d'incroyable, de jamais vu, je me suis dit "quel manque de créativité", on nous fait miroiter le plus fantastique des bacs à sable pour nous proposer ca. Peut être que ces limbes n'illustrent-elles que l'impasse créative dans laquelle se sont retrouvés Dom et Mall...

Sinon concernant l'aspect de l'article où tu émets l'hypothèse que toute nos idées ne sont peut être finalement que l'inception, je suis plutôt d'accord même si je crains l'amalgame entre inception/condionnement/influence de l'environnement/connaisssance. Alors peut être que quand tu parles d'inception tu englobes tout ca. En tout cas je ne vois rien de choquant à se rendre compte du fait que l'on n'est que la marionnette des influences extérieures. Au contraire, je pense que c'est un moyen de grandir parce qu'en détectant l'origine d'une idée, on dispose de nouveaux moyens de considérer celle-ci. Par exemple on a une idée de blague et on se rend compte que celle-ci est directement induite par une situation à laquelle on a assisté. On peut ignorer cela et la blague pourra très bien fonctionner. Mais on peut également se demander ce qu'on a apporté à cette blague et chercher ce qu'on peut y ajouter. Et peut être est-ce là le moyen pour l'humain d'accéder à la création pure. C'est d'associer de nouveaux mécanismes à partir de ressorts existants pour créer quelque chose de nouveau.

En tout cas, c'est toujours un réel plaisir de lire tes articles mon cher Startouffe car ils participent à des émulsions d'idées des plus intéressantes.

Startouffe 02/09/2010 14:48

Très intéressant les gars...Salutations et merci pour vos deux commentaires...

Tout d'abord merci de laisser une petite pub pour le blog d'Inception. C'est un véritable plaisir de laisser ce lien dans les commentaires tant la passerelle entre cet article et ceux d'autres blogs qui s'efforcent d'explorer cette oeuvre magistrale qu'est Inception relève de l'évidence même. (Je conseille d'ailleurs à tous ceux qui sont arrivés jusqu'ici d'aller y faire un tour, j'ai personnellement trouvé cela très intéressant même si je n'ai pas encoàre tout lu.)

Je pourrais en dire de même concernant le commentaire de Big-cow. Merci de faire partager ton intéressant point de vue sur cette page car, effectivement, je n'avais pas forcément regardé les choses sous cet angle alors que pourtant ce que évoques prend beaucoup de sens au regard de l'ensemble du film et semble même évident. Adire vrai, j'ai bien évoqué le principe de la temporalité particulière que Nolan donne à ses rêves, mais seulement en conclusion et exclusivement sous l'angle de la métaphore par rapport au cinéma. En effet, je trouve que Nolan aborde regarde souvent son propre art dans chacune de ses oeuvres et, un peu comme dans "le Prestige" où le mystère du tour de magie est associé au mystère de l'intrigue d'un film, ici le rapport temporel "rêve/réalité" d'Inception semble faire référence au rapport "film/réalité". En effet, si le film dure 2h, il condense souvent des évènements bien plus étendus dans le temps supposés de l'intrigue, et encore pluès si le réalisateur a l'intelligence et l'audace d'introduire dans son intrigue d'autres intrigues... C'était du moins le point de vue par lequel j'avais - dans la salle et dans cet article - abordé cette oeuvre.

Seulement voilà, tu as raison de coupler la temporalité du film au fait que celui-ci soit "stratifié" en différents niveaux d'intrigue. Loin de juxtaposer, les niveaux ici s'imbriquent et s'entremêlent. Finalement, notre réalité est le niveau 0, celui où toutes les strates sont emboîtées pour donner une image de la réalité complexe et faussement lisible. Or, en descendant les niveaux, le film se rapproche petit à petit de la "source" des sentiments et des idées de chacun, simplifiant la lecture de la réalité en en décomposant les strates. Ainsi, ton point de vue consistant à voir les niveaux les plus inférieurs comme étant les plus simples et simplistes est totalement cohérent avec cette lecture d'ensemble. Surtout que finalement la lecture de Nolan se fait dans les deux sens : d'abord il décortique les strates unes à unes puis, dans son ballet final (une fois que le spectateur a su dissocier chaque élément de construction de la personnalité de chacun), il reconstitue l'ensemble et on revient à une réalité qui a n'a changé en rien d'un point de vu concret et matériel, mais qui totalement bouleversé dans la perception que l'on s'en fait. Ainsi tu dis que chacun s'est construit communément l'intrigue, j'y ajouterais que surtout, chacun s'est découvert au-delà de la vision de surface qu'est notre apparence dans la vie de tous les jours.

Enfin bon, tout ça pour dire, cet "Inception" dépote quand même, car chaque interprétation ne fait qu'enrichir notre perception de l'oeuvre plutôt qu'elle ne se confronte les unes les autres. Ca c'est la marque des chefs d'oeuvres à mes yeux, et Inception en est un, à n'en pas douter.

Big-cow 29/08/2010 10:05

Assez intéressant comme point de vue, mais il y a un aspect que je ne me souviens pas de t'avoir entendu parler, c'est la dimension temporelle du rêve, le fait que, plus on franchit de strates, plus le rêve se ralentit, alors que le temps de la réalité reste court. Ca accompagne bien cette métaphore du film comme de celle du cinéma : afin d'assister au spectacle final (le démantèlement de son empire financier par Fischer), tous les personnages de l'histoire apportent leur pierre à un édifice bâti dans la durée : c'est par excellence une métaphore du travail du réalisateur et de son équipe qui créent un film dans la durée. On peut même s'amuser à démanteler les éléments du principe. Ainsi, la scène dans la neige pourrait être celle où l'idée du film émerge : monde blanc (vide, à remplir) et présence unique d'une idée. On peut ainsi remonter la chaîne, jusqu'à la ville-labyrinthe créée par Ariane et qui sert de décor à un film d'enlèvement. A noter également la façon dont chacun apporte sa contribution au film/rêve, dont chacun influe sur le rêve, d'Ariane qui en dresse les premiers plans à Eames qui s'amuse à rêver à une plus grosse arme qu'Arthur. Dans la mesure du possible, dans la mesure où ça ne disloque pas le voeu du rêveur, sa volonté inconsciente (et en témoigne le passage d'Ariane dans le rêve de Cobb), chacun peut influer sur le rêve, et par là sur l'oeuvre finale, jusqu'à la manipulation, donc.

Sinon, excellent blog ^^ ça fait un paquet de temps que je passe, et j'applaudis la qualité des articles. Bonne continuation !

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