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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 20:14

 

  ip-man-copie-2.jpg       http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/57/15/20510037.jpg

17 avril 2013 : sortie en France de The Grandmaster de Wong Kar-Wai. Ceux qui me suivent me connaissent : j’aime aller voir les films sans rien n’en savoir, et ce fut le cas pour ce Wong Kar-wai là. Première surprise : c’est un film de kung-fu. Deuxième surprise : c’est un film sur Ip Man. Pardon… Je reformule : c’est ENCORE un film sur Ip Man ! Oui encore ! Car Ip Man n’est pas un héros de comic américain qu’on adapte à tour de bras comme on le fait aux States avec les licences Marvel. Ip Man est un maître d’arts martiaux de Fochan qui s’est fait connaître durant l’entre-deux-guerres et qui a fini sa carrière dans les années 1970 à Hong-Kong. Faits notables qui ont contribué à faire de lui une figure qui attire les cinéastes de Hong-Kong : d’abord il fut vaguement résistant contre l’occupant japonais lors de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi et surtout, il fut le maître de Bruce Lee, incarnant ainsi le lien entre la Hong-Kong moderne d’après-guerre et la Chine millénaire des arts martiaux traditionnels. Mais bon… Contrairement à une autre grande figure de Fochan, Huang Fei-Hong, qui a eu le droit à une flopée de films qui lui furent dédiés (notamment la remarquable saga Il était une fois en Chine de Tsui Hark) Ip Man fut totalement ignoré du cinéma Made In HK… jusqu’à très récemment donc.

large_510559.jpg http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/57/15/20474290.jpg

Le premier Ip Man date seulement de 2008. On le doit à Wilson Yip, et c’est le très célèbre (et très lifté) Donnie Yen qui prend les traits du maître. Et voilà que seulement cinq ans plus tard, Wong Kar-Wai s’empare du « mythe » et nous livre donc la quatrième adaptation à l’écran de la vie d’Ip Man, avec en plus – excusez du peu – Tony Leung dans le rôle du maître... Oui, vous avez bien lu… La quatrième. Car entre temps, en 2010, un certain Herman Yau s’est risqué à un autre film sur le bonhomme – intitulé A Legend Is Born – tandis que, la même année, Wilson Yip nous gratifiait d’une suite à son premier Ip Man ! Le pire, c’est que Wong Kar-Wai ne clôt même pas – même temporairement ! – l’histoire du grand maître au cinéma, puisqu’une suite au film d’Herman Yau est déjà en préparation ! Mais que ce se passe-t-il donc à Hong-Kong ? Qu’est-ce qui explique donc que, subitement, l’un des cinémas les plus dynamiques d’Asie se passionne sur la vie d’un personnage historique qu’elle a pourtant si longtemps ignorée, voire carrément boudée ? La mort récente du bonhomme ? Des études historiographiques récemment publiées ? Non… Rien de tout cela. L’explication tient à un seul évènement, historique certes, mais qui n’a rien à voir, ni avec Ip Man, ni avec le cinéma… Cet évènement, c’est le rattachement de Hong-Kong à la sphère d’influence de la République Populaire de Chine. Oui, l’intérêt pour Ip Man n’est pas artistique, il est purement politique. Et quand le cinéma de Hong-Kong commence à faire de la politique à la mode chinoise, c’est rarement à l’avantage du cinéma…

 

Deux films, deux Ip Man : mais où est le vrai ?

 

Ip Man et The Grandmaster, des films politiques ? Mais de quoi parle-t-il l’ami batracien ? C’est vrai que, si vous avez vu l’un ou l’autre, peut-être n’avez-vous pas été réceptif à cette dimension là. Que ce soit dans le film de Wilson Yip ou bien dans celui de Wong Kar-Wai, il n’est jamais vraiment question de politique : il est surtout question de tatanes ! Oui… C’est vrai, on se bat beaucoup et on réfléchit très peu, dans un film comme dans l’autre. D’ailleurs, le seul bouleversement politique auquel ces films pourraient se raccrocher, c’est l’invasion japonaise. Mais bon… C’était surtout l’occasion de faire là de l’héroïsme et du sentimentalisme bon marché ? Non ?... Eh bien justement : je pense que la première chose qui pourrait vous mettre la puce à l’oreille, et qui visiblement n’a même pas effleuré l’esprit ces grandes sommités intellectuelles que sont nos chers critiques de la presse (…oui, une petite pique par article et par critique, c’est ce que me conseille mon médecin), c’est que l’histoire d’Ip Man y est considérablement différente qu’on soit chez Yip ou chez Wong ! Or, face à un tel constat, on pourrait alors se poser quelques questions : quelles sont les différences ? Qu’est-ce qui a motivé ces choix diamétralement opposés ? Qui est davantage dans le vrai ? Ce n’est qu’en se posant ces questions qu’on peut se rendre compte de ce qui anime Hong-Kong en ce moment, notamment dans sa frénésie quasi-hystérique qu’elle entretient actuellement pour Ip Man…

 

ip-man-burce-lee-copie-1.jpgComme je le disais un peu plus haut, il n’y a pas grand-chose à savoir sur ce cher Ip Man. Issu d’une famille plutôt aisée, Ip Man recevra une éducation traditionnelle à Fochan auprès de vieux maitres d’arts martiaux, ainsi qu’un enseignement plus occidental à Hong-Kong. Le jeune homme fera ses études à cheval entre les deux villes, mais un écart de conduite à Hong-Kong l’obligera à revenir s’installer définitivement à Fochan. Visiblement forte tête, le jeune homme s’enrégimentera dans l’armée, période durant laquelle il enseignera informellement sa maitrise des arts martiaux. Mais l’arrivée des Japonais va venir briser l’ascension du maître. Réfractaire à la présence nippone, il s’exilera dans les campagnes alentours durant toute la période d’occupation. La guerre finie, il revient à Fochan, mais l’avènement de la Chine communiste le fait repartir finalement à Hong-Kong. C’est là qu’il ouvrira sa première école d’arts martiaux, école dans laquelle le fameux Bruce Lee viendra faire ses classes. Cet épisode durera une vingtaine d'années puisque Ip Man meurt en 1972. On ne retiendra à l’époque de lui que ce seul fait : c’est grâce à lui que le Wing Chun n’est pas tombé en désuétude… Voilà, c’est vrai qu’au fond, il n’y a pas de quoi grimper au rideau… Et c’est justement en sachant cela que, d’un seul coup, les films Ip Man et The Grandmaster deviennent très surprenants ! Ce n’est finalement pas ce qu’ont retenu les réalisateurs de la vie d’Ip Man qui est intéressant, c’est surtout ce qu’ils ont décidé de fantasmer, d’inventer, de délirer. Car oui… C’est deux films sont de purs délires par rapport à l’Histoire. Mais ça finalement on pourrait s’en foutre, car ce qui compte c’est ce que les deux réalisateurs ont décidé de faire dire à ce personnage là. Et ce qui est fort, c’est qu’on se retrouve au final avec deux Ip Man totalement différents…

 

1950-showing-Sifu-Yip-Man.jpgJe parlais tout à l’heure de politique, et que finalement il n’y avait pas beaucoup d’occasion de parler de politique dans ce film. Et bien pourtant pas du tout ! Il y a quand même une chose dans le parcours de la vie d’Ip Man qui est éminemment politique, c’est son espace de vie. En seulement une quatre-vingtaine d’années, le bonhomme a connu trois Chine différentes ! Trois Chine diamétralement opposées d’un point de vue politique : il y a la Chine moderne de Sun Yat-Sen et de Tchang Kai-Chek sous influence coloniale, il y a la Chine résistante qui cherche à s’unir face à l’ennemi japonais, puis il y a cette Chine divisée en deux entre le continent communiste et les îlots ouverts à l'Occident comme Taïwan et surtout Hong-Kong. Ce qui est intéressant entre ces deux films, c’est qu’ils ne consacrent absolument pas la même importance aux trois temps. Ip Man, lui, focalise essentiellement son attention sur l’occupation japonaise. En termes de timing, elle occupe les deux derniers tiers du film. La période coloniale sert de situation initiale durant laquelle la montée en puissance des Japonais est surtout mise en avant. La période Hong-Kong est quant à elle purement zappée, puisqu’elle se réduit en tout et pour tout à un simple synthé en fin de film pour dire que – oui – Ip Man finira sa vie à Hong-Kong… Alors certes, il y aura une suite à Ip Man qui évoque certainement la période Hong-Kong (désolé, je ne suis pas maso : ma santé passe avant la richesse de documentation de mes articles, donc je ne l’ai pas regardé pour vérifier), mais avant 2010 ce n’était pas le cas, et il fallait bien prendre le film pour ce qu’il était et ce qu’il est toujours : une unicité. The Grandmaster n’opère pas le même découpage : on a un découpage en trois tiers plus évident, mais où ce coup-ci la partie japonaise est plus restreinte, en faveur notamment de la Chine d’avant-guerre. Et là aussi il y a un changement par rapport à Ip Man, car les Japonais ne sont que très rarement évoqués et même jamais montrés dans cette première partie. Pourquoi je précise tout cela avant de rentrer dans le vif du sujet ? Pour une raison bien simple : c’est que c’est bien leur logique de découpage qui révèlent clairement les intentions de ces deux films. Or, il me semble clair et net qu’on a affaire ici, non pas à deux visions différentes d’un même homme, mais au contraire à une opposition idéologique entre deux Hong-Kong, deux cinémas : d’un côté un cinéma pro-république populaire, de l’autre un cinéma pro-libéral. Il y a d’ailleurs fort à parier que le film de Wong Kar-Wai soit en fait une réponse, voire même une riposte, au film de Wilson Yip. Explications…

 

Ip Man, le héros national… et nationaliste !

 

En toute logique, commençons par celui qui a ouvert les hostilités : l’Ip Man de Wilson Yip. Après tout, c’est lui qui ressort le vieux maître de l’oubli. Quelle était son intention, notamment en insistant sur l’occupation japonaise ? C’est vrai que les enjeux internationaux liés à la Seconde guerre mondiale sont vraiment le centre du propos de ce film. Les enjeux de la Guerre mondiale sont d’ailleurs tellement au cœur des préoccupations du film que celui-ci commence… dans les tranchées françaises de 1914-1918 ! Oui, Ip Man, le vrai, n’a jamais participé à la première guerre mondiale, mais dans le film de Wilson Yip, il est un héros de la Grande Guerre… Pourquoi ? Quel intérêt ? Quelle intention ? Eh bien visiblement, Wilson Yip entendait par là rectifier un « oubli de l’Histoire » ! Car oui – visiblement on le passe trop rapidement sous silence – mais les Chinois étaient déjà là dans ce premier grand enjeu de l'Histoire qu’est la Grande Guerre ! Certes, ils y sont parce qu’on les y a forcé, mais ils y sont, et ils sont sacrément bad ass… Alors que les Français reculent face à l’avancée allemande, les Chinois eux leur mawashi-gérisent la tronche grâce à leur super karaté (oui, c’est japonais le karaté, du moins « c’était », car depuis 2010 et la sortie de Karaté Kid, les Chinois ont racheté le karaté). Bref, dès l’intro, le ton est donné : ce sont les Chinois qui ont gagné la Première guerre mondiale. Et pourtant, qu’y a gagné la Chine ? Rien. Au contraire : c’est le perfide ennemi japonais qui récupère le comptoir allemand de Qingdao ! Chiens d’Occidentaux ! Ils n’ont décidemment aucun esprit de justice ! Maintenant la mauvaise graine est plantée et le mal va alors s’étendre…

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Sur ce, le film nous ramène alors à Fochan, véritable lieu de vie d’Ip Man pour l’occasion... Tout semble rentrer dans l’ordre : Ip Man, héros de guerre (qu’il n’a jamais été), reprend cette école d’art martiaux qu’il avait ouvert dans sa ville de naissance (mais qu’il n’a jamais ouverte en réalité) et devient ainsi le maître le plus respecté de la ville (ce qu’il n’a jamais été non plus). Grâce à sa connaissance totale de la culture chinoise ancestrale (et à ce talent inestimable qui consiste à lever le pied sans faire péter les coutures de sa chirurgie faciale) Ip Man devient la fierté de Fochan, celle qui permet de faire culminer la culture et l’art chinois jusqu’à leur firmament… ou du moins celle qui « aurait pu permettre ». Car oui, déjà les Japonais sèment la pagaille. Du nord, ils ont fait migrer des bandes de brigands vers le sud, qui troublent la hiérarchie naturelle de Fochan, l’empêchant ainsi de rayonner à son plein potentiel. D’ailleurs, ces perfides Japonais sont déjà en ville. Ils obligent les filles des cabarets à chanter en Japonais. Ip Man, engagé comme pianiste (ce qu’il n’a certainement pas été non plus) préfère jouer l’Internationale par défi, Internationale que les bourgeois occidentaux entonneront d’ailleurs avec joie (??????) aux côtés des Chinois. Mais les Occidentaux sont des faibles, ils ne voient pas la menace… Ils n’ont pas l’audace de s’opposer. Ils abandonnent face à l’adversité, alors que les Chinois eux osent lutter. Bon, vous allez me dire : il y a bien un moment où, dans le film, les Chinois se prennent une raclée, car il va bien falloir justifier l'occupation japonaise ! Alors oui, c'est vrai, il y a un moment où les Chinois se prennent une raclée (qu'on ne verra pas bien sûr : une ellipse zappe cet épisode fâcheux). Mais le film insiste bien : les Chinois pouvaient lutter, ils pouvaient vaincre. Le problème est venu du général Zheng. Il s'est laissé influencer par les Japonais : il a été est faible, parce qu'à cause de lui, les Chinois ont été divisés ! Le général Zhao lui était l'homme bon de la Chine, il oeuvrait à « l’union du peuple chinois ». La Chine n’a été faible que parce qu’elle a été divisée. Mais bon, au fond ce problème va vite être réglé, car en battant les Chinois, les Japonais ont commis une terrible erreur. Contre l'ennemi commun, l'unité de la Chine va se faire et alors là, ce ne sera plus du tout la même chose…

 

IpMan-121410-0009.jpg Alors avant que j’en finisse avec Ip Man, je vous vois déjà venir. Vous vous dîtes que j’en fais trop, que j’exagère… Aucun de ces détails n’est inventé. Ils sont tous présents dans le film et décrits tels quels. Alors bien évidemment, quand on dilue ça au milieu de toute une série de tataneries, ça saute moins aux yeux. Mais il suffit d’avoir un peu de mémoire et de sens critique pour se rendre compte qu’en fait, le film ne parle que de ça : la force de la Chine brimée par les étrangers. Et si j’ai encore des réticents, je les invite alors à se questionner sur les deux derniers tiers du film ! Il est quand même question du rôle de résistant d’Ip Man lors de l’occupation japonaise ! J’emploie bien le terme de « résistant », car face à l’atrocité des Japonais, personne n’aurait pu tolérer pareille ignominie ! Alors je ne vais pas dire que les agissements du Japon en terres chinoises n’étaient pas si atroces que ça – bien évidemment ils l’ont été – mais bon… De là à faire d’Ip Man un Oscar Schindler ??? Dans le film, le mec se retrouve à la tête d’un réseau de résistance clandestin, où il fait travailler des gars pour les protéger de l’épuration japonaise ? Non mais la blague ! …Et pourquoi la blague ? Parce que JAMAIS Ip Man ne fut résistant. Du moins pas dans un sens aussi actif que le laisse suggérer le film ! Qu’a fait Ip Man ? Il a juste refusé d’enseigner son art aux Japonais. Alors OK, c’est un réfractaire, mais de là à diligenter des actions de résistance ? Non mais BEST JOKE EVER quoi ! (oui, j’aime satisfaire mon public kikoo-lol) Et le pire c’est que le film s’arrête là-dessus ! C’est-à-dire qu’après avoir inventé une vie de dingue à un gars qui s’est juste contenté de se planquer dans un village pendant cinq ans (alors je ne dis pas que ça n’a pas été rude : ses deux filles y passeront…), les gars, bah ils s’arrêtent là-dessus, zappant totalement le fait qu’il ait filé à Hong-Kong, de peur que les communistes le fourrent en taule pour avoir été officier dans l’armée du Kuomintang ! Ils préfèrent finir sur un synthé glorifiant la grandeur de la nation chinoise qu’Ip Man a si merveilleusement incarné face à l’ennemi japonais. Je ne déconne pas, c’est dit avec aussi peu de subtilité que ça. Bref, ça me parait suffisamment évident : Ip Man, ne se limite pas qu’au simple film de kung-fu. Au contraire, je pense même que le but premier de ce film n’a jamais été de divertir. Dès le départ, cet Ip Man est clairement un produit pensé par la RPC pour reconstruire l’Histoire en faveur de l’idéologie actuelle du parti communiste (qui n’est d’ailleurs plus le communisme – et c’est ça qui est le plus drôle ! – mais le nationalisme). La voila donc, la première conséquence de la rétrocession. Et le pire, c’est qu’on la ressent jusqu’à chez nous, dans nos propres salles de cinéma…

     

The Grandmaster : la riposte du Ip Man défenseur des libertés.

     

Oui, depuis la rétrocession de 1997, Hong-Kong est rentrée dans une nouvelle ère. Techniquement, la République populaire de Chine accepte, en échange de la rétrocession de la colonie, de préserver les mécanismes économiques, sociaux et législatifs de l’entité qu’elle absorbe… et cela pendant une durée de 50 ans. Techniquement donc, Hong-Kong est tranquille jusqu’à fin 2046. Seulement voilà, après quelques années de calme, l’arrivée massive de ressortissants chinois a créé des tensions entre les deux populations, souvent attisées par l’intervention des deux autorités politiques respectives. Malgré tout, à par un projet de loi douteux sur les programmes scolaires, jamais la République populaire n’a outrepassé cet accord de respect des institutions qu’elle avait passé avec Hong-Kong et son ancienne métropole. Mais comme le prouve Ip Man, la RPC sait aussi utiliser les règles du libéralisme économique en vigueur à Hong-Kong pour y augmenter son influence. Après tout : on est libre de faire les films qu’on veut à Hong-Kong, non ? Ce n’est que du cinéma ! Bah voyons… Sur les dix dernières années, ce cinéma « nationaliste » a su attirer quelques stars dans son giron, qu’il s’agisse de Donnie Yen, Shu Qi, Jackie Chan et – plus surprenant encore ! – l’opposant d’hier, Zhang Yimou. Face à l’avalement inéluctable d’Hong-Kong par l’ogre chinois, un cinéma libéral de protestation résiste. Et voilà Wong Kar-Wai, le plus occidental des réalisateurs hongkongais, qui signe la révolte. Ils ont voulu s’accaparer les héros du passé, dont le maître de Bruce Lee ?! Fock You ! Même si en 2047 tout sera foutu (une année qui l’obnubile tellement qu’il y consacrera un film : 2046), Wong Kar-Wai lance donc la révolte en allant chiper Ip Man à la main des nationalistes. Il n’a jamais fait de film de kung-fu, mais il s’en fout : maintenant l’histoire de Ip Man va s’écrire à sa manière…

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/57/15/20474309.jpg Ip Man n’est pas un héros nationaliste ; c’est du moins ce que Wong Kar-wai entend démontrer. C’est d’ailleurs sûrement pour cela que les Japonais passent pas mal à la trappe de ce The Grandmaster. Alors oui, on en parle, mais jamais la guerre ne prend corps. Il serait dommage de faire le jeu de l’adversaire en renforçant la haine des Hongkongais vis-à-vis de l’ennemi d’hier… L’essentiel du film se fera donc plutôt sur une articulation Chine coloniale / Hong-Kong. L’histoire de ce The Grandmaster est d’ailleurs la suivante : au temps de la Chine coloniale, une multitude de genres d’arts martiaux existent. Les chefs cherchent à déterminer quel sera le genre qui permettra aux écoles du Sud de dominer les écoles du Nord. Pour cela on recherche un successeur au grand maître Baosen. Deux candidats : Ma San et Ip Man se disputent ce titre. Ayant initialement pris parti pour Ma San, son protégé, Baosen va finalement changer d’avis lors d’un combat mythique contre Ip Man. L’enjeu est de maitriser une technique légendaire, les 64 mains, et Ip Man est finalement le seul combattant à comprendre que cette seule technique est en fait la combinaison d’une multitude de techniques différentes. « Quelle diversité » s’exclamera-t-il… Bref, Ip Man est l’homme qui comprend que l’unité de la culture chinoise, passe par la libre expression de toutes les techniques (« tant que ça marche » dira le vieux maître) mais aussi par la capacité à faire se combiner toutes ces techniques sans en briser l’unité (unité symbolisée un moment par un biscuit). Ip Man est donc choisi. Ma San digère mal, mais bon, c’est le jeu… Le meilleur l’emporte. Seulement voilà, les Japonais arrivent du « nord » et envahissent le « sud ». Ma San, en quête d’ascension, collabore avec l’occupant, et intègre « le parti » (oui, il en parlera ainsi : « on ne quitte pas le parti comme ça »…) Etonnant de parler des Japonais en ces termes. A moins que Wong Kar-Wai fasse allusion à un autre ennemi situé au nord de Hong-Kong, qui se caractérise justement par une doctrine monopartite et auquel certains habitants du Sud cèdent par espoir d’ascension… Vous ne voyez pas à quoi Wong Kar-Wai fait allusion ? Roooh ! Si c’est le cas, vous le faites exprès !

 

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/57/15/20474291.jpg Mais le mieux là-dedans, c’est qu’il y a du symbolisme. Et voyez comme il est grossier. Ma San s’étant hissé socialement grâce à l’occupant du Nord, il entend s’arroger par la force l’héritage de la maison Gong, la maison du maître Baosen. Il tue son maître, et s’impose de facto héritier de toute la maison Gong, bien qu’il ne maitrise vraiment pas la technique des 64 mains. La technique des 64 mains, désormais, une seule personne la maitrise : la fille de Baosen, Gong Me. Et la pauvre Gong Me, l’incarnation même de la diversité chinoise, est tiraillée par un dilemme. Doit-elle accepter la situation et respecter la dernière volonté de son père en épousant Ma San ? Ou bien doit-elle se venger malgré tout, au risque de ne pas se marier et ne pas avoir d’enfant ? Elle décide. Finalement, elle entend respecter « l’esprit de la volonté de son père ». Parce que oui, Baosen voulait qu’elle ne se venge pas, parce qu’il pensait que l’intégration dans la république popu… pardon, parce qu’il pensait qu’un mariage avec Ma San, et l’oubli des querelles passées, ferait son bonheur. Mais son bonheur, dit-elle, ne passera que par la vengeance. Ainsi se venge-t-elle lors d’un combat épique (qui arrive à un drôle de moment dans le film, mais qu’importe…) et après la guerre, elle se rend alors à Hong-Kong, terre de liberté, là où elle retrouve… Ip Man. Et finalement, voilà que Gong Me se rend compte qu’au fond, Ip Man était vraiment un mec chouette. Lui, il avait compris le principe des 64 mains : la diversité, l’utilisation libre et pragmatique des connaissances. Il avait aussi compris la technique la plus importante du vieux Baosen : celle du « vieux singe qui sait regarder derrière lui »… Il avait compris qu’il ne fallait pas se contenter de regarder les techniques qui marchent le mieux aujourd’hui. Il fallait aussi s’attacher aux principes vachement sympa d’avant, comme ceux qui ont été mis en place sous la domination des britanniques, tels que la liberté d’expression ou bien encore le droit au mariage des idées exprimées librement. Alors certes, il y a de fortes chances qu’à respecter son intégrité jusqu’au bout, la pauvre Hong-Kong n’ai pas d’avenir, comme la pauvre Gong Me n’aura pas d’enfant… Mais le plus important n’est pas là pour Wong Kar-Wai… Le plus important c’est qu’au final, Gong Me, bref Hong-Kong, n’ait jamais connu ni maitre ni disciple… Ça c’est de l’esprit de sacrifice…

 

Conclusion : et si à part ça on faisait du cinéma ?

 

Bon… Ip Man vs. The Grandmaster : c’est donc aussi un duel politique et idéologique… Pourquoi pas… Vous n’y aviez peut-être pas pensé… Alors, « merci l’homme-grenouille… C’était amusant de lire ta démonstration après tout. Mais après : so what ? » Eh bien justement : pour moi, tout l’enjeu de la question il se trouve là : dans le so what… Moi, finalement, ce n’est pas le fait qu’il y ait de la politique dans un film qui me dérange car, comme beaucoup l’auront constaté, je considère que tout film à un parti-pris, sociologique, moralisateur, et donc indirectement politique. La simple volonté de vouloir ne pas rentrer dans ce jeu de valeurs qui dérange est même en soi une démarche politique : celle de se fondre dans la norme. Limite, ce n’est pas cela que je reprocherai à Wilson Yip et Wong Kar-Wai. OK, Wilson, tu es prêt à vendre ton âme pour une belle véranda, c’est ton droit ! Après tout Tony Scott avait bien vendu la sienne à l’US Navy, ça ne nous a pas empêché d’avoir fait un film qui déchire : Top Gun ! Et toi, Mister Wong, tu veux peindre la Hong-Kong d’aujourd’hui comme Picasso peignait autrefois Guernica ? C’est ton droit ! Fais-moi un truc aussi fort que la Liste de Schindler et je serai prêt à cautionner n’importe laquelle de tes causes !

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Seulement voilà, il y a un problème là-dedans : c’est que s’il y a beaucoup de prises de position politiques dans ces deux films, il y a très peu de prises de position d’artistes ! Je n’ose même pas revenir sur Ip Man tant ce film est une farce, mais quand même ! A deux trois instants au début du film, j’étais content de revivre quelques peu les bons moments d’Il était une fois en Chine, notamment parce que les combats n'étaient pas dégueulassement chorégraphiés… Mais franchement, à part ça… C’est juste risible. Aucun personnage n’est creusé. Chaque dialogue n’est qu’une construction forcée pour essayer de faire passer un message ou un cliché, quand à l’opposition face aux Japonais… Non mais « au secours » ! On se croirait dans Bioman tellement la caricature est poussée ! D’ailleurs, même les combats à ce moment là s’enchainent sans véritable enjeu ni réelle logique chorégraphique. Il était une fois en Chine, c’était un jeu permanent avec l’espace, avec des lieux au départ inappropriés au combat mais qui devenaient d’incroyables arènes ! Là, toutes les scènes étaient des grandes pièces vides, ou des rings, des lieux désincarnés où se battaient des marionnettes. Quelle blague !   

 

http://fr.web.img6.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/57/15/20415637.jpg  Et franchement, ce n’est pas Wong Kar-Wai qui sauve la mise dans ce duel de la misère ! Parce que bon, autant je suis un libéral dans l’âme, ce qui fait que - forcément - je nourrirais plus spontanément de la sympathie pour un mec qui a du mal à encadrer les colliers de fleurs qu’on balance actuellement au régime de Pékin, autant j'ai du mal à voir autre chose dans ce The Grandmaster qu'un film tout aussi impersonnel que Ip Man. Alors certes, il y a quelques jolies musiques à certains moments qui s’enchainent bien avec de jolis montages. Mais franchement, les combats, à par le dernier « à deux mains et huit pieds », ne sont en fin de compte que des gadgets visuels pas toujours bien maitrisés (le premier pour moi est notamment une horreur au niveau des cadrages et du montage, mais bon : c’est personnel…) Et tout ça pour quoi ? Pour nous pondre une histoire super compliquée qui ne prend jamais corps, avec des dialogues qui semblent récupérés des citations non-retenues de Maitre Miyagi, le tout filmé sans véritable intelligence, se contentant de faire de la belle HD avec une photographie qui reprend la bonne vieille mode du mix orange et bleu ? Non mais voilà : quand je dis ça, j’ai l’impression d’avoir tout dit. Wong Kar-Wai qui fait la même photo que Michael Bay… Mais elle est où l’expression du cinéaste là ? Le vrai ? Celui qui compose des plans, qui génère une musique de l’image ?... Alors, peut-être que les adorateurs de tatanes qui ont foutu Ip Man en tête du classement Allociné et les critiques de presse qui se touchent devant un Wong Kar-wai n’ont peut-être rien vu de tout ce que je viens de présenter là, mais j’espère en tout cas que les vrais amoureux du cinéma, ceux qui aiment la vibration et l’expression des vrais auteurs, eux sauront se sensibiliser à ce qui se passe actuellement dans le cinéma de Hong-Kong. Qu’il se politise, après tout, je m’en fous. Mais si devenir partisan fait perdre aux auteurs tout jugement… alors c’est là qu’on perd ce qui fait un bon cinéaste…

 

 

 

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Publié par L'homme-grenouille - dans Regard amphibien sur le ciné
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commentaires

L'homme-grenouille 20/07/2013 22:56

Bon, je vais bien finir par réussir à te répondre ! Voilà ma troisième tentative de réponse, les précédentes ayant été avortées par des soucis techniques rencontrés avec mon smart phone. Mais comme
tu vois, je suis tenace : c'est qu'il y a deux choses que tu as dites sur lesquelles je me devais de réagir.

D'abord parlons porno. Comme quoi revenir aux choses basiques présente le mérite de les tendre claires. Tu dis qu'une bonne vieille apologie de la haine hitlerienne ne t'empêcherait pas de bander
sur les deux petites nymphettes SS qui se mettaient à se toucher suite à ce discours. Pas besoin d'histoire pour du porno. Soit... Bah pas pour moi. Moi justement, je suis le genre de mec qui
regrette l'absence d'histoire dans le porno. Le simple fait de voir un bodybuilder tringler une pauvre pute de l'est refaite de partout ne suffit pas à me refiler le barreau. Par contre je suis
persuadé qu'il n'en serait plus de même si la scène de galipette était la conclusion d'un enjeu amoureux ou d'une tension passionnelle. Pour le kung-fu c'est pareil. Le combat pour le combat je
m'en fous un peu. Toi, visiblement ça ne te chagrine pas plus que ça. Tant mieux. C'est ce qui fait notre différence et finalement ce n'est pas un mal... Seulement voilà... Moi après je me pose une
question : si l'histoire est si accessoire dans un film d'action comme le kung-fu, pourquoi en raconter une ? Question que je te pose : kifferais-tu un gonzo de kung-fu ??? J'avoue que ça
m'intrigue...

Ensuite, parlons nationalisme. Permets moi de jouer mon rôle de remue-méninges en te titillant sur la manière dont tu perçois et présente le truc. Tu dis que finalement le nationalisme d'Ip Man
n'est pas si notable que ça, qu'il fait partie d'une sorte de folklore chinois, et qu'au fond il ne leur fait pas de mal : après s'en être autant pris dans la gueule, un peu de fierté nationale ne
peut pas faire de mal... Je serais peut être d'accord avec toi si on parlait d'un nationalisme comme on peut trouver chez nous, c'est à dire celui qui nous fait supporter un athlète tricolore ou
nous émouvoir quand on vante nos mérites ailleurs. Ce type de nationalisme est un nationalisme inclusif : il cherche avant tout à stimuler la fierté pour renforcer la cohésion du groupe et sa
volonté de vivre ensemble. Regarde bien Ip Man, et tu constateras qu'il ne s'agit absolument pas de ce type de nationalisme là. Il est question dans Ip Man de rejet de l'étranger, de ravivements de
plaies justifiant des représailles. On n'est pas dans la cohésion du groupe par la fierté, mais dans l'obéissance aveugle à la cause de l'Etat, et cela en utilisant la peur et la haine de
l'étranger. Et croire que ce type de nationalisme est le fruit de Chinois lambdas qui font du cinéma, c'est un peu naïf. Dans un pays où la détention de capital est liée à sa place de le parti
unique, toute production économique est forcément politique, et le cinéma n'échappe pas à la règle. Il ne faut pas oublier que la Chine est un pays totalitaire. Ce n'est pas parce qu'elle a des
jolis ports tous neufs et un super Grand prix de Formule 1 que l'entreprise de contrôle de l'opinion et des masses a disparu. On peut ne pas vouloir le voir, on peut ne pas vouloir lui accorder de
l'importance, mais je pense qu'il ne faut pas par contre le nier ou le minorer.

Alors après, voilà... On peut prendre du plaisir à voir de belles tartanes... Pourquoi pas. Mais n'en soyons pas pour autant aveugles...

pierrox 20/07/2013 16:02

Merci de débattre avec moi en ce joyeux weekend caniculaire.

Malheureusement , même si j'ai bien compris ton point de vue, je ne le partage pas réellement . La propagande nationaliste est au premier plan dans ce film, oui, mais principalement faite par des
chinois pour les chinois, comme la plupart des films chinois actuels. (patriotique de leur point de vue)

Un occidental "lambda" qui tombe dessus soit ne ressent pas cet excès de patriotisme, soit est largement capable de le relayer en second plan et de profiter du reste de l'histoire et des scènes de
combat.

Je crois que ce n'est pas plus compliqué que ça et que ça explique bien les nombreux avis positifs sur ce film.

Il me semble que tu soulèves plutôt des questions/critiques autour de ce nationalisme chinois et c'est là, à mon avis que nos points de vue divergent le plus.

Les chinois, comme les africains ont largement participé à la construction des chemins de fer américains et à l’extension des USA. Qui s'en souvient ?
Les chinois ont été utilisé en 14/18. Même minoritairement. Qui le savait ?
Les chinois ont subis par les japonais a peu près l’équivalent de ce qu'ont subis les juifs par les nazis ? Qui en parle
Le chinois ont longtemps été exploité et humilié (occupation occidentale) et aujourd'hui encore le peuple chinois se tue a la tache a fabriquer nos jouets et nos iphones.

Personnellement je crois que par ces idées patriotique/nationaliste, ils expriment surtout leur besoin de reconnaissance, et je les comprends.

Tu dis , "Peut-on se focaliser seulement sur les combats sans interroger les enjeux ? Pour moi c'est un peu comme si on aimait une adaptation de Mein Kampf juste pour quelques scènes pornos bien
foutues qui ont entrecoupé le propos" Ce qui revient a dire que tu n'es pas capable de regarder et apprécier un porno si le scenario n'est pas bon ? Moi oui ;)

L'homme-grenouille 20/07/2013 15:22

Alors là mon cher Pierrox, tu touches une question très intéressante. Le nationalisme chinois d'Ip Man est-il finalement une chose si extraordinaire que ça ? Effectivement, peut-être pas... Mais
pour moi tout est une question de degré. Par exemple, Il y a du nationalisme dans "Il était une fois en Chine", que ce soit par l'évocation de la lutte contre les traités inégaux dans le 1 ou bien
par la lutte de la secte du Lotus blanc contre l'Occident dans le 2... Ne voit-on d'ailleurs Huang Fei Hong tendre un drapeau du Kuomintang à la fin du 2 ? Est-ce l'équivalent d'un Ip Man ?

Finalement, pour moi, la question reste la suivante, et la réponse à celle-ci est très subjective : à partir de quand ça devient trop ? Vois-tu, dans "Il était une fois en
Chine", ce nationalisme ne me choque pas outre mesure peut-être parce que celui-ci n'est pas au coeur de l'Histoire. Huang Fei Hong évolue dans un contexte qui porte au nationalisme mais l'intrigue
repose avant tout sur l'opposition du maître face à certaines formes d'obscurantisme... Finalement il en va de même pour des Top Gun ou des Rambo, le rapport à la nation et à sa grandeur n'est
qu'une toile de fond, d'autant plus difficile à éviter qu'on est dans des milieux militaires... Pour Ip Man, à mon sens, on est plus dans cette logique là...

Tu dis, "après tout, Ip Man est un film de kung-fu est doit être apprécié comme tel." Certes, si on se limite aux scènes de chorégraphies, Ip Man est bien gaulé. Mais à mon sens, un film de Kung-fu
ne se limite pas qu'à ça. Je ne sais pas toi, mais mon film préféré de Kung Fu n'est pas le film où les combats sont les meilleurs. L'histoire joue un rôle essentiel : c'est elle qui pose la réelle
nature réelle des oppositions, bref le véritable enjeu des combats. Or, dans Ip Man, le nationalisme n'est pas qu'une toile de fond. C'est le cœur du propos. Toute l'histoire vise à nourrir un
discours patriotique basé sur deux points : les Chinois, sans les divisions stimulées par les étrangers sont les plus forts ; et les Japonais sont des enfoirés. Pourquoi avoir fait un épisode sur
la première guerre mondiale ? Pourquoi avoir zappé la vie de Ip Man à HongKong ? Pourquoi avoir tout misé sur la période d'occupation et la cruauté sans pitié des Japonai ? Pourquoi avoir fait de
Ip Man un résistant à la Shindler ? Sans la motivation de propagande nationaliste, aucun de ces chois ne s'expliquent. Tu prends Top Gun, tu as certes l'envie de la Navy de se servir du film pour
se faire de la pub, d'où sa souplesse à l'égard de Tony Scott, mais à l'origine du projet, il y avait tout l'envie de jouer avec des avions. Le nationalisme est ici en second plan. Or, ce n'est pas
le cas pour Ip Man, et cela me semble évident...

Alors après, est-ce que ça veut dire que Ip Man est nul ? Moi je dis, chacun appréciera le film pour ce qu'il veut. Seulement voilà, la question que je pose moi par cet article c'est : peut-on
ignorer une démarche propagandiste aussi évidente et prépondérante ? Peut-on se focaliser seulement sur les combats sans interroger les enjeux ? Pour moi c'est un peu comme si on aimait une
adaptation de Mein Kampf juste pour quelques scènes pornos bien foutues qui ont entrecoupé le propos...

pierrox 19/07/2013 21:29

Article intéressant et bien écrit. Comme d'autres de ce blog que je découvre.
Je me permet un petit grain de salz puisque je ne partage pas totalement votre avis sur Ipman.

Pour un habitué des films chinois, le tournant nationaliste n'a, il me semble, rien de nouveaux. Ipman reste dans cette mode actuelle du film chinois nationaliste et ce n'est guère surprenant
puisque le public chinois "est" nationaliste que l'on soit d'accord avec cette idée ou non.

De plus le film ne nous prend pas en traitre puisqu'il ne s'agit ni d'un documentaire, ni d'un biopic, ni d'un " selon la véritable histoire de....".
Il n'y a, a mon sens rien qui permette d’être déçu que le film ne relate pas les faits "réels" de la vie d'ipman, ni qu'il propose un fond plus politique que dans nos contrées.

Au final, le film a le mérite de ne pas cacher ses intentions. Du coup que sommes nous venus chercher en le voyant ? la réponse est simple. Du divertissement par le biais d'un film basé sur les
arts martiaux.

Voila pourquoi ce film a une si bonne note sur Allociné. Parce que ce n'est pas un biopic, mais bel et bien un film de kungfu que l'on soit sensible ou non au fond politique. Et sur ce point le
film est particulièrement réussi puisqu'il est plébiscité par le plus grand nombre sur allociné mais tout autant par les pratiquants d'arts martiaux sur les nombreux forum dédiés.

Et puis contrairement a The grand master, Ipman a le bon gout de ne pas proposer de plan graphique bleu/orange, et la il me semble que tout est dit. ;)

l'homme-grenouille 30/04/2013 23:58

Eh bien merci beaucoup pour ce commentaire chère Candice !
Cela me fait beaucoup plaisir ce genre de commentaire...
En espérant que d'autres articles sauront procurer les mêmes satisfactions ^^.
Peut-être à plus tard sur ce blog !

candice 30/04/2013 22:40

En sortant de la salle de cinéma, j'avais la sensation - un peu coupable - d'avoir vu un beau film, avec de beaux échanges et de belles images pleines de poésie, mais de n'avoir au fond rien
compris... Grâce à votre billet (sur lequel je suis tombée totalement par hasard), j'en suis désormais certaine :). Merci et bravo pour cette analyse qui ouvre un autre regard sur ce film, son
personnage et donne de vraies clés de compréhension accessibles... même aux néophytes comme moi !

L'homme-grenouille 30/04/2013 20:32

Aaaaah ! Un commentaire !

Merci Matthieu, ça me fait plaisir de voir que cet article a au moins suscité l'intrigue auprès de quelqu'un !

Je constate d'ailleurs en te lisant que ce qui semble le plus te taquiner dans cet article, c'est le fait que je zappe totalement la démarche d'artiste romantique propre à Wong Kar-Wai... Alors
oui, c'est vrai, j'avoue que pour ma démonstration, j'ai surtout insisté sur les symbolismes et les messages cachés et vilement glissé sous le tapis tout les aspects que tu évoques fort justement.
Merci donc rien que pour cela : ton commentaire permettra de nuancer mon propos et d'en préciser la réelle finalité.

Bon, après, je vais être honnête : mon véritable centre d'intérêt dans cet article c'était surtout Ip Man. "The Grandmaster" a davantage tenu le rôle de prétexte pour en parler... Le premier est
une véritable escroquerie intellectuelle alors que le second est juste un film qui ne m'a pas plu, mais contre lequel je n'ai aucune animosité.

Le pire, c'est que je pourrais presque dire que je suis d'accord avec la plupart des qualités que tu évoques. C'est juste que je reste persuadé que ces qualités se seraient davantage exprimées si
tous ces symbolismes et messages cachés n'étaient pas venu alourdir le tout.

Tu dis d'ailleurs que "The Grandmaster" n'est pas vraiment à percevoir comme un film d'action. Et là encore finalement je te rejoins. J'ai effectivement l'impression que Wong fait de l'action
uniquement parce qu'Ip Man était maître de kung-fu, et c'est tout.... Du coup, pour l'intrigue, ça m'a vraiment fait : "Merde, j'écris quoi ? Oh bah de la merde, je fais comme d'hab !" Et donc,
moi, quand je regarde ça, je vois un film un peu patchwork où les passages de romance, les scènes d'action et les symbolismes à deux balles cherchent chacun à se faire leur place sans forcément se
soucier de ce qui les entourent...

Alors du coup voilà, je comprends qu'on puisse trouver son compte sur l'aspect romance, après je reste persuadé qu'on en aurait davantage profité si Wong Kar-wai avait viré ses scènes de combat et
ses allégories politiques qui plombent littéralement la fluidité de sa narration. Bref, au fond - sans être incompatible avec ton propos - je persiste dans mon propos en disant que, malgré ses
quelques qualités, "The Grandmaster" aurait été un meilleur film sans sa démarche politique fumeuse...

Matthieu 30/04/2013 09:58

Article intéressant qui peut éclairer sur quelques aspects de la politique chinoise.
Mais je doute que ce soit le seul prétexte pour un cinéaste de la trempe de Wong Kar-Wai. Pour ma part j'ai vu un film magnifique, le graphisme de l'image est exceptionnel, le rythme parfois très
lent (au antipodes du cinéma américain) ne met que mieux en valeur la qualité des personnages : si Wong Kar-Wai fait de la politique c'est pour montrer que l'essentiel est dans la valeur des
individus. Et de s'apercevoir que ceux qui honorent le mieux les arts martiaux sont finalement des pacifistes avec un immense respect d'autrui ... Il y a aussi une magnifique histoire d'amour
inaccomplie, le frôlement des 2 visages lors du combat dans l'escalier est juste "exceptionnel" de finesse. Vraiment un très, très beau film. Tous ceux qui espèrent voir un film d'action seront
déçus et passeront à côté de l'essentiel.

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