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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 18:41

   

 

 

Plus de quarante ans d'activité et toujours autant de succès. Malgré son image surannée d'agent secret des sixties à la limite du kitsch, le personnage crée par Ian Fleming parvient encore aujourd'hui à créer l'événement. Récemment, la désignation de Daniel Craig pour succéder à Pierce Brosnan dans le costume du célèbre espion a su encore défrayer la chronique. Une telle longévité a vraiment de quoi étonner. Tout amateur de cinéma s'est déjà certainement interrogé au moins une fois sur les raisons d'un tel succès. Comment expliquer ce fait qu'un James Bond se distingue toujours des autres films d'actions ? Comment expliquer le fait qu'on ait toujours l'impression qu'il a quelque chose de plus ?

 

    

 

Tout d'abord, s'il y a bien quelque chose qui caractérise James Bond, c'est qu'il répond généralement autant aux codes des films épiques que des films d'action. James Bond c'est le chevalier que le roi envoie pour combattre seul le terrible dragon qui menace tout le royaume. Les ennemis auxquels s'oppose James Bond ne sont d'ailleurs jamais vraiment ordinaires : le docteur No, Goldfinger, le spectre ou bien encore le Baron Samedi sont autant de caricatures aux allures quasi mythologiques qu'ils rapprochent presque le périple de James Bond de celui d'un Thésée ou autre Jason. C'est au fond pour cela que James Bond a une allure si chevaleresque : il semble reproduire les modèles antiques de la mythologie en s'attaquant seul à des ennemis mystiques à la puissance nettement supérieure à la sienne. Ce qui fait de James Bond un héros épique, c'est qu'il est un peu comme David contre Goliath, voire comme Ulysse devant le Cyclope. Le héros compense son désavantage de base par la ruse et les subterfuges. James Bond se sort souvent d'une situation désespérée parce que son ennemi avait négligé de lui retirer sa montre aux allures insignifiante mais qui dissimulait en fait toute sorte de gadgets. D'une certaine manière, la présence de muses à la beauté presque irréelles tend à conforter les James Bond dans cette image d'épopées fantastiques.

 

               

 

Cependant cette dimension épique ne suffit pas en elle-même à expliquer l'essence de James Bond. Cette dimension épique ne prend que tout son sens dans la mesure où elle prend place dans notre monde à nous. Les fables épiques se déroulent presque exclusivement dans des mondes fantastiques ou fantasmés. L'alchimie particulière de James Bond c'est que le cadre de cette joute chevaleresque n'est autre que le monde dans lequel nous vivons. Les musiques et génériques tendent d'ailleurs à traduire cet étrange amalgame. La musique très cuivrée relève parfois du péplum, mais elle se donne souvent des côté jazzy qui tout de suite semblent la réintégrer du même coup dans la culture du XXème  siècle. Une chose est sure, cette musique est aux antipodes de ce que l'on peut rencontrer traditionnellement dans les films d'action. Le générique se plait également à cultiver ce genre d'amalgame. L'enchaînement de postures parfois figés de l'agent 007, de femmes lascives ou bien d'armes et d'ustensiles diverses, prend parfois des apparences de vitraux modernes, ou de tapisseries du XXème  siècle sur lesquels le héros est représenté dans toute sa majesté et juxtaposé aux épreuves rencontrées.

 

                

 

                                               

 

Le fait que James Bond agisse au sein de notre monde ne peut que décupler la rêverie. James Bond parle immédiatement à notre imagination dans la mesure où son postulat de base tend à décrire notre monde comme un univers potentiellement fantastique. Chaque objet, même les plus anodins, peuvent devenir des armes mythologiques par lesquelles le héros va chercher à triompher du mal. Une simple montre, une belle voiture de série dans la rue, cache peut-être en fait tout un attirail de guerre dont James Bond va se servir dans sa lutte contre l'ennemi de sa gracieuse majesté. Ce qui est grandiose, c'est que l'univers de James Bond est parmi nous, et qu'il se dissimule à nous uniquement parce que nous nous faisons berner par les évidences, comme les prétendants de Pénélope se sont fait berner par Ulysse quand celui-ci est rentré en son royaume déguisé en vieillard.

 

                

 

Mais ce qui est encore plus fort chez James Bond, c'est qu'au-delà de faire passer des objets fantastiques en objets des plus banals, il est aussi capable de transformer un objet quelconque de notre quotidien en outil chevaleresque. Cette dimension est d'autant plus exacerbée que ces outils sont insolites : ainsi une 2CV peut soudainement faire office de monture à James Bond pour ses folles courses-poursuites (Rien que pour vos yeux), ou alors ce sont des camions-citernes qui servent pour une grande joute routière (Permis de tuer), mais cela peut aussi se traduire par une fusillade sur des skis ou alors par une intrusion en surf sur des plages minées ennemies (Meurs un autre jour).

 

                                                    

 

C'est pour cela que James Bond est finalement si excitant : c'est parce qu'au fond il sollicite notre imagination à percevoir notre quotidien comme un univers potentiellement fantastique, à la différence d'autres fables épiques qui nous incitent plutôt à nous évader dans un autre monde. D'une certaine manière, le succès de James Bond tient dans sa capacité à ressusciter notre esprit d'enfant : ou l'anodin peut soudain devenir source d'émerveillement. C'est ce vieux sentiment enfoui qui finalement nous touche au plus profond de nous. Les James Bond qui du coup restent dans les mémoires sont souvent ceux qui ont su au mieux répondre à cet aspect. On pourrait ainsi retenir Goldfinger, Dangereusement Vôtre ou encore Permis de Tuer. Dans ce sens, le dernier épisode de la série, Meurs un autre jour, s'en tire également avec les honneurs. Inversement, on se rendra souvent compte que les épisodes les plus ratés sont aussi ceux qui n'ont pas su percevoir la magie James Bond et qui se sont finalement limités aux codes traditionnels du film d'action (Moonraker, Demain ne Meurt Jamais).

 

                                      



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commentaires

Startouffe 20/12/2009 17:04

Ce qui est écrit ici sera-t-il toujours vrai ?Pour réagir rapidement à ce que disait Clara, je pense qu'il y a effectivement un risque pour que James Bond ne plaise plus, notamment s'il s'éloigne de ses codes et qu'il se contente d'être un banal film d'action. Mais bon, james Bond fait désormais partie de la mythologie populaire, et comme Superman par exemple, il pourra toujours être remis au goùut du jour par un réalisateur passionné...

Clara 13/12/2008 09:03

Cet article est particulièrement intéressant et très bien écrit. James Bond cessera -t-il un jour de plaire ? Je ne pense, ou tout du moins je n'espère, pas...

Darkskywalker 26/04/2008 15:28

Un excellent article aux propos ingénieux . L'attrait éternel que dégage cette saga James Bond y est trés bien dépeint.

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