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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 21:03

  Metropolitan FilmExport

 

Cela fait déjà depuis le 28 avril qu'il est sorti de nos salles ce drôle de film qu'est Kick Ass… Et l'air de rien, il a su s'y maintenir quelques semaines, du moins ce fut le cas dans cette charmante capitale des Flandres où j'ai élu domicile. Pour ma part, ces quelques longues semaines d'exploitation furent l'occasion de faire ce que je n'avais plus l'habitude de faire : revoir ce film ! Trois visionnages au total, et trois impressions différentes ! C'est que ce Kick-Ass est un film tellement contrasté, aussi bien dans les genres abordés (teen-age movie, polar, film de super-héros) que dans son ton (humour niais, humour noir, drame acide), qu'au final il était bien difficile de l'appréhender dans sa globalité. Les moments furent souvent bons, mais à chaque fois je sentais ma difficulté d'acclimatation à chaque changement de registre, si bien que j'avais l'impression de passer à côté de quelque-chose… Et pourtant, à chaque visionnage la même chose : le film ne cessait d'occuper mon esprit, si bien que je ne cessais de me dire qu'un film qui laisse une telle trace méritait qu'on s'y attarde davantage. Vous l'avez compris, voir trois fois ce film fut surtout pour moi l'occasion de m'acclimater finalement à ce drôle d'OVNI du septième art… Et autant vous dire que ce que j'en ai découvert m'a de plus en plus séduit… Amis septiques, ou lecteurs interrogatifs par rapport à Kick-Ass, laissez-moi vous conduire sur le chemin que j'ai emprunté pour appréhender ce drôle de botteur de cul… Autant préciser tout de suite d'ailleurs qu'avoir déjà vu le film s'impose pour lire ce qui va suivre…

 

 

Un héros loser... parce que gentil.

 

 Au fond, s'il y a bien quelque chose qui m'est apparu comme évidente après mes trois visions de ce Kick-Ass, c'est que même si le film peut se révéler contrasté de par les changements de registres qu'il arbore, il n'en demeure pas moins d'une remarquable continuité dans son propos et dans sa démarche. Parce que finalement, à la base, Kick-Ass c'est un énième film de super-héros ; une énième histoire d'un petit jeune-homme chétif et mal dans sa peau qui va trouver sa voie en rétablissant l'équilibre et la justice à laquelle aspire la société… Seulement voilà, si Kick-Ass nous apprend bien une chose, c'est que cette société n'existe plus, ou du moins qu'elle n'a jamais existé. La société d'aujourd'hui ne veut pas la justice : elle veut juste profiter de quelques privilèges dans son petit coin sans avoir trop de problème. Alors que dans Spider-man tout le monde acclame Peter Parker pour ce qu'il fait pour la ville, dans Kick-Ass tout le monde laisse le pauvre David Lizewski se faire tabasser sans appeler la police. Au mieux, ce jeune homme est-il considéré comme un phénomène de foire, une anomalie qu'on vénère parce que justement elle sort de la normalité. Kick-Ass, c'est le phénomène absurde et forcément passager qui mérite la curiosité sur YouTube justement parce que sa naïveté va le conduire à se faire écraser par la réalité du monde, au même titre que le chat qui se vautre contre un mur ou bien d'une voiture qui dévale une pente faute de frein à main… Kick-Ass n'est pas un héros, c'est le spectacle jouissif car rassurant, celui de la mort de la naïveté.

Aaron Johnson. Metropolitan FilmExport Aaron Johnson, Evan Peters et Clark Duke. Metropolitan FilmExport Aaron Johnson. Metropolitan FilmExport

« Mais pourquoi personne n'essaye-t-il pas au moins une fois de devenir un super-héros ?» s'interroge l'innocent David en début de film… Réponse apporté par le film : « parce que les gentils sont ceux qui morflent dans la vie »… Quelle gloire récolte Kick-Ass à empêcher un vol de voiture ? Il se fait planter. Quelqu'un d'autre que lui se risquera-t-il à autant d'altruisme pour le sauver ? Non, puisque même celui qui l'écrase par accident préfère prendre la fuite et le laisser pitoyablement crever sur le trottoir plutôt que de risquer d'avoir des ennuis en l'apportant à l'hôpital et qu'on se rende compte de sa responsabilité dans cet accident. Le monde de Kick-Ass est un monde où ce sont les égoïstes et les méchants qui survivent. Ceux qui ne l'ont pas compris sont pointés du doigt et font bien rire. Ainsi quel plus beau spectacle, quelle plus belle jouissance que de regarder quelqu'un qui ne l'a pas compris en subir les conséquences. Cela nous prouve que l'on avait bien raison. Comment expliquer autrement qu'à la première grosse intervention de Kick-Ass, le premier réflexe d'un témoin de cette bastonnade n'est pas d'appeler la police pour aider, mais de rameuter une foule pour juste regarder ? La foule aime Kick-Ass, peut-être, mais elle ne l'aide pas et ne l'aidera jamais. Quel sentiment les animait tous d'ailleurs lorsque ceux-ci le regardaient se faire tabasser en direct sur Internet ? La peur de voir un héros tomber, ou l'envie d'assister à la fin d'un spectacle si prévisible ? Quel paradoxe d'ailleurs de vénérer un super-héros dont le super-pouvoir c'est celui de déguster sans broncher…

 

 

No country for kind men

 

 Kick-Ass, c'est le héros que notre société mérite bien. Elle ne mérite pas un Batman ou un Spider-Man dont le rôle et le but sont de servir de symbole pour une foule qui espère… Notre société ne mérite pas mieux qu'un gamin chétif et incapable, dont le seul pouvoir est de morfler. Elle ne mérite pas mieux car au fond la société a toujours préféré sacrifier ses véritables héros plutôt que de risquer de souffrir avec eux. Que serait-il arrivé à l'Homme araignée dans notre monde à nous, après que le jeune Peter se soit sacrifié pour stopper le métro qu'Octopus conduisait au grand saut ? Il n'aurait certainement pas été porté par la foule mais plutôt sacrifié, comme la foule de Gotham était prête à le faire pour son chevalier noir, et comme d'ailleurs la société de Kick-Ass l'a fait avec le policier intègre que fut Big Daddy… Les gentils ne gagnent pas dans notre société. Ceux qui rejettent le meurtre et la violence ne gagnent pas dans notre société. Ceux qui gagnent ce sont les forts. Ceux qui gagnent sont ceux qui sont du côté des frappeurs plutôt que de celui des frappés. Big Daddy l'a bien compris et est désormais passé du côté de l'armement lourd, de l'exécution sommaire, de l'anéantissement sans sommation. Kick-Ass le fait bien rire lui aussi : il l'apprécie parce qu'il est gentil, mais il va très vite lui apprendre comment on devient un véritable super-héros ; comment on passe du Ass-Kicked au véritable botteur de culs de méchants…

Aaron Johnson. Metropolitan FilmExport Nicolas Cage et Chloe Moretz. Metropolitan FilmExport Christopher Mintz-Plasse et Aaron Johnson. Metropolitan FilmExport

Finalement, au-delà du mélange des genres, Kick-Ass assure sa continuité dans le parcours initiatique de son héros.  Au départ héros honnête qui s'annonce, prévient, et frappe au gourdin : Kick-Ass devient le héros qui troque le gourdin pour les mitrailleuses rotatives et la tuerie collective. Immoral le Kick-Ass ? Peut-être, mais au moins prend enfin main sur les choses. Avec ses valeurs d'ouverture et de non-violence, il s'est retrouvé avec un poignard dans le bide, une trahison sur le dos, et une petite orpheline sur les bras… A partir du moment où Kick-Ass défouraille du méchant à coup de balles perforantes et de roquettes dans la tête, enfin daigne-t-on s'arrêter pour le regarder autrement qu'avec du dédain et de la moquerie. Oui, Kick-Ass et Big Daddy le font et l'assume : ils s'imposent par la force, car la force dans cette société, c'est le respect. Ils l'ont appris à leur dépend mais au moins maintenant arrivent-ils à leur fin : la justice… même si parfois elle a plus souvent des arrières goûts de vengeance. Non, décidemment non, le temps des héros innocents et des bonnes valeurs est fini. Il ne fait plus parti de ce monde. C'est dur mais c'est ainsi. Ceux qui le comprennent le plus tôt sont ceux qui s'en sortiront le mieux. Finalement le spectateur en viendrait presque à cautionner le basculement de Kick-Ass et de Big Daddy dans la violence tant cette violence est finalement celle qui fait loi dans cette société-ci. Ainsi, l'innocence n'aurait donc plus sa place dans son monde, et l'éducation de la petite Hit Girl par son aigri de Big Daddy ne fait qu'en témoigner davantage…

 

 

La fin de l'innocence, l'avènement du retour au rapport forcé …

 

 Hit Girl… Finalement le symbole de tout un monde, de tout un message. Le temps de l'innocence est fini. Au fond, voilà bien le personnage pour lequel on reste le moins indifférent dans ce Kick-Ass. Mais quel est donc ce père qui prive sa petite fille de toute innocence ? Pourquoi l'avoir privé du goût des petits chiots et des poupées au profit de ceux des doubles Balisong et des essayages de gilets pare-balles ? Quelle cruauté ! Quel père indigne et inconscient ! Big Daddy conditionne sa fille pour devenir un outil dans son optique de vengeance, voilà ce que l'on se dit ! …Et c'est d'ailleurs pour cela que ce personnage nous passionne autant qu'il nous dérange… Car au fond, elle ne semble pas si malheureuse cette gamine. Elle aime ces sorties avec son papa durant lesquelles on explose des méchants dans des broyeuses de voitures, durant lesquelles on se fait tirer dessus pour ne plus avoir peur des balles… Certes, elle n'aura pas la chance de connaître la vie de toutes les petites filles qu'on aura éduqué dans leur petite bulle, avec leurs poneys et leurs poupées… Mais elle au moins ne finira justement pas comme toutes les petites filles qui se font racketter à leur entrée au collège, ou que sais-je encore… Finalement, ce qui nous choque dans l'éducation de Big Daddy, ce n'est pas le contenu de son éducation, mais sa pertinence par rapport au monde auquel il veut la confronter. Puisque le monde est violent, cruel, basé sur les rapports de force et les rapports forcés, comment mieux préparer sa fille au monde adulte qu'en l'apprenant à se protéger et à se faire respecter ?

Chloe Moretz. Metropolitan FilmExport Nicolas Cage et Chloe Moretz. Metropolitan FilmExport Chloe Moretz. Metropolitan FilmExport

D'ailleurs, si ce personnage de Hit Girl attire autant l'attention, c'est qu'au final c'est elle qui est le plus en phase avec son monde, le plus à même de s'y épanouir et d'y survivre. Après l'exécution publique de Big Daddy et de Kick-Ass, dans laquelle interviendra Hit Girl, et suite à laquelle le premier passera de vie à trépas, les survivants reviennent en voiture aigris. Mais entre la petite fille endurcie et le jeune ado naïf, celui des deux qui parvient à faire face, à rebondir et – symboliquement – raccompagne tout le monde au bercail en conduisant la voiture : c'est Hit Girl et ce n'est pas Kick-Ass. L'innocence n'a finalement plus son utilité dans ce monde, et ceux qui ne l'ont pas compris finissent systématiquement sur la touche. Dans le monde de Kick-Ass, mieux vaut comprendre que si on ne force rien, on n'a rien. Les jolies filles ne couchent pas avec les gentils, elles cèdent à ceux qui leur forcent la main comme le comprendra David auprès de sa belle. C'est comme pour voir des nurses se dévêtir pour soi, il faut en voler les images grâce à un innocent nounours pour les obtenir : c'est presque un raisonnement qui va de soit pour ce bon vieux Red Mist… L'innocence, au mieux, sert à berner ceux qui vous pensent innocent, et donc faible. L'innocence, pour Red Mist, n'est qu'un écran de fumée, car le monde de Kick-Ass n'aura pas pitié des innocents et des faibles. Ce n'est pas parce que la petite Hit Girl est petite et que c'est une fille qu'on ne la tabassera pas à l'entrée du collège… Ce n'est pas parce que c'est une petite fille que les méchants ne na traiteront pas comme une grande, quitte à la dépuceler à coup de bazooka…

 

 

Conclusion : les héros sans remords d'un monde sans cœoeur…

 

 Ainsi donc, il aura beau déstabiliser ce Kick-Ass par sa façon de traiter les choses, mais finalement il est totalement en accord avec sa logique, totalement en accord avec notre monde. Certes, le basculement progressif du film vers une noirceur et une violence décomplexée peut surprendre ou déranger, mais c'est finalement chuter d'aussi haut que ces gentils geeks qui pensaient que le monde pouvait encore accueillir des héros nobles et gentils. Kick-Ass ainsi à l'air de poser le constat suivant : si ces héros que sont Big Daddy, Hit Girl, ou le nouveau Kick-Ass – celui du final qui n'hésite plus à verser le sang – ne vous plaisent pas, et leurs valeurs non plus, eh bien c'est pareil. Après tout vous n'avez pas le choix car eux de toute façon ne l'ont pas. C'est eux ou personne d'autres, car notre société ne vaut pas mieux que ceux là… Ainsi, sous ses aspects de divertissement gentiment borderline, Kick-Ass possède aussi une dimension au fond très percutante parce que pertinente sur notre société. Ce film annonce finalement un tournant : celui de l'acceptation d'une société de la violence banalisée.

 

Metropolitan FilmExport Metropolitan FilmExport Metropolitan FilmExport

 

 



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Publié par L'homme-grenouille - dans Films trop méconnus ou incompris
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commentaires

Startouffe 22/06/2010 18:21

C'est pas faux...Oui oui, j'avoue comprendre ton détachement sur le trip de la seconde partie. C'est vrai que le film ne l'annonce pas vraiment. On bascule clairement d'un registre sec et réaliste à un aspect démesuré et le milieu du film s'en ressent.

Malgré tout, les scènes de fin restent parmi les plus marquantes je trouve, et je t'avoue que je ne boude plus mon plaisir à me les mater. Par contre, c'est vrai, il m'a fallut trois visionnages pour accepter la juxtaposition de ces deux façons de traiter la question mais bon, au final, je pense qu'on est effectivement d'accord : je préfère mille fois un film qui ose quitte à être perfectible plutôt qu'un film "irréprochable" mais fade...

Darkskywalker 22/06/2010 15:08

Oh trés belle conclusion sur la violence banalisée! Je suis globalement d'accord avec ton point de vue, néanmoins je regrette que la violence exacerbée de la deuxième partie du film, malgré sa logique narrative, prenne une dimension si Tarantinesque ou John Wooesque. J'avais bien aimé la violence crue et réaliste de la première partie, là ce n'est plus du tout crédible et finalement cela amoindrit quelque peu l'ambition du film.


J'ai rapidemment feuilleté la bande dessinée originelle, globament cela avait l'air trés fidèle sauf deux points:

-le héros se fait larguer par sa copine quand elle apprend son mensonge sur sa prétendue homosexualité, ce qui est foutrement plus réaliste que la version du film qui pour le coup m'avait l'air trés destinée à plaire aux geeks.

-le jetpack est absent de la baston finale, cela peut paraître anodin mais ça fait parti des quelques délires du film que j'ai eu du mal à digérer.

Cela dit, c'est certainement l'un des bons films de cette année pas mirobolante faut l'avouer et beaucoup plus audacieuse et intéressante que les 3/4 de la production des super héros (Iron Man tu es là?). Pour une fois, je ne dis pas non à la future suite!

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