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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 18:00

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/428/21042887_20130923111327536.jpg Oh mais en voilà une nouvelle qu’elle est bonne ! Octobre 2013 ne sera pas seulement synonyme de la sortie de ce film à fort potentiel qu’est Eyjafjallajökull avec Dany Boon et Valérie Bonneton ! Ce sera aussi la sortie en blu-ray de l’Antre de la folie, presque vingt ans après son premier passage dans les salles obscures ! Je ne sais pas vous, mais moi, cela suffit à me faire trépigner d’impatience et de me griser à nouveau pour l’actualité du cinéma... Mais comment ? Vous ne connaissez pas l’Antre de la folie ? Pire, vous le connaissez mais vous estimez que cette sortie relève de l’anecdotique ? Oh mais il va me falloir refaire votre éducation cher lecteur ! Ce film pour moi, c’est la quintessence du cinéma d’épouvante-horreur des années 80-90 ! C’est aussi à mes yeux le chef d’œuvre de John Carpenter ! Son meilleur film peut-être ! Si ce film ne vous inspire donc rien de fameux, laissez-vous donc convaincre l’espace d’un instant. Laissez-moi vous offrir un point de vue personnel sur cette œuvre afin qu’elle puisse éventuellement vous attirer davantage. Après tout, cela faisait un petit moment que je me complaisais maintenant dans mes billets d’humeur et que j’en oubliais la pensée d’origine de ce blog. Partons donc plutôt à la découverte de ces films qu’on ne connaît que trop peu ou trop mal ! Ouvrons-nous à un autre regard. Laissons-nous l’opportunité d’être séduits par une œuvre inattendue. Attention néanmoins à ceux qui ne savent rien de ce film : dès la deuxième partie, les spoilers feront leur apparition…

 

 

Du Carpenter certes, mais tellement plus personnel…

 

http://fr.web.img5.acsta.net/cx_160_213/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/19/86/19635324.jpgPour ceux qui ne connaissent pas encore, ou trop peu, John Carpenter, sachez de lui qu’il est une figure marquante du cinéma américain des années 70 à 90. Son cinéma est pour moi une belle incarnation de toutes les dimensions qui peuvent composer le cinéma populaire US de cette époque. Il est à la fois cinéma d’auteur et cinéma de genre proche de la série B. Il peut tout aussi bien se montrer subtil et se positionner dans la dérision permanente qu’il peut se faire brut et premier degré dans sa lecture des choses. Je le reconnais : il faut aimer. Mais au moins John Carpenter a ce mérite de savoir toujours se mettre en équilibre entre le respect des codes du genre et l’imposition d’une patte et d’un état d’esprit qui lui sont assez uniques. Qu’il s’agisse de Vampires, The Thing, New-York 1997, Christine ou bien encore d’Invasion Los Angeles et de Jack Burton dans les griffes du mandarin, les films de Carpenter ont le mérite de toujours flotter entre l’esprit du gros nanar pas très réfléchi d’un côté et de l’autre le produit malgré tout bien mené et surtout réfléchi avec un réel recul et une belle autodérision. J’en veux pour symbole ces musiques qu’il compose toujours lui-même. Alors, c’est vrai, parfois il est clairement à côté de la plaque avec son rock des années 70 façon ZZ Top, ou avec ses synthés tout simplistes, mais pour moi c’est aussi ça l’esprit Carpenter. Ça a l’air fait avec pas grand-chose, mais ça a au moins le charme des œuvres faites sans fioriture.

 

http://odysseeducinema.fr/galerie/L'Antre%20de%20la%20folie/Antre-Folie5.jpg L’Antre de la folie, c’est un peu ça, sans l’être vraiment. Alors certes, le seul générique suffit à nous rappeler que c’est John Carpenter aux commandes ! Certes, c’est un film d’épouvante-horreur qui entend jouer de cartes classiques tels que le petit village rural de la côte est, d’une église douteuse et d’un écrivain égaré, mais on l’introduit malgré tout avec un accompagnement sonore composé de… grosses grattes électriques ! Eh ouais, c’est ça John Carpenter : comme un message qu’il n’y aura pas grand-chose à comprendre ou réfléchir. Et c’est vrai que le film a ce mérite de commencer dans le vif du sujet. Un enquêteur en assurance, John Trent, est engagé par un éditeur de livres à succès pour retrouver sa poule aux œufs d’or – Sutter Kane – qui a mystérieusement disparu. Or, il se trouve que Kane traine derrière lui une étrange réputation : ses romans auraient des vertus prophétiques peu réjouissantes pour l’avenir de l’humanité. Trent voit tout de suite dans cette affaire une supercherie menée par l’écrivain et son éditeur pour accroître un mystère totalement fabriqué à but publicitaire. Il part donc à la recherche de ce Kane pour dévoiler l’entourloupe, mais lui-même va très vite être amené à douter… Il n’y a pas à dire : ce genre d’histoire introduite de façon si claire et si concise, et qui nous envoie tout de suite dans une ambiance glauque et malsaine, c’est du pur Carpenter. Et ce qu’on y verra après restera bien évidemment dans la veine habituelle de l’auteur : espaces clos et sombres pour instaurer une atmosphère oppressante, créatures visqueuses et répugnantes, personnages ambigus dont on doute des motivations et de l’identité… Tout est là, et surtout cette narration sans fioriture qui fait dans le simple et le direct. Ah ça ! L’Antre de la folie est un film de Carpenter à 100%... Pourtant, pour l’avoir revu récemment, je dois bien reconnaître qu’il y a là dans ce film quelque-chose en plus qu’on ne retrouve peut-être pas forcément dans les autres. Au-delà de son savoir-faire et de son regard satyrique, j’y vois aussi une véritable mise à nu de sa démarche d’auteur, une invitation à l’exploration d’un esprit dérangé…

 

 

L’auteur, cet être irresponsable…

 

http://www.arkhamdrive-in.com/Graphics/Stills/MOM-SutterCane.jpg Tout d’abord, il est à noter que c’est sûrement la première et seule fois que John Carpenter met l’art de la création en abime. Il est ici question d’un écrivain. Pas n’importe lequel : un écrivain d’épouvante-horreur. Difficile de ne pas y voir un lien ténu entre ce personnage de Sutter Kane et John Carpenter lui-même. Tous deux sont des auteurs, tous deux traitent le même genre, tous deux sont populaires même s’ils ne sont pas vraiment pris au sérieux. Or, voir Carpenter peintre Sutter Kane dans son film devient pour le coup intéressant, car ainsi faisant, il se lance presque comme dans une sorte d’autoportrait. Qui est Sutter Kane dans ce film ? Sa posture évolue tout au long du film. Il est d’abord présenté comme un simple écrivain qui fait cela pour vivre sa vie, prêt à la charlatanerie et à la mauvaise foi pour faire des affaires. Il a presque le respect du personnage de John Trent pour ça : « rien d’original mais ça se laisse lire » résume-t-il d’ailleurs au téléphone. Kane n’est donc juste qu’un petit malin qui a réussi en escroquant le petit peuple. Trent n’entend simplement que démonter l’escroquerie. Ne pas voir de parallèle entre ce que fait Carpenter et comment il est perçu par la haute société de son époque est quand même bien difficile. « Une narration simple et sans fioriture » vous avais-je dit. Vous voyez : je ne vous avais pas menti. Mais ça ne s’arrête pas là, car le personnage évolue tout au long du film. Lorsque Trent trouve Hobb’s End, là où il pense que Sutter Kane se cache, il retrouve effectivement le gaillard, mais n’apparaît plus à ses yeux que comme un simple auteur menant une entourloupe. Il apparaît de manière assez surnaturelle au devant d’une église, se tenant face à une foule lui reprochant de capturer et d’envouter ses enfants. Effectivement, le vil Sutter a bien un enfant entre les mains et disparaît avec lui. Il lâche ensuite des chiens venus de nulle part sur la population d’adultes colériques. Là, c’est évident : Sutter Kane est indiscutablement un être vil possédé par le démon. Etrange de la part d’un auteur qui semble clairement s’identifier à ce personnage. Carpenter serait-il maso ? Se perçoit-il comme le démon incarné ? Eh bien peut-être bien que oui… Mais croire qu’il en souffre et qu’il se fouette tout les soirs de culpabilité serait une belle erreur. Non… Carpenter est un vilain garçon, et il kiffe ça !

 

http://odysseeducinema.fr/galerie/L'Antre%20de%20la%20folie/Antre-Folie3.jpg Car oui, plus le film avance, et plus le caractère démoniaque de Sutter Kane apparaît comme évident. On le voit même un moment écrire, comme inspiré et possédé par des êtres maléfiques qui n’attendent que la diffusion de son œuvre pour se répandre parmi les hommes. En fait Kane n’est pas vraiment un démon, il est plutôt possédé lui-même par une force qui lui échappe mais qu’il accepte. Après tout, est-elle vraiment plus méprisable que la force divine qui semble guider les gentils villageois ? Carpenter semble déclarer son goût du vice autant qu’il semble vouloir s’en dédouaner. Faut-il voir dans cette scène de villageois qui accuse Kane de corrompre les enfants un parallèle à faire avec les bonnes familles américaines qui reprochent à Carpenter de distraire la jeunesse du pays avec ces spectacles horrifiques ? Ce ne serait pas impossible, surtout quand on constate qu’au final, Carpenter à l’air de suggérer que les seuls à ne pas craindre ses films, et qui savent s’en amuser, sont justement les jeunes. Quand Trent à ses visions, il voit bien les enfants s’amuser avec les mêmes chiens qui plus tard effraieront et attaqueront les parents. Carpenter à l’air de balayer les jugements moraux qu’on lui porte d’un revers de la main. D’ailleurs, il finit par retourner l’accusation. Il n’est responsable de rien : Kane n’est pas le créateur de la monstruosité, il se contente juste d’observer la réalité et de s’en inspirer. Ce n’est pas lui qui a inventé la petite vieille qui attache son pauvre mari, c’est Hobb’s end qui l’inspire. Finalement, tout le monde est victime d’un esprit maléfique, créateur de tout qui, comme par hasard, siège dans l’église du village. Finalement, Carpenter à l’air de nous dire qu’il est bien difficile de le critiquer pour ce dont il n’est pas l’auteur. La réalité d’un auteur, c’est juste celle qu’il se contente de retranscrire, pas celle qu’il crée, un peu comme les démons d’Hobbs End sont les créateurs de la réalité du monde alors que Sutter Kane n’est que celui qui la porte à l’écrit. Carpenter à l’air de dire qu’on ne peut pas le blâmer pour ce qu’il écrit, car il ne se contente juste que de fournir ce que le tréfonds de l’humain veut… D’une certaine manière, il n’est responsable de rien. Il ne voit donc pas pourquoi il ne profiterait pas d’une situation qui est de toute façon inévitable parce qu’elle est justement le produit d’un système…

 

 

La vraie folie, celle d’être esclave de l’esprit d’un autre...

 

 

http://odysseeducinema.fr/galerie/L'Antre%20de%20la%20folie/Antre-Folie7.jpg Il y a d’ailleurs quelque-chose d’amusant dans le développement de l’intrigue de ce film. Quelle est la cause de la plongée de l’humanité dans la démence et le chaos ? Est-ce le livre de Sutter Kane ? Finalement non. A bien y regarder, le livre n’est qu’un outil ; un médiateur entre les mauvais esprits d’un côté et les humains de l’autre. Pour que le mal se répande, il faut que les humains lisent le livre. Il y a donc un moyen très simple de rester vertueux : rester à distance de la tentation. Pourtant, au final, on constate que personne ne résiste. Il est dans la nature de l’être humain d’être curieux et de se laisser tenter. Le vice est partie intégrante de l’Homme, à tel point que lorsque Trent veut détruire l’outil de transmission – l’antre de la folie – il y en a toujours d’autres qui sont là pour lui retransmettre par courrier. Encore une fois, il y a l’idée que l’homme ne peut pas lutter contre ses vices, qu’ils font partie de sa nature, et qu’il vaut finalement mieux les assumer et les explorer plutôt que de les fuir. L’un des symboles est finalement cette scène finale, où Trent se retrouve face à sa propre vie et à ses propres actes qu’ils voient justement projeté sur le grand écran. Ce n’est qu’à cet instant qu’il prend réellement conscience de la vraie nature de sa folie. Finalement, sa folie ne s’exprime pas à ce moment final où il hurle, c’est-à-dire à ce moment où il se rend compte qu’il est incapable de faire la différence entre ce qui est réel et ce qui a été pensé et écrit par un esprit tordu. Ce moment, c’est peut-être au contraire son seul moment de lucidité, le moment où il se rend compte qu’il ne s’était jamais vraiment questionné sur la nature réelle de son existence et sur les causes et motivations réelles de ses actes. Finalement c’est peut-être le John du début, celui qui est plein de certitudes, qui est le plus fou. Depuis le départ il est le produit d’une pensée qui le dépasse, mais par son ignorance, il s’est laissé mené par le bout du nez sans même comprendre la véritable nature de ses pensées et de ses actions.

 

  

http://odysseeducinema.fr/galerie/L'Antre%20de%20la%20folie/Antre-Folie4.jpgFinalement, dans ce petit jeu, celui qui garde au final la position la plus enviable, c’est Sutter Kane. Il est peut-être le plus lucide dans cette situation. Il est le premier d’ailleurs à évoquer la folie qui habite tout auteur : celle qui consiste à ne pas vraiment savoir ce qui a été créé par lui et ce qui lui a été inspiré par un esprit extérieur. Kane a ce mérite de ne pas se voiler la face : il ne vit pas dans le fantasme, ne se créé pas de mensonge, il regarde l’homme en face pour ce qu’il est et le décrit tel qu’il est. Il ne peut certes pas vraiment raconter ce qu’il veut car, s’il se décidait à ne pas jouer sur les vices humains, les humains se désintéresseraient de ses œuvres, et du coup son écriture deviendrait vaine, mais d’un autre côté au moins dispose-t-il d’une liberté de ton. D’ailleurs, sur la fin du film, Carpenter montre comment il est un petit notre Sutter Kane. Il nous montre qu’à simplement changer une couleur dans une scène il implique un ressenti totalement différent. De même, par ses effets de montage, qui laissent parfois s’immiscer le trouble sur la réalité des évènements, il fait de nous, spectateurs, son petit John Trent. Finalement, à défaut de pouvoir changer la nature humaine, Carpenter peut au moins, en acceptant cette réalité, profiter de la situation et en jouir, devenant ainsi notre maître et nous les victimes consentantes qui aimons nous faire duper et manipuler.

 

 

Conclusion : l’antre véritable de l’épouvante/horreur...

 

 Voilà… Pour moi Carpenter c’est ça… C’est à la fois primaire et subtil ; à la fois malin et vicieux ; à la fois cliché et inventif. Mais bon… Tout ce que je viens de vous sortir n’est finalement que du discours, du bla-bla. La force de cette Antre de la folie vient pour moi aussi et surtout de sa mise en forme. Ce film se sent, s’expérimente, avant de se comprendre. Carpenter est un filou qui aime nous titiller sur nos vices et qui sait ce qu’on aime le moins voir pour nous le proposer ou nous le suggérer. A quoi bon disserter dessus alors ? Eh bien justement parce que, à mon sens, même si un film d’épouvante repose avant tout son atmosphère et son visuel, il me semble vain s’il n’explore pas vraiment ce qui est réellement source de malaise pour nous. Or, c’est peut-être ce que je reproche aux productions de ces dernières années. Elles semblent ne vouloir se limiter qu’à du visuel et à des mécaniques d’épouvante désormais rodées. Il n’y a plus vraiment volonté d’aller farfouiller dans les inconscient ce qu’il y a de plus vicieux, ce qui nous met le plus mal à l’aise. Finalement, l’épouvante reste sage… Pire, elle reste la plupart du temps… propre. L’Antre de la folie n’est même pas pour moi LE film d’épouvante-horreur que je citerais si je devais prendre un exemple de ce qui se fait de mieux. Après tout, Carpenter se contente juste de faire du Carpenter, avec rigueur mais sans prétention (c’est peut-être d’ailleurs pour cela que j’apprécie son cinéma). Mais au moins Carpenter avait cet élément qui moi me parle quand on sait l’utiliser – ce petit truc qui peut nous faire nous approcher de l’antre d’une petite folie – c’est la jouissance du vice… Et rien que pour cela, moi je dis : « vivement octobre 2013 qu’on puisse tous renouer avec cela… »

 

 

 

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Publié par L'homme-grenouille - dans Films trop méconnus ou incompris
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