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2 mai 2006 2 02 /05 /mai /2006 01:54

                               Ciby Distribution

Un sens au-delà de l'illogisme.

Si on devait cependant s'essayer à cerner ce à quoi touche Lost Highway et Mulholland Drive, nous constaterions dans le propos une corrélation des plus étonnantes entre ces deux films. Effectivement, à bien y regarder, la sensation révélée par Mulholland Drive est relativement proche de celle de Lost Highway mais pourtant elle présente une particularité qu'il est important de comprendre. En fait, les films semblent traiter du même sujet, l'asservissement de la raison par un sentiment primitif, mais en en distinguant deux pendants : un pendant masculin (Lost Highway) et un pendant féminin (Mulholland Drive). Au fond Lynch cherche à déterrer le démon qui est en chacun de nous, mais en montrant bien que son apparence diverge en fonction que l'on appartienne à la part masculine ou à la part féminine de l'humanité.

 

                                                

 

  Prenons tout d'abord Lost Highway et voyons ce qui ressort des péripéties que fait subir Lynch à ses deux personnages principaux, Fred Madison et Pete Dayton, qu'il interchange deux fois sans aucun logique aucune. A bien y réfléchir, le fait de lier de cette manière ces deux personnages est au fond vraiment étonnant. Le fait de remplacer ainsi Fred par Pete, puis Pete par Fred, et de les confronter aux mêmes types d'épreuves tendrait à sous-entendre que les deux hommes sont plus ou moins semblables. Pourtant, à bien y regarder, ce n'est pas du tout le cas. On pourrait même dire qu'entre Pete et Fred, c'est le jour et la nuit. Ils ne sont pas du même âge, de la même condition ni même du même milieu. Fred donne des allures de bourgeois moyen : il a une belle maison, se rend dans des soirées plutôt mondaines, et a comme loisir la pratique du saxophone. De plus, Fred est marié, bref il remplit tous les codes du citoyen notable et respectable. De son côté, Pete est sensiblement plus jeune, issu d'un milieu modeste (voir ses parents), il occupe un emploi de simple garagiste. Sur le plan marital, il est encore à l'étape des petites amies, quand à son allure, elle laisse supposer une sensibilité culturelle à l'opposée de celle de Fred. En somme, Lynch nous peint deux personnages presque opposés en tout points et pourtant il décide d'établir entre eux des connexions suite à son petit tour de passe-passe. On ressent donc l'objectif de l'auteur à montrer qu'au-delà des différences culturelles et sociales, il existe quelque chose qu'ils ont en commun et qui les asservit de la même manière.

 

 

  On peut en effet recenser dans ce Lost Highway toute une série de connexions qui sont établies entre Fred et Pete. La plus importante d'entre elle se fait au travers du doublon Renee/Alice. Aussi bien Fred que Pete sont conduits au meurtre, par la faute de cette femme double, alors qu'ils ne sont pas disposés à la base. Le meurtre de Fred, bien qu'obscur, s'assimile à un meurtre passionnel, celui de sa femme. Le forfait perpétré par Pete est plus clair, et aussi plus prémédité que celui de Fred. Cependant, lui aussi s'abaisse au meurtre pour les beaux yeux de sa belle. D'une certaine manière, et d'après la façon dont il est présenté, l'acte de Pete semble lui aussi relever de la déraison, à l'image de celui de Fred. En somme, tous deux se retrouvent sur un point : ils ont tué pour la passion d'une femme. Si, au-delà de leur ressemblance physique, Renee la brune et Alice la blonde sont certes différentes (la première épouse fidèle, la seconde actrice porno allumeuse), elles sont pourtant au fond bien similaire aux yeux des hommes : un objet de désir passionnel.

 

                  

 

  Lynch tend à montrer que finalement, quelques soient les particularismes des individus, tous au fond sont les esclaves du même vice : la passion. Une passion qui ici est exposée dans toute sa dimension pulsionnelle, celle qui corrompt la raison de l'homme et qui le contraint à accomplir des actions qu'il sait pourtant mener à sa perte. A bien y regarder, Fred va sombrer par jalousie (d'Andy en l'occurrence), et Pete lui va être le jouet de l'envie (envie pour Alice). Au fond, tous deux vont se montrer possessif vis-à-vis de la même femme.

 

 

D'une certaine manière cet appel au vice qui vient corrompre la raison, on peut la retrouver personnifié dans le film par une autre connexion entre les deux hommes : l'homme mystérieux. Tout le long de Lost Highway, cet étrange personnage est présenté de manière à lui conférer une dimension surnaturelle. Au début, il procède à un étrange numéro de passe-passe à l'aide de son téléphone sur un Fred Madison totalement médusé. A la fin, il disparaît et réapparaît en dehors de toute logique. En somme, cet homme mystérieux semble presque relever de l'allégorie, celle du petit démon qui conduit les hommes sur le chemin de leur perte. L'homme mystérieux, c'est la pulsion, la passion ou bien encore le vice. A certains moments, on serait même en droit de s'interroger si Renee et Alice ne sont pas finalement deux métamorphoses auxquelles il a procédé pour aller corrompre et Fred et Pete. Pour essayer de conforter cette hypothèse, on pourrait évoquer son apparition dès qu'Alice ou Renee disparaît. Ne dit-il pas d'ailleurs à Fred qu'ils se sont déjà rencontrés au domicile de ce dernier ? S'il est Renee, cette question prend alors un tout autre sens. Autre indice qui pourrait nous laisser suggérer qu'une telle hypothèse est envisageable, le fait que sa coiffure soit à la fois brune et blonde, ce qui renvoie finalement aux deux aspects de ses tentatrices : la sage Renee et la sulfureuse Alice.

 

                 

 

  Ce que tend ainsi à présenter Lost Highway, c'est qu'au final la plus grande ennemie des hommes, c'est leur passion. C'est la corruption de la raison des hommes par leurs désirs pulsionnels qui les conduisent à emprunter un chemin sans fin qui ne les mène nulle part. Les propos de Pete et d'Alice lors de leurs ébats dans le déser, à la lumière des phares, sont d'une certaine manière très révélateurs. Pete demande à sa belle pourquoi l'a-t-elle choisie lui ? A cette question de raison, Alice offre une réponse de passion : «  Je suis sure que tu as encore envie de moi ». Par ce dialogue, la passion a su faire taire la raison puisque Pete préfèrera finalement succomber à nouveau dans les bras de sa pin'up plutôt que de réitérer sa question.

 

 

Voila pourquoi finalement Lynch estime qu'il était intéressant de substituer comme ça, d'un coup de baguette magique, Fred par Pete et Pete par Fred. C'est parce qu'au fond d'eux, au-delà de leurs apparences physiques et sociales, ils sont dtous eux semblables et agissent de la même façon. A ce couple Pete et Fred, on pourrait même compléter la tranche d'âge en y ajoutant Mr Eddy/Dick Laurent, qui finalement est lui aussi un jouet de la passion, une victime de cet homme mystérieux et de ses deux visages féminins. Voila au fond tout le propos de Lost Highway : la grande faiblesse de l'homme, celle qui au fond le conduit sur le chemin de la perdition, sur une route sombre qui se perd dans le désert, c'est sa passion.

 

             

 

 

Mulholland Drive, le pendant féminin de Lost Highway

  Pour Mulholland Drive, le procédé et la démarche de Lynch restent les mêmes que pour ce que nous venons de voir pour Lost Highway. Cependant,  on va constater que la tranche d'humanité étudiée n'est pas la même et que le propos s'en retrouve du coup sensiblement différent. Ici, les deux personnages principaux ne sont plus des hommes mais des femmes : Betty, la belle et jeune campagnarde qui vient à Hollywood réaliser ses rêves de devenir actrices ; et Rita, la jeune femme traumatisée qui incarne le côté plus obscur de ce monde du cinéma. Ici, le procédé de substitution des personnages par d'autres a été remplacé par celui plus subtil de redistribution des rôles. Betty n'est pas soudainement substituée par une autre femme qui n'a rien à voir comme ce fut le cas pour Pete et Fred dans Lost Highway, ici Betty voit son personnage échangé avec celui de Rita, un autre personnage qui est lui aussi constamment présent tout le long du film. A ces changements de personnalités s'accompagne tout un jeu de changements de noms et de changements de relations. Comme pour Lost Highway, ce grand chambardement illogique semble ne mener à rien, mais une fois de plus la démarche de Lynch n'est pas innocente et aboutie à la mise en valeur d'une faiblesse ici plus féminine.

 

                                       

 

Comme il fut instructif de comparer Fred à Pete dans Lost Highway, l'intérêt de ce Mulholland Drive se trouve dans la comparaison entre les deux rôles jouées par chacune des actrices, avant et après la rupture que pose l'ouverture de la boîte bleue. Là encore, ce qui choque le plus dans ces comparaisons, c'est le contraste qui s'opère dans ces couples de personnages formés par Lynch. Betty est une jeune fille joyeuse, rayonnante et pleine de rêves. A l'opposé, Diane est aigrie, agressive et pleine de déceptions amoureuses autant que professionnelles. A côté de ce couple Betty/Diane, il y a le couple Rita/Camilla, lui aussi très hétérogène : Rita est une fille perdue et peu affirmée alors que Camilla est à la fois pleine d'assurance et d'élégance. Il existe d'autres réattributions de rôle que ces deux là, notamment en ce qui concerne le personnage primitivement appelée Camilla Rhodes (la blonde qu'Adam se doit de prendre comme actrice principale) ou encore le personnage de Coco. Ce qu'il est d'ailleurs intéressant de constater, c'est que ces réattributions ne concernent que des personnages féminins. Les hommes, comme Adam, le tueur maladroit ou encore le cow-boy, échappent globalement à ce type de procédé, preuve ici que le propos disculpé concerne avant tous les femmes.

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  A bien y réfléchir, c'est la compréhension du couple Betty/Diane qui permet de dénouer toute l'intrigue de ce Mullholland Drive. Si nous avons pu dire précédemment que ces deux personnages étaient singulièrement différents par leur situation et leur état d'esprit, on peut néanmoins être saisi par les parallélismes qui peuvent se dresser entre les deux. Certes Diane est aigrie et agressive alors que Betty est douce et joyeuse, mais elles ont en commun leur histoire. La présentation que fait Diane d'elle-même lors de la soirée finale corrobore en grande partie avec celle que fait Betty à Rita. Toutes les deux viennent d'un trou perdu dans l'Ontario, toutes deux ont une tante qui travaille dans le milieu, enfin, toutes deux sont montées à Los Angeles dans l'espoir de devenir une grande actrice. Au fond, ce qui différencie Betty de Diane, c'est que Betty est en passe de réaliser son rêve alors que Diane est elle plutôt en train de passer à côté. On pourrait même aller plus loin en disant que Betty est ce qu'aurait pu être Diane si elle avait réussi, en d'autres mots : Betty est le fantasme de Diane.

 

 

Finalement, si on y prête bien attention, tous les rôles de la première partie peuvent être considérés comme une reconstruction de la part de Diane pour que toutes ces personnes correspondent à son idéal fantasmagorique. Dans la première partie du film, avant que l'ouverture de la boîte ne vienne semer la zizanie, Betty parvient à convaincre Rita de devenir son amante. Dans la seconde, les rôles sont inversés : c'est Rita/Camilla qui est la belle actrice séduisante, et c'est Betty/Diane qui est la fille perdue. Le fait que c'est Camilla qui décide de mettre un terme à la relation semble démontrer que c'était la belle brune qui en avait eu l'initiative. Au regard des deux parties, on pourrait même être en droit d'interpréter le lesbianisme de Betty/Diane comme sa façon d'exprimer son fantasme d'être ce qu'est Camilla. Au fond Diane n'aimerait pas Camilla pour sa personne mais parce qu'elle a su devenir ce qu'elle rêvait d'être. Le fait d'ailleurs qu'à la fin du film Diane cherche à tuer Camilla semble prouver qu'au fond, sa passion pour la belle actrice était en fait autant animée par l'envie que par la jalousie. Si le personnage d'Adam trouble finalement autant Diane que Betty, c'est parce qu'il incarne sûrement ce prince charmant qu'elle aurait voulu avoir s'il avait su être à la place de Camilla.

 

   

 

En fait, toute la première partie ne peut se comprendre qu'au regard de la seconde, et c'est ce qui rend le propos de ce Mulholland Drive si déstabilisant. En même temps, une telle progression paraît au fond plus logique quand on constate qu'au fond, le film nous fait passer du rêve hollywoodien auquel le cinéma nous habitue traditionnellement, à la destruction progressive de ce fantasme pour nous plonger dans la misère de la réalité. En considérant que la première partie n'est rien d'autre que l'univers fantasmé de Diane et que la seconde partie est en fait sa véritable réalité, les réattributions de rôles prennent alors tout leur sens. En fait, la première partie est l'illusion dans laquelle Diane aime se complaire pour mieux se déconnecter des désillusions de la réalité. Tous les éléments perturbateurs de cette première partie ne sont en fait que les rappels à la réalité auxquels Diane entend rester sourde. Pour s'en convaincre, il nous suffit de les énumérer.

 

Parmi les éléments perturbateurs qui viennent troubler la quiétude de Betty dans sa conquête d'Hollywood, il y a tout d'abord l'arrivée accidentelle de Rita. Certes, il est bien difficile de considérer Rita comme une véritable perturbatrice de l'illusion de Diane dans la mesure où elle incarne son amour pour Camilla. Pourtant, c'est bien le personnage de Rita qui va apporter tous les éléments permettant à Betty de se rendre compte de l'aspect factice de son univers en la reconnectant progressivement à la réalité de Diane. En fait, l'amnésie de Rita renvoie à l'amnésie volontaire par laquelle Diane s'incarne justement en Betty. Les premiers rappels à la réalité que Rita va transmettre à Betty, ce seront ces objets présents dans son sac à main : l'argent tout d'abord, la clef bleue ensuite. Les liasses de billets renvoient directement au meurtrier que Diane paye à la fin pour tuer Camilla. C'est le symbole par lequel s'exprime la véritable nature de son attachement à l'actrice : la jalousie. La clef quant à elle est encore plus symbolique que l'argent. Cette clef, c'est la clef de compréhension. Le fait que Betty l'ait en main dès le départ, et qu'elle l'acquière avant la boîte, semble sous-entendre l'idée que l'enfermement de Diane dans ce monde fantasmé est volontaire. Elle en a la clef, elle peut en sortir quand elle le veut, il n'appartient qu'à elle de faire apparaître la boîte pour en sortir. Seulement elle ne le fait pas, preuve que Diane se complait à vivre dans le monde d'illusion de Betty.

 

 

Le deuxième élément perturbateur pour Betty dans ce Mulholland Drive, c'est au fond tout l'univers du cinéma qui regroupe les producteurs, leur tueur gaffeur, le cow-boy et surtout Adam. Betty ne rentre pas tout de suite en interaction avec ce deuxième élément perturbateur, à vrai dire elle n'entrera en contact avec lui qu'une fois toute l'intrigue qui tourne autour d'Adam sera close. Il est intéressant de constater que le premier et seul contact entre Betty et Adam suscite chez la belle blonde un profond malaise qui l'oblige à quitter le plateau au plus vite. C'est que le jeune réalisateur, qui est pourtant la clef de son fantasme (devenir actrice), la renvoie directement à la réalité de sa relation avec son amante Camilla Rhodes. Ce premier rappel à la réalité est à coupler avec tout ce qui a pu arrivé avant à Adam et qui semble symboliser toute l'aigreur de Diane envers le monde du cinéma. En effet, si on reprend toutes les péripéties qu'a connu Adam, on se rend compte que son choix de prendre Camilla Rhodes pour actrice principale lui a été imposé et que celui-ci s'y est plié en allant à l'encontre du bon sens artistique. Cette histoire n'est peut-être qu'au fond la traduction de l'injustice, ou de l'aigreur, qu'a ressentie Diane à s'être fait pris la place par Camilla. Le fait d'ailleurs que celle qui porte les traits de Camilla soit alors la nouvelle amante de l'actrice dans la réalité vent conforter cette idée.

 

                              

 

Après le sac, après Adam, le troisième rappel à la réalité auquel sera confrontée Betty, c'est la recherche de Diane Selwyn, en d'autres mots, la recherche de la vraie Betty. La découverte que font les deux femmes de son cadavre dans son appartement abandonné renvoie forcément au suicide final de Diane, mais il a aussi une portée plus symbolique. A vivre son rôle de Betty dans son monde d'illusion, Diane est sur le plan de son identité une personne sans substance et sans vie. De là, la relation que va avoir Betty avec Rita va presque couler de source. En effet, la plongée de Betty dans la pratique lesbienne ne fait que la rapprocher de plus en plus de la réalité de Diane. Déjà les rôles semblent alors s'inverser, au fur et à mesure que Rita retrouve de la mémoire et par conséquent, reprend aussi de la substance. Le théâtre d'illusion ne fera que conclure la marche amorcée vers la réalité. Ce théâtre apporte la clef sur la nature du monde jusqu'ici présenté : un spectacle de dupe dont on oublie parfois qu'il est faux. Ce n'est pas un hasard si c'est dans ce théâtre que Betty mettra enfin la main sur la fameuse boîte qui va remettre les rôles en place.

 

                

 

Ainsi, tout le propos semble tourner autour de l'idée que la perte des femmes se trouve dans leur complaisance à vivre dans l'illusion. Diane meurt à la fin accablée par les deux petits vieux qui paraissaient pourtant si gentils au début du film et qui espéraient tous deux voir les rêves de Betty se concrétiser. D'une certaine manière, on pourrait dire que ces deux personnages ne font qu'incarner la naïveté, voire la niaiserie, par laquelle Diane s'est laissée chavirée. Alors que Fred Madison dans Lost Highway voyait sa perte causée par sa passion, Diane Selwyn sombre elle de ses illusions. L'idée de Mulholland Drive n'est pas de sous-entendre qu'au fond toutes les femmes veulent devenir actrices, mais plutôt que chacune se convainc trop facilement que leur avenir leur donnera un premier rôle honorable, auprès d'un merveilleux prince charmant. D'ailleurs, à Adam qui renvoie à cette image de prince charmant dans Mulholland Drive, répond peut-être celle de cet étrange cow-boy, qui dans la seconde partie appelle Diane ma chérie (laissant ainsi sous-entendre qu'il est son compagnon). Le cow-boy, c'est peut-être la désillusion sur le plan amoureux de Diane : le cow-boy c'est une image glamour totalement dépassée qui la renvoie au fond à la campagnarde qu'elle est.

 

                                         

 

Lost Highway/Mulholland Drive : une réflexion à deux faces.

Ceux qui auront eu le courage de lire cet article avec attention jusqu'au bout auront dès lors sûrement compris le sens profond de la démarche de Lynch pour ces deux films, Lost Highway et Mulholland Drive. En fait, il s'agit essentiellement de faire un portrait de la condition humaine, au travers de ses deux sexes, et d'en cerner sa plus grande faiblesse : la passion pour les hommes ; l'illusion pour les femmes. Le titre des deux films synthétise d'ailleurs parfaitement bien cette idée, au travers de deux allégories somptueuses. La voie de la passion se transforme pour les hommes en une route qui ne mène nulle part, qui les perd dans le désert (Lost Highway), et le dépérissement dans l'illusion se transforme pour les femmes en cette route qui donne sur un décor de rêve, Hollywood, mais qui n'en reste pas moins qu'une route sinueuse au milieu d'une forêt humide et lugubre (Mulholland Drive).

 

 

 

  J'espère que cet article aura su convaincre les quelques septiques qui se seront osés à le lire, et j'espère aussi qu'il aura donné l'envie de revoir (ou de découvrir) ces deux merveilles du septième art. Si cet article suscite en vous quelconque réaction, notamment sur des interprétations de ma part qui sembleraient fausses ou forcées, je serai ravi de les recueillir sur ce blog afin qu'il alimente notre soif collective de compréhension et notre amour pour l'œuvre de David Lynch.

 



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commentaires

l'homme-grenouille 20/09/2013 20:27

Bah écoute, si déjà on est d'accord sur notre façon de nous désintéresser de la pression sociale que les autres veulent nous mettre sur le dos dès qu'on voit un film, c'est déjà cool... De toute
façon, moi, si j'entretiens ce blog, c'est justement pour me confronter à d'autres points de vue. Percevoir un film de Lynch à travers le regard d'un mec qui n'est pas sensible à ce genre de
démarche, moi ça enrichit ma perception de cette oeuvre...

Et ne t'inquiète pas, comme je l'ai mis dans mon commentaire de réponse sur l'article de "la Vague", j'ai noté tes deux films, et je les verrai dès que l'occasion se présentera (c'est-à-dire,
sûrement pas dans l'immédiat). L'homme qui a déjà vu les derniers films de Pierre-Martin Laval ou de Steven Soderbergh n'a peur de découvrir aucun film !

A plus...

Jecogite 20/09/2013 19:47

Ah la la, et en plus il est sage comme un boudhiste.
Ecoute, je suis d'accord. C'est vrai que ca a un cote frustrant de voir tout le monde baver sur lynch et le venerer comme un dieu et moi je suis la a me dire: "Mais je suis debile ou quoi ?
Pourquoi je pige pas alors que d'autres pigent ?"
Donc oui tu as raison, c'est vrai que l'art du cinema c'est de faire emerger la personne que nous sommes comme tous arts connus d'ailleurs.
Voila une belle reflexion. Je n'aime pas lynch parce que ce n'est pas moi, pas parce que je suis debile he he.
Enfin bref, certes, je tente de ratrionnaliser mais alors cela veux t il dire que je n'aime pas l'abstrait ? pourtant la peinture abstraite me parle parfois quand je croise un tableau de ce type.
Alors pourquoi pas lynch et son approche.... ? Bah, tu as parfaitement raison, on s'en fout. C'est exactement cela, ON S'EN FOUT.
Ce qui compte, ce n'est pas ce qui nous touche ou nous impregne mais ce qu'on en fait apres.

J'espere comme je l'ai ecrit dans le blog de la vague que tu trouveras le temps de regarder timecrimes et man from earth.
Comme tous les films qui ne se justifient que par la qualite de leur senario seulement, tu aimeras ou tu n'aimeras pas mais si similitude il y a entre nous, alors tu aimeras, j'en suis
convaincu.
J'espere que si tu les regardes un jour, que tu te rappeleras de celui qui te les a conseille et que tu auras envie d'echanger des propos a leur sujet.

A bientot l'amis.

l'homme-grenouille 20/09/2013 17:28

Je vais peut-être te surprendre par la réponse que je vais te fournir mais... pourquoi veux-tu absolument être convaincu que Lynch est un génie ou non ? Après tout, son cinéma te parlait pas à la
première expérience, et même après t'être ouvert à un autre regard (en l’occurrence le mien via cet article) il ne te parle toujours pas. Pourquoi se forcer ?

Alors, bien évidemment, j'ai compris le sous-entendu de ton propos. On nous gonfle tellement avec Lynch, patati-patata... Certes... Mais pour moi ce genre de vision mondaine du cinéma et de ses
auteurs ne nous apporte pas grand-chose en terme de plaisir face à l'écran. Pour moi il n'y a pas de hiérarchie, de bon ou de mauvais... Il n'y a que des auteurs qui nous parlent et d'autres qui ne
nous parlent pas. On dit de Bergman que c'est un génie... Moi ça ne me parle pas du tout. Je peux encore accepter le terme parce qu'il a ouvert certaines pistes, mais après je n'apprécie pas les
films pour leurs mérites historiques et techniques, j'apprécie les films que si ça fait vibrer quelque-chose...

Tu dis que tu trouves Nolan meilleur que Lynch parce que son cinéma a plus de sens. C'est vrai, d'un point de vue rationnel il a plus de sens. Mais je ne pense pas que le but de Lynch n'ait jamais
été de mener une réflexion à son spectateur. Il veut au contraire l'exposer à de la sensation, il veut éprouver ses sens. Tout le monde ne réagira pas de la même manière au cinéma de Lynch,
personne ne le décante de la même façon... Ce n'est pas un cinéma dirigiste, ce n'est pas un cinéma de propos. On a le droit de ne pas aimer être dirigé comme on a le droit de ne pas aimer Lynch et
je ne vois pas pourquoi tu aurais à te forcer et je ne vois pas en quoi répondre à une démarche autre que celle d'un propos dirigiste de la pensée serait prendre les gens pour des cons.

Moi j'aime dire qu'on ne parle jamais de cinéma quand on pense en parler. En fait on ne fait que parler de nous. Le film n'est qu'un média qui nous permet d'explorer ce que nous sommes et de jauger
notre ressemblance ou notre dissemblance par rapport à celui avec qui on parle. Avec Lynch, tu sais désormais que le cinéma empirique ne te parle pas. Tu sais que tu es un rationaliste qui aime
donner du sens à tout. Tu sais enfin que la perdition dans un univers des sens et non un univers du sens n'est pas ton trip. Voilà ce que l'expérience Lynch te révèle. Ce n'est pas ton cinéma car
ce n'est pas toi. Est-ce un mal ? Est-ce un bien ? La réalité c'est qu'on devrait s'en foutre. On est ce qu'on est, et je ne vois pas pourquoi on devrait passer pour plus ou moins malin, plus ou
moins ouvert, sous prétexte qu'on a aimé ou pas tous les films validés par la société mondaine.Voilà pour moi la véritable cinéphilie...

Rodolphe 19/09/2013 12:54

Bon j'ai beau lire et faire l'effort pour comprendre, j'en reviens tjs a la meme conclusion: que c'est de la masturbation intellectuelle ces 2 films.

Mon avis: Ça vaut pas du NOLAN (memento, inception) qui font tourner en bourrique l'intellect mais qui au moins ont un sens, une structure. Quelque chose a quoi l'intellect peut se tenir pour que
ca ne soit pas n'importe NAWAK.

Certes, une oeuvre abstraite peut avoir un sens dans sa beauté par exemple.
Mais c'est trop facile de jeter à la face du spectateur un amas de scènes sans donner au moins un sens à l'ensemble ne serait-ce qu'à la fin.
C'est comme fabriquer un puzzle avec les pièces n'importe ou. Car le but du puzzle est d'avoir un sens a la fin. Un sens sur lequel s'appuyer pour ressentir qqe chose.
Soi-disant, le seul but de lynch serait de nous faire RESSENTIR ? Mouai....
Le problème est que c'est pas la beauté des scènes qui vont nous faire rester sur le canapé. Alors quoi ?
Certes, on peut dire que ces films de lynch plongent le spectateur dans une ambiance dérangeante mais c'est le cas souvent des films un peu sombres ou glauques et je ne vois pas le rapport avec le
fait de ne pas prendre le spectateur pour un c....

Alors peut être que je suis un abruti qui n'a pas le QI nécessaire pour """"comprendre"""" le """""génie"""" de Lynch.
Cependant pour ma défense, je suis extrêmement attire par les films ambigus qui nécessitent une analyse parfois poussée. Alors pourquoi ferai-je un rejet des films lynch ? J'en sais rien.
Pour moi, la réponse est évidente: j'ai l'impression d'être pris pour un con, d'une arnaque. (ce sont souvent les propos d'ailleurs des personnes qui n'ont pas compris une oeuvre).

Alors si la signification du film est ce que vous en ditent a la fin, alors OK. Mais dans ce cas, je ne trouve pas que les 2 films soient intéressants dans leur façon d'amener le spectateur a cette
conclusion.

Certes, il faut artistiquement trouver d'autres façons de réaliser pour amener l’intérêt et la réflexion mais Lynch va trop loin dans le fouillis et prend un gros risque de perdre et d'ennuyer le
spectateur.

Maintenant, il semble que ces films aient eu un gros succes donc ma critique est helas deja avorte et contredite.

Dans ce cas, je n'ai qu'un exemple a donner et comme réponse:

Ca me fait penser au sketch des inconnus qui posent de la boue sur une planche et plante un carton avec écrit dessus 20 000 francs et qui par la se moquent de notre société et de la direction
incongru que prend "l'art moderne" aujourd'hui.

Maintenant, j'admets qu'hélas, toute cette critique est subjective et donc forcement rhétorique.
A part se dire que je n'ai rien compris, que pourriez-vous bien répondre... ?

En fait, je tente de trouver un moyen d’être convaincu du génie de ces 2 films mais je n'y parviens pas. C'est pas faute d'essayer pourtant.

keating 10/03/2007 09:54

longue vie à LynchSalut l'ami Startouffe , d'abord bravo pour avoir reconnu le cercle des poètes disparus en mon pseudo , le film qui m'a fait aimer le cinéma et a changé ma vie a jamais par son message CARPE DIEM

Tu as tout à fait raison de préciser que les interprétations de Lynch sont toutes personnelles et donc discutables , c'est même là la magie de ce cinéaste selon moi : chaque spectateur voit un film différent quand il regarde un de ses films ...

En ce qui concerne Lost Highway et l'idée que l'on a jamais de deuxième chance , plutot que de long discours , je te propose de venir voir sur mon blog j'y ai consacré un article à ce film où je développe cette idée .

Voila merci d'avoir répondu , j'attend avec impatience un commentaire sur mon blog et que David Lynch continue à engendrer tant de passions !

Startouffe 04/03/2007 23:11

Mangeons du Lynch!Merci à vous deux pour tant de compliments, je reconnais qu'il m'a fallu du temps pou goupiller cet article mais ça répondait vraiment d'un besoin personnel de comprendre comment ces deux films avaient pu jouer aussi subtilement avec mes sentiments. Bon du coup ça fait plaisir quand on me balance quelques fleurs, j'vais pas les refuser :) !!

Sinon, en réaction à l'ami Keating (référence à une confrérie de poètes défunts?), je tiens à rappeler que tous les articles présents sur ce blog ne sont que des interprétations personnelles ce qui implique qu'elles peuvent être discutées, et c'est même le but je dirais!
Est-il utile de rappeler par ce commentaire que cette remarque est d'autant plus valable pour les films de Lynch, et ce n'est pas son dernier "Inland Empire" qui me fera dire le contraire !!!

Alors du coup, concernant ta vision des choses Keating, comme quoi ces deux films développent l'idée qu'on n'a qu'une vie et jamais de deuxième chance", je vois parfaitement où tu veux en venir pour "Mulholland Drive" mais j'avoue être un peu plus dans le brouillard en ce qui concerne "Lost Highway"... Si tu as l'occasion de repasser sur ce blog, n'hésite pas à développer ton idée, je serais ravi d'en discuter avec toi. Tous les avis concernant Lynch sont bons à prendre!

Enfin bref, merci encore pour ces commentaires, n'hésitez pas à vous exprimer, c'est le principe d'un blog!

keating 03/02/2007 16:51

chapeau !j'ai découvert Lynch récemment , et ces deux films là m'avaient particulièrement marquées . j'avais vu quelques ressemblances entre lees deux , et ton article m'a énormément instruit à ce sujet ! bravo , ça n'a pas du être un travail facile , on ne peut qu'être impressioné !

je voudrais juste dire que j'ai une autre interprétation pour le message de Lost Highway : "on ne peut pas avoir de deuxième chance " . Mais la magie de Lynch c'est justement que ses films peuvent petre interprétés de différentes manières

Je compte dévelloper bientot mon interprétation pour Lost Highway sur mon blog , j'aimerais beaucoup avoir ton avis

a bientot j'espère et encore bravo !

Guitou strikes back 28/05/2006 13:22

Rhââââ !

Que n'ai je fait ! Je ponds mon commentaire en plein milieu du propos ! Pas terrible ca, mea culpa ...

Bien : à la deuxième partie de ton article, on serait bien en peine d'opposer des contre-arguments : tous les détails du film sont méticuleusement exploités ! Bravo pour ce travail ...

Je ne vois pas trop quoi dire d'autre que : il faut que (re)voie ces 2 films !

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