Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 18:50

 

Newmarket Capital Group

Alors que la sortie du très attendu Batman – The Dark Knight se rapproche à petit pas, (Encore quatre mois ! Que c'est long !), les tergiversations vont bon train pour connaître le contenu de ce nouveau volet des aventures de l'homme chauve-souris. C'est finalement une belle récompense pour son réalisateur Christopher Nolan, surtout quand on se souvient de l'accueil assez mitigé qu'avait rencontré son précédent opus, Batman Begins. Belle récompense certes, mais une récompense qui me semble juste étant donné les mérites de ce jeune réalisateur anglais qui, à mes yeux, n'est pas encore aujourd'hui reconnu à la hauteur de son talent. Certes, Nolan n'a pas la filmographie d'un Scorcese, ni l'appui populaire d'un Tarantino, pourtant il a su démontrer, déjà à maintes reprises l'étendue de ses capacités au travers des cinq seuls long-métrages qu'il a déjà tournés.

.

Carrie-Anne Moss et Guy Pearce. UFD    Warner Bros.    Heath Ledger. Warner Bros. France

.

Un film symbolise peut-être à lui tout seul ce qu'est le talent de Christopher Nolan, et ce film c'est celui qui l'a fait connaître : Memento. Sorti en 2000, ce film n'était seulement que le deuxième long-métrage du jeune anglais qui n'avait alors que 29 ans. Pour ceux qui ont déjà quelque peu arpenté ce blog, vous aurez sûrement constaté que ce n'est d'ailleurs pas le premier article que je consacre à un film de cet auteur. Déjà il y a deux ans, j'avais écrit sur son fabuleux Prestige et, il y a peu, j'ai aussi tenu à revaloriser son premier opus de Batman. On pourrait donc se surprendre de l'affirmation que je viens d'énoncer ici, il y a de cela quelques lignes ; que Memento était le film qui symbolisait sûrement le mieux le talent de Nolan. En effet, si tel est le cas, pourquoi n'en parler qu'après s'être longuement étalé sur deux autres de ses films sans avoir commencé par celui-là ? Il me semble important de s'attarder sur ce point car il est finalement très révélateur de l'opinion que l'on peut se faire de ce film, et par extension de son réalisateur. Je n'avais jusqu'alors jamais écrit sur Memento car ses qualités me semblaient évidentes et que je ne voyais aucun intérêt à me disperser dans une simple énumération des qualités de ce film. C'est suite à une discussion avec ce cher ami Rupo que je pris conscience que loin, d'être reconnues de tous, les qualités de ce film n'étaient au fond pas si évidentes. « Inutilement compliqué, principe de mise en scène (original, certes) mais qui au fond relève du gadget, et un propos finalement bien banal… » Telles étaient les conclusions de l'ami Rupo au sujet de Memento, lui qui pourtant tient en estime le Prestige du même Christopher Nolan. Une critique parmi tant d'autre pourrait-on se dire, qui ne peut rendre compte à elle seule de l'estime globale que porte le public à ce film. Et pourtant, la lecture des critiques d'Allociné révèle quelque chose d'assez saisissant.

Certes, il y a ceux qui sont enjoués face à l'originalité de la mise en scène, d'autres qui saluent la démarche qui permet une indentification remarquable face à la situation du héros, d'autres reconnaissent l'excitation d'être invité à une telle gymnastique de l'esprit… Mais finalement, à bien toutes les lire, il est extrêmement rare qu'on aborde le propos développé dans ce film. Aucune critique n'évoque une quelconque sensation par rapport à l'histoire qui est narrée, pour ne se focaliser au final que sur la narration en elle-même (exception de cette remarquable critique qu'est celle de Ruiz95100). Si bien qu'au fond, personne ne vient apporter d'arguments aux affirmations suivantes : « histoire inutilement compliquée ; propos banal, mise en scène qui relève finalement du gadget… ». Pourtant, il me semble évident que si ce film nous parle autant c'est qu'il a du fond, s'il excite ceux qui l'ont vu c'est parce que son propos a une portée universelle et profonde sur chacun de nous.

.

Guy Pearce et Carrie-Anne Moss. UFD

 

Mais finalement, il semble régner autour de ce film un véritable flou. Personne ne paraît avoir cherché à le maîtriser véritablement, la sophistication de la forme ayant capté l'attention au détriment du fond. Or, à bien tout prendre, c'est à ce détail que semble tenir le statut de Memento et, par extension, celui de Nolan. Parce que sa mécanique nous ait particulière, elle focalise notre attention sur le superficiel et nous fait perdre de vue l'essentiel. On le qualifie alors de « très bon » mais si seulement on y avait porté sur lui un regard bien plus introspectif on aurait pu se rendre compte que la sophistication n'était pas que dans la forme, mais bien aussi dans le fond. Il y a une homogénéité dans les films de Nolan, et une homogénéité dans l'excellence. Si je me suis permis d'affirmer, il y a de cela quelques lignes, que Memento était le film qui symbolisait le mieux le cinéma de Christopher Nolan, c'est aussi parce qu'au fond, ce film souffre du même mal que celui de son réalisateur : on pense le connaître alors qu'en fait il n'est que superficiellement connu. J'espère donc, par cet article, inviter les quelques sceptiques à aborder le film selon un angle qui leur permettra de l'apprécier différemment. Mais ce n'est pas sans espérer non plus que certains adorateurs du film y trouveront là un regard nouveau qui enrichira leur perception de ce qui est incontestablement pour moi un grand chef d'œuvre du cinéma.

 

 

Un principe de base déroutant mais pertinent.

 

 Mais finalement de quoi parle ce Memento ?Depuis tout à l'heure on évoque l'originalité de sa mise en scène, l'éventuelle pertinence de son propos, mais sans vraiment avoir dit de quoi il en retourne au final. Il apparaît donc effectivement nécessaire de faire les choses dans l'ordre et de commencer par présenter le film dans ses principaux traits. Ceux qui n'ont pas vu le film pourront ainsi se faire une idée de ce qu'est finalement ce Memento, afin de savoir s'il compte se laisser tenter ou non. Pour les autres, c'est aussi l'occasion de remettre sa mémoire à jour par rapport à un film qui la sollicite beaucoup !

A la base, il y a une histoire, celle de Leonard Shelby, interprétée par l'élégant Guy Pearce. Depuis une nuit durant laquelle lui et sa femme ont été agressés par deux intrus qui s'étaient immiscés chez eux, sa vie n'est plus la même. Sa femme a été tuée et violée. Quant à lui, il a été grièvement blessé à la tête lui laissant un lourd handicap : depuis l'accident, il n'arrive plus à fixer sa mémoire immédiate. Il se rappelle son nom, ce qu'il était et ce qui s'est passé avant l'incident, mais tout le reste finit pas s'évanouir irrémédiablement. Il suffit d'une dizaine de minutes pour que Leonard ait un trou de mémoire total : Où est-il ? Que fait-il là ? Qui sont les gens qui l'entourent et qui semblent pourtant le connaître ? C'est une reconstruction permanente, et à peine les informations ont-elles été mémorisées qu'à nouveau Léonard oublie tout, et doit redécouvrir et redéfinir ce qu'il est et dans quelle situation il se trouve.

.

.

Pour surmonter son handicap, Léonard s'est fixé un but, mais aussi une méthode. Son but est simple. D'après son dernier souvenir encore intact, il restait un homme ce soir là où sa femme a été tué : celui-là même qui l'a frappé par derrière et ainsi occasionné son terrible handicap. Ainsi, dans cette vie où il ne peut rien construire faute de pouvoir tenir une idée plus d'une dizaine de minutes, il se raccroche à cet objectif qui donne un sens à son existence : trouver celui qui a tué et violé sa femme. Pour surmonter son handicap, Leonard Shelby a une méthode. Il a en sa possession le dossier de la police concernant le meurtre de sa femme. Il en fait des résumés car le lire est trop long et il en oublierait le début dix minutes après avoir commencé à le lire. Et, afin que les choses lui reviennent immédiatement à l'esprit à chaque amnésie, il se tatoue les idées essentielles sur le corps. Il suffit de se regarder dans une glace, de se laver les mains, pour voir revenir des mémos qui le remettent en situation.

.

.

Puisque la partie de son cerveau qui fixe la mémoire est détruite, l'une des solutions qui a été prescrites à Léonard a été le conditionnement. En effet, le conditionnement sollicitent d'autres parties du cerveau que celles qui fixent la mémoire. Le conditionnement est la clef du problème de Léonard Shelby. En créant des automatismes, à force de répéter et de répéter sans cesse un certain nombre de rituels, il peut espérer donner une continuité à ses actes malgré les multiples pertes de mémoire. Il va ainsi s'habituer à se laisser des notes chez lui, à apprendre à reconnaître son écriture, à assigner une fonction à chaque poche afin qu'instinctivement il sache quoi y trouver… Et surtout, prendre toute une série de polaroïds : de son logement pour le retrouver, de sa voiture pour la reconnaître, de ses connaissances pour pouvoir les nommer et surtout pour savoir quoi en penser. Ainsi ses quelques photos annotées lui permettent d'éviter qu'on le dupe, et surtout d'avancer dans son enquête. A contrario, Leonard Shelby est aussi totalement dépendant de ces précieux bouts de papiers, et il se doit de faire une confiance aveugle à des annotations dont il ignore dans quel contexte et pour quelles raisons il les a écrite.

.

.

Le scénario est donc déjà en soi grandement captivant, mais il le serait sûrement moins s'il n'était pas couplé avec ce qui fait vraiment l'originalité de ce film : sa mise en scène. Le premier plan du film suffit à nous laisser suggérer que l'histoire de Memento n'est pas vraiment racontée comme les autres. Une main tient une photo polaroïd représentant un corps abattu, jonchant sur le sol. Le plan est fixe, le générique défile, mais l'image du polaroïd finit par disparaître. La main l'agite, mais plus elle l'agite, plus le polaroïd s'efface, pour finalement devenir vierge. Le reste de la scène ne fait que confirmer ce que l'on avait cru comprendre : la scène est tournée à l'envers. Ainsi à rebours voit-on ce cher Guy Pierce prendre la photo d'un homme qu'il venait d'abattre juste avant d'une balle dans la tête. La scène est donc entièrement tournée à l'envers, mais ce n'est qu'une particularité qui, cependant, tend à expliquer le principe du film.

En effet, la scène suivante a de quoi déconcerter, puisqu'on se retrouve dans une chambre d'hôtel en compagnie de celui qui se présente comme Léonard Shelby, amnésique depuis son terrible incident. La deuxième scène présente-t-elle à peine son personnage principal et l'infirmité qui l'handicape que soudain, on s'aperçoit que la fin de cette deuxième scène revoit au début de la première. Il nous faudra quelques scènes pour vraiment comprendre le principe mais il s'avère dévastateur : le film est monté à l'envers. Ce qui est présenté après s'est en fait déroulé avant. Ainsi, chaque nouveau segment ne fait que donner une explication et du sens au passage qui a été vue auparavant, ce qui oblige une gymnastique de l'esprit assez intensive, mais également un sacré effort de mémoire. Mais n'est point le titre du film ? Memento : souviens-toi ?

.

.

« Mise en scène gadget » pourrait-on dire ? Ce n'est pas l'impression que donne en tout cas ce Memento la première fois qu'il se laisse voir. Ce montage à l'envers n'est pas une complexification de l'histoire pour rien. Il y a tout d'abord un apport qui est réel, et qui est très caractéristique de ce qu'aime faire Nolan, c'est qu'il plonge immédiatement le spectateur à la place du personnage, et l'amène à s'ouvrir au système de pensée du héros. Beaucoup l'auront noté sur Allociné, la grande force de ce montage à l'envers c'est son pouvoir d'immersion. A peine une scène commence-t-elle que le spectateur en ignore le sens, vu que ce qui s'est passé avant ne lui sera montré qu'après. Courir sans savoir pourquoi, attendre sur un toilette avec une bouteille à la main sans se sentir saoul pour autant, ou bien encore retrouver un homme séquestré chez soi sans savoir qui il est et pourquoi on l'a séquestré… Autant de situations dans lesquelles le spectateur se retrouve confronté, à s'efforcer à chaque fois de trouver un sens, de trouver des repaires pour assimiler au plus ce qui se passe. Tant de choses auxquelles Leonard Shelby est confrontée plusieurs fois par jours et qu'il se doit pourtant de surmonter pour donner un sens à son existence.

Un montage à l'envers donc très riche de sens, mais qui gagne en pertinence grâce à un deuxième sens de lecture, puisque la remontée dans le temps s'accompagne d'une découverte progressive de l'univers et de l'histoire de Leonard Shelby. Ainsi l'histoire est à l'envers, mais la révélation suit bien quant à elle le sens conventionnel de la pellicule. Ainsi l'intérêt de ce Memento n'est pas de connaître la fin, puisqu'elle nous ait donnée dès la première scène (Leonard tue un homme), l'intérêt véritable est de savoir si Leonard a tué le bon ! Et ce n'est qu'en remontant le temps, en revenant à l'origine des choses, que le sens des actes se révèlent. Nolan, d'ailleurs, induit lui-même un double sens dans la lecture puisque certains éléments de l'intrigue se déroulent eux dans un sens conventionnel. Pour les distinguer des scènes montées à l'envers, il les tourne en noir et blanc. Ces codes ne sont pas définis clairement en début de film, ce qui oblige par conséquent le spectateur à un questionnement permanent sur le sens à donner sur la mise en scène. Ce n'est qu'à l'usage, et ce n'est qu'à la dernière minute que, toutes les cartes en main, le spectateur peut remettre les pièces dans l'ordre. Mais encore faut-il se souvenir. Memento… Bref, et c'est presque inévitable, à peine le générique de fin entamé que ce film appelle presque immédiatement un revisionnage…

.

.

Pour ceux qui ne s'y sont pas risqués, mais aussi pour rafraîchir la mémoire de ceux qui n'ont vu ce Memento qu'il y a bien longtemps, il m'apparaît indispensable de procéder à une remise à plat de toute l'intrigue afin de comprendre la démarche réelle de cette histoire et le fond de son propos. Le revisionnage auquel appelle donc le film, nous allons y procéder dans la partie qui suit et ainsi passer de l'autre côté du miroir. Autant dire que c'est ici que s'arrêtera le chemin de ceux qui n'ont pas encore eu la chance de voir Memento, en espérant que cet article vous aura bien mis l'eau à la bouche.

 

 

Remettre l'envers à l'endroit.

 

 Remettre l'envers à l'endroit. C'est un luxe que pourront se permettre les heureux détenteurs de l'édition double DVD collector, puisque le DVD bonus contient justement le film avec les scènes disposées dans l'ordre chronologique de leur avènement. Bien évidemment, voir le film dans l'autre sens fait perdre pas mal d'intérêt à l'intrigue, mais en procédant ainsi, on peut s'ouvrir au sens réel du propos.

 

Souvenez-vous, Memento s'ouvre par un meurtre. Leonard Shelby tire une balle en pleine tête du dénommé Teddy, dont le corps sera ensuite pris en photo. La fin est donc connue. Mais comme il a été dit un peu auparavant, l'intérêt n'est pas de connaître la fin, mais la véritable signification de cette fin. Qui est vraiment l'homme qui est tué ? Méritait-il de mourir ? Qui est l'homme qui a tué ? Qu'est-ce qui l'a poussé au meurtre ? Bref, une fois que la situation initiale a été posée dans le film, toutes ces questions ne se fondent plus qu'en une seule, et c'est celle qui nous tiendra en haleine tout le film : Shelby a-t-il bien tué le meurtrier de sa femme en abattant Teddy ? Le doute est permis lors des premières discussions que l'on entendra entre Leonard et le dénommé Teddy. D'où peut-on tirer des certitudes sur la culpabilité de quelqu'un quand on ne la tient que de polaroïds griffonnés ? L'air de rien, le ton amical de Teddy et ses paroles prévenantes sèment le doute, surtout lorsqu'on sait le destin funeste qui l'attend. On s'aperçoit effectivement que certaines annotations sont raturées, d'autres rajoutées, parfois de manière énigmatique comme ce « ne croit pas ses mensonges » qui est justement associé à Teddy. Leonard a-t-il tué le bon ou a-t-il été manipulé ? Si oui, par qui, comment, et pourquoi ?

A suivre le fil de l'histoire, on se rend compte que Leonard est en fait le jouet de multiples manipulations par rapport à son handicap. Plusieurs personnages le manipulent d'ailleurs, chacun à des niveaux différents. Il y a d'abord Burt, le gérant de l'hôtel Discount Inn où loge Leonard. Profitant de l'handicap de ce dernier, le perfide gérant lui louait deux chambres différentes, afin de pouvoir toucher deux notes pour chaque nuit. Il y a ensuite la belle mais vénéneuse Natalie, dont on se rend compte qu'elle s'est servie de Leonard pour régler ses comptes avec un dealer nommé Dodd, un associé de son amant qui lui devait de l'argent. Teddy n'est pas en reste. Même s'il s'avère effectivement qu'il s'agit d'un flic qui, au départ, cherchait à aider Leonard, il s'est très vite servi de lui pour soutirer de l'argent à des dealers. Pour éliminer les dealers escroqués afin d'éviter toute représaille, il faisait faire le sal boulot à ce cher Leonard qui pensait tuer son fameux assassin. Mais au final, il y a une quatrième personne qui a manipulé Leonard dans ce périple, et c'est celui qui de loin le manipule le plus. Cette quatrième personne, c'est Leonard lui-même.

.

.

En effet, à remettre l'intrigue dans l'ordre, qui a été le premier à duper Leonard ? Paradoxalement ce n'est pas Teddy qui pourtant  a été désigné au début du film comme la personne à abattre. En effet, comme il est expliqué à la fin du film, quelle est la véritable histoire de Leonard Shelby depuis le fameux incident qui le rendra infirme ? Aux dires de Teddy, cette histoire de vengeance, de traque du fameux assassin, aurait pu se finir depuis bien longtemps. Le fameux « John G. » avait déjà été coincé par Leonard, sa femme avait déjà été vengée. Teddy précise même qu'en tant que policier de profession, il y avait aidé. Mais l'accomplissement de cet objectif, de cette quête ultime que s'était fixé Leonard, n'a rien arrangé. Ayant oublié que la vengeance ait été accomplie, et n'ayant plus de but pour diriger sa vie, Leonard voulut continuer sa traque de John G coûte que coûte. Ce n'est qu'alors que Teddy a commencé à tirer profit de la situation. Il cherchait des John G qu'il voulait voir disparaître, et aiguillait Leonard dessus pour s'en débarrasser. Cette révélation que fait Teddy a d'ailleurs lieu juste après que Leonard se soit débarrassé d'un énième John G : celui-ci s'appelait Jimmy Grantz. Teddy, dont le métier est d'infiltrer les milieux de la drogue, avait soutiré 200 000$ au fameux Jimmy et l'a fait liquider par Leonard. Certes, Teddy a finit par manipuler Leonard en se servant de son infirmité, mais le premier à avoir dupé Leonard, c'est Leonard lui-même qui a refusé d'accepter l'idée que sa femme avait été vengée, qu'il n'avait plus d'objectif à accomplir. Teddy n'a fait que suivre.

 

 

Au final donc, l'intrigue commence par le meurtre de Jimmy Grantz, dealer, perpétré par Leonard Shelby, pensant qu'il s'agissait là de son fameux John G. Teddy a beau lui apprendre la vérité sur sa quête illusoire des John G, Leonard ne veut pas admettre qu'il n'aura plus de but pour le faire avancer et s'invente alors lui-même sa propre énigme pour son prochain John G. Puisque Teddy ne veut plus jouer ce rôle de « faiseur d'énigme », alors Leonard s'en chargera. Puisqu'il lui faut trouver un John G immédiatement, avant que la mémoire lui fasse oublier ce besoin vital, Leonard choisit finalement Teddy, dont le nom s'avère justement être John Edward Gammell : John G. On se demandait justement au début du film d'où lui venait le numéro d'immatriculation de John G qui lui permettra de déduire que Teddy est son homme… La réponse est donc donnée à la fin : c'est Leonard lui-même qui prend l'immatriculation de Teddy pour en faire son prochain John G. Leonard prend alors la route sur laquelle il conclura le film, pour finalement s'arrêter devant le tatoueur… et oublier. Ainsi sommes-nous revenus au début de l'avant-dernière scène. La bobine doit continuer à être rembobinée pour que l'histoire se déroule.

Pourquoi Leonard va se retrouver embringué dans les histoires de Natalie ? Si on regarde cette avant dernière scène, la réponse est donnée : il s'est conditionné à attribuer à chaque poche une fonction, et il porte le costume du défunt Jimmy Grantz. Par instinct, quand une nouvelle amnésie survient, il fouille dans ses poches pour retrouver le fil de sa vie. Or, pour l'occasion, il y avait dans la poche de Jimmy un dessous de verre du « Ferdy's bar » au dessous duquel on l'invitait à voir Natalie, la barmaid. Jimmy était dealer, sa copine Natalie assurait la communication au sein du business en passant des mots sur les dessous de verre qu'elle distribuait. Sans réfléchir à l'origine du mot, et se devant de suivre aveuglément ce à quoi lui invite ses papiers et ses polaroïds, Leonard recommence une nouvelle enquête dans l'inconnu. Arrivé au « Ferdy's », au volant de cette Jaguar qu'il pense être la sienne qui est en fait celle de Jimmy, Leonard se fait accosté par Natalie qui le prend pour son amant. On comprend dès lors mieux l'accueil glacial de Natalie lorsque Leonard rentre dans son bar : elle comprend qu'il est arrivé quelque chose à son Jimmy et que Leonard a forcément quelque chose à voir là dedans puisqu'il a sa voiture.

.

.

C'est parce qu'elle prend conscience de la réalité de l'handicap de Leonard que Natalie se décide elle aussi à en tirer parti. Elle a d'autant moins de scrupule que Leonard est lié à la disparition de son cher Jimmy. Elle laisse Leonard chez elle en attendant d'avoir des nouvelles de son amant. Sûrement va-t-elle en chercher auprès de l'associé de Jimmy, Dodd, qui l'a met au courant du deal de 200 000$ que devrait mener Jimmy avec le fameux Teddy. Dodd en a aussi profité pour menacer Natalie qu'il soupçonne d'être dans le coup pour garder l'argent. Natalie aimerait s'en débarrasser, et c'est comme cela que Leonard s'est retrouvé embringué à la recherche de mystérieux Dodd. Après son fameux numéro de comédie, elle parvient à faire noter à Leonard de retrouver Dodd et de se débarrasser de lui. L'amnésie de Leonard et la confiance aveugle qu'il a en ses papiers feront le reste. Leonard se retrouvera dans la chambre de Dodd à l'attendre, puis à le séquestrer. Mais l'amnésie récurrente faisant son effet, Leonard va être conduit de nouveau à retrouver Natalie pour avoir une explication à la présence de Dodd dans sa chambre. Voyant que Leonard a accompli sa tache, et peut-être parce qu'elle le prend en pitié, Natalie va accepter de jouer de ses relations pour l'aider à trouver son John G. Grâce au numéro de la plaque d'immatriculation que Leonard avait pris au départ de l'intrigue sur la voiture de Teddy, la boucle est bouclée : Teddy sera tué. Retour à la scène d'intro. L'intérêt du film n'était donc pas la fin de l'action – tuer Teddy – mais bien le sens de cette action, en l'occurrence les manipulations successives dont a été victime ce pauvre Leonard Shelby.

.

.

Finalement, une fois que l'histoire nous apparaît clairement, revoir ce Memento devient un véritable tant il recèle d'éléments qui n'ont aucun sens quand on le voit la première fois, mais qui prennent toute leur dimension quand on connaît la situation. Il peut s'agir de manie de certains personnages, comme la focalisation que peut avoir Teddy sur la Jaguar, à chercher perpétuellement à la faire disparaître. On peut se dire qu'il s'agit d'une astuce pour mettre la main sur la belle voiture de Leonard, alors qu'en fait c'est la preuve que Leonard est lié au meurtre de Jimmy étant donné que c'est la voiture du dealer défunt. De même, on ne perçoit plus de la même manière certaines réflexion, comme quand Leonard tend à Natalie le mot qu'il a dit trouver dans sa poche, alors que ce mot était adressé à Jimmy et que la poche était d'ailleurs celle de la veste du même Jimmy avant de devenir celle de Leonard. D'où le « …dans ta poche » pincé de Natalie qui a reconnu le costume de son amant. Enfin, cerise sur le gâteau, c'est l'histoire de Sammy Jankis. L'histoire de Sammy Jankis est sans cesse rabâchée par Leonard pour expliquer son cas. Notre perception de cette histoire change forcément du tout au tout quand on apprend que cette histoire est en fait une appropriation de Leonard pour s'efforcer de retenir sa propre histoire, celle où il tue sa femme parce qu'il lui avait fait faire trop de piqûres d'insuline… Surtout que, vers la fin, Nolan se permet d'interchanger une fraction de seconde le visage de Jankis avec celui de Leonard. Au moment où cela se produit, on ne sait pas encore la vérité, si bien qu'à la première vision, on n'y fait pas attention.

.

.

En somme, la vraie force de ce montage, c'est aussi et surtout qu'elle permet de percevoir les mêmes choses, les mêmes actes, selon des postures totalement différentes. Ce n'est pas l'acte final dans l'intrigue qui importe disais-je il y a peu, ce n'est pas l'accomplissement, mais c'est bien le sens que l'on donne à cette action. La fin est au début, mais elle ne prend d'impact qu'à partir du moment où elle prend du sens par son début qui l'explique. De la sorte, Christopher Nolan applique ce qu'il met également en place dans le Prestige. Il montre que l'essentiel n'est pas le dénouement mais la construction de l'intrigue. Quand il était dit que ce Memento était symbolique du cinéma de Nolan, cette étape de notre étude nous permet de le mettre clairement en évidence. Mais il est temps dès à présent d'aller jusqu'au bout de l'analyse pour découvrir la véritable essence de Memento. Loin d'être moins poussé que le Prestige en ce qui concerne la portée du propos et la réflexion quant à la posture du cinéaste, ce présent film possède déjà, bien au contraire, toutes les qualités de ce qui composent le talent de Nolan. 

 

 

 Un discours au-delà du montage.

 

 La mise en scène de ce Memento est tellement captivante, et surtout mérite tellement d'attention, qu'elle en éclipse souvent l'histoire qu'elle raconte. Cette histoire n'est-elle qu'accessoire ? Et par déduction logique, le discours développé par ce film n'est-il que superflu ? C'est probablement sur ce point que Memento est le plus mésestimé. Captivé par l'énigme, on en oublie de s'intéresser à ce qu'il en coûte à ce pauvre Leonard Shelby. De prime abord, on serait tous tentés de dire que le propos de ce Memento est la mémoire, notamment en ce qui concerne la place de la mémoire dans la construction et l'évolution d'un personnage. Mais à bien y réfléchir, un discours sur la seule mémoire ne mène pas très loin et ne parle finalement que très peu au spectateur. A moins de se retrouver avec un handicap similaire à celui de ce pauvre Leonard, il est difficile de se sentir concerné par une telle histoire. Pourtant, dans sa façon d'être le jouet des autres, dans sa manière d'être perdu dans ce qu'il fait, l'histoire de Leonard parvient à nous toucher. C'est donc que le propos de Memento ne se limite qu'à un simple discours sur la mémoire. En fait il est bien plus subtil et riche d'universalité. Leonard n'est pas le jouet de sa mémoire, il est le jouet des mensonges. Plus exactement, il est le jouet de la dissimulation ou de la distorsion de la vérité, et c'est là que se trouve toute l'origine de son malheur.

.

.

Faute de mémoire, Leonard est l'esclave des interprétations des autres. Puisqu'il ne parvient pas à accumuler suffisamment d'informations sur quelqu'un ou quelque chose à cause de son handicap, il ne peut prétendre y porter un regard qui tend vers une forme d'objective réalité. Ainsi est-il le jouet de ce qu'on lui montre à un instant t : il établit son opinion en fonction d'information partielle, ce qui le conduit irrémédiablement à déterminer des actions qui ne vont pas dans son intérêt, dans son sens. Tuer John G avait un intérêt pour Leonard qui y trouvait là une réponse à son mal-être intérieur, mais tuer Jimmy Grantz n'en avait aucun. Tuer Teddy va même totalement à l'encontre des intérêts de Léonard puisque c'est lui qui, pendant un an, donnait un sens – illusoire certes – mais un sens quand même à sa vie. Le vrai sujet de Memento semble donc bien être la force d'asservissement de l'interprétation, voire du mensonge, plutôt que celle de la perte de mémoire à proprement parler. On se reconnaît en Leonard quand il se fait duper, chose qui nous arrive à tous. Or, chacun de nous se fait duper par un mensonge ou par une interprétation faussée des choses plutôt que par la perte de mémoire.

Preuve en est, que la mémoire n'est en fait qu'une passerelle pour parler de la servitude des individus face à leurs interprétations, un lien est directement établi entre les deux, et cela dès le début du film. On est encore dans la première demi-heure de ce Memento lorsque Leonard aborde ce sujet précis avec Teddy qui l'invite au restaurant. Leonard est justement mis en garde par son convive au sujet de sa méthode de déterminer des actions à partir de simples pense-bêtes dont les conditions de rédaction lui sont inconnues. Pour Teddy, une certitude se construit sur des convictions intimes et non sur des annotations dont on ignore l'origine. Mais Leonard entend défendre cette méthode, prétendant justement s'appuyer ainsi sur des faits, et non sur des convictions. « La mémoire n'est pas fiable. […] La mémoire peut changer la disposition d'une pièce, la couleur d'une voiture. Les souvenirs sont malléables. Ce ne sont que des interprétations, rien de plus. Ils ne font pas le poids face à la réalité. » Le reste du film démontrera pourtant que Teddy avait raison et que Leonard avait tort : nul fait n'est objectif. Un fait peut révéler bien des réalités différentes en fonction du regard interprétatif qu'on lui porte. Et le film en fait la démonstration.

.

 

Il suffit de revoir le film une deuxième fois pour s'en convaincre. De nombreuses paroles, de nombreux actes, prendront une signification totalement différente lors du deuxième visionnage. Toute première scène : le meurtre de Teddy par Leonard. La première fois que l'on voit ce meurtre, c'est une vengeance, puisqu'on sait par la suite que Leonard a la preuve que Teddy n'est nul autre que John G. La deuxième fois que l'on voit ce meurtre, c'est un assassinat, puisqu'on sait que Leonard a consciemment désigné Teddy comme son futur John G alors qu'il savait pertinemment qu'il n'était pas l'assassin de sa femme. Un même fait révèle alors deux vérités différentes : d'un côté la vengeance légitime pensera t-on, de l'autre l'assassinat prémédité. Contrairement à ce que prétendait Leonard, le fait ne s'oppose pas à l'interprétation, puisque c'est l'interprétation du fait qui définit la réalité. Ce dont Leonard est donc véritablement victime, ce n'est pas en de son handicap en lui-même, mais bien de la distorsion de son interprétation qui en découle.

 

Joe Pantoliano. UFD

 

Là où d'ailleurs la mise en scène de ce Memento est très perspicace, c'est qu'il nous confronte chacun de nous à cette distorsion interprétative. Chaque fait, chaque personnage, change en fonction des informations qu'on lui porte. Ainsi Natalie est-elle un personnage qu'on perçoit d'abord comme une victime, suite à l'aide qu'elle apporte à Leonard. Puis elle est perçue comme un personnage perfide lorsque celle-ci se décide à le manipuler. Finalement, en voyant la fin du film, puis en le regardant une deuxième fois, elle redevient un personnage victime puisqu'au final, on lui a quand même tué son compagnon, et que malgré tout, elle aidera Leonard alors qu'elle n'était pas obligée. Ce qui est valable pour les personnages l'est également pour les actions. On l'a d'ailleurs vu avec le cas du meurtre de Teddy. Certains « non-évènements » et « non-personnages » peuvent d'ailleurs prendre une dimension nouvelle. Le personnage de Burt, le gérant du Discount Inn, peut paraître bien secondaire, et son entourloupe avec son histoire de double-location anecdotique. Elle prête d'ailleurs à sourire mais n'est finalement pas assimilé comme un élément important de l'intrigue lors de la première vision. Leonard n'a d'ailleurs pas estimé nécessaire de le noter. Par ailleurs, il n'a pas de photo sur lui de Burt, considérant qu'il s'agissait là d'informations secondaires. Mais au final, quand on remet bien tous les éléments en place, Burt est celui qui a mis en contact Leonard avec Jimmy Grantz. C'est finalement de Burt qu'ont commencé les ennuis de Leonard. Au final, en revoyant ce film une deuxième fois, on se rend compte qu'il occupe une place centrale dans l'intrigue. Du gérant un peu voyou mais sympathique du premier visionnage, on passe donc au vrai salopard lors du second, et cet acte anodin de la double-location ne prête plus à sourire mais interpelle le spectateur qui en prend dès lors toute la signification. Les faits sont donc sujets à interprétation, et le fait que Leonard n'ai pas jugé utile de noter l'escroquerie de Burt montre bien qu'avoir une mémoire sélective est en soit une interprétation de la réalité des faits.

.

.

La mémoire sélective, c'est finalement toute la clef de cette histoire. Car en sélectionnant les faits qu'il estime « utiles » à sa mission, Leonard ne fait que contribuer à distorde sa perception de la réalité. L'acte le plus symbolique du film en est d'ailleurs cet acte final, où Leonard préfère noter la plaque de Teddy comme celle du nouveau John G et de brûler en contre partie la photo du cadavre de Jimmy Grantz qui l'aurait rappeler à cette vérité qu'il se refuse d'accepter. Pourquoi cet acte est-il symbolique ? Il l'est parce qu'il donne toute sa dimension au propos de Memento ; sa dimension universelle et quotidienne serait-on tenté d'ajouter. Car oui, vivre dans la peau de Leonard Shelby durant cette heure et demi de film nous a permis de vivre la manipulation ; la manipulation dont on peut être victime faute d'informations vitales qui nous permette de cerner un temps soit peu la vérité mais sans lesquels nous sommes les jouets du mensonge… le mensonge des autres. Or, prenant conscience de notre vulnérabilité à cause de nos points de vue forcément subjectifs des choses ; bien qu'on ait désormais conscience que notre vision forcément falsifiée des choses et des personnes qui nous entourent peuvent nous conduire à poser des actes  qui vont à l'encontre de notre intérêt, il nous arrive pourtant de nous mentir à nous-même. Car finalement, la véritable question que l'on peut se poser face à ce Memento, après toute celles que l'on s'est posé pour comprendre l'intrigue, c'est savoir « pour quelle raison Leonard Shelby se construit sur un mensonge ? »  Et cette question, qui appelle le spectateur à une introspection, est finalement celle qui donne toute la portée de ce Memento.

Même si chacun est en droit de se trouver la sienne, bien évidemment, une réponse semble se présenter d'elle-même. C'est d'ailleurs celle que suggère le film dans le monologue final de Shelby. Pourquoi refuse-t-il la vérité pour se construire un nouveau mensonge ? C'est parce que la clef de son existence repose dans la quête d'une finalité. Sans finalité, les actes n'ont plus de sens et rendent une existence vaine. Que ferait Leonard Shelby pour donner du sens à sa vie si John G n'existait plus ? Son acte peut sembler illogique car on part du principe que tout individu préfère être confronté à la vérité plutôt que de vivre dans le mensonge. Pourtant, la mémoire sélective est presque une seconde nature chez l'homme. Chacun de nous, nous préférons occulter certaines informations qui nous dérangent pour rendre notre quotidien plus supportable. Oui, sûrement nous trompons nous dans nos choix de vie, dans nos actions, mais reconnaître certaines vérités impliquerait parfois des bouleversements trop brutaux, mieux vaut se conforter dans ce qui alimente notre existence, même si sa finalité peut sembler, à y regarder bien, fort illusoire. Qui peut se permettre aujourd'hui de dire qu'il a pleinement la vie qu'il voudrait avoir, qu'il n'a pas renié certaines choses pour accepter une situation donnée qu'il ne souhaitait pas forcément. Masquer, dénier, déformer des faits, afin de suivre une finalité illusoire mais qui rend notre quotidien supportable : là se trouve le véritable trouble de la mémoire. C'est la mémoire sélective qui conduit au déni. A une échelle plus ou moins grande, nous sommes tous des Leonard Shelby, et nous nous enfermons tous plus où moins dans une démarche qui fait perdre tout sens à notre existence.

.

.

D'ailleurs, si on y réfléchit bien, l'histoire de ce Memento est en quelque sorte une allégorie cinématographique de ce que peut être la vie d'un Leonard Shelby, et par extension de n'importe quel quidam. C'est une histoire qui captive parce qu'elle dissimule, déforme ou découpe la réalité. Mais au fond, si on la fait poursuivre au-delà des bornes que lui a fixé ce Memento, que verrait-on avant et après l'histoire ici racontée ? On y verrait ce qu'on a déjà vu : une accumulation de John G. Leonard Shelby ne sait faire que ça : vivre pour traquer John G. En somme, en dehors de ses normes fixées par le film, l'histoire deviendrait ennuyeuse et pathétique car répétitive et sans finalité. N'est-ce pas la définition que nous cherchons tous à fuir pour qualifier nos vies ? Finalement, seul le spectateur amnésique, celui qui oublie le film a chaque fois qu'il le voit, pourrait prendre un réel plaisir à suivre la vie de Leonard Shelby, car par séquence, sa vie a un sens, une finalité, un enseignement. Mais à une échelle plus globale, le déroulement de l'intrigue est insupportable car dénoué de sens et surtout de but. Au final, même si nous avons la possibilité physique d'échapper au mal qui touche Leonard Shelby, c'est-à-dire le mensonge et non le trouble de la mémoire, le faisons nous pour autant ? Au fond, à bien y réfléchir, nous ne sommes pas Leonard Shelby, qui lui n'a pas le choix, nous sommes tous des Sammy Jankis, des escrocs dont l'handicap n'est pas d'origine physique, mais bien psychologique.

 

 

Conclusion : il est temps d'enrichir ses points de vue...

Au final, et comme d'accoutumé après avoir lu ce genre d'article (dont je suis fort friand), on pourra certainement se dire que certaines idées sont tirées par les cheveux et que certaines interprétations sont plus personnelles qu'induites par le film. Ce n'est peut-être pas totalement faux, même si je m'efforce de ne pas tomber dans cet écueil (est-ce possible d'ailleurs ?). Mais il me semble néanmoins que je la meilleure réaction à avoir après s'être penché sur un tel article reste encore de revoir ce chef d'œuvre qu'est Memento. Raison ou tort, il me semble néanmoins qu'il ne pourra m'être contesté qu'on n'a certainement pas pris suffisamment de temps pour comprendre ce film et ainsi chercher à le laisser pénétrer en nous. Si le principe du chef d'œuvre était d'être identifiable et accessible au premier coup d'œil, des films comme 2001 ou bien encore Lost Highway seraient tombés depuis bien longtemps dans l'oubli.

 

Guy Pearce. UFD

 

Or, puisque Christopher Nolan, nous appelle à aborder différents points de vue sur les choses et les personnes afin d'en cerner leur véritable réalité, comme il le fait dans Memento, je crois qu'il est temps à nous aussi d'apprendre à regarder ce brillant cinéaste et l'ensemble de ses films selon un autre point de vue. Prenons le temps de nous attarder, de sonder la profondeur et la démarche de ses films. Alors on se rendra sûrement compte de l'incroyable dimension de ce cinéma d'un autre genre.



Partager cet article

Repost 0
Publié par L'homme-grenouille - dans Films trop méconnus ou incompris
commenter cet article

commentaires

l'homme-grenouille 03/01/2014 23:53

Mais merci à toi Joecool !

Merci d'abord pour ce compliment, merci de faire vivre ces vieux articles certes, (même si ta venue ici démontre qu'ils sont encore d'actualité) et puis - c'est vrai - merci de faire mention de
cette scène qui, il est vrai, est remarquable...

Mais bon, c'est aussi ça le propre des bons films, ils sont tellement riches qu'on ne peut pas tout en dire... Merci encore pour ton commentaire chaleureux. Cela fait plaisir...

joecool 02/01/2014 22:17

salut,
Bon cet article date un peu , mais je viens de découvrir ton blog, et je voulais te féliciter de tes critiques, qui sont d'une précision et d'une qualité rare. (en plus tes goûts semble
correspondent aux miens, je vais donc passer par ici avant d'aller voir un film ;) .. ça m'aurait évité par exemple d'aller voir alabator, pour lequel je pense que les scénaristes de "les feux de
l'amours" ont participé. :D)

Pour revenir sur cet excellent film qu'es mémento, je partage l'avis concernant le fait qu'il a certainement tué sa femme.
Le "I've done it" pour moi signifierait qu'il avait déjà tué le violeur présumé avant de tuer sa femme, puisque son problème serait lié au choc subi lorsqu'il apprend pour le viol. Mais comme tout
laisse le présager... il devient un tueur en série, du fait de sa condition, et aussi certainement d'un petit problème psychologique...

Tu ne mentionne pas l'extraordinaire passage entre le noir et blanc, et la couleur (l'histoire inversée et l'histoire dans le bon sens) , via l'apparition de l'image dans le pola a la fin... ;)

merci encore ;)

l'homme-grenouille 03/11/2013 20:08

Salutations Flyingdust !

J'ai bien lu tes commentaires et, effectivement, on pourrait y passer des heures à essayer de décortiquer tous les détails de ce film tant il en regorge et - surtout - tant la démarche de Nolan est
intellectuellement captivante. D'ailleurs regarde, si j'ai pris le temps d'en écrire un article, toi de le lire et d'écrire un commentaire, puis enfin moi d'y répondre, c'est bien que nous aimons
ça !

Alors effectivement, toute la qualité de l'exercice repose sur la qualité de Nolan à lui donner de la cohérence, ce qui est loin d'être évident. Effectivement, tu dis te questionner sur le fait
qu'un amnésique puisse retenir des choses à force de répétition et de conditionnement. C'est vrai, on peut. Mais bon, d'un autre côté je pourrais te répondre : est-ce vraiment ce que dit Nolan ?
Son personnage l'affirme, ça c'est sûr. Maintenant est-ce que dans la pratique il y parvient vraiment, je ne pense pas trop...

Mais bon, de tout ce que tu as écris il y a quand même un point où je pense pouvoir te corriger, c'est celui où tu évoques le rapport entre Sammy et Leonard et que tu juges ne pas tenir debout.
j'ai peut-être mal compris, mais tu dis que l'épisode avec l'insuline n'a pu se passer qu'avant l'accident. Je réponds que non, puisque dans la version finale de Teddy il lui précise bien que sa
femme a survécu à l'agression, que la mort que Leonard impute au ravisseur est en fait un subterfuge ou un conditionnement soit pour refuser de vivre avec la culpabilité d'être le responsable de sa
disparition, soit tout simplement parce que, ne se souvenant plus de rien, Leonard a cherché le responsable de la mort de sa femme, ne se souvenant qu'en fait c'était lui. La chose est logiquement
possible puisqu'on précise bien que l'agression entrainant l'amnésie survient AVANT la mort de sa femme...

Enfin, pour ce qui est de Teddy, j'avoue ne pas vraiment voir d'élément qui devrait remettre en cause la version qu'il dévoile ouvertement à Leonard en fin de film : plus qu'un menteur, c'est juste
un flic un peu manipulateur qui s'est laissé prendre au jeu...

Voilà, je ne sais pas si ce que je viens de te répondre te permet d'y voir plus clair.
Si ce n'est pas le cas n'hésite pas à poster un nouveau commentaire et à alimenter la conversation...

flyingdust 01/11/2013 11:45

Je suis assez d'accord avec ton analyse. Le montage du film n'a rien de gadget, il est très important pour nous plonger dans des difficultés similaires à Léonard, on doit comme lui lutter avec
notre mémoire pour comprendre, retenir suffisamment de détails pour que les pièces du puzzle s'imbriquent, et se faire son opinion sur qui croire.

J'ai pour ma part l'impression que Nolan est un très bon magicien, dans le sens où il rend une histoire improbable probable, et que comme tout magicien, il triche.
Le film repose sur le fait que Leonard n'est pas un légume comme Sammy, qu'à force de conditionnement celui-ci parvient à retenir sa condition (son infirmité mentale), retenir de regarder dans ses
poches,... Cela me semble impossible, quelqu'un souffrant d'amnésie aussi forte ne peut se rappeler qu'il est amnésique et que s'il n'écrit pas ou prend une photo, il va oublier (je vous rappelle
que TOUT ce qui est postérieur à son accident S'EFFACE de sa mémoire, conditionnement ou pas, justifications pseudo-scientifiques ou pas)
Le postulat sur lequel tient le film est donc un très bon tour de passe-passe, une tricherie qui touche au génie et c'est là tout l'intérêt du film pour moi.
Partant de ce même postulat, Teddy ne peut dire la vérité puisque Leo est mentalement incapable de modifier sa mémoire pré accident en y ajoutant des détails post accidents qu'il transférerait sur
l'histoire de Sammy.
Léonard ne peut pas influencer sa mémoire d'avant l'accident, c'est impossible, et pour le faire il faudrait qu'il puisse se souvenir de ce qu'il se passe dans le temps présent.
Si on considère que Teddy dit la vérité et que Leonard malgré son état est parvenu à se monter le bourrichon, le film ne tient pus beaucoup la route à mes yeux.
Le tatouage I've done it est le fruit du travail de sappe de Teddy sur Leonard, on est toujours dans le même plan mémoriel où ses souvenirs se mélangent. Mais à peine arrêté devant l'enseigne à
tatouages, qu'il a tout oublié, sauf cette mémoire antérieure à l'accident qui reste intransformable car il ne peut influer dessus en ajoutant de nouveaux souvenirs. Ce qui altère notre mémoire à
long terme, c'est notre mémoire à court terme, le ressassement. Lui, il ne peut ressasser et transformer ses versions puisqu'il oublie tout toutes les dix minutes. Teddy est bel et bien une ordure
opportuniste qui est allé trop loin en tentant de modifier les seules souvenirs fiables de leonard.

flyingdust 31/10/2013 23:26

Je crois pour ma part que Teddy ment sur toute la ligne.
Je m'explique: si Léonard a distordu sa réalité au point de faire passer ses actes pour des actes commis par sammy (piquer sa femme à l'insuline,etc...) il ne peut selon moi, ne l'avoir fait
qu'avant son accident. Hors c'est impossible, ça veut dire que ça femme serait morte par ses soins, avant d'être retuée par les deux crapules. Ca ne colle pas du tout. Comment pourrait t'il
influencer sa mémoire d'avant l'accident quand il n'a plus de mémoire à court terme? Cette hypothèse me semble bien trop tordue.
Teddy a donc bien menti. Sa femme est morte des suites de l'agression. Il lui faisait sans doute des piqures d'insuline (coincidence avec sammy)
Les images du tatouage (I've done it) et de leonard dans l'asile, sont des distorsions cognitives du à la violence des mensonges proférés par Teddy, il a ébranlé Shelby dans ses fondements (ça se
lit très clairement sur son visage). Tout est fait dans ce film pour que les deux options soient possible (teddy ment ou teddy dit la vérité), mais objectivement, il me semble plus probable que
teddy mente, sinon ça devient vraiment très très très tordu! :-) N'oubliez pas que c'est Teddy qui harcèle Leonard au téléphone, et il le fait pour quelles raisons? Pour mieux le connaître et mieux
le contrôler, l'aiguiller.

l'homme-grenouille 19/09/2013 01:14

Eh bien merci de ce petit commentaire !
Cela fait toujours plaisir de savoir qu'un partage de point de vue peut profiter à d'autres...
Permets-moi aussi de te refourguer ma came pour Lynch, j'ai aussi des articles le concernant !

Bon plaisir sur ce blog et peut-être à bientôt...

jecogite 18/09/2013 16:57

Bonjour

Et bien je voulais juste te remercier pour ta superbe analyse du film que j'aurai du lire avant de le revoir pour la 2eme fois.
Mais évidement, j'ai cherche apres des info sur google pour compléter ma compréhension du film.

En tout cas, merci et bravo.

Maintenant je vais chercher a piger les films de lynch qui contrairement a ceux de Nolan, sont completement incompréhensibles.

Startouffe 16/08/2010 23:14

Merci à tous de tous ces compliments... et ces précisions !Désolé de répondre aussi tardà ton commentaire Zhuriccane (les vacances...) mais je ne pouvais m'empêcher malgré tout de te répondre, ne serait-ce que pour te remercier de tant de considération...

...Et puis merci aussi parce qu'en laissant des commentaires sur des articles qui commencent à dater de quelques années, ça m'incite à les relire ainsi que les commentaires qui vont avec. Personnellement c'est très enrichissant car je me remémore ce que j'avais souvent vidé de mon esprit. Ainsi j'ai envie de redécouvrir le film, redécouvrir l'auteur, prendre un regard neuf... C'est très stimulant...

Merci aussi et surtout à tous ceux qui se risquent à entrer dans le jeu en apportant leur interprétation. certains de mes articles comme "2001", "Matrix" ou "Le Prestige" ont déjà eu l'occasion de susciter de tels conversations par posts interposés et je trouve cela très enrichissant.

Donc, n'hésitez pas à écrire vos petits commentaires, c'est toujours un plaisir de les lires, même si pendant un temps je ne trouvais plus de moment pour y répondre... Mais comme on dit, faute avouée, faute à moitié pardonnée !

Zhurricane 09/08/2010 00:26

Félicitations pour ce dossier sur Memento,ansi que pour l'ensemble de ton Blog.

DanielOceanAndCo 02/07/2008 09:44

Tiens, j'ai enfin vu "Ghajini", un film tamoul qui reprend la base de l'histoire de "Memento".

Bon déjà, le scénario et la narration sont nettement moins complexe que le film de Nolan (en même temps, le public tamoul n'aurait pas apprécié), le film est coupé en deux parties distinctes : celle qui vient de "Memento", à savoir un homme dont la mémoire ne va pas au-delà de 15 minutes qui cherche à se venger de la mort de sa femme, et toute une partie en flash-back qui raconte l'histoire d'amour entre les deux persos principaux.

Honnêtement, le film se laisse regarder, on peut apprécier la façon dont l'histoire de "Memento" est reprise même si le film tamoul est de niveau largement inférieur et bien moins ambigü, mais bon les acteurs sont bons et il y a même une séquence reprise du "Fabuleux destin d'Amélie Poulain". Un petit masala sympa.

PS : ce n'était qu'une parenthèse, vous pouvez reprendre votre analyse :)

Eric 20/06/2008 20:21

Peut-etre :Salut,
A un moment dans l'histoire de Sammy on apprend qu'il a tué sa femme mais à cause de sa mémoire il ne s'en rappelle pas et il croit qu'elle est vivante et j'ai souvent pensé que c'était peut-etre le contraire pour Leonard :
depuis l'accident il croit sa femme morte mais en faite elle ne l'est pas au début et c'est donc elle qui se succide en lui demandant de lui faire des piqures d'insuline car elle ne supporte plus cette situation....
Mais il faut que je revois le film pour vérifier...

Sinon Nolan n'explique t-il pas son film dans certains commentaires?

Startouffe 11/06/2008 20:19

Et ron et ron...Roooh! Tu es bien sévère avec toi même en te disant loufoque cher Petit Patapon ! Pour preuve, je suis amplement d'accord avec ta lecture des faits. Je pensais d'ailleurs que je l'avais évoqué dans l'article mais, effectivement, en le relisant, je me suis rendu compte que j'ai passé cet aspect de l'intrigue aux oubliettes. Mais grâce à ton commentaire, cette lacune est magnifiquement comblée. Quel artiste ! Merci donc !

Maintenant, concernant ta toute dernière idée, celle qui consiste au retour vers la femme de Leonard qui serait en fait vivante... Là j'avoue qu'on rendre dans l'expectative puisqu'aucun élément ne nous invite clairement à suivre cette voie. (J'en suis d'autant plus bluffé que tu sois parvenu à une telle gymnastique pour donner une explication tout en retombant sur tes pattes !) Mais pour le reste, l'implication de Leonard dans le coma de sa femme semble effectivement implicitement suggéré par les propos de Teddy, ce qui fait clairement réfléchir sur la portée du traumatisme du personnage principal.

Petit_Patapon 09/06/2008 16:36

Bonjour Startouffe!!

J’aurai voulu ajouter une petite chose relativement farfelue et subjective. Tu me diras ce que t’en penses.

Tu parles de conditionnement, mais il y a un point intéressant dont tu n’as pas parlé.
Comme nous le dit Leonard, on ne peut pas se fier à la mémoire mais uniquement aux faits:

« La mémoire n’est pas fiable. […] La mémoire peut changer la disposition d’une pièce, la couleur d’une voiture. Les souvenirs sont malléables. Ce ne sont que des interprétations, rien de plus. Ils ne font pas le poids face à la réalité. »

Ok comme tu le démontres, Leonard se trompe, mais il a raison lorsqu’il dit que la mémoire est malléable, et va justement s’en servir.

Son dernier souvenir est sa femme se faisant violé et tué par ce fameux John G.

Mais comme nous l’indique Teddy a la fin du film, sa femme n’est pas morte ce soir la!
Elle s’est faite violé par un certain John G. mais n’a pas été tué.
C’est donc lui, Leonard qui faisait des piqûres d’insuline à sa femme. Et c’est sûrement lui qui l’a mis dans le coma....
J’imagine que cette événement a du le traumatiser car au delà d’avoir mis dans le coma sa propre femme, il a détruit en même temps la seul raison qui lui resté d’exister…sa femme.

Alors peut être qu’il a conditionné ses propres souvenirs pour oublier ce qu’il a fait à sa femme et pour justement avoir un but dans sa vie, c’est à dire, trouver l’assassin (imaginaire donc) de sa femme.

Il s’est conditionné pour modifier ses souvenirs, afin d’oublier que c’est lui qui l’a mis dans le coma, préférant croire qu’elle est morte le soir ou elle s’est faite violé (La période ou il a tué sa femme avec les piqûres, il ne peut pas s’en souvenir puisque déjà handicapé…)
Mais le traumatisme a tellement été fort qu’il a pu transposer cette histoire avec celle de Sammy. Sammy qui était un imposteur qui n’avait pas de femme… toujours selon Teddy.
C’est pour cela que Leonard ne cesse de répéter l’histoire de ce Sammy! il se conditionne !!! il améliore l’histoire à chaque fois (Teddy qui lui dit cela a la fin).

Mais Teddy est forcement un menteur (selon Leonard) car si ce n’était pas le cas, cela voudrait dire que Leonard aurait en quelques sorte tué sa propre femme !!! Il préfère donc tuer Teddy que d’admettre cela.

Peut être qu’après avoir tué Teddy (le dernier John G.) il a inscrit « I’ve done it ». Teddy était celui qui lui trouvé d’autre John G., et a présent qu’il est mort sa quête est terminé… (Plus de John G. a se mettre sous la dent). De plus la plaque d’immatriculation tatouée ne lui laisse plus aucune possibilité de trouver d’autre John G.
Et plus tard, il découvre que sa femme est vivante, d’où l’image de Leonard avec sa femme et le nouveau tatouage !! ;) lol

C’est assez loufoque tout ça ! Mais ce film m’a bien fait réfléchir…et cela est le plus important, non ?!!

Merci.

dasola 02/06/2008 14:44

Bonjour Startouffe, Memento, 8 ans après sa sortie, est déjà devenu un classique. Il faut dire le scénario est vraiment original. C'est même étonnant de constater que personne avant Nolan n'avait eu l'idée d'écrire une histoire à l'envers. Excellent. Bonne journée.

Jonathan 07/05/2008 07:47

NolanMerci d'avoir pris le temps de me répondre et je suis assez d'accord avec toi car je ne vois pas vraiment d'autres explications pour ce tatouage.
Autre chose, pour le prestige, c'est le premier film que j'ai vu de Nolan et pour le plan de fin, je pense qu'il symbolise tout simplement la mort définitive d'Angier ainsi que le sacrifice (dont il discute avec Borden juste avant que celui-ci ne le tue) dont il a du faire preuve tout au long de ses représentations.
Je pense qu'il ne faut pas aller chercher plus loin.

Startouffe 04/05/2008 11:48

Le mystère reste entierAlors là, cher Jonathan, j'avoue que tu as mis le doigt sur le petit mystère nolanien de ce Memento ! Figure toi que les premières fois que j'ai vu ce film, et cela remonte à quelques années, je n'avais pas remarqué ce détail. C'est en le revoyant il y a peu avec une amie que je l'ai remarqué. En effet, c'est en discutant du film que je me suis rendu compte de la profondeur du film et que j'ai voulu l'exposer par écrit. Mais (et tu dois te dire pourquoi je te raconte ça...), s'il y a bien une question à laquelle je n'avais su répondre, c'était bien celle-là : "pourquoi a-t-il se tatouage en présence de sa femme?" Je n'avais jamais remarqué ce détail auparavant et cela semble effectivement incohérent comme tu le dis si bien et je n'y ait trouvé aucune explication logique en rapport avec l'histoire.

Cependant, il s'agit d'un film de Christopher Nolan. Or, il existe dans la filmographie de Nolan un film très proche de la démarche de ce Memento, c'est le Prestige (un film que je te conseille vivement). Or, dans le Prestige, on se retrouve à la fin avec le même genre de mystère : une image énigmatique dont on a du mal à cerner le sens. Sur l'article correspondant à ce dernier film d'ailleurs, on m'avait posé la question du sens de cette image, et j'avais fini par répondre - après avoir reconnu mon dépassement - que le but de Nolan était peut-être justement de jouer avec nous pour démontrer toute la justesse de sa démonstration. Le Prestige repose sur le secret, et Nolan introduisait ainsi un nouveau secret, illusoire certes, mais un secret qui relançait la démarche et le discours induits par le film.

Memento fonctionne peut-être de la même manière. A la fin de Memento, les flash-backs très courts se succèdent dans la tête de Leonard. On revoit notamment une même scène où le sens est différent : celle du pincement de cuisse de sa femme de Leonard. La première fois il la pique à l'insuline, la deuxième fois il se contente de la pincer. Leonard finit par se convaincre que c'est la deuxième version qui est la bonne alors que, pourtant, les propos de Teddy semblent irréfutables. Cette scène est à inscrire dans dans ce passage où on se rend compte des conséquences du conditionnement de Leonard sur sa mémoire. Son conditionnement finit par modifier sa mémoire et distordre la vérité. Sûrement ce passage a pour but de démontrer que Leonard, à force de se mentir, commence à perdre la vérité et à se construire un mensonge intégral. Peut-être, et je dis bien "peut-être", cette image finale où il est avec sa femme avec ses tatouages ne cherche finalement qu'à démontrer cette confusion et ce mensonge dans lequel Leonard finit par sombrer. Comme le disait Teddy un moment : Leonard ne sait pas qui il est maintenant, car il n'est plus le même depuis son accident. Peut-être cette scène cherche à montrer que le premier finit par s'effacer au profit du second.

Donc, même si je pense qu'on ne peut pas apporter d'affirmation à ce grand mystère que tu évoques, je pense donc qu'il ne faut pas voir cette image comme une flash-back authentique, mais sûrement comme une déformation de la part de Leonard. Nolan aime démontrer par a+b ses démarches cinématographiques au travers de ce genre de procédé, du moins c'est ce qu'il avait fait dans le Prestige. Sûrement ne faut-il pas aller plus loin... J'espère en tout cas que cette réponse pourra quelque peu te satisfaire. ^^

Jonathan 03/05/2008 12:23

I've done it!Je viens de revoir le film pour la deuxième fois et il me paraissait encore un peu flou alors j'ai cherché des explications et je suis tombé sur cet article; qui me semble très bien expliquer ce film.
Mais il me reste une question : Comment peut on expliquer l'image dans la dernière minute du film où l'on voit Léonard avec sa femme et un nouveau tatouage "I've done it". Ce tatouage n'apparait jamais dans le film, il a donc été fait après le meurtre de Teddy.. Et pourtant Léonard se trouve avec sa femme.
Est ce encore une simple illusion que se fait Léonard? Ou bien est ce réel?

Présentation

  • : Le blog de l'homme-grenouille
  • Le blog de l'homme-grenouille
  • : Exilé d'Allociné mais la motivation reste intacte ! Par ce blog j'entends simplement faire valoir notre droit à la libre-expression. Or, en terme d'expression, celle qui est la plus légitime est celle des passions. Moi, je suis passionné de cinéma, et je vous propose ici mon modeste point de vue sur le septième art, en toute modestie et sincérité, loin de la "bien-pensance" mondaine. Puisque ce blog se veut libre, alors lisez librement et commentez librement. Ce blog est à vous...
  • Contact

Recherche