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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 18:51

     

 

 

 

J'ai detesté ce film, mais j'ai adoré le point de vue de ce cher JW sur la question. C'est donc avec plaisir que je vous le fais partager...

L'homme-grenouille.

 

 

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/002/21000216_20130419192202667.jpgA l’heure des débats agités autour du cinéma français, de sa structure économique et de sa particularité artistique, il est bon de voir un film comme Only God forgives. Cette production franco-danoise réalisé par l’inégal mais audacieux Nicolas Winding Refn, a sans doute le privilège de souligner finalement que le problème conjoncturel (chronique ?) du cinéma français n’est pas tant sa méthode de financement que l’entretien de son éclectisme et sa diversité. Je reste persuadé qu’entre les comédies potaches michael younesques multimillionaires et les conversations méta-névrosées des couples d’intellectuels quadragénaires parisiens, il existe un espace de création financée, un terrain en friche au sein du cercle des films d’auteur laissant libre cours à des metteurs en scène de genre(s), formalistes et résolument engagés dans une démarche personnelle. Le cinéma français n’a rien à gagner en se plongeant dans une forme de bicéphalie parfaitement nuisible pour sa lisibilité et son rayonnement international. Combien de temps allons-nous encore attendre avant de reconnaître que le cinéma français s’est caricaturé dans une forme de complaisance artistico-critique autour des mêmes Apparatchiks du 7eme Art ; un cinéma autiste enfermé dans un formatage de cinéma naturaliste et résolument verbeux (à défaut de narration résolument cinématographique – imagée et musicale, une construction narrative – trop - littéraire). Combien de « Romain Gavras » ou « Gaspar Noé » (pour ne citer que deux noms de réalisateurs un peu plus formalisants que les autres) face à la pléthore d’Alain Resnais, Dardenne (même si ils sont belges), Desplechin, Cantet, Lelouch, Guédiguian, Rohmer, Haneke (version post-Pianiste) et autres nombrilistes et constipés du mot. Ce n’est pas tant le manque de sensibilité à certaines formes de langage de cinéma (qu’on retrouve ailleurs en Europe ou en Asie à défaut de citer l’Amérique) qu’un financement sélectif, castrateur quand il n’est pas tout simplement avorteur des tentatives « d’égarements » artistiques des jeunes cinéastes – auteurs si si – formalistes (oh le vilain mot) français.

 

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/091/21009178_20130529135745612.jpgOnly god forgives est donc une production moyennement française mais définitivement danoise dans son financement, et surtout, de par son metteur en scène. Mais l’ADN de Nicolas Winding Refn est fortement influencé par l’éducation et la formation artistique américaine (bouh, le méchant cinéma de l’Oncle Sam). Est-ce de la provocation que de dire que NWR n’a presque rien à raconter ?… mais il fait l’effort de réfléchir à comment le raconter – cinématographiquement j’entends. Le film pourrait être entièrement muet et originellement storyboardé (plutôt que scripté sur 4 pages hum hum) que cela ne changerait rien au pouvoir de fascination de la langue de cinéma utilisée. C’est une narration cinématographique qui s’attache bien moins à un sujet ou à son discours qu’à la manière dont la coquille du plan composé, figé raconte un univers. Le cinéma est souvent écrasé par le poids des mots : ceux des indications du script, des dialogues qui, ordonnés, engendrent (sic) un film. La narration de par les mots a une fâcheuse tendance à anesthésier la capacité créatrice de narrer avec l’image et le son, dans leur construction, leur montage. OGF est un medium formellement communiquant. Quoi de mieux pour l’illustrer que le recours au directeur de la photographie d’un autre formaliste obsessionnellement maniaque (Larry Smith qui a travaillé avec Stanley Kubrick) ; ces artistes de l’image qui assurent le prosélytisme de la religion du cadre (et de son sens), de la puissance de la composition léchée et résolument habitée. Peu importe qu’il n’y ait pas ou peu de pérégrinations farfelues - et verbalement racontées - d’hommes et de femmes dès lors que ces magnifiques images sont intrinsèquement suffisantes à créer une atmosphère envoûtante, chargée de réalités et autres fantasmes des humains qui les regardent et les vivent.

 

Ce n’est pas tant le jusqu’au-boutisme violent que la démonstration graphique d’un déroulé de film qui classe cette rareté parmi les œuvres nécessairement indispensables. C’est le radicalisme d’un message d’ayatollah, la profession de foi de la toute-puissance du visuel, la splendeur plastique et sonore d’une œuvre hautement iconoclaste dans le cinéma – français – d’aujourd’hui. Vive la France, Vive les Césars, Vive … euh… le cinéma, non ? (sic)

 

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/94/74/04/20542078.jpg 

 

 

 

 

 

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Publié par JW (posté par l'homme-grenouille) - dans Regard amphibien sur le ciné
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commentaires

l'homme-grenouille 05/06/2013 01:34

Effectivement Jimbo...
Mettre cet article de presse au côté de cet article de blog est très intéressant tant leurs visions respectives sont diamétralement opposées.

Malgré tout, à lire attentivement les arguments des pro-"exception culturelle", il y a quelque chose qui me chiffonne.On dit que l'exception culturelle "est le meilleur moyen de préserver la
diversité". Seulement, quand on regarde la conséquence de l'exception culturelle en France, moi, la diversité, je la cherche...

Plus de 200 films par an : c'est génial. Mais combien de polars, combien de films de science-fiction, combien de films fantastiques, combien de films expérimentaux, ou même tout simplement combien
de films formalistes tels que cet "Only God Forgives" ? En réalité, il y a 200 films mais presque qu'un seul genre : un cinéma du réel, tourné vers la comédie de moeurs, vers les questionnements de
quadras, souvent cloisonné à la seule bourgeoisie parisienne... Je n'ai rien contre ce cinéma en particulier personnellement, mais sa surreprésentation me dérange par contre beaucoup. Elle révèle
une chose : c'est que la diversité, en France, elle n'existe pas, ou bien peu...

Alors on peut effectivement se rassurer derrière un discours de Spielberg ou du producteur américain de The Artist. Mais faut-il pour autant prendre avec autant de crédulité deux discours prononcés
dans des contextes bien particuliers ? Spielberg pouvait-il se permettre de critiquer le système français au festival français de Cannes, festival qui avait d'ailleurs copieusement surreprésenté la
France ? Le producteur de The Artist pouvait-il se permettre de cracher sur le CNC... alors qu'il était justement reçu par le CNC ?

Personnellement, je crains que cet article que tu as joint en lien se cache un peu derrière son petit doigt, en voulant absolument brimer le vilain système du libéralisme. Moi quand je regarde le
cinéma japonais ou hong-kongais, pourtant très libéral, je n'ai pas l'impression que l'ouverture à l'étranger ait nuit à la diversité... au contraire ! Le wu xia se porte à merveille, Wong Kar-Wai
aussi... et tout cela en même temps que les polars de Johnnie To très américanisés (mais pas seulement) enrichissent la donne...

Moi l'économie libérale du cinéma ne me dérange pas. Dans "libéral" il y a "liberté". Comme le disait l'article en question, la diversité c'est aussi bon pour les affaires... Pourquoi considérer
que l'esprit d'ouverture du marché se ferait forcément dans le sens de l'américanisation et du monolithisme ? Si on a tant confiance que cela en notre cinéma et en sa qualité, pourquoi ne pas le
laisser vivre sur ses fonds propres et les recettes qu'il engrange ? Aurait-on peur qu'avec un tel système, les Français ne soient plus obligés d'aller voir les centaines de mélancolies du bobos et
leur préfèrent des spectacles - tout aussi français - mais qu'ils jugent plus attrayants ? Moi, personnellement, cette perspective ne me fait pas peur.

Qu'en penses-tu de ton côté ?
N'hésitez pas, Jimbo ou d'autres, à faire part de votre avis sur ce blog ! Il est bien évidemment le bienvenu pour lancer le débat.

jimbo 04/06/2013 21:55

lol : http://www.france-amerique.com/articles/2013/05/27/quand_les_rois_de_hollywood_font_l_apologie_de_l_exception_culturelle_francaise.html

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