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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 19:21

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C’est février, c’est les vacances d’hiver… Dehors on se les caille. Les salles affichent des films désespérément peu alléchants. Du coup, comme beaucoup – presque par défaut – je profite de cette période moisie pour faire toutes les choses que je n’aime pas faire mais qu’on aime savoir faites quand même... Parmi ces choses, il y a ce qui est reste pour moi la première des dix plaies d’Egypte : le RANGEMENT. Le problème du rangement, c’est que depuis notre entrée dans l’ère du numérique, il ne concerne pas seulement le monde physique des gens normaux qui ont une vie saine et équilibrée. Non, il faut qu’en plus de tout cela il concerne aussi nos ordinateurs et bases de données. Bénie soit l’ère de l’informatique… Mais bon… Comme souvent, d’une tache ingrate il ressort toujours des bénéfices inattendus. Dans le monde physique, on retrouve des objets fossilisés qu’on croyait perdus à tout jamais. Dans le monde numérique, on déterre des idées fort intrigantes et intéressantes. Si je vous parle de tout cela, c’est que dernièrement, je me suis risqué à trier ma base de données de films dans le but de la mettre à jour prochainement. C’est long. C’est chiant (mais merde, je n’ai rien de mieux à foutre ?) mais c’est instructif… En classant tout cela, par période, par auteur, par genre, par goût, une vision a soudainement ressurgi. Cette vision, elle m’a permis de regarder les productions d’aujourd’hui autrement, et surtout elle m’a apporté un autre angle de vue sur la manière dont nous, simples spectateurs, nous recevions ce cinéma. A dire vrai ce n’est pas la première fois que cette idée me venait à l’esprit, mais en rangeant et classant mes bases de données dédiées au cinéma, cette idée est revenue comme un boomerang, comme une évidence. Tout semble tellement plus logique quand on regarde le cinéma d’aujourd’hui et d’hier selon ce point de vue. Et si finalement le cinéma n’était qu’un produit comme les autres ?

 

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  Oui, pour ceux qui lisent l'article plus tard qu'en février 2013, l'actualité ciné c'était ça : bandant non ? 

 

« Deuxième paragraphe déjà et toujours aucun argument sur lequel taper. » Oui, voilà ce que vous pensez certainement cher lecteur, vous l’amoureux du cinéma, vous le défenseur de la noblesse du septième art… Rassurez-vous je n’entends pas me défausser face à mon titre provocateur et mes premières lignes n’ont pas eu pour but de vous faire languir mais bien de vous faire comprendre mon cheminement de pensée. Voyez-vous, plus d’une fois sur ce blog (à l’époque où il bénéficiait d’Allociné comme hébergeur) ou bien encore sur des forums de discussions, j’ai eu l’occasion d’exprimer, de débattre, d’affirmer la vision que je faisais du cinéma. Trop souvent, cela devait sempiternellement passer par de la justification ou de la légitimation, au point de se retrouver en permanence à devoir se confronter à un devoir de définition de ce qu’est vraiment le vrai cinéma véritablement véridique. Pour ma part, j’ai fini par synthétiser ma position à ce sujet par un article que j’avais intitulé « vous avez dit cinéphile ? » dans lequel j’exprimais l’idée qu’au fond il n’existait pas de véritable hiérarchie qualitative parmi les films produits. Encore aujourd’hui, mon point de vue n’a d’ailleurs pas changé : je considère toujours qu’un film reste intrinsèquement un film comme un autre, et que sa qualité ne dépend que d’une chose : du goût de chacun. Et pour moi, dire cela, ce n’est pas tuer le débat par l’argument basique du « goût et des couleurs » qui, selon le dicton, ne se discuteraient pas car, au contraire, je considère justement que tout l’intérêt de discussion portant sur le cinéma, repose justement sur notre façon de percevoir le film plutôt que sur le film en lui-même. Finalement j’avais détourné le débat sur notre nature d’individu plutôt que sur la nature du film en lui-même. Mais aujourd’hui, je me dis que ce n’est peut-être pas suffisant pour vraiment comprendre comment fonctionne notre cinéma et notre rapport au cinéma aujourd’hui. Or, justement, c’est peut-être ce qu’il manquait pour boucler le raisonnement jusqu’à son terme. S’interroger sur notre rapport au film, ce n’est pas nous interroger sur ce qu’est un film. Et à ce sujet, la chose me semble donc désormais assez évidente : le film n’est pas avant tout une œuvre, il n’est pas avant tout un média… A mes yeux, le meilleur moyen de mettre tout le monde d’accord reste encore de dire d’un film qu’il est avant tout un produit consommable comme un autre, rien de plus.

 

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  Les grosses claques que je citerais spontanément aujourd'hui... 

 

« Troisième paragraphe, et toujours aucun argument pour justifier cette vision désabusée du cinéma ». Rassurez-vous chers lecteurs ! J’y viens ! Mais si je mets autant de temps à présenter mon propos, c’est justement pour préciser que cet article ne se veut pas une vieille diatribe acerbe et désenchantée du cinéma. Cet article ne se veut pas non plus une provocation nihiliste qui justifierait mon dégoût global de la production actuelle. Non, cet article s’adresse juste aux quelques curieux que cette question titille : « mais finalement, qu’est-ce que je recherche dans le cinéma ? Qu’est-ce que le cinéma pour moi ? » Alors certes, les romantiques du septième art risquent d’être piqués au vif par ce que je vais exprimer ici. Néanmoins, je ne peux m’empêcher de vous inviter à aller jusqu’au bout de mon raisonnement car, à mon sens, prendre ce questionnement par ce bout-là plutôt qu’un autre aura le mérite de régler d’un coup pas mal de dialogues de sourds. Après, bien évidemment, libres à vous de pas être d’accord. Je serai ravi de poursuivre avec vous le débat via les commentaires de cet article.

 

 

Société de consommation… et alors ?

 

C’est donc en classant ma base de données que cette vision mais venue. Plus de 2000 films, mis en vrac, pas classés… Alors je me suis mis à faire des piles, à faire des catégories… J’ai privilégié avant tout l’année de sortie en France plutôt que le pays origine. Après tout, j’avais déjà rangé mes DVD et Blu-ray selon le critère de la nationalité et j’avais déjà bien constaté que le cinéma américain occupait autant de rayons que tout le reste. Pourquoi reproduire alors ce qu’on sait déjà ? Or, en classant ces 2000 films par période plutôt que par nationalité, une deuxième information m’a sauté aux yeux sur ma façon de « consommer » le cinéma. Moins de 100 films datent d’avant les années 1970. Quand à ceux qui remontent d’avant ma date de naissance, ils ne sont que 200. A dire vrai, après y avoir réfléchi, je me disais que si j’avais eu à émettre une estimation avant de faire le classement, j’aurais surement pronostiqué cet ordre de grandeur. Néanmoins, ce pourcentage ridicule que représente plus des trois quarts de l’histoire du cinéma m’a vite fait rappeler une remarque méprisante que j’avais lu sur le forum du Club 300, ce groupe d’Allociné sensé sélectionner les membres les plus passionnés du site. « Il y a des gens qui se disent cinéphiles alors qu’ils n’ont vu aucun film datant d’avant leur date de naissance. » Alors certes, je ne reviendrai pas sur tout le mal que je pense de cette remarque, néanmoins il est vrai que cela révèle quand même quelque-chose : je suis un homme des années 1980 et l’essentiel des films que j’ai vu, ce sont des films qui m’ont été contemporains. Preuve en est, un autre chiffre : la moitié des films que j’ai vu datent d’après les années 2000. Une preuve de plus que je consomme le cinéma du temps présent et non pas le cinéma d’hier. Preuve qu’au fond, pour un gars qui prône sans cesse la prise de risque dans les découvertes, je m’aventure rarement en dehors de mes bases… « Que de chefs d’œuvre ignorés » réagiront certains. « Pas si sûr » leur répondrais-je…

 

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Autre chose qui m’a surpris en classant ma base de données et qui m’en a davantage appris sur le consommateur que je suis, c’est que certes, je vais rarement hors de mes bases, mais aussi et surtout parce que je n’y trouve que rarement mon bonheur. La nuit du chasseur, le troisième homme ou bien encore cris et chuchotements : autant de chefs d’œuvre reconnus qui me laissent de glace. En gros il faut que j’attende les années 1950 et les premiers Hitchcock pour voir apparaitre mes premiers vrais plaisirs du cinéma… et encore Hitchcock est là finalement bien seul dans sa décennie. Ô surprise, c’est à partir des années 1980 que le nombre de baffes cinématographiques commencent à se multiplier et à partir des années 1990 que leur flux devient particulièrement conséquent. « Pauvre gars incapable de sortir de sa période : il est prisonnier des codes culturels de son époque, de sa civilisation et de son milieu social ! » Ah c’est sûr que c’est là la première idée qui vient à l’esprit. Moi aussi, elle a longtemps occupé mes pensées, je dois bien l’avouer. D’ailleurs, comme beaucoup, je suis passé par ma phase où ma raison a cherché à dompter mes goûts. Désespéré par ma propre condition d’esclave de la consommation culturelle, je me suis forcé à aller voir ailleurs, pour m’élever spirituellement, et j’écoutais ce qu’aimaient les gens dans les chefs d’œuvre d’antan pour apprendre à aimer comme eux… A aimer vraiment…. Et puis, au bout d’un moment, à force de me faire chier comme un rat mort face à ces films, à force d’en avoir marre de cette hypocrisie universellement acceptée dans notre société, j’en suis venu à me poser une question toute simple… Mais pourquoi devrait-on se forcer ? Va-t-on vers les choses parce qu’on estime qu’on doit y aller ou parce qu’on a envie d’y aller ? Oui, je l’affirme, et je m’en excuse pour ceux que ça dérange : je préfère le débarquement du Soldat Ryan à celui du Jour le plus long parce qu’il déménage plus sa mère. Oui, je préfère Retour vers le futur à Je t’aime je t’aime parce que ça aborde le voyage dans le temps de manière plus ludique et plus fun. Et enfin – oui ! – je préfère le cinéma américain au cinéma français parce que, à quelques exceptions près, le cinéma américain a un vrai sens de l’entertainment, du langage visuel, de l’audace discursive, de la sollicitation des sens, et du dépotage technique – quelque soient les genres – que le cinéma français n’a pas. Oui je vais là où c’est le plus beau, je vais là où ça m’intrigue le plus, je vais là où on cherche à me séduire. Or, là où je suis le plus attiré aujourd’hui, ce qui me parle le plus à moi, petit homme des années 1980 né en France dans la petite classe moyenne issue des Trente glorieuses du baby boom, c’est vers le cinéma de maintenant et vers le cinéma du géant américain. Oui je kiffe ce cinéma de la consommation. Oui je kiffe ce pays qui considère que le cinéma est une industrie. Et vous savez quoi ? Je considère qu’au fond ils sont beaucoup plus dans le vrai à percevoir le cinéma comme une industrie ; le film comme un produit consommable ; que la plupart des français qui présentent le cinéma comme un art dans un pays où l’exception culturelle est reine.

 

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Ça y est ! C’est parti ! Vous pouvez charger vos fusils verbaux mes chers contradicteurs ! La chasse est enfin ouverte ! Je l’ai dis – je l’assume – considérer le cinéma comme une industrie est pour moi bien plus sain pour le cinéma que de le considérer comme un art. A me rappeler mes lointains cours de philo, on définissait justement l’art en creux. L’art n’est pas produit doté d’une une fonction ; l’art réside dans tout ce qui est fait sans utilité précise. Faire une chaise avec quatre pieds et un dossier, c’est fonctionnel, c’est de l’artisanat. Commencer à sculpter les pieds, à designer le dossier, ça ne sert à rien par rapport à la fonctionnalité de l’objet, donc là commence la dimension artistique. C’est clair que les Américains n’ont pas cette vision là du cinéma. A les voir faire et à les écouter dire : le cinéma c’est là pour faire du cash, et ils ne voient pas là le problème. Faire du cash c’est sain, c’est ce qui fait vivre la société, c’est ce qui permet à chacun de satisfaire ses besoins, des plus basiques aux plus élaborés. Acheter une chaise pour s’asseoir ou bien acheter une place de cinéma pour répondre à ses questionnements existentiels, tout devient possible dans une société de l’échange réciproque permis par la monétarisation des biens, qu’ils soient matériels ou immatériels. Et c’est vrai que, personnellement, si des films qui m’ont fait rêver comme 2001, Star Wars ou bien encore Wall-E ont été possibles, c’est avant tout parce que ces films sont les produits issus d’une industrie capable de brasser suffisamment de capitaux pour repousser les frontières de l’impossible. C’est aussi parce que, comme n’importe quelle industrie, le cinéma sait s’inspirer des innovations d’hier pour en faire les standards d’aujourd’hui. Le cinéma est comme ça, c’est de la production humaine, et comme toute production humaine, il évolue, et il évolue dans le sens progressiste du terme.

 

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Oui l’apparition de la couleur fut un progrès par rapport au noir et blanc dans le domaine du cinéma comme le télégraphe fut un progrès dans le domaine des communications. Et même chose pour le son ! Et même chose pour la structure narrative symétrique de Citizen Kane ! Et même chose pour l’utilisation du flash-back dans les Fraises sauvages ! Innovations d’hier, mais standards aujourd’hui. On peut aisément reconnaitre ce qu’a apporté chacun de ces films au cinéma et préférer malgré tout regarder le cinéma d’aujourd’hui. Même si elles ne sont pas incompatibles, « conscience » et « plaisir » sont deux activités spirituelles distinctes. Ce n’est pas parce qu’on reconnait l’importance fondamentale du télégraphe qu’on le préfère aujourd’hui au smartphone pour communiquer… Qu’on le veuille ou non, les possibilités techniques sont aujourd’hui décuplées, le savoir-faire a été ingéré, nos besoins et nos attentes ont donc légitimement évolué. Qu’on s’amuse à ressortir de nos jours un film tourné comme l’Aurore et il se viandera… Et ce serait normal. Le marché a évolué. L’Aurore, n’en déplaise à Laurent Delmas, c’est le passé. L’Histoire du cinéma s’écrit ailleurs. Le cinéma évolue et continue d’évoluer dans le monde d’aujourd’hui et non dans le monde d’hier. C’est donc somme toute logique qu’un passionné de cinéma trouve davantage son compte là où ce cinéma se construit et non là où autrefois il s’est construit et là où il s’est depuis figé.

 

 

Un produit ni plus ni moins, avec date d’emballage et date de péremption…    

 

Oui, je l’affirme donc à nouveau : le cinéma n’est qu’un produit de consommation comme un autre. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains critiques chevronnés, même amateurs, se sentent obligés de préciser la date de production du film. Par cela ils traduisent plus leur logique d’archiviste, d’historien ou de généalogiste, plutôt que celle d’esthète ou de jouisseur. Ce terme, « date de production », dit d’ailleurs tout sur la nature d’un film. Oui, au cinéma on parle de « production », et comme tout produit, le film a une date d’emballage. Ce genre d’étiquetage n’est jamais anodin, y compris dans le monde de l’art, car cet étiquetage appartient autant au monde de l’Historien que celui de la consommation. Oui, connaitre la date de l’emballage est indispensable à connaitre pour consommer un film. « Non, c’est pour mieux le comprendre ! » Certes, j’acquiesce à cette remarque. Mais encore une fois, « comprendre » une œuvre n’est pas le même processus que d’en « jouir ». Certes, ce n’est pas incompatible, mais ce n’est pas la même chose. La réalité c’est qu’on mentionne toujours la date d’emballage d’un film qu’à partir du moment où on veut savoir s’il est encore consommable en l’état ou pas. L’Aurore, si on se trouve en 1927, c’est un produit frais. En 2013, c’est une antiquité ; une seconde main ; un film beaucoup moins au fait des innovations cinématographiques en termes de romance que ne peut l’être – par exemple – un simple épisode de Twilight. Bien évidemment, ma comparaison se veut provocante. Mais ce que j’espère avant tout c’est que cette comparaison provoque chez vous un déclic. Ce déclic consisterait à oser regarder un temps soit peu chaque film comme un produit qui a cherché à toucher ses contemporains, qui a été pensé pour les gens de son temps, et non pour ceux d’avant ni d’après. Un film est ancré dans son temps. Or, reconnaître d’une part qu’un film a été pensé dans son temps et que d’autre part le temps s’écoule, c’est reconnaître qu’un film va forcément rentrer en décalage avec le temps présent à un moment ou à un autre. Bref, accepter de regarder les choses de cette façon peut vous faire comprendre qu’on puisse considérer que, de la même manière qu’un film a une date d’emballage, un film dispose aussi d’une date de péremption.

 

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« Un film ? Périmé ? Elle est bien bonne ! On ne parle pas de viande mais d’art ! » C’est là sûrement votre réaction à mon dernier paragraphe. Réaction normale… Mais est-elle si logique ? Je vais prendre un exemple bien concret et récent (toujours le même d’ailleurs) : Avatar. Voilà bien un film qui, en 2010, a rencontré aussi bien le succès parmi la critique que parmi les spectateurs. Qu’a-t-on vanté dans Avatar ? L’originalité de son histoire ? …de sa narration ? Un regard nouveau sur le monde ? Non. Avatar a plu parce que c’était au contraire une histoire simple, accessible, un grand classique, mais revisité par le génie créatif de l’univers créé par James Cameron. Avatar est un chef d’œuvre technique et c’est difficile de le nier car il faut bien avouer que la claque était là. Lisez et relisez ce qui a été écrit car déjà, ce consensus commence déjà à s’effriter seulement 4 ans plus tard alors qu’il était quasiment unanime en 2010. La question que je pose, me concernant, c’est celle-là : qu’en pensera-t-on en 2030, quand les effets visuels auront tellement évolué que bien des films seront sortis entre temps – des films avec une histoire aussi simple que celle d’Avatar – mais qui utiliseront des technologies qui renverront les effets numériques de 2010 aux oubliettes ? Les nouveaux amateurs de cinéma de l’époque, ceux qui auront une vingtaine d’années, voudront explorer les chefs d’œuvre du passé et tomberont sur cet Avatar. Comment réagiront-ils ? Ils verront une histoire déjà mille fois racontée, ils découvriront un univers et des techniques qui leurs sont déjà familières voire même dépassées par leur cinéma contemporain. La logique voudrait qu’ils restent de marbre là où nous, nous nous sommes tous touchés. Pourquoi ? Parce que l’œuvre d’art n’est pas intemporellement universelle comme certains le pensent ou aimeraient le penser. L’œuvre d’art répond elle aussi à la logique de la péremption… comme tout produit consommable.

 

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Mais je ne vais certainement pas arrêter mon raisonnement à ce seul exemple ! Le limiter à Avatar, c’est certes rendre mon argument plus compréhensible, mais c’est aussi ouvrir trop facilement la porte à ses contradicteurs. « Le fait d’aimer Avatar et le considérer comme un chef d’œuvre, ce n’est pas pareil ! Là on n’est pas dans le cinéma artistique, on est justement dans le cinéma commercial. Qu’on prenne une véritable œuvre d’auteur, un véritable chef d’œuvre universel, et là on verra qu’elle est vraiment intemporelle ! » Bien évidemment, face à ce genre de remarque, je pourrais discuter des heures sur la définition d’un film d’auteur, d’un film « non commercial », mais là n’est pas (encore) le sujet. Avatar, cas particulier ? Personnellement, je ne trouve pas. Certes, Avatar se distingue surtout par les techniques visuelles qu’il emploie. Mais je pourrais prendre l’exemple des films d’Ingmar Bergman par exemple. Il y a de cela quelques années, mon voisin, né au début des années 1940, a voulu me faire découvrir ses claques cinématographiques, sidéré d’apprendre que ma seule expérience du cinéma de Bergman se limitait au Septième Sceau. Il m’a donc refilé quelques films de sa collection, agrémenté de cette phrase : « Tu verras… Ce mec c’est un génie, un révolutionnaire… » J’ai regardé. Je me suis barbé. Pourquoi ? La raison pour moi m’est apparue évidente, et cela dès la vision des Fraises sauvages. Il y a dans ce film des passages de dialogues (notamment celui dans la voiture pour ceux qui connaissent bien ce film), qui sont interminables, filmés qui plus est en un seul plan fixe. Et là encore, je parle de dialogues, car les monologues sont aussi légions. Pour moi qui suit habitué aux films qui ont digéré plus d’un siècle d’évolution et d’enrichissement de la narration cinématographiques, revenir à une période où ces techniques pour fluidifier la narration n’ont pas encore été inventé ou ne sont pas devenues des standards, c’est un peu comme retrouver le vélo de Louison Bobet alors qu’on était habitué à ceux en fibre de carbone. Puis-je en vouloir à Ingmar Bergman ? Bien sûr que non ! On ne peut pas reprocher à un médecin d’avant Pasteur de ne pas savoir guérir la rage. Puis-je m’en vouloir de ne pas avoir pris de plaisir aux Fraises sauvages ? Non plus ! Ce film est en total décalage à ma culture et à mon époque. Le seul plaisir que je puisse y prendre, c’est le plaisir intellectuel de découvrir une étape de cinéma. « Tiens ! Un flash-back dans les Fraises Sauvages ! …Et là un insert visuel totalement déconnecté de la narration factuelle de l’histoire ! Innovant pour l’époque… » …POUR L’EPOQUE.

 

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Arrivés à cette étape de mon propos, certains doivent encore se demander où je veux en venir. Là où je veux en venir, là où je veux vous emmener, c’est à une perception différente que celle qui est couramment diffusée sur le cinéma. Arrêtons d’en faire des tonnes. Arrêtons de faire de ce produit ce qu’il n’est pas, du moins par essence. Non le cinéma n’est pas plus noble que n’importe quel autre produit. Et je considère ne pas dénigrer le cinéma en disant cela, je pense juste remettre les choses en perspective. J’ai juste l’impression qu’aujourd’hui, beaucoup utilisent le cinéma pour des raisons autre que ce pour quoi il est fait : satisfaire les gens dans leur diversité, donner du plaisir quel qu’en soit sa nature, bref donner du bon temps… Certains se moqueront et railleront sûrement le fait que mon cinéma se trouve essentiellement après ma date de naissance, qu’il est pour moitié ancré dans ces dix dernières années, en somme dans le temps présent. A cela, je répondrai en confrontant mes données à celles de la très respectable revue britannique Sight & Sound. Chaque année, cette revue lance une grande consultation mondiale auprès de plus de mille personnes qui écrivent professionnellement sur le cinéma afin d’établir un classement mondial des meilleurs films de tous les temps. Bilan 2012 : Vertigo (1958) l’emporte de seulement 44 voix sur Citizen Kane (1941). Suivent derrière et dans l’ordre, Conte de Tokyo (1953), la règle du jeu (1939), l’Aurore (1927), 2001 (1968), la prisonnière du désert (1956), l’homme à la caméra (1929), la passion de Jeanne d’Arc (1927) et 8½ (1963). Rien ne vous choque ? Le film le plus récent a seulement 45 ans. Les films muets sont plus représentés que les films en couleur. Il n’y a qu’un film de science-fiction pour représenter tous les cinémas de genre tandis que, visiblement, l’animation n’existe pas pour les sommités critiques du monde. Le blog Premières prises invite d’ailleurs à comparer ce classement à celui du top 250 d’IMDb. Effectivement, ce petit exercice peut nous interroger sur la façon dont les canaux classiques cherchent à nous faire voir le cinéma. En gros, les premiers à avoir tourné un film et à avoir raconté une histoire qui tient la route seraient les seuls à avoir inventé quelque-chose au cinéma ? Depuis plus rien ? Le cinéma serait-il donc mort ? Moi je veux bien écouter les arguments de ceux qui promeuvent le cinéma comme un art universel déconnecté du temps et des basses questions économiques, matérielles et contemporaines, mais encore faut-il que ça puisse m’ouvrir des voies nouvelles pour en jouir encore davantage. Je suis désolé, mais je pense que pour quelqu’un qui découvre ses premiers émois cinématographiques et qui voudraient en connaitre davantage, sa passion risque d’être davantage alimentée par le Top 250 d’IMDb (qui n’exclut pas le noir et blanc et le muet) que par le top 10 des sommités critiques mondiales… Oui, le cinéma s’inscrit dans son temps et ce n’est pas exclure le cinéma ancien que de dire cela. Finalement, Citizen Kane et Vertigo sont encore des produits consommables aujourd’hui puisqu’au fond il existe un marché de ceux qui veulent découvrir les classiques du cinéma. Qu’on prenne donc les films pour ce qu’ils sont et rien de plus : c’est-à-dire des objets qu’on veut voir pour satisfaire nos besoins du moment. Ces besoins peuvent être hédonistes, nostalgiques, culturelles, qu’importe. A chacun son cinéma. Et dire cela ce n’est pas redire ce que j’avais déjà développé dans un article précédent : c’est-à-dire considérer qu’aucun goût pour le cinéma n’est plus noble qu’un autre. Là, j’entends vraiment insister sur le fait qu’au-delà de notre goût, même au sein des produits il n’y a pas de hiérarchie naturelle ou rationnelle. Chaque film se vaut dans sa légitimité à exister et à satisfaire un public donné. Or, si on veut le bien et la prospérité du média cinéma, et notamment de SON cinéma à soi, il serait peut-être temps d’accepter que le meilleur moyen d’aider le cinéma, c’est de le laisser être considéré pour ce qu’il est, un produit de consommation comme les autres. Un point c’est tout.

 

 

Libéralisme économique ou soviétisation de la production : faites votre choix.

 

La réalité, c’est qu’il n’y a pas d’alternative. Certes, on a le droit de considérer le cinéma comme un art, on a le droit de le considérer comme un champ d’activité plus noble que certains autres, mais qu’on arrête d’y voir là sa nature essentielle. La nature essentielle d’un film, c’est qu’il est un produit consommable comme un autre, et cela avant même d’être un objet de culture noble, et cela avant même d’être une œuvre d’art. Qu’on accepte donc ce fait pour que le cinéma puisse donc prospérer et qu’on s’attaque une bonne fois pour toutes à tout ce qui peut nuire à la prospérité de son économie. Car oui, on parle souvent – moi le premier – du mal qui est fait aujourd’hui au cinéma par l’exploitation néolibérale qui est actuellement en vogue. Mais finalement on parle beaucoup moins du mal qui est fait au cinéma par la négation que certains font de sa nature commerciale. Certains rétorqueront pourtant à cela en disant que considérer le cinéma comme un bien consommable comme un autre, c’est justement rentrer dans la logique actuelle des grandes majors américaines et même les principaux distributeurs européens. Standardisation du produit, déclinaisons permanentes et stériles des licences phares de la marque, préférence au retour sur investissement plutôt qu’au risque créatif… Or, ça, ce n’est pas ce qui rend le plus service au cinéma diront justement certains, me rappelant que je n’en pense pas moins. Certes, ce n’est pas faux, mais à un détail près. Oui, c’est vrai, je suis le premier à condamner cette exploitation néolibérale dans le monde du cinéma. Mais je serais aussi le premier à la condamner pour n’importe quel produit consommable ! Est-ce que la société y gagne vraiment à voir un système économique orienté sur la surproduction d’outils similaires et déjà acquis la population au dépend de la créativité et de l’innovation ? A mes yeux, non. Bien évidemment, c’est ici un débat à lui tout seul, mais je pense que ceux qui critiquent le néolibéralisme dans le cinéma le critique aussi dans tous les autres aspects de la société. Or, ce n’est pas parce qu’on condamne les méthodes économiques actuelles qu’on se doit de condamner l’économie avec. Oui, il y a une économie du cinéma. Elle existe. Elle est indispensable au bon développement du cinéma. Sans cette économie, effectivement, les films d’aujourd’hui seraient encore muets, en noir et blanc, et l’Aurore pourrait être considéré comme l’un des plus grands chefs d’œuvre de tous les temps, y compris pour aujourd’hui, et cela sans débat…  

 

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« Ah par tous les saints ! L’horrible discours démagogique de droite ! » Résistez encore chers lecteurs avant de pondre votre commentaire sulfureux car je n’ai pas encore vraiment fini dans ma démarche désespérée de vous convaincre. Si mes tentatives pour vous séduire en faisant se conjuguer les termes « économie » avec « art » ont désespérément échouées, je pourrais peut-être vous convaincre en retournant le raisonnement. Si nous ne devions pas considérer un film comme un produit, comment devrions-nous le considérer ? …Comme une œuvre d’art déconnectée de tout système mercantile ? …Comme la production d’un artiste libre et totalement désintéressé ? Why not… Mais arrêtons deux secondes de vivre dans le fantasme idéologique pour se pencher sur ce qu’est un film, dans la réalité du monde de tous les jours. Un film c’est des plateaux de tournage, des techniciens, du matériel, des décors, des acteurs… Alors de deux choses l’une… Soit on limite l’expression du cinéma aux quelques webséries qui arrivent à s’autoproduire à coup de bénévolats et autres bidouillages sympas mais approximatifs, soit on reconnait qu’il faut payer tout ce petit monde. Je me répète, mais qu’on le veuille ou non, ce n’est pas un hasard si le terme de « production » existe au cinéma. Un film est un produit. Alors après, on pourrait rejeter le terme « produit de consommation » en promouvant un système de financement qui ne réponde pas à la logique de l’économie de marché. C’est vrai que sur cette logique, la France s’en est fait une fierté. Subventions p ubliques, CNC, intermittents du spectacle… Autant d’intervention de l’Etat pour permettre à l’art de ne pas être pollué par le perfide esprit de « marchandisation ». Ah ça oui, dans le discours, mêler une logique économique, une logique consumériste à un outil noble, ça ne sonne plus très romantique. Pourtant, soyons honnêtes, et regardons ouvertement les conséquences réelles de cette logique.  

 

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Dans quelques jours ce sera la sacro-sainte cérémonie des César, récompensant le summum du cinéma français. Les favoris ? Camille redoubleAmourDe rouille et d’osHoly Motors Est-ce caricatural que de dire qu’il y a là une légère surreprésentation du cinéma « social » ou de la comédie de mœurs ? « Et alors ? Moi je les aime bien ces films » en diront certains. Tant mieux rétorquerais-je… Mais pour ceux qui aiment le cinéma policier ? Mais pour ceux qui aiment le cinéma comique, fantastique, d’épouvante, de science-fiction ? Pour ceux qui aiment le cinéma expérimental ? Pour ceux qui aiment le cinéma formaliste ? Pour ceux qui aiment le cinéma d’animation ? Que leur est-il proposé ? Eh bien il suffit de regarder le box-office France pour le savoir. L’avantage en France, c’est qu’on compte en nombres d’entrée, pas en recettes comme ces affreux Américains. Il n’empêche que malgré tout, le résultat est sans appel. Qu’à voulu voir le spectateur français ? Il a préféré voir Skyfall ou l’âge de glace…Les deux premiers films français arrivent en 3eet 4e position. Il s’agit de Sur la piste du Marsupilami et de La vérité si je mens 3 ! Inutile de préciser qu’aucun des deux n’a été nominé ne serait-ce qu’une seule fois. « …parce qu’ils ne sont pas bons » répondrez-vous. « C’est vrai… » vous rétorquerais-je. Moi aussi je trouve que ces films ne sont pas bons. Le pire, c’est que je pense que la plupart des 5 millions de spectateurs qui se sont déplacés pour ces films seraient sûrement d’accord avec nous. Moi la question que je me pose face à ce genre de chiffres, c’est plutôt « qu’avions nous de mieux à nous mettre sous la dent ? » Quelqu’un pourrait-il me citer une comédie familiale sympa produit en France en 2012 qui vaille mieux que le désespérant Marsu ? Quelqu’un pourrait me citer un film d’action/espionnage français plutôt sympa qui puisse se substituer à Skyfall ? Je pense qu’au moins sur ces questions là, on a tous les mêmes réponses…  

 

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La réalité elle est là. Le cinéma est une activité qui a besoin de fonds. Le cinéma ne peut donc se passer d’économie. La question est de savoir quel type d’économie nous voulons. Désirons-nous un système où c’est le film le plus vu qui engrange le plus d’argent, ou bien un système où c’est une classe fermée, une élite bourgeoise éclairée, qui décide de qui va être financé ou pas ? La différence elle est là. La réalité, c’est que dans le premier cas c’est le peuple qui distribue l’argent, dans le second cas une classe privilégiée qui estime que seuls ses goûts et ses préoccupations méritent d’être portés à la tribune. Moi, en tout cas, à bien regarder les deux systèmes, mon choix est tout fait. Je préfère un système où on produise des films pour tous et dans lequel se trouve le cinéma que j’aime, même si cela doit impliquer l’existence de film comme Yamakasi ou Amour… Après tout je m’en fous. Ceux qui aiment les Yamakasi iront voir la production Besson, ceux qui aiment Amour iront voir deux heures de vieillesse à l’état brut. Moi je serai dans la salle d’à-côté à m’éclater sur Django Unchained. Après tout, les adorateurs de Yamakasi et d’Amour n’ont pas besoin de mon assentiment pour prendre leur pied, comme moi je n’ai pas besoin du leur. Tout le monde sera content, spectateurs comme producteurs. Après tout, c’est ça la véritable définition du libéralisme. Construire une société sur la liberté de chacun de faire et de voir ce qu’il aime tant que ça n’oblige l’autre à rien… Le problème, c’est qu’au jour d’aujourd’hui, cette liberté n’existe pas, et encore moins en France. C’est en appliquant une logique « à la française » qu’un film comme Un long dimanche de fiançailles a failli ne pas exister. Pour une raison inexpliquée, aucun producteur n’a jugé intéressant de financer le prochain film de celui qui venait de faire Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. S’il n’y avait pas eu la Warner et son soi-disant méprisable esprit mercantile pour venir financer le film et ainsi empocher la cagnotte, ce Long dimanche n’aurait pas vu le jour. La réalité du cinéma, c’est cela. Plus tôt on le comprendra, plus vite on en jouira.

 

 

 

Conclusion …parce que le vrai libéralisme, ça a aussi du bon.

 

 

A conclure tout cela, certains diront qu’au final je retombe encore une fois sur le même discours que je tiens en permanence sur ce blog. D’autres ajouterons, qu’une fois de plus, j’ai réussi à profiter d’un propos tourné sur le cinéma pour me lancer dans une diatribe sociale, voire politicienne. Ce n’est pas faux… Mais au fond j’assume. Pour moi tout est tellement connecté. Dans une société hiérarchisée à la mode Louis XIV le seul art qu’on peut voir poindre c’est celui des pièces de théâtre endimanchées où il est question essentiellement de mondanité. Avec un peu de chance on tombera sur un Jean-Baptiste Poquelin qui, au milieu de toutes ces fanfaronneries, arrivera à glisser un léger message social. Dans un vrai monde démocrate et libéral, où chacun à le droit de s’exprimer et de consommer, de nouvelles formes d’art peuvent apparaitre sans l’aval de la classe dominante : ainsi sont apparus le cinéma de genre, la musique electro, les jeux-vidéo… Aujourd’hui, en 2013, on est dans un « entre-deux ». Les Trente glorieuses sont finies, les belles illusions de la chute du bloc soviétique aussi. Tout ce petit monde se replie sur lui-même et la mécanique d’évolution sociale par la liberté qu'a chacun d’innover se tarie. Ainsi, les rebelles d’hier sont devenus les nobles d’aujourd’hui. Ainsi la fête du cinéma français qui va se dérouler dans les jours à venir aura finalement lieu au milieu des dorures du Chatelet, de la même manière qu’autrefois la cour se réunissait parmi les dorures de Versailles. Chacun, habillé dans les robes et costumes les plus chics,  les plus m’as-tu-vu,  bref dans les vêtements les plus discriminants socialement, va se risquer à un trait d’esprit digne de Ridicule pour justifier son rang, pour rappeler à tous sa légitimité parmi l’élite. Au fond il ne sera pas question de cinéma, il sera question de mondanité, de confortation d’une élite sociale en place au sommet de la pyramide, un parfait copier-coller de ce qu’est aujourd’hui notre société.

 

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Bref, vénérés lecteurs, vous l’aurez compris. Vous comme moi, nous ne sommes que de simples spectateurs, de simples individus qui ne sommes pas concernés par ce petit jeu de pouvoir et de représentation sociale. Comme des sots que nous sommes, nous sommes persuadés que lorsqu’une cérémonie comme celle-ci se tient c’est pour valoriser le cinéma de l’émotion, le cinéma du plaisir. De même, quand nous ouvrons un magazine, nous croyions niaiseusement que ces grands esprits critiques établissent leurs choix en veillant bien à prendre en considération toute la diversité de la population susceptible de les lire et qu’à aucun moment la question du « qu’en dira-t-on dans le milieu » ne se pose pour eux. La réalité c’est que Vertigo n’est pas le meilleur film du monde, devant Citizen Kane et l’aurore ½ de l’odyssée de Jeanne d’Arc… La réalité c’est qu’ils sont de simples hommes et de simples femmes comme vous et moi. La réalité c’est qu’ils ont aussi des sentiments qui leurs sont propres et qui valent ni plus ni moins que les nôtres. La réalité c’est que le plaisir est une chose simple, qu’on la retrouve auprès des gens, des cinéastes et qu’un simple produit consommable comme un téléphone ou un film nous permet d’y avoir accès. La réalité c’est que, tant que nous serons en démocratie, et que cette démocratie défendra pour principe fondamentale la liberté de chacun, eh bien on aimera ce qu’on aura décidé d’aimer, on verra ce qu’on aura décidé de voir, et que personne ne pourra/devra nous en empêcher… C’est ça la vie, c’est ça le cinéma…

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Publié par L'homme-grenouille - dans Regard amphibien sur le ciné
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commentaires

Le Nouveau Cinéphile 07/06/2015 18:49

Hello Homme-Grenouille!

Je me permet de commenter cet article que je trouve très intéressant. Il est d'autant plus intéressant lorsqu'on voit le top 100 de l'American Film Institute. Je trouve ahurissant qu'un seul film postérieur à l'2000 y figure. Et que ces personnes considèrent encore Citizen Kane comme le plus grand film de tous les temps, comme s'il n'y avait jamais eu d'autres films après!

Après, j'ai un doute. Si tu regarde le plafond de la Chapelle Sixtine ou "Impression, soleil levant", on peut se dire que ça a vieilli, reste que ça demeure très beau (et pas seulement pour l'époque). C'est même à cela que l'on reconnait les grandes œuvres: elles restent grandioses non seulement pour leur temps, mais aussi pour les générations à venir. A ce propos, j'ai fini par revoir 2001: l'Odyssée de l'Espace et je confirme: c'est génial, je ne me suis pas ennuyé, et chaque plan est un délice.

D'autre part, veux-tu dire qu'il n'y a pas d'objectivité dans le cinéma? Si c'est le cas, peut-on encore dire que tel film est bon et tel autre mauvais? Certes, cela dépend de nos goûts. Malgré tout, il m'est arrivé de me dire devant tel film: "c'est excellent, mais ça ne me plaît pas" ou "c'est pas terrible, mais j'adore". Si une telle attitude existe, c'est qu'il faut dissocier objectivité du film et ressenti, toujours singulier et personnel.

Dans tous les cas, c'est toujours un plaisir de lire ta prose.

l'homme-grenouille 10/06/2015 13:42

Salut cinéphile,

Eh bah écoute c'est très intéressant tous ces points et questions que tu soulèves, parce qu'il se trouve que j'y réponds justement dans un article plus ancien que j'avais intitulé "vous avez dit cinéphile ?". Là-dedans j'explique effectivement pourquoi je considère qu'il n'y a AUCUNE objectivité dans le cinéma, mais aussi comment j’interprète ces phrases du type "j'ai pas aimé mais c'est bien" Donc je pourrais te faire une longue réponse, mais vu que cette réponse existe déjà, de manière bien plus lisible et illustrée, c'est-à-dire sous forme d'articles, je préfère t'y renvoyer !

J'avais mis le lien vers cet article en début d'article, mais avec mes derniers soucis rencontrés avec Overblog, j'ai remarqué que le lien était désormais mort. Je viens de l'actualiser, donc tu peux aller le lire (si seulement tu le souhaites bien évidemment !) en allant cliquer dessus. Au pire, voici le lien actuellement actif (du moins en juin 2015, on verra ce que nous réserve l'avenir) : http://lhommegrenouille.over-blog.com/article-vous-avez-dit.-cin-phile-.ou-pens-e-82962065.html

Voilà, en espérant que cet autre article te plaira. Merci encore pour tes longs commentaires très sympathiques. C'est très plaisant de les lire et très agréable d'y répondre. Bonne lecture et à plus sur ce blog !

L'homme-grenouille 24/08/2014 23:09

Salut l'ami !

Content que tu t'y retrouves dans mes longues logorrhées ! Effectivement j'écris de longs articles pour les gens qui recherchent des trucs qui ressortent un peu de ce qu'on retrouve partout. Je ne
sais pas si j'arrive vraiment à enrichir le schmilblick. En tout cas, pour ma part ça me fait plaisir de m'exprimer, donc s'il y a des gens qui sont aussi contents de lire et de commenter, ça me
fait encore plus plaisir de savoir que c'est communicatif. ^^

Pour répondre à ta question, sache que je n'ai fait aucune formation audiovisuelle. Je me suis fais ma cinéphilie sur le tas, comme ça, pour le plaisir. Or, il se trouve que j'enseigne
l'audiovisuel malgré tout, et mon absence de formation académique ne me pose absolument aucun problème pour ça je trouve. Car, à mes yeux, le but d'un cours de cinéma (outre celui de maîtriser la
technique) , c'est de prendre du plaisir. Le cours ne doit pas être là pour dire ce qui est bon ou pas, mais pour découvrir du cinéma nouveau, ou pour découvrir nouvellement le cinéma. Un cours
doit aiguiser la sensibilité, il ne sert pas à guider les goûts. Moi, c'est ce que je fais. et je trouve que c'est comme ça qu'on apprécie le mieux la chose.

Si je dis tout ça c'est parce que, bien évidemment, j'appuie totalement ton propos et me désole comme toi de ce qu'on voit trop souvent dans les cercles dit "d'initiés". Qu'on vénère Citizen Kane,
why not. Qu'on se retrouve à renier ce qu'on ressent, à adopter un discours qui ne correspond pas à notre ressenti, ça par contre, je trouve ça triste. D'un truc populaire et divertissant,
accessible à tous, une classe sociale essaye d'en faire un instrument de discrimination culturelle. Le pire, c'est que beaucoup le font par simple conformisme, parfois inconscient. Ils ne viennent
pas en cours pour prendre du plaisir mais pour assimiler des codes de bonne société. C'est vraiment triste.

D'un autre côté je me dis tant pis pour eux. Si toi tu as réussi à prendre tes distances par rapport à ce discours de formatage, c'est tout bénef pour toi.

En tout cas, merci pour ton commentaire et à bientôt sur ce blog !

pistol pete 23/08/2014 01:02

salut l'homme grenouille,

je me suis pris de passion pour tes looooongs monologues sur le cinéma et celui ci m'a rappelé des souvenirs.

Je ne sais pas si tu as fait une école de cinéma ou d'audiovisuel (désolé j'ai pas encore lu tout le site) mais moi oui. Un simple BTS audiovisuel et pourtant le formatage en règle qui sévit dans
cette filière, me fait craindre le pire quant à l'ouverture d'esprit de ceux qui ont fait une vraie formation de ciné. Et je crois que si le cinéma Français n'arrive pas à sortir de ses
stéréotypes, c'est avant tout parce qu'on apprend très tôt à la relève (techniciens, auteurs, acteurs etc...) à penser d'une seule façon.

Je m'explique. Entre deux cours techniques, on avait au programme un cours d'histoire du cinéma. Et cette façon de raconter l'histoire fait toute la différence selon moi. J'ai quelques exemples
pour illustrer mes propos.

Chaque cours était centré sur une période ou un réalisateur important. Et je me suis très vite senti "étranger", gêné puis carrément énervé par ce cours.

Comme toi, j'ai bouffé des tonnes de classiques et je me suis souvent fait chier. Et comme toi j'ai du mal avec les listes des "meilleurs films de tous les temps" qui selon moi devrait être la
liste "des films les plus importants ou marquants de l'histoire". Citizen Kane, je comprends l'importance de ce film. Je comprends la révolution de la structure narrative due au montage. Mais
honnêtement, on a fait beaucoup mieux depuis. Le problème c'est qu'oser dire cela en cours te fait passer pour un hérétique ou un idiot.

Mais revenons à mon premier exemple ( j'écris comme ça me vient alors désolé si la structure de mon texte est... déstructurée). J'ai eu un cours sur Kurosawa et sur les 7 samouraïs, film qui m'a
profondément ennuyé. Le prof dit que c'est génial et les suiveurs, fayots, et autres futurs représentants de l'exception culturelle française acquiescent sans se poser de question. Soit. Mais plus
tard dans le même cours, le prof mentionne le remake américain, "les 7 mercenaires" de John Sturgess. Et là, son de cloche différent. Le film, dont il a oublié le nom du réalisateur ("sûrement un
tâcheron", ce sont ses mots) est une bouse car il s'est américanisé. Il a troqué la poésie de Kurosawa par de l'héroisme et de l'action, preuve que c'est un film de bourrin qui n'a pas compris son
matériau d'origine.
Sauf que pour moi, faire un remake, si c'est pour faire le même film ça sert à rien. Et surtout j'adore ce film. Parce qu'il y a Steve McQueen et Charles Bronson. Parce que John Sturgess a réalisé
"la grande évasion" film populaire génialissime et qu'il est tout sauf un tâcheron. Parce qu'un film rythmé, avec que des gueules du cinéma américain, est un film dans lequel on ne s'ennuie pas et
donc un film réussi.

Deuxième exemple :

J'ai très vite pris en grippe le plus fayot des fayots. Le petit parisien dont les études ont été payées par papa/maman, qui s'habille en altermondialiste et pour qui la qualité d'un film est
inversement proportionnelle à son budget. Et bien ce "gros c..", assimile tout le cinéma américain à Hollywood, et tout Hollywood à Michael Bay. Et le problème c'est que des comme ça y-en a un
paquet. Or, il est évident que le cinéma américain est infiniment plus varié que le nôtre. Même le cinéma d'Hollywood seul est plus varié que notre cinéma. Ils ont des comédies, des polars, des
drames, de la SF, du fantastique, de la comédie musicale, des dessins animés etc...

En France, on a pas et surtout on apprend pas à aimer l'Entertainment. On dénigre la fluidité, le rythme. On aime l'austérité. Même nos comédies populaires à deux trois exceptions près (OSS 117...)
n'ont pas le sens du rythme, alors que l'humour c'est avant tout du rythme.

Pour moi, le cinéma moderne et donc regardable c'est pas avant les années 60 (doit bien y avoir des exceptions cela dit). Il faut un minimum de science du montage, du son et de la narration. On ne
doit pas imposer aux étudiants le bon goût. On a le droit de préférer "Open range" à "le train sifflera trois fois", ou "Zodiac" à "Citizen Kane". On a le droit d'aimer le cinéma visuel. On a le
droit de vouloir rêver en entrant dans une salle de cinéma. On a le droit (provocation ultime) de trouver qu'il y a infiniment plus de génie dans n'importe quelle scéne des Aventuriers de l'arche
perdue que dans toute la filmographie de Kechiche.

A bientôt !

l'homme-grenouille 28/02/2013 22:25

Mmmmmh...

Intéressant cher Rupo...

Ton commentaire m'intéresse à deux titres, tout d'abord parce qu'il me montre qu'on n'est jamais assez précis et surtout qu'on oublie toujours des cas qui peuvent renverser totalement
l'argumentation.

Aaaaah ! "OSS" ou "Fatal" ! Comment ai-je pu les oublier ? C'est vrai, ils sont des exemples de renouveau de la comédie française. Pourtant, plus j'y repense, et plus je me dis que cet oubli n'en
est pas vraiment un. Pourquoi ? Parce que pour moi la comparaison "comédie des années 1960"/"OSS" n'est pas du même ordre que celle entre "cinéma expérimental de Bergman"/"cinéma expérimental
d'aujourd'hui". Et justement cette différence vient de la technique. Et c'est peut-être là que je n'ai pas été assez précis. Quand je parle de technique, j'implique visiblement un champ beaucoup
plus large que toi. Je m'explique.

Certes, en évoquant le cas de "Jurassic Park" j'ai beaucoup insisté sur l'aspect "techniques visuelles", voire "techniques d'effets spéciaux". Mais pour moi, les artifices du cinéma ne reposent pas
uniquement dans les effets physiques, j'y incorpore aussi les techniques d'écriture. Quand Bergman fait les "Fraises sauvages", la narration linéaire est la norme. Le redécoupage de l'intrigue, les
insertions d'images décalées du sens de l'histoire, ou bien les passages allégoriques intégrés tels quels au déroulement logique de l'intrigue, c'était monnaie peu courante. Ainsi, quand Bergman
les utilisent, c'est la claque. Le film chope sa personnalité de ça. Seulement voilà, ces innovations d'hier sont devenues les normes d'aujourd'hui. Voir un Bergman pour un contemporain, c'est voir
un film banal pour les raisons mêmes qui faisaient qu'il était original auparavant. Pire, on va lui reprocher les lourdeurs de l'ancien système narratif qu'il véhicule quand même alors que c'est le
premier à chercher à s'en décoller. Tu ne vois pas encore le lien avec le rapport "Papy" / "Fatal" ? J'y arrive...

Contrairement aux "Fraises Sauvages", les codes humoristiques de "Papy" ne sont pas devenus des normes. Regarde les comédies aujourd'hui, elles abordent tous un humour très potache et très premier
degré, pour ne pas dire trivial. En gros, soit on a le droit aux comédies de moeurs genre "le Prénom" et des blagues aussi élaborées que "je crois que La Prune est pédé/ Non, c'est faux, la preuve
: je baise ta mère", soit on a l'humour Dany Boon à base de "Au revoir madame Lanus/ C'est Janus !"

Franchement, si on cherche aujourd'hui ce que faisait "Papy" est-ce qu'on retrouve ce même esprit irrévérencieux à l'égard de sujets aussi grave que l'occupation ou des thèmes aussi sacralisés que
la résistance ? Où sont les comédies sur le choc des communautarismes en France ? Sur les menaces terroristes ? Sur les replis identitaires ? Sur les idéologies politiques ? Sur l'homophobie à
moitié avouée ? Et je ne parle pas là, des blagues inoffensives des Kaïras ou autres Eric et Ramzy, je parle d'un véritable esprit de décalage et de provocation, d'un véritable génie de l'absurde
sur des sujets brûlants ? Alors oui... Il y a "OSS" ou "Fatal"... Je ne retire rien à leurs mérites... Mais ces trois films sont encore des exceptions isolées. Ce n'est pas la norme. Si OSS était
devenu la norme aujourd'hui, le génie satirique de Papy paraîtrait du coup bien banal... Seulement voilà, comme la comédie n'a pas encore ingéré le génie comique de ces oeuvres là au point d'en
faire une norme comme le flash-back l'est devenu aujourd'hui, dans ces cas là, des films comme Papy gardent encore toute leur fraîcheur... Voilà pourquoi on y a été sensible tous les deux, malgré
le décalage temporel avec lequel nous l'avons vu... Mais qu'un jour une révolution s'opère dans les comédies françaises, et Papy périmera. Pas pour nous, car on le verra toujours avec nos yeux de
mecs des années 1980, mais par contre ce sera le cas pour les nouvelles générations avec qui un fossé se creusera dès lors irrémédiablement.

J'ignore si ma précision t'a davantage séduit et convaincu.
N'hésite pas à poursuivre le débat toute la nuit durant si ce n'est pas le cas...

Super Rupo 28/02/2013 20:59

Je ne peux nier que "Papy" ou "La 7ème compagnie" ne répondent à une certaine logique de conditionnement. C'est des films que j'ai vu enfant mais que j'ai mis longtemps à apprécier. De plus ils se
déroulent dans une époque qui a de tout temps suscité mon intérêt. Néanmoins je reste convaincu que mon intérêt pour ces films va au delà de la simple nostalgie. J'essaie toujours de regarder avec
un maximum d'objectivité subjective. J'entends par là que j'analyse pourquoi j'aime quelque chose et en l'occurrence (même si c'est plus dur pour la 7ème compagnie) j'ai une pile d'argument pour
exprimer mon admiration pour "papy". Après ça reste une histoire de goût néanmoins je pense que pour l'aspect périssable, c'est plus que des pâtes. Si un jour ça ne plaît plus, c'est que l'humour
aura été totalement métamorphosé et je n'assène nullement que ces films atteindront l'éternité. Ce que je voulais dire c'est que des films peuvent avoir des arguments qui dépassent le cadre de la
technique pure. A un moment la technique on peut l'oublier. A partir du moment où ça raconte de manière pas trop dégueulasse un truc fondamental ou un truc qui touche, j'ai du mal à considérer que
le produit est périssable. J'ai pris l'exemple de l'humour parce que pour moi c'est un des aspect fondamental de l'esprit humain. J'aurais pu me base sur une foule d'autres sentiments. Finalement
le caractère périssable est plus dépendant du spectateur que du film. Si les références ou les mécaniques sont obsolètes et ne parlent plus aux gens alors effectivement le film est périmé. Mais bon
ça revient à dire par exemple que l'humour peut devenir obsolète par exemple.

Je vais disgresser un peu parce qu'une chose que tu as dite me fait réagir ^^. Je ne considère pas que la comédie française connaisse une traversée du désert. "La grande vadrouille", "La 7ème
compagnie" et "Papy", c'est un grand écart d'une vingtaine d'année. Je n'ai pas besoin de remonter à 20 ans pour trouver 3 (de mes) références actuelles de l'humour (oss, philibert, fatal). Je
pense aussi que ces films sont moins soumis à l'aspect périssable parce que leur mécanique d'humour dépasse la technique et les modes (peut être un peu moins sûr pour fatal). Paradoxalement je
n'arrive pas à sortir une comédie américaine récente qui m'emballe sur ces dernières années (faut remonter à zoolander je pense et il se sent bien seul).

l'homme-grenouille 27/02/2013 22:09

Ah bah ça !

Voilà que je m’absente quelques jours d’Internet après avoir posté un article, et à mon retour, les commentaires pullulent ! (Bon… seulement trois commentaires, je sais que ce n’est pas l’avalanche
non plus, mais ouah ! On se croirait revenu à la grande époque !) En tout cas, une fois de plus, je remercie SuperRupo et DanielOcean pour leur inébranlable fidélité. Pouvoir discuter sur la toile
quand parfois le monde réel des vrais gens ne nous le permet pas, ça fait quand même du bien…

Pour répondre exclusivement à Rupo, je vais forcément être rapide puisque tu dis être – pour l’essentiel – d’accord avec moi. Et comme je suis moi-même – pour l’essentiel – d’accord avec moi, je
suis donc du coup d’accord avec l’essentiel de ton commentaire. Néanmoins tu as écrit quand même quelque chose qui m’a fait dire que cet article n’était pas totalement inutile. Tu dis t’être rendu
compte de l’amalgame qu’on pouvait faire autour du mot « produit ». Bah écoute, si au moins l’article a permis ça à ceux qui ont pris le temps de le lire : tant mieux ! Car j’ai quand même
l’impression que beaucoup de raisonnements que je jugerais « à la con » sont souvent le produit (ah ! ah ! justement !) de cette ignorance.

Après, une fois dit ça, se pose alors la question qui semble tarauder le plus vos esprits : l’idée qu’un film soit périssable. Pour cela je me permets de fournir une réponse globale pour les
remarques ici faites par vous deux. Il y a-t-il des films qui échappent plus à cette logique que d’autres ? Mieux : il y a-t-il des films dont on pourrait dire qu’ils y échappent tout court ? Pour
ma part, je pense qu’en fin de compte : oui, ils ne périment pas tous de la même manière, mais que non, par contre, aucun film n’échappe à cette logique, même pas « Jurassic Park » ou bien « Papy
fait de la Résistance ». Et pour vous préciser mon point de vue à ce sujet, rien de telle qu’une comparaison bien merdique et bien grossière dont j’ai le secret…

Si les films étaient des produits alimentaires (j’avais prévenu que ma comparaison était bien pourrie), certains pourraient être assimilés à des steaks et d’autres à des pâtes. Les steaks : c’est
rouge, c’est saignant, ça aiguise tout de suite les appétits les plus primaires. Mais mieux vaut le consommer tout de suite, sinon seulement quelques jours plus tard, ce même steak ne fera plus
autant saliver… Les steaks c’est Avatar (excusez-moi d’emprunter les techniques de narration de Ang Lee, mais bon, visiblement, c’est ce qui se fait de mieux en ce moment… du moins d’après
l’académie des vieillar… euh des Oscar.). Et puis il y a les pâtes. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus raffolant à la base, mais ça se stocke, c’est quasiment impérissable, et c’est pas trop
dégueulasse pour peu qu’on sache y glisser un produit frais dedans (comme de la bolo ou bien quelques aromates par exemple.) Ang Lee serait parmi nous, il préciserait (au cas où vous n’auriez pas
compris) que les pates, ce sont nos chers amis « Papy » et « Jurassic ». La bolo ce sont quelques effets techniques comme les effets numériques. Très efficaces mais périssables plus vite : pensons
notamment aux Galliminus de « Jurassic Park ». Et puis il y a les aromates, comme les animatroniques. Tu ne peux pas tout jouer dessus, faut savoir dissimuler et jouer d’effets de ficelles, mais au
final c’est encore ça qui vieillit le mieux… D’ailleurs, oui, encore aujourd’hui, quand je passe ça à des gosses dans une séquence dédiée à l’évolution des effets spéciaux au cinéma, ça marche
encore du tonnerre… Mais jusqu’à quand ? Pour le moment l’image de synthèse est en train de rattraper le rendu de l’animatronique mais sans le surpasser. Pour le moment « Piège de cristal » reste
une référence en action et « Papy » en comédie parce que tout simplement, la comédie s’est écroulée en France et que la bonne action pure et dure des années 1990 s’est diluée dans un cinéma
putassier qui croit que l’action ne repose finalement que sur des effets pyrotechniques et sur l’agitation du caméraman (oui Philippe Taddeï, le cinéma d’action nécessite un savoir-faire, je
t’expliquerais un jour…) Peut-être qu’un jour, un nouvel âge d’or de la comédie française ou de l’action américaine fera rétrograder ces chefs d’œuvre au rang de simple film nostalgique
sympathique… Peut-être qu’un jour des mecs sauront ficeler une scène d’action avec le même talent que l’ami Steven mais avec en plus des effets numériques qui surpassent les animatroniques de «
Jurassic Park »… Pour moi aucun film n’est à l’abri…

Et c’est là que j’arrive à vos remarques concernant l’éternelle accessibilité d’un film. Oui, Rupo, tu as vu la « Grande Vadrouille » et tu l’as kiffé, alors que ce film est de plusieurs années ton
ainé (oui, j’aime les allitérations). Oui DanielOcean, tu as kiffé « Assurance sur la mort » alors que l’ami Wilder était assurément déjà mort et enterré quand tu l’as vu. Même moi, j’adore « le
Kid », « Mon oncle », « fenêtre sur cour » ou bien même « le château de l’araignée »… Pour moi je pense que ça en prouve moins sur les films en eux-mêmes que sur nous, en tant que cinéphiles. Pour
faire le pont entre cet article et celui sur la cinéphilie (en lien dans l’article), je dirais que ces amours que nous avons pour ces films anciens relèvent juste de notre conditionnement
intellectuel, de notre culture à oser aller vers ce qui ne semble pas forcément gracieux de prime abord, de notre conditionnement rationaliste à se forcer à une ouverture d’esprit. Et puis ensuite,
c’est « l’inattendument plaisant » qui l’emporte, c’est l’émotion d’avoir vu la beauté là où justement on l’attendait le moins. Ça ne nous en touche que d’autant plus. Et puis le souvenir est gravé
à jamais… Attention : quand je dis ça, je n’en dis pas de mal. La raison c’est cool, l’ouverture d’esprit aussi… Mais bon, je pense qu’il faut garder à l’esprit que ces films sont aussi des
produits qui marchent encore parce qu’il y a une société qui cultive le souvenir de ces films. Je ne dis pas non plus qu’ils sont mauvais, mais reconnaissons au moins qu’on les regarde toujours en
se remettant en condition. Certes, j’imagine déjà Rupo dire que ce n’est pas sentiment qu’il a eu en voyant la « Grande Vadrouille », mais pour le coup, encore une fois, c’est peut-être tout
simplement dû au fait que ce film présente une forme plus alléchante que les comédies d’aujourd’hui. Sinon, pour moi, le reste, ce sont finalement que les fameux produits « culturels » qui ont été
pensé pour ce public cible que nous sommes, nous les gens raisonnés en soif de culture.

DanielOcean 24/02/2013 11:25

Alors comme ça les studios sont capitalistes?? So shocking!! ^^
En lisant ton article, je n'ai pas pu m'empêcher de penser ce que Caine aurait à te répondre (peut être 8 pages format Word).

Alors oui, le cinéma est commercial : l'échec de "La Nuit du Chasseur" a empêché Charles Laughton de trouver le financement pour son second film. "La Nuit du Chasseur" est donc l'unique chef
d'oeuvre de son auteur (rires). Pour l'anecdote, c'est mon prof de math/cinéma qui m'a prêté le DVD.

D'ailleurs, mes profs de cinéma ne juraient que par Utopia (ciné art&essai) et considéraient UGC comme le côté obscur du cinéma. Sauf que voilà, la présence d'Utopia à Cergy-Pontoise
encourageait UGC à offrir une programmation plus éclectique avec plus de films d'auteur en VO. Mais voilà, le décalage entre mes profs et toi me fait un peu rire.

Après, tu me connais, ma soif insatiable de cinéma me conduit à découvrir des films de toutes les époques et de tous les pays (enfin pas tous, mais ça reste diversifié) mais comme tu le dis, c'est
MA façon de consommer MON cinéma.

Et oui, le top 250 d'IMDb me ressemble davantage que le top nian-nian des critiques qui devrait être considéré comme le must du must. J'ai beau adoré "Sueurs Froides" ou "2001", je reste davantage
impressionné par le génie de Christopher Nolan.

Par contre, je ne suis pas entièrement d'accord pour la date de péremption du cinéma. Que le cinéma soit un produit de consommation ne me dérange pas en soit. Qu'il existe un décalage entre le
cinéma d'autrefois et le cinéma d'aujourd'hui ne m'empêche pas de regarder tous les film avec mon oeil de français pas loin de la trentaine en 2013.

Pour moi, qui répond toujours à ceux qui emploient le terme "mais c'est un film commercial" en parlant d'un film dont on n'a pas pris soin de respecter l'intelligence du spectateur, je leur réponds
"à quelques exceptions près, TOUS les films sont commerciaux". Je n'imagine pas un instant dire Peter Jackson, Christopher Nolan ou Steven Spielberg dire "Non, on veut pas que nos films marchent au
box-office".

Je pense qu'il faut surtout faire la différence entre "cinéma qui nous touche" et "cinéma qui ne nous touche pas" et ça englobe TOUS les films. "Tron" a été une révolution technique en 1982?? Okay,
mais moi DanielOcean, j'ai vu le film en 2010 et je me suis fait chié comme un rat mort car le film ne racontait rien. "Piège de Cristal" et "Une Journée en enfer" sont deux des plus grands films
du cinéma d'action?? Moi qui les ai vu sur le tard (en 2006), j'ai pris une vraie claque.

Pourquoi aucun réalisateur d'aujourd'hui n'arrive à signer un thriller qui égale le cinéma d'Hitchock?? Pourquoi Kubrick impressionne encore aujourd'hui par l'ambition de son cinéma?? Pourquoi
considère-je "Assurance sur la mort" de Billy Wilder ou "Laura" d'Otto Preminger comme des chefs d'oeuvre alors que je suis un contemporain de "Seven" et du "Silence des Agneaux" (à peu près)??
Pourquoi "Blade Runner" a-t-il mis une quinzaine d'années à obtenir son statut de chef d'oeuvre?? Parce que je pense que la meilleure définition de ce qu'est un bon film est celui qui plaît au-delà
du public auquel il s'adresse.

Que penseront les gens d'"Avatar" en 2030?? Vestige technologique du passé ou guerre métaphorique entre deux Dieux (la nature Eywa et les hommes auto-proclamés dieux)?? Pourquoi quand tu montres
"Jurassic Park" à tes élèves en classe, ils recoivent une claque?? Pourquoi "Star Wars 4 5 6" a un tel statut qu'aujourd'hui, les diehard fans rejettent les épisodes 1, 2, 3 (et les films à venir)
alors que finalement, des gens comme moi acceuillent cette nouvelle en se disant "chouette, on va avoir de nouveaux films à se mettre sous la dent"??

Pourquoi un film comme "Alien" me fout une claque monumentale au même moment que "Prometheus" me déçoit profondément??

Car oui, je ne discute pas l'aspect commercial et que la mise en chantier de films qui répondent aux attentes du moment, mais je reste persuadé que c'est cet aspect commercial qui est ponctuel et
avec date de péremption. Que des oeuvres, conçues comme un standart aux attentes du moment où elles ont été réalisées, puissent avoir un rayonnement aussi bien géographique que temporel.

DanielOcean 23/02/2013 21:18

Raaah, j'adore les billets d'humeur de Startouffe l'homme-grenouille, je lis ça à tête bien reposée et je commenterais ^^

Super Rupo 23/02/2013 20:08

J'aime quand tu t'enflammes mon cher ami.
Bon plusieurs réactions pour illustrer/disgresser sur ton propos.
Déjà je ne suis pas personnellement choqué de considéré un film comme un produit (ne parle-t-on pas d'industrie du cinéma ?). C'était d'ailleurs un sujet de réflexion pour moi hier soir après avoir
vu le début de la cérémonie des césar. D'ailleurs qu'est-ce qu'il y a de choquant au final ? Effectivement le mot produit me fait penser à un objet usiné à la chaîne dans des conditions de travail
inhumaines (les temps modernes tout ça tout ça). Et je me suis bien rendu compte de l'amalgame. Ce n'est pas sale ! Mais là n'est finalement pas le débat.
Je te rejoins aussi sur l'aspect date de péremption d'un film. Je vais enfin pouvoir regarder avatar (je l'ai acheté hier dans une offre dvd intéressante (oui je consomme le cinéma et pour pas cher
en plus)) et je vais pouvoir juger de la pertinence de tes propos. Bon je te taquine, je vois totalement ce que tu veux dire et j'aurais plutôt tendance à être d'accord même si... Bon je suis loin
d'être un historien du cinéma. Le film le plus ancien que j'ai du voir c'est la grande vadrouille (en fait non c'est autant en emporte le vent mais j'ai plus tendance à avoir envie de parler de
comédie donc on fera comme si). Lorsque la forme reste supportable, un film peut tout à fait gagner ses galons pour l'éternité (ou pas loin). On peut toujours aimer De funès même si on n'a pas vécu
en même temps. On peut toujours kiffer la 7ème compagnie (le premier en particulier). On peut considérer papy fait de la résistance comme la meilleure comédie française. Et tout ça en les
(re)découvrant 20/30 ans après. Ces films n'ont jamais brillé pour leurs techniques ou leurs scénarios (encore que papy fait de la résistance a des spécificités qui frisent le génie (bon j'arrête
avec papy)). Et pourtant ils peuvent toujours faire rire. Et potentiellement faire rire des gens qui les découvriront dans 50 ans (oui j'ai une vision très restreinte de l'éternité). Bon sauf si
l'humour a connu de profondes mutations et alors ce ne seront plus que des films d'archive mais sur le principe, lorsqu'un film touche un truc fondamental chez l'humain (ici l'humour mais rien
n'empêche que la transcription d'autres aspects ne soit pas bridé par la technique) rien ne l'empêche d'aller vers l'infini et l'au-delà.
Bon ensuite sur l'aspect économique. Finalement le problème n'est pas tant l'argent je pense. Au final celui-ci n'est que la traduction d'une sorte de sélection naturelle qui pousse les "artistes"
à innover (sur tous les plans) pour se démarquer, pour prendre l'avantage ou tout simplement pour exister. C'est sûr que ce serait beaucoup plus beau que chacun cherche à se dépasser dans une
mutuelle camaraderie uniquement pour la beauté du geste mais soyons pragmatiques... Les effets pervers ne sont, à mon sens, pas seulement dus au système en place. Système libéraliste : avalanche de
suites, de remakes et de reboots. Système contrôlé : limitation du spectre exploré et appauvrissement du style global. On peut essayer d'inventer d'autres systèmes mais à part tomber sur l'idéal,
on risque de rencontrer d'autres dérives. Alors comment continuer de voir le cinéma qu'on aime ? J'ai conscience de l'aspect désabusé de ce constat et je ne vois pas comment y remédier. Mais j'en
parle parce que d'une certaine manière je vais rejoindre les conclusions de ton article. Je vais continuer de consommer mon cinéma, celui que j'aime. Et si le cinéma que j'aime n'est pas celui
adapté au système alors peut être qu'un jour je n'aurais plus de raison de me déplacer dans les salles obscures et je resterais cloîtré chez moi, les persiennes baissées et la lumière tamisée à
regarder en boucle papy fait de la résistance en buvant une bonne tisane... Hé mais... Ce sera cool en fait!

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