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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 21:36

 

  

 

Ah ça ! Ça commençait à faire un petit moment qu'un article n'était pas venu animer ce blog qui, je le concède était devenu quelque peu moribond ces derniers mois… Aux quelques-uns qui aimait voir apparaître de temps en temps que je mette en lumière un film qui m'a interpellé ou que je lance un petit coup de gueule sur un aspect du cinéma d'aujourd'hui, je ne peux que m'en excuser. Je m'excuse même doublement car, pour relancer ce blog, je passe par la case devenue très classique du top rétrospectif d'une année de cinéma (Ah ça ! c'est sûr, ce n'est pas la première fois que je vous fais le coup !) Enfin bon, désolé pour les déçus, moi j'avoue que j'aime bien les faire ces tops par année ! C'est l'occasion de se remémorer des films que le temps a parfois fait oublier (ou pas), bref, c'est l'occasion de se dire qu'il n'y a pas que dans les salles obscures que les trouvailles du septième art se font. Parfois un bon DVD ou un bon Blu-ray peuvent faire l'affaire, alors faisons-nous plaisir : retour dans le passé là où ce blog en était resté, 1993, « l'année du glauque »… Oui oui, vous avez bien lu, je me suis permis pour une fois de thématisé cette année car, à faire mon petit bilan des films de cette année 1993 qui m'ont vraiment branché, je me suis rendu compte que le podium était occupé par une magnifique triade de films à l'ambiance morbide et zarb… Alors – qu'à cela ne tienne ! – j'ai décidé de baptiser cette année 1993, « l'année du glauque »… Mais dans les faits en fait rien de nouveau. Le principe et la forme restent toujours les mêmes : un petit top 10 pour commencer, et quelques films additionnels pour compléter… L'objectif lui aussi n'a pas trop bouger : vous faire découvrir et redécouvrir les films de cette année qui m'ont fait vibrer, en espérant que vous saurez vous y retrouver… J'arrête ici mon blablatage introductif totalement stérile et inutile pour entamer mes blablatages sur les films de cette année 1993. Qui m'aime me lise…...

 

 

 

Top 10

 

 

Collection Christophe L.1.  Dracula

Bah oui ! 1993 : presque vingt ans l'air de rien ! Enfin… Je dis « presque », parfois je préfèrerai dire « seulement… » Ce Dracula est tellement inscrit dans mon imaginaire comme étant un grand classique du cinéma mondial que je m'étonne qu'il ait pu exister tant d'années auparavant sans que ce chef d'œoeuvre soit là pour servir de maître étalon aux « films de vampires ». Euh, oui… Je pense qu'on peut établir que le « film de vampires » est aujourd'hui un genre : il suffit de se regarder combien de films prennent les vampires pour thème pour se rendre compte qu'un véritable genre est né. D'ailleurs, si je dis ça, mais à dire vrai les films de vampires ont toujours existé, de tout temps, le roman Dracula ayant été lui-même maintes fois adapté au cinéma avant cette mouture réalisée par Francis Ford Coppola. Mais bon, il suffit de jeter un coup d'oeil sur ces fameux Dracula de l'ère « pré-coppolienne » pour prendre conscience de tout ce qu'apporte ce film sorti en France en 1993. Avant c'était le temps des films ringards avec les Christopher Lee ou Lugosi ou autre Langella... Je vais certainement me mettre des gens à dos en disant cela, mais ces films sont pour moi tous lestés par cette imagerie désuète qu'on leur associe traditionnellement, non forcément à tord à mon sens dans la mesure où aucun d'entre eux n'a eu l'oaudace de retranscrire visuellement l'esprit sulfureux qui habitait l'oeuvre originale de Braham Stoker... Or, justement, je trouve que la grande force du Dracula de Coppola, c'est qu'il parvient justement à jouer de la fibre rétro, tout en sachant réactualiser le propos en osant adopter une imagerie et une ambiance très crues.

Gary Oldman. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Winona Ryder et Gary Oldman. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr Gary Oldman. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr 

 En effet, je pense qu'elle est là la raison de mon adoration de ce film : son audace et sa crudité le rendent temporellement universel. Ce film a, à mon sens, parfaitement compris la véritable force suggestive qu'à eu ce mythe du vampire lorsque celui-ci s'est développé. Il a compris que le pouvoir d'attraction des histoires de vampires provenait du fantasme. Dans un monde qui se modernise, s'embourgeoise et surtout s'hygiénise, le vampire symbolise les fantasmes bestiaux des anciens temps que la société industrielle tend à refouler : goût du plaisir charnel, jouissance de la jeunesse éternelle et toutes les libertés qu'elle autorise… D'ailleurs, je trouve qu'en restant ancrer dans son temps, la Belle époque, ce Dracula parvient d'autant mieux à restituer ce contraste entre la société pudibonde et le fantasme vampirique. D'ailleurs, ce plongeon un siècle en arrière a autorisé les plus belles audaces esthétiques dans la création d'une atmosphère noire et lugubre à la fois. Couleur récurrente, le rouge (et comment !) vient sans cesse redonner vie à ce monde devenu gris et désincarné. Non, décidemment non, ce film n'a vraiment rien à voir avec les autres films de vampires. C'est bien lui qui – encore aujourd'hui je trouve – a su le mieux cerner et retranscrire cette part de fantasme qu'il existe dans ce mythe du vampire. Pour moi, ce film est vraiment un chef d'œuvre remarquable, une perle rare… Jetez-vous dessus si vous ne l'avez pas encore vu !

  

  

2.  Braindead

Toujours dans le sang, mais dans un genre bien différent, il y a aussi ce bijou que je chérie plus que tout : Braindead ! Genre bien différent parce là, on plonge dans le cinéma gore avec l'un des maîtres du genre (et on l'ignore trop souvent) : Peter Jackson. Eh Oui ! Peter Jackson ! Notre gros bibendum néo-zélandais préféré n'est pas seulement l'auteur du Seigneur des Anneaux et autres drames oniriques comme Créatures célestes et Lovely Bones : il s'est aussi et surtout illustré dans ces débuts par deux films qui vont faire parler de lui : les très gores Bad Taste mais donc aussi ce Braindead. On est en 1993, ce sont les débuts du ventripotent Peter, et déjà un style se dégage, Braindead étant, à mes yeux, la version aboutie du tâtonnant Bad Taste. Mais je vous rassure tout de suite, si je me suis permis de faire trôner ce Braindead en deuxième position de ce top, ce n'est pas juste pour le faire rentrer dans la thématique « glauque » de ce classement, mais bien parce que je trouve que, bien qu'il s'agisse d'un genre qui ne branche que très peu, Jackson a su susciter un truc en moi d'absolument énorme par ce film.

  

Car oui, je ne l'ai jamais caché, je ne suis pas de ce genre de cinéphiles qui jugent des films avec des grilles de critères afin d'enrichir leur culture artistique. Moi, je suis plutôt genre « cinéphile jouisseur » : je vois des films pour ressentir des émotions, pour prendre mon pied. Et j'avoue, avec Braindead, je me suis tout de suite senti en phase avec la mentalité de son auteur : on n'est pas sérieux et on est juste là pour se fendre la poire pendant une bonne heure et demie ! Gore, pas gore, finalement moi je m'en moque totalement. Tout ce qui me marque moi, dans ce film, c'est cette remarquable faculté à ne rien prendre au sérieux mais avec malgré tout le souci constant de ne pas laisser son spectateur sur la touche. Ainsi, nous voilà directement plongé dans l'univers nounouille de deux héros aux noms déjà bien révélateurs – Lionel et Paquita – qui vont se retrouver confrontés à toute une horde de zombies, à des prêtres disco karatekas ou bien encore à des scènes de levrettes entre des infirmières mort-vivantes et des religieux pas si catholiques que ça. Je pense qu'avec une telle description, le tableau est suffisamment décrit comme cela, je pense que vous pouvez aisément vous faire une idée si le trip du film va vous parler ou non. Alors, si vous aimez les giclées exagérées de sang et l'humour aussi absurde que grotesque, je crois que Braindead fait partie des films qui, dans ce registre là, sont allé les plus loin. En tout cas merci Peter Jackson, parce que moi, ce genre de trips là, j'adhère et j'adore.

  

 

  3.  Jurassic Park

Petite parenthèse dans le monde du glauque, mais on reste quand même dans un univers assez effrayant, celui de ce merveilleux film qu'est Jurassic Park. J'avoue qu'au départ je ne l'avais pas placé aussi haut ce film, si bien que mon podium était 100% glauque, mais bon... Le but de ce classement est quand même d'être le plus honnête et sincère pour vous, or, en revoyant ce film dernièrement, j'ai bien été contraint de revoir ma hiérarchie ! Or, qui dit « parler de Jurassic Park » dit forcément « parler de Steven Spielberg ». Et on pourrait en parler des heures de ce gars là, tant finalement sa filmographie est aussi longue que diversifiée, certains préférant même utiliser le qualificatif « contrastée ». J'avoue d'ailleurs faire partie des détracteurs du bonhomme : non pas que je trouve sa filmographie à mettre à la poubelle – loin de là – mais j'avoue être parfois agacé par le fait que M. Spielberg, parce qu'il sait faire des films puissants et personnels comme jamais (DuelE.T.L'empire du soleilIndiana Jonesla Liste de Schindler…), sait aussi que son nom est désormais synonyme de valeur sûre auprès du grand public et qu'il n'hésite du coup pas à exploiter la franchise Spielberg pour pondre des immondices qui feront malgré tout recette (est-il nécessaire de tous les citer : le terminalla guerre des mondes,Always…) Or, j'avoue que dans toute cette galaxie, je ne savais plus trop où mettre ce Jurassic Park… Dans mon esprit, dès qu'on citait ce film, revenait forcément le souvenir émerveillé du gamin de 10 ans qui l'avait découvert au cinéma ! « Ouah ! Des dinosaures partout ! Par tous les dieux de l'Olympe (oui, car je parlais déjà comme ça à l'époque, qui en doute ?), pour une fois qu'on ne voit pas le côté artificiel des effets spéciaux ! » Jurassic Park, dans mon souvenir, c'était la claque ! Mais bon, Independence Day aussi c'était la claque dans mon souvenir, et le revoir après coup n'a pas été aussi bénéfique… Ainsi, pour sauver le souvenir de Jurassik Park, qui d'ailleurs s'était déjà fait salir dans mon imagination par Jurassic Park 2 (encore une belle fumisterie de l'ami Spielby !) je m'étais interdis de le revoir… Mais ce top arrivant, et les chaînes de la TNT en offrant la possibilité, j'ai osé franchir à nouveau le pas il y a de cela quelques mois….

  

Raaaah ! Pourtant que les conditions étaient mauvaises pour redécouvrir ceJurassik Park ! Il était tard, je le regardais sur un petit écran et il était diffusé en VF et coupé en 4/3 (dois-je évoquer les deux coupures pub ?) Et pourtant ! J'avoue que la surprise fut plus grande que je ne l'imaginais. C'est aussi à cela que l'on reconnaît les films d'excellente facture : vingt ans après, Jurassic Park n'a pas vieilli… Au-delà des effets spéciaux d'une remarquable qualité, le film fonctionne toujours aussi bien sur l'élément fondamental sur lequel il repose : l'amalgame peur/fascination que parvient à susciter la découverte de quelque chose d'inédit. Ici, le milliardaire John Hammond s'est permis de construire un parc à thème hors du commun : un zoo de dinosaures recréés génétiquement. Mais comme tout miracle accompli par l'Homme sur la nature, la nature finit par reprendre ses droits et se retourner contre son créateur. Or, ici, la balade fascinante consistant à replonger dans les mondes anciens va très progressivement se transformer en thriller macabre appelant à la survie de chacun. Car oui, moi je trouve que si ce film est efficace, ce n'est pas pour son message simpliste, mais bien pour la manière qu'il a de transcender le film d'aventure. Sachant utiliser tous les codes du film d'épouvante et tous ses talents de réalisateur, l'ami Spielberg nous gratifie d'un film riche en scènes et images cultes dont la plus mémorable serait certainement l'apparition emblématique du roi Tyrannosaure… Ah ça ! Y a pas à dire, l'ami DanielOceanAndCo disait de ce film qu'il était celui qui avait bercé son enfance, moi j'y ajouterai presque que ce film bercera certainement ma vie de cinéphile, du premier au dernier jour… .

 

 

4.  Les valeurs de la famille Addams

Dernier film qui m'a fait appeler ce classement « l'année du glauque », ce sont ces Valeurs de la Famille Addams réalisées par Barry Sonnenfeld. A mon sens, il était déjà bien compliqué de porter au cinéma cet univers aux allures assez ringardes qu'est celui de la série originale et pourtant Sonnenfeld s'est était déjà admirablement sorti. Enchaîné une seule année plus tard avec une suite, cela sentait le plan marketing à plein nez et pourtant – encore – je trouve qu'une fois de plus Sonnenfeld s'en tire avec les honneurs. Ce n'est pas compliqué, j'irais même jusqu'à dire que cette suite surpasse l'original, c'est vous dire !

  

Alors, « la Famille Addams » c'est quoi ? Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est vrai que la caricature qu'on peut s'en faire devient facile : on pourrait penser qu'il s'agit d'une simple comédie moue du genou à la Disney qui s'amuse avec une famille macabre qui ne fait même pas peur. Bon, c'est vrai qu'elle ne fait pas peur cette famille Addams, mais ce n'est pas le but ! Moi, ce que j'adore avec la mise en scène de Sonnenfeld c'est que, au-delà du remarquable travail qui a consisté à créer une ambiance morbide très travaillée et du coup assez séduisante, il y a aussi une merveilleuse mise en miroir entre les « valeurs » de cette famille sadique, masochiste et morbide, avec celle de la « norme ». Or, ce film, c'est clairement l'histoire de la norme qui vient faire du rentre-dedans à une famille spéciale et heureuse, et qui va tout foutre en l'air pour les rendre effectivement comme tout le monde, c'est-à-dire nécessiteux, frustrés et surtout faux-culs comme jamais. Et moi, j'avoue que ce portrait en creux de la bonne société est un pur bijour d'humour noir et d'humour de l'absurde. Entre la petite Mercredi qui se retrouve emprisonné dans un camp de gentils scouts, l'oncle Fétide victime d'une veuve noire et le grand Gomez qui devient le roi des ploucs sur son sofa, je suis comblé. Et puis, au-delà de ça, il y a surtout dans ce film une remarquable distribution : entre Christina Ricci, Christopher Lloyd, Raul Julia et Anjelica Huston, il y a de quoi faire pour ce qui est de libre-aller au niveau de l'interprétation. Y'a pas à dire, pour moi, ces Valeurs de la famille Addams, c'est vraiment un pur moment de fraicheur cinéphilique. Que c'est bon...…  

 

 

5.  Green Snake

Avec ce cinquième film que je vous propose, on sort certes du « glauque » mais on ne quitte pas pour autant le « zarb ». Ceux qui ont déjà vu ce film voient certainement de quoi je veux parler ! Pour les autres, il sera peut-être nécessaire de leur préciser que Green Snake est un film est un pur produit de Hong-kong, aussi bien dans la forme que dans le fond, et qu'il n'a pas peur de porter à l'écran une parcelle du folklore cantonais dont certains connaissent certainement les audaces. Ainsi nous voilà avec un film qui nous parle de deux serpents (rien que ça !) qui décident de prendre forme humaine – et pas n'importe quelles formes puisqu'il s'agit de celles de la belle Joey Wang et surtout celles de la ravissante Maggie Cheung ! Mais nos deux créatures phalliques aux allures de nymphes vont très vite succomber aux charmes d'un même homme pour lequel elles vont rentrer en rivalité….

 

Non, je le précise, ce n'est pas un film coquin même si le scénario semble s'y prêter… Quoi que… Finalement, à bien y réfléchir, il ne faut pas non plus mentir sur les intentions de l'auteur : oui, le film entend flirter avec une certaine sensualité, bien que cela pourra paraître incompatible avec tout le folklore magique de cette histoire qui ne tient pas debout. Mais je trouve que, paradoxalement, toute la magie de ce Green Snake repose là-dessus. On a là un film totalement timbré, qui n'a peur de rien, et qui croit jusqu'au bout à ce qu'il fait. Or, quand on sait que c'est le grand maître Tsui Hark qui est à la baguette – qui plus est le Tsui Hark de la grande époque – on peut imaginer ce qu'il est capable de donner comme forme à ce récit totalement frappé. L'esthétisme du film est un régal, la musique de James Wong est sûrement l'une des meilleures qu'il ait jamais composé, le tout au service d'un jeu sensuel et totalement niais qui, sur moi, fonctionne totalement. J'avoue n'avoir jamais vraiment retrouvé de sensation similaire dans un autre film, et c'est justement pour cela que je ne peux m'empêcher de le chérir si fort. Green Snake est à mes yeux autant un film qui surprend par la simplicité et la bonhomie de sa démarche qu'il peut subjuguer par l'audace qu'il a d'exprimer aussi ouvertement un univers aussi décalé. A mes yeux c'est autant un OVNI qu'un chef d'œuvre, ce film… A voir absolument pour qui n'a pas froid aux yeux.

 

 

6.  Un monde parfait

Bon, alors là, on sort définitivement du bizarre et du glauque car il est bien difficile de faire plus conventionnel et classique qu'un film de Clint Eastwood ! Mais attention, chez moi, le classique n'est pas un problème –- bien au contraire ! – Un bon classique me fait souvent bien plus de bien qu'une fausse audace. Or, à mes yeux, Eastwood a toujours été LE représentant de ces dernières décennies du bon vieux cinéma classique à l'américaine, qu'il s'agisse aussi bien du western que du policier ou du drame. Ce Monde parfait est peut-être d'ailleurs l'un de ses films les plus aboutis, tant finalement c'est celui qui, à mes yeux, possède le regard le plus audacieux et le plus acide sur l'Amérique qui chérit pourtant tant.

  

Car oui, je pense qu'on ne peut pas apprécier pleinement ce Monde parfait si on ne saisit pas qu'il est, comme de nombreux films d'Eastwood, une certaine peinture de l'Amérique. Ici, plongeon dans les années 60, à l'époque de la grande jeunesse de l'ami Clint. Pour s'en faire d'ailleurs l'incarnation, c'est Kevin Costner qui sert de parangon au cinéaste pour incarner cette forme de gentil voyou, de bandit de grande allure, au milieu d'un décor tout aussi ambigu que lui. D'ailleurs, ce décor n'est pas insignifiant non plus : le Texas rural, l'Amérique profonde par excellence. Il s'en dégage je trouve quelque chose de malsain, mais sans jamais vraiment que l'humanité ne quitte son oeœuvre. Je trouve d'ailleurs que toute la force de son film repose là-dedans : il est loin d'être parfait son monde à l'ami Eastwood, mais il se dégage malgré tout une véritable noblesse de cette nature fauve et instable qui moi me touche particulièrement. Oui, je le dis, pour moi Eastwood a su saisir quelque chose la dedans d'infiniment juste, et je trouve cela d'autant plus fort qu'il le trouve dans un portrait si ambigu et riche à la fois de l'Amérique d'abord, mais surtout de la nature humaine ensuite. Y'a pas à dire, pour moi c'est du grand art.

 

 

7.  True Romance

Ah ça, j'en ai mis du temps à le voir ce film. C'est qu'à mes yeux, Tony Scott – le réalisateur de ce film – demeurait classé dans la catégorie des « faiseurs de films » sans grâce ni personnalité, et ce n'était pas les conseils appuyés et répétés de l'ami JW qui parvenaient à remettre en question cette image que je me faisais de lui (c'est qu'après avoir regardé Domino suite à ses conseils avisés, je ne pouvais qu'être septique). Malgré tout, un jour où j'étais particulièrement optimiste (et où surtout je n'avais absolument rien à foutre) j'ai fini par m'y risquer. Christian Slater au générique ?... Ouille, ça commence mal. – Patricia Arquette maintenant ?... Bon, au moins ce film garantira une certaine forme de plaisir des yeux. Mais au fond de moi, même le générique passé, je ne m'attendais pas vraiment à ce que l'ami Tony Scott soit capable de mener un spectacle aussi décomplexé et presque libre….

Christian Slater. Metropolitan FilmExport Christian Slater et Patricia Arquette. Metropolitan FilmExport Christian Slater et Patricia Arquette. Metropolitan FilmExport

C'est bien simple, ce film m'a surpris par sa liberté de ton, même si au fond jamais Scott n'en oublie sa rigueur du rythme et sa science de l'action. L'intrigue de ce True Romance semble couler d'elle-même, sans temps mort, sans comblements artificiels dans l'intrigue, la plume de Quentin Tarantino pour écrire le scénario ayant certainement aidé. Parce qu'au fond, si on prend du recul, ce True Romance c'est quoi ? – Juste une sorte de Bonnie & Clyde moderne dopé à l'adrénaline. Et pour être dopé, ce film n'est, mais pas à la manière habituelle des films de Tony Scott : ici, c'est la densité des scènes qui fait clairement la différence, s'appuyant il est vrai sur un jeu d'acteurs remarquable. Entre Gary Oldman, Val Kilmer et surtout un remarquable face-à-face entre Dennis Hopper et Christopher Walken, les moments forts et scènes cultes ont de quoi être légions. En tout cas ce film résonne dans ma tête comme un véritable vent de fraicheur que je n'hésiterais pas à revoir dans la seconde.…

 

 

8.  Chute libre

Dans la famille Tâcheron, je veux Joel Schumacher ! C'est sûr qu'avec des films comme ses foireux Nombre 23, 8 millimètres et autres Batman & Robin, il y a de quoi se faire une sale réputation ! Il n'empêche que certains autres de ces films sont, à mon sens, totalement estimables, et cette Chute libre en fait partie. Avant son magnifique Phone Game qui avait déjà su se faire un excellent thriller alors qu'il se limitait en tout et pour tout à une simple cabine téléphonique, il y avait déjà dans cette Chute Libre ce côté « intrigue d'un seul bloc » où l'on suivait la déchéance d'un personnage principal sans réelle rupture temporelle. A dire vrai le film s'appelle Chute libre, mais il aurait pu parfaitement s'appeler « montée en tension » tant finalement c'est ce qui a fait, chez moi, le succès de ce film. 

 

Chute libre, c'est le parcours d'un homme pour qui tout fout le camp le même jour : sa femme se barre, son boulot aussi, et c'est le début de la descente aux enfers. De fil en aiguille, Chute libre enchaîne la multitude de choses qui, dans nos sociétés modernes, sont susceptibles de nous rendre fou, des bouchons le matin aux hamburgers à sale tronche à McDo alors que les publicités affichent des sandwichs magnifiquement garnis. En plus du plaisir défouloir que l'on prend à voir Michael Douglas se lâcher pour de bon pour envoyer bouler toutes les conventions et petites injustices de notre quotidien, il y a surtout eu un plaisir que je ne soupçonnais pas. Par ce petit jeu qui peut sembler simple et innocent, Chute libre finit par peindre une société qui marche sur la tête et que nous défendons malgré tout. Or, quand un film sait à la fois se faire un spectacle débridé et divertissant, tout en sachant remuer quelque chose en nous, je trouve ça particulièrement plaisant….

 

 

9.  Syndicat du crime

C'est vrai que lorsque je me limite à la dernière décennie 2010 pour faire un bilan du cinéma de John Woo, je fais un peu la tronche et je me demande ce que j'ai bien pu lui trouver un jour à ce gars-là… Et puis ensuite, je me rappelle toute sa période des années 1990 : The Killer, Hard Boiled, Une balle dans la tête, et là tout me revient soudainement à l'esprit. Ce style nerveux, cette violence crue mais mesurée, et surtout ce sens dramatique qui repose toujours sur une opposition de valeurs qui peut sembler caricaturale mais qui en fait séduit surtout pour son style « vielle épopée de chevalerie moderne », c'est tout ça qui fait chez moi mon appétit et mon attrait pour le cinéma de John Woo. Ce Syndicat du crime n'en est qu'un exemple de plus, avec les mêmes caractéristiques mais aussi la même efficacité.

   

Je me demande du coup s'il est vraiment nécessaire de continuer à parler de Syndicat du crime : ceux qui connaissent les polars musclés du maître hongkongais qui ont été précédemment cités dans cet article se retrouveront en terrain connu. De même pour les autres, la description du style Woo suffira à leur faire comprendre s'ils sont fait, oui ou non, pour cet énième film de gun-fight, pour cet énième polar avec pour tête d'affiche Tony Leung et Chow Yun-Fat. C'est pour cette raison que finalement je n'en dirais pas plus, et vous laisserez seuls avec votre courage de cinéphile intrépide pour décider si oui ou non, vous allez vous risquer à devenir adhérent de ce Syndicat du crime.

 

 

10.  Last Action Hero

Et je finis ce Top 10 avec un film assez décrié – qui a d'ailleurs fait un flop à sa sortie – mais qui, vous l'aurez compris, l'a été à tort selon moi. Bon, en même temps, il faut bien l'avouer, ce Last Action Hero avait tout pour déstabiliser le public de l'époque. Au début des années 1990, Arnold Schwarzenegger était LA grande icône du cinéma d'action américain, quant à John McTiernan, il était quant à lui LE réalisateur de ce genre de film. Est-il d'ailleurs nécessaire de préciser que les années 1990 sont les années chéries du cinéma d'action américain ? Bref, tout le monde devait s'attendre à cette époque là que ce Last Action Hero, film de John McTiernan et avec Arnold Schwarzenegger, serait un film d'action sévèrement burné… Ils ne devaient pas s'attendre à un film parodique où un petit garçon fan de cinéma d'action se retrouve plongé dans un film de Schwarzy à tourner en ridicule son genre et son acteur principal ! Dommage car, pour moi, la démarche fait mouche !

  

Alors qu'aujourd'hui on n'a plus que des Scary Movie 12 et des Spartatouille à se mettre sous la dent en guise de parodie (à comprendre : des films qui reprennent la trame du film original mais en rajoutant des prouts et des blagues de cul), ce Last Action Hero avait le mérite de savoir parodier le film d'action tout en étant un vrai film d'action. Car, franchement, ce film possède quand même un rythme d'enfer, de vraies scènes qui décoiffent et, l'air de rien, une intrigue qui ne laisse jamais de creux. Et puis, au-delà de ça, il y a surtout un remarquable exercice d'autoparodie de la part d'Arnold Schwarzenegger qui a le juste ton ici, n'en faisant ni trop ni trop peu. Bref, j'ai vraiment l'impression que ce film a souffert du fait de ne pas avoir satisfait ce qu'on attendait de lui car, au final, le spectacle qu'il offre et d'autant plus savoureux qu'il est nerveux et sait disséquer avec humour et talent le genre dans lequel il s'ancre. Une œuvre remarquable à mon sens, et trop peu remarqué….

 

 

Mais aussi...

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 Cliffhanger

Toujours dans la case action (quand je disais que les années 90 était un âge d'or pour ce genre), difficile de ne pas mettre en regard l'ami Schwarzy à son grand rival de l'époque, le grand Stallone ! En 1993, c'était avec ce film d'escalade (eh oui !) que l'étalon italien comptait nous en mettre plein les mirettes. Les grands codes du genre sont ici présents et le rythme est savamment minuté, ce qui fait que ce Cliffhanger a toujours très bien fonctionné sur moi, même s'il est peut-être un ton en dessous de mes grands classiques car un petit peu moins subtil. Enfin bon, quand on regarde la soupe qu'on nous propose aujourd'hui en terme d'action, du cinéma charnel comme ce Cliffhanger ne peut pas faire de mal….

 

 Hot Shots 2 !

Et puisqu'il est question de cinéma d'action parodique avec le précédent Last Action Hero, et qu'on évoquait le grand Stallone, autant citer pendant qu'on y est un autre monument du film parodique : Hot Shots 2 ! Ici c'est moins les films d'action que les films de guerre que l'on parodie, mais le but reste le même : rire des codes d'un genre. Pour cette parodie de Rambo, qui en est déjà à sa suite d'ailleurs !, la parodie est peut-être moins riche et moins subtile, adoptant plus facilement le ton absurde et burlesque des films de Leslie Nielsen qui nous a d'ailleurs récemment quitté. Enfin bon, ce n'est pas parce que c'est moins subtil que c'est moins bon ! Moi l'humour lourd ça me plait bien aussi, et cette parodie est à des lieues de celles qui sortent de nos jours alors, si vous êtes amateurs du genre, autant s'y risquer.…

 

 Dragon : l'histoire de Bruce Lee

Et puisque je parlais aussi de John McTiernan comme référence du cinéma d'action des années 90, autant commencer cette liste additionnelle par une autre pointure dans le genre (à un niveau moindre néanmoins, c'est vrai), c'est Rob Cohen. Je trouve que se risquer à retracer la vie de Bruce Lee dans un style très romance biopic à l'américaine avait quelque chose de vraiment casse-gueule… Mais bon, malgré tout, Rob Cohen maitrise le genre et parvient à retranscrire l'esprit du Dragon et cela même si Jason Scott Lee lui donne un côté un peu minet et moins charismatique que l'original. A ce Dragon on peut aussi associer un autre grand mérite, celui de garantir quelques combats assez propres et bien mis en intrigue, et surtout une excellente bande originale de Randy Edelman, de loin la meilleure qu'il n'ait jamais pondu, devant celle du Dernier des Mohicans. Bref, ce Dragon est un spectacle vraiment sympa qui, à mon sens, vaut la peine qu'on ne lui crache pas dessus trop facilement.

 

 Une balle dans la tête

Histoire de faire le tour des hommes d'action, retournons à Hong-Kong pour évoquer un autre film de John Woo sorti cette année en France, il s'agit d'Une balle dans la tête. Difficile une fois de plus d'en parler puisque chaque film de Woo se ressemblent un peu tous dans la forme et dans le fond. Ici, il faudra néanmoins s'attendre à voir un groupe de pote essayer de profiter de la guerre du Viêt-Nam pour se lancer dans le trafic juteux de la drogue… Mal leur en prendra car l'enfer du Viêt-Nam n'épargne personne, même les petits Hong-Kongais ambitieux… En tout cas, le film est classique mais efficace, donc les amateurs de l'auteur et du genre sauront s'y retrouver aisément….

 

 Le fugitif

Enfin, plus proche du thriller que du film d'action, même si ces deux genres n'interpénètrent facilement, je pourrais aussi citer pour cette année 1993 ce Fugitif, l'un des films emblématiques d'Harrison Ford… à ma grande surprise je dois l'avouer d'ailleurs ! Plus je revois ce film, et moins je vois ce qui le distingue des autres thrillers du genre tant son scénario et sa mise en scène se révèlent très classique. Résumé rapide : un médecin est accusé à tort d'avoir tué sa femme, alors il décide de s'évader pour échapper à la peine de mort mais aussi pour retrouver le véritable assassin de sa chère et tendre… Banal non ? Malgré tout, ça marche à chaque fois. Allez comprendre… A défaut donc de vous donner une explication je ne peux donc que vous donner un conseil : voyez et appréciez….

 

 La leçon de piano

Bon, et puis au-delà de tous ceux films là, parce qu'il n'y a pas que l'action dans la vie, il y a aussi cette leçon de Piano. Indémodable, ce film doit sa jouvence au fait d'avoir su rester sobre et très travaillé visuellement. Un film qui a d'ailleurs eu sa palme à Cannes… à une époque où les palmes avaient encore le goût du cinéma charnu et généreux….

 

 

 Un jour sans fin

Enfin, une fois n'est pas coutume, je finis l'année sur une note d'humour. Ici, c'est Bill Murray qui l'apporte grâce à un film reposant sur une idée géniale : et si on devait sans cesse revivre la même journée ? Au-delà d'être une belle comédie, le film sait aussi se faire une belle ode au temps qui passe et dont on ne profite parfois pas suffisamment. Un grand classique pour moi, mais qui fonctionne du tonnerre….

 

 

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L'homme-grenouille 22/09/2014 13:16

Eh bah ça fait forcément plaisir de lire ça !
Je suis content que tu perçoives ma démarche de cette manière car c'est clairement comme cela que je la conçois.

Sinon, je comprends que tu ais du mal à trouver le temps d'écrire. Moi-même j'avoue que je galère souvent, parfois même pour répondre aux commentaires ! Mais bon, j'espère que malgré tout, tu
trouves ton compte dans ce que je parviens encore à écrire !

Mercie encore et à plus sur ce blog !

Zhuricane 16/09/2014 19:27

J'adore ta phrase: "Après voilà. Pour moi il n'y a pas de bons et de mauvais films. Il y a juste des films qui nous parlent ou qui ne nous parlent pas". C'est tellement vrai et je trouve que ton
blog justement permet d'exprimer cette vision c'est pour ça qu'au fond il se démarque des autres.

Je ne suis pas très actif sur la toile, je n'ai pas trop le temps à vrai dire. Mais je continues à lire très souvent tes critiques ciné et ton blog.

L'homme-grenouille 30/08/2014 00:53

Ooooh Zhuricane !
Quel plaisir de revoir un ancien ici sur ce blog !
Merci des compliments, cela fait toujours immensément plaisir.

Pour ce que tu dis des films de 1993, je n'ai pas grand-chose à redire. Effectivement, Dracula est très marqué par son temps (notamment au niveau de certains effets spéciaux). Mais bon, pour ma
part je trouve que cela fait partie du charme de l'oeuvre. Il y a comme quelque-chose de toc, comme un décor de théâtre, qui rend l'atmosphère du film très claustro... Moi j'adore ça. Après voilà.
Pour moi il n'y a pas de bons et de mauvais films. Il y a juste des films qui nous parlent ou qui ne nous parlent pas. Pour le coup, ce "Dracula" me parle beaucoup. Après je comprendrais totalement
qu'on n'accroche pas, et ce propos est finalement valable pour tous les films...

Et pour ce qui est de l'année 1992, il se trouve justement que mon précédent commentaire faisait déjà mention de ce type d'articles qui manquent à mon blog. Je vais travailler ça sous peu...

En tout cas c'est un plaisir de te voir traîner à nouveau sur ce blog. Je ne sais pas si de ton côté du est toujours actif sur la toile. Si jamais c'est le cas, n'hésite pas à me le faire savoir.
Je serais ravi d'aller faire y un tour...

Zhuricane 29/08/2014 13:43

Tout d'abord salut, un blog toujours aussi bon :)

J'ai trouvé "Dracula" assez surestimé, oui c'est un bon film mais pas de quoi crier au chef d'oeuvre. J'ai trouvé que le film avait assez vieillit et c'est vrai que je l'ai vu en VF( ce qui est
vraiment rare heureusement) et les doublages étaient vraiment assez nul. Mais bon j'arrive pas trop à voir cet engouement total même si je trouve ta critique très pertinente.

Et j'ai adoré "La Famille Addams" même si c'était il y a longtemps et sa me donne terriblement envie de voir sa suite et de revoir le premier volet.

Et le biopic sur Bruce Lee j'en ai pas de souvenir mémorable mais si la Bo est bonne sa me donne envie de le revoir.

Si non je n'ai pas vu les autres films de cette liste, mais beaucoup m'intéresse, si ce n'ai tous.

Si non voilà j'attend l'année 1992 ne serais ce que pour Reservoir Dogs et Le Dernier des Mohicans

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