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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 17:43

                   

 

 Top 10


1.  Aniki mon frère

Pour qui ne connaît pas ce grand maître nippon qu'est Takeshi Kitano, il faut savoir de lui qu'il est rentré dans le cinéma tout à fait par hasard. Lui, le comique de télé, a été contraint en 1989 de remplacer au pied levé le réalisateur du film dont il devait jouer le rôle principal : c'était son premier film, Violent Cop. On découvrait alors son style atypique, tout en ellipse et en sous-entendus, tout en réserve mais aussi en crudité… Aniki mon frère, c'est à la fois un film dans la continuité mais aussi dans la rupture de cette lignée là. Toujours autant dans la retenue, Kitano y adopte une réalisation pudique, en suggestions, bien qu'il s'agisse une fois de plus de traiter d'un univers aussi démonstratif que violent (et qu'il connaît bien car son père le côtoyait) qu'est ce milieu des yakusas. Seulement voilà, Aniki mon frère n'est pas qu'une énième fresque sur les yakusas de la part du maître Takeshi. Entorse ultime : le génie s'expatrie et s'ose au mélange des genres. Les yakusas vont rencontrer les gangsters de la côte est américaine : Kitano vient s'inviter sur les terres de Scorsese… Or, pas de doute, le choc des cultures que peint ici Kitano, au travers du choc des cultures criminelles, est à couper le souffle.

Parce que son camp a été réduit à néant, Yamamoto préfère s'exiler plutôt que de se plier à l'autorité du gang vainqueur. Ce sera l'Amérique, et les retrouvailles avec son « petit frère », lui aussi un Jap', mais qui s'est depuis rompu aux codes de la société US dont il est devenu le parfait stéréotype de petite frappe. S'exerce alors l'influence du grand frère – du « Aniki » comme on dit – sur les jeunes racaillons made in USA afin qu'ils deviennent de vrais gangsters. C'est le début d'une expansion fulgurante, d'une prospérité nouvelle, mais c'est aussi et surtout l'adoption d'autres codes, d'un nouveau style de vie, d'une nouvelle philosophie. Aniki mon frère, c'est le côtoiement de ces jeunes loups qui voient les billets tomber dans l'insouciance, et de l'autre ces vieux sages qui savent très bien quel est le prix à payer. Aniki mon frère, c'est la rencontre de la société de consommation avec les vieux codes du bushido ; c'est aussi le croisement entre ceux qui veulent tout gagner et ceux qui n'ont jamais rien eu à perdre… De ce choc des cultures ressort un frisson, celui d'une sombre vérité qui semble plus ou moins tous nous concerner. Voilà la force des films de Kitano, voilà la force de cet Aniki, c'est ce pouvoir s'envoûter par la suggestion, et de laisser pensif par l'ouverture… Beat Takeshi n'a pas son pareil, et cet Aniki en est un de ses plus grands joyaux…

 

 

 

 

2.  American Beauty

Est-ce à la présence de Sam Mendes – le prodigieux réalisateur du récent Revolutionary Road – ou bien celle du scénariste Alan Ball – créateur de la série Six Feet Under – que nous devons la pertinence de cet American Beauty ? Sûrement aux deux me diriez-vous, et il est bien trop rare que deux tels talents soient réunis sur un même film pour passer à côté. Oui, c'est vrai, il en existe un paquet des films qui commencent par American quelque chose, et qui renvoient à tout et à n'importe quoi… Pourtant, cet American là a vraiment quelque chose de spécial, quelque chose vraiment en rapport avec l'essence même de l'Amérique, ou plus exactement de la société moderne occidentale telle qu'elle existe aujourd'hui… Car oui, ce n'est pas le sujet qui fait tout le sel de ce film (puisqu'il s'agit juste de s'immiscer dans le quotidien d'une famille moyenne américaine et de quelques unes de ses connaissances) mais c'est bien la façon dont on nous le présente. « Look closer… », c'est le leitmotiv que nous martèle la bande-annonce et la pochette du DVD, mais c'est bien là toute la démarche du film.

Kevin Spacey et Annette Bening. Kevin Spacey et Mena Suvari. Wes Bentley et Thora Birch.

Derrière les apparences de chacun, derrières les normes que tous s'efforcent d'afficher, se trouvent des êtres meurtris, frustrés, fanés… Mais la démarche ne plairait pas tant si Mendes n'était pas aussi juste dans le ton qu'il adopte : toujours un brin moqueur sans jamais oublier d'être tendre avec ses personnages, Mendes n'oublie pas de maintenir tout le long de son film ce relent d'humour noir, notamment en faisant préciser par son personnage principal et sur un ton guilleret, dès l'intro, que celui-ci va être tué à la fin du film ! – Par qui ? Pourquoi ? – Cette question obsédante ne fait que donner plus de prégnance à la justesse des personnages élaborés par Alan Ball. Du père mou du gland qui se rebiffe (remarquable Kevin Spacey), à la mère coincée qui ne demande qu'à se dérider (inégalable Annette Bening), en passant par la fille complexée (l'injustement oubliée Thora Birch) qui se fait approcher par son étrange mais éclairé voisin (Wes Bentley, très bon lui aussi) ; cette galerie de personnages nous prend au cœur et aux tripes si bien qu'on reste pendu au cadre de Mendes jusqu'au bout pour connaître la résolution de toute cette histoire. Aucune limite ne semble donnée, les conventions volent en éclats, on ose parler franc… C'est la force incontestable de ce film dont certains passages, remarquablement lucides, refilent des frissons ou des fous rires. Plus le temps passe, et plus je me rends compte que le propos du film ne vieillit pas, et c'est justement cela qui me fait prendre conscience de son infinie justesse. Oh oui, à mes yeux American Beauty est un chef d'œuvre qu'on se doit au moins d'avoir vu…

 

 

 

 

3.  Memento

Ceux qui sont passés par la page d'accueil de ce blog avant d'arriver sur ce classement auront peut-être remarqué l'omniprésence des articles consacrés aux films de Christopher Nolan (d'ailleurs Memento dispose lui aussi de son propre article !). C'est vous dire l'affection toute particulière que j'apporte à cet auteur qui ne connaît la renommée qui lui est due que depuis peu, depuis Dark Knight… Pourtant Memento, le deuxième long-métrage du bonhomme après le très bon Following, démontrait déjà toutes les qualités de maître Nolan. Car en effet, il faut savoir que ce cher Christopher (qui travaille d'ailleurs souvent avec son frère qui lui conçoit ses scénarii, le resté dans l'ombre Jonathan Nolan) se distingue par un goût certain pour ce qu'on pourrait appeler du cinéma psychologisant. Car, en effet, quand on regarde bien tous ses films, ils répondent tous à cette exigence d'explorer les tréfonds psychologiques de ses personnages : savoir ce qu'ils pensent, ce qu'ils ressentent, pourquoi ils le ressentent… Les personnages de Nolan sont d'ailleurs toujours des personnages torturés psychologiquement : on pourrait citer les deux magiciens du Prestige qui cachent chacun des blessures et des secrets profonds, ou bien tout simplement Bruce Wayne, ce cher Batman, que l'on a jamais vu aussi humain depuis que Nolan en a pris la direction (et que dire d'ailleurs du traitement qui a été fait du Joker et de Double-Face ?!) La psychologie est d'ailleurs tellement ce qui guide Nolan que c'est souvent une logique d'exploration de l'esprit qui définit la construction de la narration de ses films plutôt qu'une basique linéarité dans le déroulement des évènements. Jamais un film de Nolan n'est construit de manière linéaire, et ce Memento est de loin de paroxysme de cette démarche.

Joe Pantoliano et Guy Pearce. UFDGuy Pearce. UFDCarrie-Anne Moss et Guy Pearce. UFD

La particularité de ce Memento ? Il est monté à l'envers. Eh oui : on assiste à la fin d'abord puis, par tranche de 5 minutes environ, on remonte le temps. Nolan n'est pas le seul à s'être risqué à ce genre de pirouettes difficiles à encaisser pour le spectateur, mais c'est le seul – et le premier soit dit en passant – à avoir fait de cette particularité de forme une indispensabilité par rapport à son propos. Car oui, si dans les piteux 5X2 d'Ozon et autre Irreversible minable de Noé le montage n'est qu'un gadget, dans Memento il donne tout son sens à l'histoire. En effet, le héros de ce film – le pauvre Leonard Shelby – a subi une agression lors du meurtre de sa femme qui lui a valu un coup à la tête, lui endommageant ainsi sa mémoire. Il ne peut plus se souvenir : toutes les dix minutes il oublie. Pour se souvenir, il doit photographier, annoter, voire même tatouer… Qui est son ami ? Qui lui veut du mal ? Qu'a-t-il déjà découvert au sujet du meurtre de sa femme et qu'il ne doit surtout pas oublier ? Vivre l'aventure à rebours nous place dès lors dans la posture de Shelby. On se retrouve soudainement au beau milieu d'une intrigue, mais sans  en connaître le sens ni le but. Le film nous l'apprendra 5 minutes plus tard au travers d'un flash-back qui nous apportera la réponse, mais du coup posera une nouvelle question. Ce jeu de remonte-pente est certes un exercice périlleux pour nos pauvres esprits, mais la résolution de tout cela est tellement remarquable, et nous fait tellement nous interroger pendant longtemps, qu'on ne peut que savourer, adorer, et encenser ce qui est clairement un film atypique et ô combien remarquable.

 

 

 

 

4.  A tombeau ouvert

Ce A tombeau ouvert n'est pas le film que l'on site le plus spontanément lorsqu'il s'agit d'évoquer les grands chefs d'œuvre de Martin Scorsese… Pourtant, à mes yeux, ce film est sûrement celui que je préfère de la part de cet auteur. Nous plongeant dans le milieu des ambulanciers cet A tombeau ouvert séduit et surprend essentiellement pour son atmosphère morbide, pesante. Le monde des ambulanciers, c'est celui de la nuit, de la mort, des agressions, de la drogue… Ces ambulanciers-là ne côtoient que rarement le monde des vivants, et qu'en ils rentrent en contact avec ce dernier, c'est souvent pour en partager les peines et les pleurs. Le monde des ambulanciers est un autre monde, un monde presque surréaliste auquel on ne croit pas, et c'est pourtant ce monde là qui se présente à nos yeux dans cet A tombeau ouvert.

Nicolas Cage. Gaumont Buena Vista International (GBVI)Patricia Arquette et Nicolas Cage. Gaumont Buena Vista International (GBVI)Nicolas Cage. Gaumont Buena Vista International (GBVI)

Oui, c'est sûrement cela la force de cet A tombeau ouvert : il ne touche pas par son sujet, il ne touche pas par un ou des personnages charismatiques : il touche par son monde. Or, ce monde, c'est le notre. Scorsese nous le fait juste regarder différemment. Mais rassurez-vous, ceux qui ne connaissent pas le film et qui commencent déjà à se le dépeindre comme un film morbide : A tombeau ouvert n'est pas de ces films « à se tirer une balle ». En rien misérabiliste, le film joue au contraire d'une certaine fascination pour ce monde qui a ses lieux, ses codes, ses personnalités aussi étranges que marquantes. A coup sûr, A tombeau ouvert est une expérience marquante parce qu'elle est une expérience vraie. Certes, tout n'est artifice au final dans le cinéma, mais qui pourra nier l'authenticité des émotions qu'un film comme celui là peut susciter ?

 

 

 

 

5.  Il était une fois en Chine II

Sorti en France avec grand retard dans l'indifférence générale, cette suite du déjà fameux Il était une fois en Chine premier du nom a néanmoins su se faire sa renommée au fil du temps, grâce aux nombreux connaisseurs qui en ont fait la réputation, ou bien encore grâce à des cinéphiles indécrottables comme ce bon vieux Jean-Pierre Dionnet – animateur autrefois de l'émission de Canal + intitulée Cinéma de quartier  et qui continue encore aujourd'hui d'officier sur la chaîne cryptée où il nous dévoile encore aujourd'hui quelques perles venues d'Asie. C'est d'ailleurs à Jean-Pierre Dionnet que nous devons aussi la sortie en DVD de ce chef d'œuvre de cinéma hongkongais, réalisé qui plus est par un expert dans le genre – Tsui Hark – avec qui plus est en tête d'affiche un star de renommée internationale en ce qui concerne les films d'arts martiaux, j'ai nommé le remarquable Jet Li.

Alors j'en vois déjà quelques uns, peu initiés au cinéma dit péjorativement de kung-fu, qui se disent d'ores et déjà que ce film a été introduit là, dans ce top, uniquement parce que son auteur s'est certainement nourrie durant son enfance de toutes ces chinoiseries à base de Bruce Lee et de Jackie Chan et qui explique certainement cette cinquième place. Certains auront peut-être même l'audace de citer une ou deux daubes américaines dans lesquelles a eu le malheur de jouer Jet Li, prétextant ainsi qu'il n'y a rien à voir dans ces films sinon des pains et des mandales bruitées de manière exagérées. Ce serait pourtant bien se méprendre ! Comme tous les cinémas, le cinéma hongkongais est pétri de codes et d'exigences auquel il se plie régulièrement d'une part par tradition, mais aussi d'autre part pour répondre aux attentes du public. Les combats de kung-fu font partie de ces conventions en ce qui concerne les films d'actions, quand ceux-ci ne sont pas remplacés par des fusillades dantesques à la John Woo. Ici, le combat a valeur de véritable chorégraphies gracieuses qui savent véritablement insufflé un rythme remarquable dans cette aventure nerveuse (à ce titre, le face-à-face entre Jet Li et Donnie Yen fait partie des pièces maîtresse dans ce domaine). Mais cet Il était une fois en Chine ne se limite pas qu'à cela, loin de là. Ce film est surtout et avant tout une remarquable épopée au sein de la Chine colonisée où cultures et méthodes se côtoient et se confrontent. De nombreux moments sont à ce titre d'une remarquable justesse. Franchement, pas de doute là-dessus, cet Il Etait une fois en Chine parvient à se faire un spectacle remarquablement bien mené de bout en bout, et qui à toutes les qualités pour en surprendre plus d'un, même les néophytes…...

 

 

 

 

6.  O'brother

Entre les faits divers repris à la sauce très noire tel Fargo, ou bien encore les comédies déjantées et absurdes comme peuvent l'être Burn After Reading, les frères Coen savent basculer d'un genre à un autre tout en gardant une surprenante cohérence dans leur filmographie. O'Brother en est une fois de plus de un exemple saisissant. Encore une fois, le principe nous surprend par son originalité et son incongruité : revivre l'odyssée d'Ulysse mais dans le cadre de l'Amérique en crise des années 30… La période a beau être noire et sans espoir, les visages sont gais et les rebondissements enchanteresses. Appuyé sur un trio magique, Clooney (qui surprenait alors par son talent comique jusqu'alors inconnu), Turturro et Tim Blake Nelson, O'Brother nous emmène vraiment dans un univers difficilement intelligible tant ce drôle de mélange à quelque chose d'irréel mais de tellement magnétique…

Trois bagnards se sont évadés avec pour espoir de regagner leur douce contrée. Commence alors une traversée des Etats-Unis ponctuée de nombreuses épreuves, embuches et autres aventures de toutes sortes : rencontre avec une allégorie de cyclope, avec des simili-sirènes, le tout pour retrouver une Pénélope plus peste qu'on ne l'aurait pensé. Cette épopée possède vraiment quelque chose d'unique, de transcendant, car elle semble inédite et tellement connue à la fois. Elle parle d'un monde imaginaire sans qu'il ne le soit vraiment, mais un monde dans lequel on se reconnaît quand même. L'impact de la pertinence du propos n'en est que plus grand. On en ressort guilleret comme tout, fredonnant les airs des mythiquement country Soggy Bottom Boys… Un véritable tour de maître que ce film, revigorant comme jamais…

 

 

 

 

7.  Yi-Yi

C'est vrai – je le reconnais (heureusement, sinon ce serait grave !) – je vilipende constamment le cinéma d'auteur à la française alors que, pourtant, j'encense assez régulièrement les films d'auteur asiatique bien qu'on estime souvent qu'ils répondent tous plus ou moins aux mêmes caractéristiques. J'avoue moi-même m'être souvent posé la question sur ce qui pourrait paraître comme une incohérence de ma part. Est-ce que, sous prétexte qu'un film se passe à l'étranger, dans un univers qui m'est moins familier, est-ce que cela suffit pour que de histoires banales de familles en mal-être social me parlent enfin ? Il m'a fallut revoir ce Yi-Yi, filme que j'apprécie tout particulièrement, pour trouver la réponse. Avec Yi-Yi, c'est évident : il y a un fossé immense qui sépare la crème du cinéma d'auteur asiatique de ce qu'on considère comme l'élite du cinéma d'auteur à la française…

Yi-Yi pourtant, dans ce qu'il raconte, peut sembler être de ces films des plus classiques, comme la France en produit beaucoup. Yi-Yi, c'est l'histoire d'une famille ordinaire, une famille de la classe moyenne. Seulement voilà, dans cette famille, la grand-mère va tomber dans le coma et, pour la stimuler et ainsi favoriser son réveil, les médecins conseille à chaque membre de la famille de lui parler régulièrement, du quotidien… Et c'est là tout le début de l'histoire : personne n'a rien à raconter… Yi-Yi, c'est cette force a savoir percer un mal-être d'une façon assez original. Il ne suffit pas d'exposer, mais aussi de questionner, de poser toute une série de situations qui se répondent les unes aux autres si bien que le film s'autorise à un propos, et non pas à un simple constat. Bref, Yi-Yi, même s'il n'est plus dans l'actualité, se révèle un film remarquablement construit et d'une imparable efficacité et qui, moi, me refile toujours des frissons.

 

 

 

 

8.http://images.allocine.fr/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/74/38/21/19255611.jpg  Sleepy Hollow

Ceux qui me lisent régulièrement savent sûrement ce que je pense du Tim Burton de ces derniers temps : celui de Charlie et la chocolaterie, celui de Sweeney Todd et même celui des Noces funèbres (qui à la deuxième vision m'a vraiment laissé un goût amer)… Oui, c'est vrai, je le concède presque à contre cœur, mais le Tim Burton de ces dernières années ne me fait plus rêver… Pire encore, il m'exècre. Pourtant, le revisionnage d'un film du maître qui date d'avant Big Fish (remarquable testament) me fait toujours autant d'effet. Dans mon esprit, ces films là ont toujours autant d'impact sur moi… et Sleepy Hollow en fait bien évidement parti.

Johnny Depp. Johnny Depp. Christina Ricci.

Est-ce qu'il y a quelque chose de plus dans ce film plutôt que dans les derniers Burton, ou bien est-ce la répétition qui a usé les ficelles du maître ? En tout cas, Sleepy Hollow possède cette remarquable qualité de savoir créer un univers d'effroi qui sort des convenances habituelles. On ne s'en rend pas forcément compte, mais tous la plupart des films qui se déroulent dans des univers glauques distinguent très bien ce qui relève du normal de l'anormal, ce qui relève du sain du malsain. Sleepy Hollow brouille les limites, la plupart des personnages se trouvent des deux côtés de la ligne, la mort et le vivant se mélangent, la justice et la norme morale se trouve parfois dans le surnaturel et les vices propres aux êtres d'outre-tombe se retrouvent chez les vivants. La création visuelle et l'ambiguïté des situations et des personnages font de ce film un moment troublant, presque éprouvant, mais c'est cela qui nous séduit, nous capte, et transcende au final le moment de cinéma comme un véritable instant d'expérience…

 

 

 

 

9.  The Yards

New-York City, les polars très noirs et Joaquin Phoenix… Tels pourraient être les trois éléments récurrents qui caractérisent les films de James Gray. Il y a finalement un côté très old school dans les films de ce réalisateur, mais c'est clairement en cela qu'ils savent se faire efficace. Pas de bruits stridents, de courses poursuites filmées avec des caméras qui bougent dans tous les sens et des musiques qui hurlent chaotiquement un semblant d'action… Non, Grey est du genre a construire des atmosphères pesantes par le talent d'une écriture ciselée et d'une réalisation qui mise plus sur la dimension brute de l'instant. La puissance d'immersion du film n'en est que décuplée…

Mark Wahlberg. Bac FilmsJoaquin Phoenix. Bac FilmsVictor Argo, James Caan, Tomas Milian et Robert Montano. Bac Films

(Note. Les photos disponibles sur Allociné sont toutes en noir et blanc, mais le film est en couleur.)


Pour ce The Yards, le film suit le parcours d'un jeune gars introverti qui va petit à petit accepter d'emprunter le chemin de la réussite par l'aide de la mafia… Mais pas de Tony Montana en vue, juste la vision d'un monde où il est très difficile de rester intègre. Le mécanisme est huilé, l'intrigue est prenante de bout en bout, et le parcours du héros – jusque dans ses choix – nous saisit aux tripes du début jusqu'à la fin… Vraiment un chef d'œuvre de maîtrise à mes yeux…

 

 

 

 

10. http://images.allocine.fr/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/66/15/77/19255607.jpg Sixième sens

A l'époque de sa sortie, ce film avait fait un sacré tapage. C'était la révélation de deux nouveaux talent dont, nous disait-on, on reparlerait encore pendant des années et des années. D'un côté, il y avait ce réalisateur inconnu jusqu'alors, M. Night Shyamalan, qui avait su porter à bout de bras ce projet fantastique où un jeune enfant pouvait voir les morts. De l'autre côté il y avait l'interprète de ce jeune enfant, Haley Joel Osment, que Spielberg prendra par la suite pour son A.I. Il est vrai que l'on pourrait comprendre par ma formulation que les propos qui ont été tenus à l'époque furent exagérés, or il faut bien reconnaître qu'encore cette année, les films de Shyamalan font parler d'eux, même si depuis ils nous consternent par leur médiocrité.

Bruce Willis et Olivia Williams. Bruce Willis et Haley Joel Osment. Bruce Willis.

Néanmoins, rendons à César ce qui lui revient de droit : même si depuis Shyamalan s'est clairement fourvoyé, ce Sixième sens n'en reste pas moins une grande réussite. Certains diront que tout son succès repose sur son twist final… Certes, mais si ce twist a un réel impact sur nous, ce n'est pas par sa simple nature de twist (les réalisateurs de Saw, Identity et autres Sexcrimes auraient été bien inspirés de le comprendre…) mais parce que ce twist nous offre un autre regard sur les personnages et les relations qui se tissent au cours de cette intrigue. Or, la capacité qu'à un film à nous faire voir au-delà des apparence n'a pas de prix, et ce Sixième sens tire toute sa puissance émotionnelle et dramatique de là. Et même en disant cela, on perd de vue tellement d'autres qualités qui contribuent à faire de ce film un film à part… Se rappelle-t-on de Toni Collette, remarquable ? Du retour encore une fois très inspiré de Bruce Willis ? ou bien tout simplement de la maîtrise formelle de Shyamalan dans la construction de ses plans et de son script. Non, décidemment non, même s'il est bien vrai que les derniers films du réalisateur de Philadelphie sont mauvais, celui reste une pièce de maître, incontestablement le film de sa vie…

 

 

 

 

 

 

Mais aussi…...

 

 Princesse Mononoke

Juste dit comme cela, Princesse Mononoke faisait partie cette année des films choisis par le conseil général du Nord pour initier les collégiens aux arts et techniques du cinéma. C'est dire si, en même pas dix ans, ce film de Miyazaki a su s'ancrer comme un chef d'œuvre universellement reconnu, ce qui peut paraître assez surprenant pour un dessin animé japonais. C'est qu'au-delà d'avoir un parti pris esthétique bien à lui, ce film sait surtout construire un univers où tous les codes habituels de la féerie sont redéfinis et où – surtout – le monde réel n'est jamais loin du monde imaginaire. Un chef d'œuvre de Miyazaki, une fois de plus…

 

 Virgin Suicides

Premier film de Sofia Coppola, déjà avec Kristen Dunst. Même s'il n'atteint pas encore les cimes des Lost In Translation et autres Marie-Antoinette, ce Virgin Suicide présente déjà de nombreuses qualités, faisant d'ailleurs de ce portrait de féminité mutilée, un moment suffisamment fort et subtil à la fois pour marquer durablement les esprits.

 

 Apparences

Il est souvent décrié ce film de Robert Zemeckis… Pourtant, il est d'une remarquable efficacité en ce qui concerne les codes de l'épouvante. Une simple poignée de porte qui tourne avant qu'on ne la saisisse, un cadre qui tombe tout seul, de la vapeur dans une salle de bain sans qu'il n'y ait d'eau chaude de coulée… C'est là tous les artifices élémentaires que le film utilise et qui fonctionnent du tonnerre parce qu'ils jouent sur ce qui est le plus efficace sur nous : notre propre imagination. S'ajoutent à cela un duo d'acteurs impeccable, Harrison Ford et Michelle Pfeiffer, qui contribuent également à la réussite de ce divertissement aussi efficace qu'honnête.

 

 Hollow man

En voila encore un autre de film de pseudo-épouvante plus que décrié. Pourtant, une fois encore, cet Hollow Man de Paul Verhoeven cumule les qualités. Alors, c'est vrai, il n'est pas vraiment le film que l'on attend, surtout d'un point de vue moral. Hollow man met mal à l'aise, il interroge, il introspecte la nature humaine, et comme d'habitude avec ce cher Paulo, ça gratte là où on n'aime pas. Mais c'est aussi cela la force de film, nous interroger sur nous même, sur notre nature, d'autant  plus que les frissons et le spectacle sont au rendez-vous avec d'ailleurs une mention spéciale aux effets spéciaux qui, malgré le temps, n'ont pas pris une ride…

 

 A l'aube du sixième jour

Revoir ce film de science-fiction fait à la sauce de ceux des années 80-90 lui a rendu tout son honneur à cette Aube du sixième jour… Car en effet, s'il peut agresser par ses effets de réalisations flashies, par l'accumulation ridicules de poncifs visuels du genre, ce film de l'hideux Spottiswoode cumule néanmoins de nombreuses qualités que l'on néglige volontiers au premier regard. Tout d'abord, il y a un véritable travail d'introspection sur les dérives du clonage qui est habilement mené, beaucoup plus qu'on ne pouvait l'imaginer. Ce propos plait d'autant plus qu'il s'ancre dans une intrigue très rythmée et surtout riche en rebondissements. S'ajoute à cela la figure maîtresse de notre Schwarzy adoré, et on comprendra que les raisons de céder face à ce pur produit des années 90 sont nombreuses…

 

 X-men

 On l'attendait depuis longtemps, Bryan Singer l'a fait. On pouvait très vite tomber dans le ridicule avec cet X-Men, mais rien de tout cela. Singer a su trouver le ton juste et même se permettre d'interroger l'histoire et la société au travers de sa question mutante. Peut-être manque-t-il un peu de niaque, mais les prestations de Ian McKellen et de Hugh Jackman sont trop jouissives pour qu'on lui en tienne réellement rigueur.

 

 Tabou

Nagisa Oshima, connu surtout pour son Furyo et son Empire des sens, frappe encore dans le registre des mœurs avec ce Tabou aussi cru qu'incisif. Face à la caméra, on retrouve qui plus est le plus grand artiste du cinéma japonais du moment, Takeshi Kitano, comme si l'ancienne génération rendait hommage à la nouvelle… A ce niveau, le film est à la hauteur des espérances…

 

 Snatch

Peut-être le film le plus réussi de Guy Ritchie. Vif, virulent et surtout remarquablement drôle. Il est difficile de s'en lasser. De plus, c'est aussi l'occasion de retrouver Brad Pitt dans un splendide numéro de boxeur manouche absolument tordant. Un film qui ne vieillit pas.

 

 Chicken Run

Surtout connus pour leur mini-série Wallace & Gromit, les studios Aardmann se risquaient là, pour la première fois, à un long métrage. Le périple fut long mais au combien réussi. Faire un remake de la grande évasion mais dans un poulailler plein de volatiles bien gras, l'humour anglais en plus, c'est franchement une sacrée partie de plaisir…

 

 Toy Story 2

Si le premier opus avait surtout fait parlé de lui pour sa performance technique (aujourd'hui assez dépassée), ce second Toy Story a su se régénérer en s'insufflant de l'esprit trublion qui touchait alors Pixar. Ainsi se disperse la dimension nian-nian du premier épisode pour offrir des aventures clairement plus riches et plus drôles. Une belle réussite, même si elle n'atteint pas l'excellence des membres du panthéon Pixar

 

 



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Publié par L'homme-grenouille - dans Sélections de l'homme-grenouille
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commentaires

Startouffe 31/12/2009 00:41

Au sujet du top des années 2000...Salutations cher Nostalgic !

Content de voir que toi aussi, tu restes fidèle au poste !
Merci une fois de plus de tes commentaires : je me réjouis de savoir que quelques uns se satisfont encore de ce que je traficote ici sur mon petit blog...

J'aurais du mal à commenter ce que tu m'écris tant nous sommes déjà d'accord sur toute la ligne. Nous avions d'ailleurs déjà longuement conversé au sujet d'Aniki lors d'un article précédent et je pense que tu n'auras pas été surpris de le voir trôner à cette première place. Ce film est vraiment somptueux, je ne peux que le conseiller à tous, y compris ceux qui ne seraient pas forcément tentés par les films asiatiques...

Pour ce qui est du top des années 2000, l'ami DanielOceanAndCo m'en a déjà parlé, mais je t'avoue que je reste assez incrédule face à ce top un peu précipité et surtout bien incongru. Suis-je le seul à savoir que la décennie 2000 a commencé le 1er janvier 2001 et qu'elle ne se conclura donc que le 31 décembre 2010 ?? Même si je comprends l'impatience de certain à faire des tops en veux-tu en voilà (moi-même maintenant j'ai le virus) je ne veux pas non plus tomber dans un excès qui leur ferait perdre tous leur sens.

En tout cas, avec ces tops par années, j'espère atteindre mon but qui est de se remémorer ou de découvrir des films sur lesquels on a trop facilement oublié la force ou l'existence... Un top des années 2000 ne ferait que me répéter... Mais qui sait... L'année prochaine...

Nostalgic du cool 29/12/2009 15:24

Ca fait plaisir de voir que tu reprends un peu du service cher Startouffe, c'est toujours un plaisir de te lire ! Je dois commencer par un aveu étant donné qu'en ce moment sur la blogosphère circule un top des films des années 2000 je suis venu m'inspirer de tes rétrospectives (d'ailleurs si ce top te tente tu es cordialement invité à y participer sur mon blog ou sur le temps du cinéma d'autant que tu as fait la retrospective pour pas mal d'années donc la tache devrait être facilitée) pour établir ma liste.
Cette parenthèse étant close je dois reconnaitre être tout à fait d'accord avec ce top 2000 qui fait la part belle au cinéma asiatique, Aniki en numéro 1 m'a fait très plaisir ! Je trouve toutefois que Princesse Mononoké aurait mérité sa place dans le top à proprement parler mais c'est le fan de Miyazaki qui parle. Heureux de voir quelqu'un défendre le trop méconnu il etait une fois en Chine II qui est aussi réussi que le premier opus je trouve ce qui est rare dans ce genre de saga. D'ailleurs je trouve ton top intéressant car équilibré tu évoques les gros cartons de l'année sans oublier les films passés trop inaperçus mais pourtant géniaux (je pense à The yards ou A tombeau ouvert qui n'avaient pas eu l'écho mérité).

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