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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 15:00

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Est-il encore nécessaire de faire une présentation de qui vous attend sur cette page ? Que vous soyez un habitué de ce blog ou un néophyte, vous avez sûrement compris qu'il s'agit ici de se replonger dans un passé lointain 2003 ! pour redécouvrir les perles qui ont émaillé cette année. Cette démarche peut sembler à certain un brin inutile, dans la mesure où on peut avoir des difficultés à voir l'intérêt de se focaliser sur une année de production plutôt que sur un genre ou un réalisateur. A cela je répondrais juste que, si je me plais depuis quelques moments maintenant à me lancer dans ce genre de classements rétrospectifs, c'est justement parce qu'ils sont aussi la meilleure des occasions de se remémorer certains films de très grande qualité qui passent souvent au travers des classiques rétrospections parce qu'ils ne rentrent pas forcément dans un genre, ou tout simplement parce que ce n'est pas le film auquel on pense en priorité quand on parle d'un réalisateur. C'est donc aussi pour se donner l'occasion de se remémorer ces films qui n'ont pas suffisamment marqués les esprits au moment de leur sortie que je trouve ce type d'exercice au fond bien agréable.

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Juste pour finir cette introduction : vous avez sûrement remarqué que je me suis permis de mettre cette rétrospective 2003 sous les auspices et les couleurs du pays du soleil levant ! Non pas que je recherche à faire dans chacun de mes articles rétrospectifs une thématique qui se coup-ci serait le Japon, c'est juste que, comme vous allez le constater, 2003 m'a surtout marqué personnellement au travers de quelques grands chefs d'uvre nippons qui restent encore aujourd'hui dans mon panthéon des films les plus appréciés. Mais trève de palabres introductives pour le moins facultatives ! Je vous laisse découvrir la sélection que je vous propose pour (re)parcourir le cinéma de l'an 2003

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Top 10

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1. afte2.jpgDolls

Pour sûr que celui qui ne connaît pas encore le cinéma si particulier de Takeshi Kitano aura de quoi s'étonner de ce Dolls. Cinéma brutal, cinéma elliptique, mais aussi et surtout cinéma suggestif : voilà ce qu'est le cinéma de Kitano et que Dolls incarne tellement bien. Pour comprendre la forme de Dolls, peut-être faut-il savoir avant toute chose que Kitano est passé à la réalisation presque par accident. Comique de télé à l'origine, il se retrouve propulsé à la direction de Violent Cop suite à la démission inopportune de celui qui devait seoir à ce rôle. C'était là le début d'un cinéma comme nul autre, d'un cinéma qui ne s'embarrasse pas des artifices écrits pour ne jouer qu'avec les artifices visuels. Dolls ne ménage en rien le spectateur tant il le prend à rebrousse poil de toutes ses habitudes, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il en devient un film méprisant. Bien au contraire, ce qui choquera le néophyte dès les premières images de Dolls, c'est l'infinie douceur qui se dégage de ces images, de l'incroyable pureté que suggère les premières notes d'un Joe Hisaishi inspiré comme jamais.

     Ad Vitam   Ad Vitam   Ad Vitam

Dolls, c'est l'histoire de Mais ce film peut-il d'ailleurs se résumer à une histoire ? C'est vrai qu'en son début on retrouve cette déchirure qui se crée par la décision de Matsumoto de quitter celle qu'il aime pour épouser une fille de bonne famille. Mais l'aventure humaine qui va suivre ne relève plus de l'intrigue en soi, mais bien de l'exploration des émotions et des sens Mais sinon, oui (si cela est nécessaire pour vous rassurer) Dolls a bien une histoire. Ou plutôt Dolls EST une histoire. C'est une histoire de rupture ou une histoire d'amour ; c'est une histoire de trahison ou une histoire de fidélité à toute épreuve, ou bien encore c'est tout aussi bien une histoire de douleur qu'une histoire de profonde sérénité. Dolls, c'est tout cela à la fois, c'est le mariage permanent entre les sentiments antagonistes. Dolls, c'est cet équilibre de virtuose qui nous tient en apesanteur jusque vers des territoires émotionnels vierges. Et jamais Kitano ne viendra s'ériger en auteur-dictateur pour vous dicter vos sentiments : dans cette poésie en apesanteur, votre cur est roi. Et c'est ce qui fait de ce film de Kitano un film unique : en plus d'être l'univers artistique d'un homme, c'est aussi l'expérience de notre propre ressenti. Un chef d'uvre magistral.

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2. afte.jpgDark Water

Dans cette année où le cinéma japonais a rayonné de mille feux, l'autre soleil s'appelle Dark Water. Si à la lecture de ce nom vous revient à l'esprit un souvenir assez moisi auquel aurait participé Jennifer Connelly, vous faites fausse route. Certes, le Dark Water made in USA sorti en 2005 est effectivement sensé être un « fidèle remake » du Dark Water original dont il est ici question. Pourtant les deux films sont à bien des égards diamétralement opposés. La première différence radicale est déjà à trouver derrière la caméra. A l'origine de cette adaptation d'une nouvelle fantastique, le déjà talentueux réalisateur de Ring, Hideo Nakata. Ayant ni plus ni moins réinventé le film d'épouvante avec cette fameuse histoire de cassette-vidéo tueuse, Nakata semblait n'avoir plus rien à rajouter dans ce registre. C'est pourtant bien à un nouveau film d'épouvante que Dark Water nous convie. Même si la maestria de Nakata aurait pu seule suffire à faire de ce film un spectacle efficace, Dark Water renouvelle néanmoins l'approche qu'à Nakata de l'épouvante en faisant déborder son film sur d'autres registres que celui de la simple peur.

     Diaphana Films   Diaphana Films   Diaphana Films

C'est que Dark Water n'est pas qu'une histoire seulement focalisée sur la peur en elle-même comme l'était Ring. Ici, il s'agit avant tout du difficile quotidien d'une femme qui entend parvenir à élever sa fille seule, malgré la relative précarité dans laquelle son récent divorce la plonge. Dire que Dark Water sort du coup du registre de l'épouvante serait néanmoins une erreur : Dark Water reste un film focalisé sur la peur, même si ici la peur n'est pas abstractisée et généralisée comme c'est le cas la plupart du temps. Dans Dark Water, la peur ne naît pas d'une menace extérieure, mais de cette situation précaire qui menace à chaque instant cette pauvre mère qu'on lui retire sa fille. L'intelligence de Nakata est d'avoir traduit cet isolement par cet oppressant huis clos induit par ce lugubre immeuble. La tension sait se faire croissante, Nakata sait jouer aussi bien des ficelles classiques que des subtilités originales et inattendues pour nous conduire sur cette pente des plus pernicieuses : celle de cette peur constante qui dévaste bien plus que les coups d'effroi traditionnels. Nul doute à mes yeux : il y a dans ce Dark Water une saveur unique, une magie subtile, qu'on ne retrouve qu'en très peu d'autres films. C'est que la subtilité de la démarche s'appuie aussi bien sur une réalisation remarquable, qui elle-même s'appuie d'un côté sur l'interprétation magistrale des deux actrices principales (dont la somptueuse Hitomi Kuroki) et d'un autre côté sur la composition enlevée d'un Kenji Kawai qui nous livre là l'une de ses plus belles inspirations.

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3. TFM DistributionKill Bill volume 1

Paradoxalement avec Kill Bill, on quitte le Japon sans vraiment le quitter. Ceux qui auront déjà vu le film savent de quoi je parle. C'est que, comme à son habitude, le cinéma de Tarantino est emprunt d'une sub-culture riche et foisonnante à laquelle il rend hommage dans chacun de ses films. Or, pour ce Kill Bill, c'est bien l'amour pour la culture pop japonaise de la seconde moitié du XXe siècle qui est à l'honneur. Entre ces combats de sabres filmés sèchement, les scènes de dialogues cintrées, en passant par la mini-jupe de Gogo Yubari et ce goût du décalé qu'incarnent si bien les 5, 6, 7, 8's, toute l'imagerie d'Epinal concernant le Japon, et plus largement l'Asie, est sollicitée pour notre plus grand plaisir. Car c'est bien cela aussi le plaisir des films de Tarantino, c'est de ne pas s'embêter d'une quelconque exactitude formelle. La seule exactitude qui compte c'est celle de l'état d'esprit. Or, il n'y a ici rien à dire : chaque plan, chaque image, chaque son traduit l'envie de bien faire, l'envie de transmettre ; l'envie de nous conduire au firmament. Rien que pour cette incroyable énergie, maître Quentin, merci !

     Michael Madsen, Lucy Liu et Daryl Hannah. TFM Distribution      Lucy Liu et Uma Thurman. TFM Distribution   Uma Thurman. TFM Distribution

Alors, certes, après avoir dit tout cela au sujet du Volume 1, certains pourraient s'étonner que je n'ai même pas cherché à mentionner le Volume 2 lors de la rétrospective sur l'année 2004. C'est vrai, je l'avoue, la suite de ce premier volume m'a semblée un ton nettement en dessous. C'est que finalement, ce Kill Bill volume 1 peut se suffire à lui-même tant son histoire est déjà complète et intense, tant l'ensemble sait se ponctuer par une scène d'une remarquable intensité, et tant ce volume parvient qui plus est à garder une remarquable unité dans ce patchwork de tout et de rien. Au final, c'est bien cela la force des films de Tarantino, cette capacité à faire cohabiter des éléments aussi diverses qu'un manga, des scènes de combats désincarnées, et des dialogues de vieux Mifune dans un seul et même film qui, malgré tout, trouve son unité. Ainsi sait-il se faire riche et plaisant à la fois : chose rare ! Comment passer alors à côté de ce qui est incontestablement l'un des films monumentaux de cette année 2003 ?

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4. afte.jpgLa cité de Dieu

Attention : film coup de poing ! Sûrement la baffe de cette année d'ailleurs tant l'impact de ce film se fait encore sentir plusieurs années après. Ce qui distingue nettement ce film des autres qui le précède dans le classement, c'est de loin la surprise par laquelle il parvient à nous saisir. Non pas qu'on ne s'attendait pas à une telle sophistication formelle et à une telle profondeur de la part d'un « simple » film brésilien (quoi que) mais c'est que même prévenus, le film sait habilement jouer avec nous des codes du genre. Au départ film gentiment léger, puis film manipulant avec une certaine malice l'humour noir, cette Cité de Dieu parvient à nous plonger sans qu'on s'y attende dans un polar aussi noir qu'intense. C'est bien simple, en un film, le talentueux Fernando Meirelles sera parvenu à nous montrer une image aussi riche et ambiguë que possible des fameuses favellas de Rio.

     Mars Distribution   Mars Distribution  Mars Distribution

Le film fonctionne d'autant mieux que le maître Mereilles sait jouer de la forme pour faire d'une descente aux enfers un véritable délice. Mais quel plaisir des yeux ! Quelle joie des oreilles ! Nul doute, l'esprit est en fête durant tout le film. Les plans sont audacieux et la photographie superbe ; le tout étant accompagné d'une bande originale somptueusement composée. Et surtout, ce film ne serait rien sans cette science du montage qui lui procure un rythme hors du commun et en fait un chef d'uvre incontournable, non pour son seul sujet comme certains cinéphiles de l'utile pourraient le penser loin de là mais bien pour le p-l-a-i-s-i-r incontestable qu'il procure. Voilà bien un film qui passe comme une fusée dans notre tête avec, bien évidemment, tous les dégâts que cela occasionne.

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5. MK2 Diffusion Elephant

Elle est là, la dernière palme d'or qui répondait d'un véritable parti pris d'ordre artistique ! D'ailleurs, cette attribution avait à l'époque fait jaser beaucoup de monde. Mettant en scène un fait divers tragique, le massacre de jeunes lycéens à Columbine aux Etats-Unis, Elephant avait attiré les foudres sur lui suite à la démarche pour laquelle avait opté son réalisateur Gus Van Sant. Certains reprochaient à ce film de ne pas être justement ! une réelle démarche de cinéaste dans la mesure où elle n'exprimait pas d'opinion ou de morale. Finalement disait-on, rien ne permettait de condamner ces jeunes assassins, ni de les comprendre d'ailleurs, ce qui faisait de ce film un film racoleur, facile, et surtout dangereux. Quelle erreur d'interprétation !...

     MK2 Diffusion   MK2 Diffusion   MK2 Diffusion

C'est vrai, Elephant ne juge pas. C'est vrai, Elephant ne cherche pas à mettre en place des schémas factices et stéréotypés qui nous auraient présenté ces jeunes assassins comme de banales victimes des jeux-vidéos, de la violence à la télé, du libre accès aux armes, etc Mais justement, c'est parce qu'Elephant ne juge pas, c'est parce qu'Elephant ne démontre pas, et surtout c'et parce qu'Elephant ne désosse pas, qu'il sauvegarde l'essentiel : le vrai. Je précise tout de suite afin d'éviter que ne se lancent des débats interminables sur le sens de cette notion de vrai, la seule vérité qu'Elephant sauvegarde, ce n'est pas celle des faits, mais celle du ressenti. Car le voila le cinéma qui a été primé par Cannes en 2003 : c'est le cinéma qui valorise l'émotion et l'expérience personnelles. Elephant est avant tout un film qui nous conduit, par ses montages, par ses longues séances de couloirs, par ses regards multiples sur un même évènement, à nous faire pénétrer un lieu, à nous faire pénétrer une époque, à nous faire pénétrer un moment. Elephant, c'est un film qui, avant de chercher à nous le faire comprendre, a cherché avant tout à retransmettre l'instant. Et ce serait une belle ineptie que de penser qu'il suffit de tourner au plus proche du vrai, sans artifice, qu'on peut prétendre à le cerner. Elephant est un chef d'uvre justement parce qu'à force d'artifices, il ne nous à pas (seulement) livré sa vision de l'évènement, mais il nous a aussi laissé un espace de cinéma où pouvoir vivre et ressentir ce qu'il voulait nous partager. Après, les ressentis peuvent être multiples et un article pourrait s'imposer pour que nous les partagions sur ce blog, mais dans ce cas, la priorité resterait avant tout et vous l'avez compris de s'exposer à l'expérience Elephant

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6. afte2.jpgLa Secrétaire

Paradoxalement, il n'est pas vraiment resté dans les mémoires ce film sobrement intitulé La Secrétaire. C'est qu'à se fier à ce titre justement, et à la bande-annonce qui en a été faite, beaucoup on dû se dire qu'il n'était question ici que d'une banale question de tensions et de rapports de pouvoir entre un patron et sa secrétaire... Pourtant, il suffit de quelques minutes pour comprendre que ce film de Steven Shainberg, pas très connu à l'époque non plus (...mais qui signera plus tard le très sympathique Fur) entend nous pondre avec ce film une fable totalement atypique qui se trouve à des lieues des sentiers battus. D'abord notre secrétaire est un personnage pas très net dans sa tête, aimant se scarifier, parler toute seule et se laisser couver par sa mère ultrapotrectrice ; et puis il y a ce patron : avocat visiblement perturbé, pétri de tics; et vraisemblablement bourreau de secrétaires. La rencontre de ces deux personnages hors-normes va entraîner une relation elle aussi hors-norme, mais qui va surtout avoir pour principale qualité d'exploser un paquet de conventions.

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Si ce film a une force c'est bien celle-là : c'est oser aller au-delà de ce que les gens pensent et de ce que les gens imaginent. Ici, la relation patron/secrétaire tourne aux jeux sadiques et masochistes, mais pas forcément au détriment de cette charmante secrétaire un peu zinzin. Ce qui est dingue, c'est que de cette relation qui semble au départ bestiale et déshumanisante ressort très rapidement une histoire d'amour d'une remarquable pureté. Or, autant préciser tout de suite que ce remarquable tour de passe-passe doit beaucoup à son duo : tout d'abord le trop rare James Spader et surtout la remarquable Maggie Gyllenhaal, qui ici démontre déjà amplement qu'elle avait l'étoffe de la grande star qu'elle allait devenir quelques années plus tard. En tout cas, personnellement je n'ai rien à redire contre ce film : être capable de parler d'une histoire d'amour ainsi est tellement osé mais fort au final, que je ne peux qu'applaudire et conseiller... 

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7. 18364807.jpg Intolérable cruauté

Paradoxalement, on ne les retient jamais trop pour leurs farces pleinement assumées nos chers frères Coen. C'est vrai que, jusqu'à présent, ce sont surtout leur humour noir dont on a vanté (et primé) les mérites, qu'il s'agisse de Fargo ou bien encore du récent No country for old men.  Même si on pourrait ici ricocher sur un débat lancé sur son blog par Pulp-pL au sujet de la place de la comédie dans le cur des cinéphiles, nous en resteront à cette idée que les comédies pures de dures des Coen valent largement leurs chefs d'uvres noirs. Sur de nombreux points, Intolérable Cruauté dénote des mêmes remarquables qualités.

      Billy Bob Thornton et Catherine Zeta-Jones. United International Pictures (UIP)   Catherine Zeta-Jones et George Clooney. United International Pictures (UIP)   George Clooney et Catherine Zeta-Jones. United International Pictures (UIP)

Au cur de cette pièce d'artistes dont on se délecte avec plaisir, il y a cette histoire qui met au devant de la scène toute une galerie de personnages vénaux, fragiles et manipulables. De ces personnages antipathiques que sont les avocats et les veuves noires, les frères Coen en font des Arlequins absurdes dont on rit des malheurs sans la moindre culpabilité. C'est que l'ensemble est incarné par un George Clooney encore une fois remarquable dans le registre comique, d'une Catherine Zeta-Jones qui n'a jamais aussi bien joué de ses charmes, et surtout d'une apparition courte mais jubilatoire de Billy Bob Thornton qui est absolument anthologique. Une jouissance à l'état pur qu'est ce chef d'uvre une fois de plus signé de la main des Coen.

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8. afte.jpg Hero

De l'ouverture à l'Occident du wu xia pan, genre cinématographique chinois très codifié, on avait surtout retenu à l'époque Tigre et Dragon d'Ang Lee, sorti en 2000. Comme venu sur ce terrain pour donner une leçon de cinéma, Zhang Yimou, jusqu'alors connu pour des uvres beaucoup plus intimistes (Epouses et concubines, Vivre !, Qiu Ju : une femme chinoise) débarque avec ce Hero, autre super-production de wu xia pan formatée pour s'ouvrir à l'Occident. Or, à effectuer avec le recul une comparaison entre les deux films, un constat s'impose : « Waoh ! ». Si certains resteront quand même fidèles à la mièvrerie contenue dans Tigre et Dragon, Hero l'enterre irrémédiablement sur la question du rythme et la mise en forme. C'est bien simple : Hero est avant tout un souffle dévastateur d'élégance esthétique, de chorégraphies stylisées et de tragédie astucieusement ménagée.

     United International Pictures (UIP)   United International Pictures (UIP)   United International Pictures (UIP)

Nous plongeant aux moments de la genèse de la Chine, aux temps du grand Qin, Hero nous dresse une fresque construite autour d'un personnage énigmatique, le héros « Sans Nom ». Venu relaté ses exploits guerriers au grand Qin, le mystérieux Sans Nom va chercher le temps de son audit à convaincre un monarque encore méfiant de ce remarquable maître d'armes qui lui était jusqu'alors inconnu, au même titre d'ailleurs que ses intentions. En plus des talents déjà précédemment énumérés, le récit de ces exploits donnent l'occasion à Hero de se parer de multiples qualités supplémentaires : comme celle d'offrir un combat d'anthologie entre Donnie Yen et Jet Li tant attendu par les fans depuis celui d'Il était une fois en Chine 2 ! ou bien encore une morale digne des plus grands récits mythologiques. Car finalement, ce film est à l'image de son personnage principal : de la même manière que Sans Nom comprend que le véritable héros n'est pas celui qui sait plier les autres à sa volonté, mais qui sait au contraire se plier à la volonté des autres ; Hero est un remarquable spectacle qui a su s'ouvrir aux codes et aux exigences du cinéma occidental sans pour autant perdre de son identité et de son authenticité.

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9. afte2.jpgCypher

N'ayant pas connu la distribution qu'il aurait dû connaître, ce second long-métrage de Vincenzo Natali, talentueux réalisateur de Cube, n'a pas vraiment eu l'occasion de se faire connaître. Cypher, c'est l'histoire d'un jeune employé un peu soupe au lait qui accepte de se lancer dans l'espionnage industriel pour le compte de sa multinationale. Mais, comme l'intrigue se déroule dans un futur proche, l'espionnage industriel n'est plus vraiment ce que l'on pense qu'il est, et le pauvre héros va le découvrir à ses dépends. Il faut avouer qu'après un Cube qui avait impressionné par l'astucieuse construction de son intrigue, celle de Cypher peut sembler par bien des points aussi classique  qu'éprouvée. Pourtant, Natali a su, au travers de son remarquable travail d'écriture, totalement renverser la donne grâce à un jeu astucieux de mise en abîmes qui surprend à tous instants.

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Certains vous diront que les retournements de situation dans ce film sont autant d'artifices pour donner du relief à une histoire qui ne savait pas comment finir. C'est avoir été insensible aux différentes étapes par lesquels nous fait passer ce Cypher. Car oui, il faut bien le reconnaître, voilà un film qui sait démarrer comme un film d'épouvante, pour noircir par la suite le trait avec un polar très serré puis, une fois l'impression d'oppression devenue total, Natali nous montre qu'il existe toujours une alternative à la fatalité sociale. A la fois oppressif et porteur d'espoir, Cypher est une splendide expérimentation de ce qu'est la servitude sociale. Et il y parvient non pas par le fond car au final son univers n'a rien de plus fouillé que les autres mais bien par la forme tant les renversements de l'intrigue permettent aussi et avant toute chose le seul renversement qui compte au cinéma : le renversement des esprits.

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10. afte.jpg Zatoichi

Encore un film de Kitano dans ce classement de 2003 Mais que ceux qui restent encore rétifs à la magie de Dolls ne fuient pas pour autant ce Zatoichi puisqu'il n'est clairement pas de la même veine ! Déjà, et c'est le seul cas connu à ce jour Zatoichi est le premier film de Kitano dont il ne soit pas l'auteur. En effet, Zatoichi est un grand classique au Japon, et Kitano n'a pas été le premier à se risquer à cette histoire de samouraï aveugle. Il s'agit en fait d'une uvre de commande qu'il fut plus ou moins contraint d'honorer (l'histoire reste encore confuse à ce sujet) et c'est vrai que cela change tout au niveau du résultat !

     Takeshi Kitano. Mars Distribution   Mars Distribution   Takeshi Kitano. Mars Distribution

Cela change tout ? Enfin pas totalement ! Tous les codes visuels du Kitano sont encore bien présents : réalisation épurée, sèche, elliptique. C'est aussi l'occasion de voir s'exprimer l'humour enfantin du maître nippon et qu'on a moins l'occasion de découvrir dans Dolls (et c'est peu dire). En ressort au final un mélange étonnant, entre l'accessibilité d'un film classique et l'étonnement d'un film à part. Il n'y a rien à dire, ce Zatoichi est un film plaisamment racé qui fait incontestablement partie des plus grands plaisirs que nous a fourni 2003.

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Mais aussi...

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afte.jpg Sympathy for Mister Vengeance

Histoire d'un kidnapping qui dérape, Sympathy for mister vengeance est le premier film qui composait le projet de Park Chan-Wook de faire une trilogie consacrée à la vengeance. Depuis complétée par Old Boy en 2004 et par Lady Vengeance en 2006, cette trilogie voit dans Sympathy for Mister Vengeance son épisode le plus sobre et qui resiste le mieux au goût invétéré de Park pour l'emphase formelle. Ainsi le film se veut-il plus épuré et, du coup, plus subtil, même si Park n'en a pas pour autant oublié la crudité de certaines scènes qui fait souvent tout son art. Cette subtilité est également suivi au niveau du fond, puisque si les romances nous ont depuis rompu au fait du triangle amoureux, ce Sympathy inaugure un principe nouveau mais dévastateur : le « triangle vengeur ». Le plus plaisant c'est qu'en plus on ne rentre jamais dans le manichéisme de comptoir, même si certaines caricatures sont utilisés pour le bien du schéma narratif. Au final on reste quand même admiratif d'une telle démonstration et surtout car il ne s'agit pas d'oublier qu'on parle ici de cinéma avant toute chose on est reconnaissant d'un tel plaisir transmis.

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afte.jpgAdaptation

Renouant avec Spike Jonze avec qui il avait déjà accompli son voyage dans la peau de John Malcovic, Charlie Kaufman nous propose ici une nouvelle histoire d'une incroyable originalité scénaristique dont le sujet n'est autre que Charlie Kaufman. Tiens donc ? Une autobiographie ? A dire vrai, ce n'était pas le sujet de départ puisque Charlie devait écrire l'adaptation d'un ouvrage qui parlait d'orchidées. Puis le bon vieux Charlie a compris que la seule chose dont il savait parler avec un minimum d'intérêt c'était lui-même. L'idée vous étonne ? Et pourtant c'est bien à cela que vous invite Adaptation : regarder Charlie Kaufman qui doit écrire le scénario du film que vous êtes justement en train de voir ! Plus qu'une idée géniale (une de plus !), cette histoire est aussi une remarquable introspection du travail d'écrivain et, notamment de scénariste. Voir ce film décrypter toutes les ficelles d'un film a quelque chose de magique et d'incroyablement drôle, tant il questionne au final notre personnalité de spectateur. Et pour ceux qui se demandaient encore dans quel bon film depuis A tombeau ouvert Nicolas Cage a-t-il joué, voir ce film apporte une réponse décisive !

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afte.jpg 28 jours plus tard

On pourra toujours reprocher à Danny Boyle cette envie de faire du cinéma de genre à sa sauce. On pourra aussi lui reprocher ses constructions bipartiques rarement homogènes. Il n'empêche que, bien qu'il cumule ces deux qualités/défauts, 28 jours plus tard est un film qui a de quoi marquer les esprits. Pour preuve, depuis ont fleuris nombre de suites et de survival du même genre, entre I am legend et autres Blindness Or, ne serait-ce que pour son introduction dans une Londres abonnée, ce film vaut incontestablement le détour et fait partie de ces grands films notables de 2003.

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afte.jpg Devdas

Mis en avant au festival de Cannes avec, qui plus est, la célèbre Miss Univers en tête de la gondole, Devdas avait tout du film indien formaté pour séduire le monde. C'est vrai que les premières minutes nous calment tout de suite : l'excellence visuelle du réalisateur Sanjay Leela Bhansali et la qualité des chants de Ismail Darbar nous en mettent un coup tout de suite. Malgré tout, il est vrai que cela n'empêche pas ce Devdas de manquer souvent de mordant durant sa première partie, mais aussi d'originalité. Cependant, attendre la seconde partie vaut la peine tant celle-ci est dense et riche. En ressort des moments d'une intensité incroyable dont le métronome est incontestablement la belle Madhuri Dixit. Bref, au final, Devdas reste bien un de ces détours de 2003 totalement indispensables.

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18364612.jpg Mystic River

Difficile de s'étendre sur Mystic River tant quelques mots semblent suffire à eux seuls pour justifier le fait qu'on se doit de découvrir ce film. « Clint Eastwood » pourraient en être les deux premiers. La qualité de ses réalisations les plus récentes nous convaincront du poids de cet argument. Mais on pourrait y rajouter en ce qui concerne l'interprétation deux mots supplémentaires qui eux aussi disent tout : « Sean Penn ». Vous l'avez compris : d'une banale histoire de kidnapping, maître Clint en fait un film prenant et qui ne sombre jamais dans le pathos facile. C'est de l'art.

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affichette.jpg Arrête-moi si tu peux

Découvrir un film de Steven Spielberg, c'est un petit peu comme tout miser sur une couleur lors d'une partie de roulette de casino. Quand on tombe sur Duel, Rencontres du Troisième Type, ou bien la liste de Schindler, on se dit qu'on a dû mal à comprendre qu'il existe encore des « Spielbyseptiques ». Mais bon A côté de cela, et on tombe malheureusement là-dessus une fois sur deux, il y a tous ces films destinés à financer la construction d'une véranda, à payer la pension des petites, ou bien à éponger les dettes de jeu. On les reconnaît facilement : souvent il s'agit d'un roman de gare acheté en vrac puis adapté le temps d'un week-end aux côtés de ce bon vieux Tom Hanks (car, aux vues de sa filmographie, Tom Hanks aussi a vraisemblablement des dettes de jeu). Alors, avec un tel profil, il faisait peur cet Arrête-moi si tu peux, tant il sentait le fade produit impersonnel, et pourtant surprise ! Loin d'être impersonnel, on sent dans ce film quelque chose du réalisateur qui en fait un film éminemment humain. Avec la qualité d'un réalisateur comme Spielberg, on peut tout de suite s'imaginer la qualité et la force de ce Arrête-moi si tu peux

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afte.jpg Phone Game

Qu'on aime ou pas le jeu d'acteur de Colin Farrell, on se doit de découvrir ce Phone Game tant il est inventif et surtout diablement efficace. Mise à part le premier quart d'heure introductif, tout se passe dans une cabine téléphonique ! Thriller haletant durant lequel le rythme et l'intérêt ne perdent jamais en vigueur, Phone Game fait partie de ces « films-idées » qu'on ne pourra faire qu'une fois et dont on ne pourra jamais vraiment reprendre le principe de base. Il serait donc dommage de ne pas profiter de ces moments uniques de cinéma, surtout quand ils sont à ce point source de plaisir.

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19254588.jpg Interstella 5555

A la base, Interstella 5555 est un film qui naît de l'esprit des Daft Punk qui veulent des clips thématisés et réalisés par le papa d'Albator pour les singles de leur nouvel album Discovery. Géniteur du plus populaire des corsaires, il n'était pas étonnant que maître Leiji Matsumoto demande une fortune au groupe français qui n'a néanmoins pas renoncé à sa demande, engageant même une grande partie de leur fortune personnel. Bien leur en ont pris, car le pirate est ce qu'il est, il reste grand seigneur : cette illustration de l'ensemble de l'album qu'est au final Interstella 5555 est un épisode très sophistiqué et inventif plastiquement. L'osmose entre l'image et le son se fait instantanément : l'expérience est totale. A découvrir absolument.

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afte.jpg X-Men 2

Qu'il nous a manqué sur le troisième opus ce cher Bryan Singer ! Que les déçus se revisionnent ce deuxième volet des aventures mutantes. Toujours aussi subtil que le 1, un poils plus dynamique et spectaculaire : tout était là pour susciter le plaisir et la satisfaction, que ce soit pour les fans du comic-book que pour les néophytes.

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afte2.jpg Les Associés

Ridley Scott est aussi de ces remarquables réalisateurs qui ont parfois tendance à être atteint de « Spielbergite aiguë ». S'il est capable des pires navets (Mon dieu cette Grande année) il sait parfois nous surprendre dans des registres qui peuvent sembler très classiques. Dans ces associés, voilà qu'un faussaire maniaque se découvre une fille cachée qu'il va devoir se trimballer dans les pattes. Bien mené, ce spectacle est d'une efficacité hors pair qui vaut un fois de plus à Nicolas Cage de s'illustrer positivement (eh bah !). Voilà une raison suffisante de (re)découvrir ce film qui fut à l'époque l'une des très bonnes surprises de cette année 2003.

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afte1.jpg Underworld

Il avait des relents de Matrix mal digéré ce film, et cette histoire de loups-garous luttant contre des vampires (et vis-versa) ne semblait pas valoir tripette. Mais voilà, l'ambiance outre-tombe a un côté très stylé et raffiné, l'intrigue tient ce qu'elle peut tenir et sait même à certains moments réserver de bons moments. Au final, on peut très aisément se laisser séduire par cet univers qui, finalement, remplit à merveille tous les codes du genre. Qui plus est, le film est actuellement sorti dans une édition Blu-ray de très bonne qualité, ce qui vous donnera l'opportunité de juger des bienfaits de cette technologie en reluquant incessamment l'effet de la haute définition sur le cuir que porte la pulpeuse Kate Beckinsale.

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afte.jpg Les Triplettes de Belleville

Enfin, « the last but not the least » diraient nos amis d'outre-manche, réjouissons-nous de la splendide petite perle d'animation que nous a offert Sylvain Chomet ! Mais que c'est beau ! On dira ce qu'on voudra des productions Miyazaki, mais quelle fadeur visuelle à côté de ce film d'une richesse incroyable sur le plan visuel. Et quelle subtilité ! Tous les détails sont des clins d'il appuyés et tendres à la France ou à l'Amérique des années 60. Quel goût d'ailleurs d'avoir rendu son uvre universelle par l'absence de toute parole. Ajoutons à cela la musique de M, et on obtient un de ces incroyables chefs d'uvre atypiques d'animation qui s'avèrent malheureusement si rares de nos jours.

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commentaires

pL 02/07/2009 12:10

Intolérable cruauté m'avait énormément déçu. Parmi les comédies des Coen, je lui préfère largement Burn After Reading ou même Ladykillers

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