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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 14:14

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Faire un classement des plus grands succès de 2004 ? …en 2009 ? « Quel intérêt ? » pourraient se demander quelques-uns d'entre vous. Certes, il est souvent coutume sur les blogs d'Allociné de faire des tops et autres classements de films que sur les années qui viennent de s'achever, le but étant de rester au plus proche de l'actualité du cinéma. C'est vrai qu'un top annuel cinq ans après l'achèvement de l'année en question, cela peut paraître totalement déconnecté de l'actualité du cinéma. Mais finalement, pourquoi un chef d'œuvre, parce qu'il a vieilli de quelques années, aurait perdu de son actualité ?

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Certes, il est moins utile dans les discussions mondaines de parler d'un film trop vieux pour faire partie de l'actualité et trop jeune pour faire partie des grands classiques que vous auriez eu mérite de redécouvrir. Mais il est justement coutume dans ce blog de chercher à s'émanciper des mœurs bourgeoises et d'apprécier les films pour ce qu'ils sont tout simplement : des médiateurs d'émotion (bref, du cinéma). Nous n'aimons pas le cinéma parce qu'il nous rassure d'être cultivé, mais bien parce qu'il nous procure du plaisir, du ressenti, de la vie. Et dans cet optique je me dis que le jeune néophyte qui était peut-être trop jeune pour apprécier les perles de 2004 au moment de leur sortie, ou bien encore l'amateur averti qui recherche de nouvelles émotions quelque soient leur date et leur nature, tous ceux là sauront se ravir qu'on leur ouvre des pistes de découverte. Bien sûr – par définition – un classement est l'expression d'une subjectivité affective, c'est pour cela que j'agrémente chacun de mes choix d'un commentaire qui saura sûrement mieux vos guider dans ces perles de notre récent passé.

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Top 10

 

1.  Lost In Translation

Lost In Translation ou le film de la consécration pour Sofia Coppola, à n'en pas douter. Souvent on entend à droite et à gauche le pire au sujet du cinéma formaliste ; ce film incarne pour moi la plus belle des réponses. Que raconte-il finalement ce film sinon les esprits perdus de Bob et Charlotte ? L'un est un acteur oublié qui trouve escale à Tokyo pour tourner une pub gagne-pain peu gratifiante. L'autre suit son photographe de mari aux quatre coins du monde, mais sans véritablement y trouver sa vie. Au fond, rien de plus. Alors que certains se seraient perdus dans une fade orchestration de tirades mélancoliques, Coppola passe par la forme et y trouve une ambiguïté et une subtilité remarquables.

 Bill Murray. Focus Features   Bill Murray et Scarlett Johansson. Focus Features   Scarlett Johansson. Focus Features

C'est cela le cinéma de Lost In Translation : transmettre les émotions au travers d'un espace à vivre pour le spectateur. Cet espace, c'est celui d'une ville, Tokyo, choisie justement pour son côté « tellement d'ailleurs ». C'est aussi ces magnifiques couleurs pastel qui ressortent des jardins japonais, des rues illuminées ou bien tout simplement des piscines d'hôtels. Mais cet espace de cinéma, c'est encore cette peinture musicale qui dit tout à elle toute seule, de Air à Death In Vegas, en passant par Brian Ratzell… Voila l'histoire de Lost In Translation. Elle touche à l'essence même des choses et des émotions, non pas par ce qu'elle montre, mais par ce qu'elle parvient à faire surgir de nous. Là se trouve l'essence même du cinéma… et tout simplement de l'art.

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2.  Eternal Sunshine of  the spotless mind

Voila le fruit d'une rencontre qui avec le recul peut paraître comme presque magique. Eternal sunshine of the spotless man, où le bébé de Charlie Kaufman, scénariste ô combien inventif à qui on devait déjà Dans la peau de John Malkovic ou bien le somptueux Adaptation. Pour enfanter le nouveau projet de Kaufman : Michel Gondry, un obscur réalisateur français dont on ne connaît alors que quelques clips, quelques pubs et un seul long métrage : Human Nature. De ce couple improbable ressort un film singulier au plus haut point. On s'étonne de cette intrigue qui veut qu'un homme se décide à effacer les souvenirs d'une relation amoureuse qui le ronge de l'intérieur et qu'il préfère oublier. On est aussi scotché par cette audace presque outrancière de Gondry à jouer avec les codes si bien qu'on frôle au début le seuil critique de l'acceptation, et cela jusqu'à ce que la plongée commence enfin et nous emporte avec elle.

 Jim Carrey et Kate Winslet. United International Pictures (UIP)   Kate Winslet. United International Pictures (UIP)   Kate Winslet et Jim Carrey. United International Pictures (UIP)

Eternal sunshine n'est pas un film de science-fiction à proprement parlé, même si finalement il répond à la définition du genre. C'est surtout une belle histoire d'amour entre un Jim Carrey remarquable et une Kate Winslet toujours aussi rayonnante. Calqué sur le principe du Je t'aime, je t'aime d'Alain Resnais, Eternal Sunshine est une sorte d'histoire à rebours où la seule reconstruction de la narration par le montage suffit à nous faire voir dans ce qui semblait ordinaire quelque chose d'extraordinaire. Au final, le film subjugue par la maîtrise formelle qui a permis ce voyage au cœur des sentiments humains. Un film à part, c'est sûr. Un chef d'œuvre, c'est indiscutable.

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3.  Samaria

Réalisateur prolifique, Kim Ki-Duk fait partie des ces hommes du septième art à qui on reproche de manquer d'application ou de rigueur aussi bien dans le fond que dans la forme. Seulement voilà, si effectivement il y a toujours dans ses films un côté inachevé, il y a aussi cet aspect « premier jet » qui en fait tout l'intérêt. Ce côté brut, qui n'a pas été retravaillé, c'est cela toute la force de Samaria. Deux jeunes lycéennes se prostituent pour fuir ensemble vers l'Europe. C'est face à cette dure réalité que le père de l'une d'entre elle va se retrouver confronté, et c'est là que tout le film prend son essor.

 Bac Films   Bac Films   Bac Films

Certes, le sujet peut sembler racoleur comme jamais. Et pourtant, Samaria contourne le problème en ne s'attardant jamais, en faisant se dérouler l'histoire à marche forcée. Et parce qu'il regorge d'idées sur l'instant, Kim sait en tirer toute une force brute de décoffrage à laquelle on est réceptif tout de suite. On peut s'en sentir gêné, on peut en devenir addict ; en t cas la démarche de ce Samaria ne laisse pas indifférent parce qu'il ne s'enlise jamais. Comme la vie, il ne s'arrête jamais et va toujours de l'avant, quitte à en laisser sur le bas-côté, quitte à ce qu'on ait pas le temps de prendre du recul et respirer. Avec Kim Ki-Duk on ne sait jamais vraiment où on va, et c'est là qu'il puise tout ce talent à nous faire ressentir les choses avec autant de force. Voila bien un maître du cinéma, et Samaria un de ses incontestables chefs d'œuvre.

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4.  Big Fish

Alors qu'il s'était égaré avec sa Planète des singes des plus fadasses, Big Fish sonnait le retour – et pour ma part le testament – de celui qui a tant apporté au septième art. On pensait qu'il avait fait le tour de son univers et de ce qu'il avait à dire, Big Fish nous a démontré que maître Burton avait plus d'une corde à son arc. Pourtant le début nous surprend. Pas d'univers féerique, de personnage atypique. Au contraire, voila une famille bien ordinaire qui se retrouve touché par la maladie d'un des siens. C'est pourtant de ce cancer et de cette mort annoncée que Burton va construire l'univers de son Big Fish. Comme une allégorie de toute son œuvre, Burton part de la mort pour parler de la vie, du désespoir pour fabriquer du rêve, et du noir pour trouver la lumière.

 Ewan McGregor. Sony/Columbia   Sony/Columbia   Billy Crudup et Albert Finney. Sony/Columbia

Il n'y a pas à redire, alors qu'il est peut-être aujourd'hui mis au second plan de la filmographie de Burton, Big Fish a pourtant toutes les qualités pour être désigné comme l'un des films, si ce n'est le film, le plus abouti du papa d'Edward aux mains d'argent. Œuvre crépusculaire et même testamentaire, Big Fish démontre avec subtilité et audace à quel point la rêverie d'un homme possède la même noblesse que les plus grands actes des héros. Par ce film, Burton porte sur lui le regard le plus mature qu'il n'ait jamais porté. D'un film, il emporte l'adhésion et l'émotion tant il touche juste. Qu'on ne s'effraie pas à le voir ou à le revoir, car ce Big Fish parfois déprécié a pourtant tout d'un grand.

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5.  Old Boy

Symbole de ces films coréens nationalement subventionnés qui cherchent à séduire et conquérir le monde, Old Boy fait partie de ce cinéma total qui ne laisse personne indifférent. Comment ? Il manquerait de mesure cet Old Boy ? Alors c'est fort mal connaître son réalisateur Park Chan-Wook qui s'est depuis ôté toute limite avec son I'm A Cyborg But I'm OK. Il ne faut pas voir dans cette façon surchargée de faire du cinéma une limite, mais bien au contraire y ressentir toute l'énergie d'un réalisateur à raconter une histoire somme toute banale, mais qui est littéralement transcendée par la façon avec laquelle elle est narrée.

 Bac Films   Bac Films   Bac Films

Dans Old Boy, le pauvre Oh Dae-Soo se retrouve capturé un soir de beuverie et enfermé contre son gré sans savoir par qui et pour quoi. Ce n'est que vingt ans plus tard qu'il recouvre la liberté, sans pour autant avoir plus de réponses. C'est à la recherche de la vérité qu'il se lance alors, nous emportant avec lui dans cette folle cavalcade filmée avec une envie et une imagination incommensurable. Entre une scène de bagarre dantesque dans un couloir, une composition musicale qui brasse tous les genres et tous les styles, et une interprétation remarquable du tandem Choi Min-Sik/Kang Hye-Jeong, toutes les qualités sont réunies pour séduire et enchanter. Mais de toutes ces qualités comptera surtout la plus importante de toutes – et dont cet Old Boy regorge à l'envie – c'est la générosité. Rien que pour cela, Old Boy mérite amplement son Grand Prix à Cannes, mais aussi qu'on se risque à le voir.

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6.  Les Indestructibles

Devenu un studio gage de qualité, Pixar se voit depuis quelques années toujours attendu au tournant dès qu'il s'agit de sortir un nouveau long-métrage. Or, il est vrai que la sortie de ces Indestructibles se faisait dans la continuité de Monstres & Cie, l'un des fleurons du studio à la lampe de bureau, ce qui mettait le niveau d'exigence très haut. C'est vrai qu'il en a déconcerté plus d'un ce film car, même si on n'a pas nié son incontestable qualité, on le trouvait peut-être moins enlevé et moins fantastique que son prédécesseur à poils. C'est que les Indestructibles furent la première réalisation chez Pixar d'un certain Brad Bird, jusqu'alors connu pour son remarquable Géant de fer, mais dont on ne connaissait pas encore véritablement la couleur artistique. Il est vrai que Bird est un cinéaste beaucoup plus impliqué dans les sous-entendus ou autres allégories dont peuvent se charger les intrigues ou les images, si bien qu'on s'est laissé surprendre par une histoire qu'on n'imaginait pas si riche.

 Buena Vista International   Buena Vista International   Buena Vista International

C'est vrai que ces Indestructibles ne semblaient pas payer de mine dans leur premier quart d'heure : banale histoire de super-héros qui doivent se ranger et dont l'intérêt semblait se limiter seulement au ressort comique d'être extraordinaire tout en ayant à paraître l'inverse. Pourtant, il y a bien plus que cela dans ce film, et c'est une fois qu'on l'a perçu que le régal se fait total. Magnifique regard sur une société qui conditionne et formate les individus à une existence sans surprise, on se régale de ces choix visuels somptueux, entre le bureau oppressif et cet ordinateur tout froid et tout carré, entre la voiture toute frêle et la rue toute morne. Ce à quoi viennent progressivement trancher tous ces gadgets, cette aventure digne d'un James Bond, référence ô combien pertinente en ce qui concerne la volonté de tout à chacun de savoir son monde plus fantastique qu'il ne l'est vraiment. A bien y réfléchir, cet Indestructibles possède réellement toutes les qualités pour en faire un spectacle somptueux : remarquablement réalisé, techniquement irréprochable, jouissivement construit dans sa narration, et surtout, subtilement drôle. Un chef d'œuvre.

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7.  Un long dimanche de fiançailles

Si on pourra toujours reprocher à Jeunet ses pellicules jaunies qui ne sont pas toujours du meilleur goût, il y a quand même chez cet artiste un talent réel pour saisir l'étincelle de l'existence. Un long dimanche de fiançailles, c'est avant tout cela : l'alchimie entre la campagne de Bretagne et la campagne militaire, le mélange entre les détails touchants de l'enfance et la brutalité de la guerre, ou bien encore c'est la juxtaposition de la tendresse et de l'absurdité humaines. Mais comment rester fermer à un cinéaste aussi honnête dans sa démarche et aussi exigeant au point de vue de la forme ?

 Gaspard Ulliel (copyright Bruno Calvo et Gilles Berquet).    (copyright Bruno Calvo et Gilles Berquet).    Audrey Tautou (copyright Bruno Calvo et Gilles Berquet).

Même si cette histoire de jeune femme partie à la recherche de son compagnon porté disparu pendant la guerre pourrait brasser surtout du pathos, Jeunet parvient à se la réapproprier et à en faire du « beau Jeunet ». En touchant au tragique, tout en n'oubliant pas la fibre qui fait de lui un cinéaste à part, le réalisateur de Delicatessen touche encore une fois au but tant il sait y mettre les moyens. Quel film riche ! Quel film profond ! Vraiment une merveille.

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8.  2 Sœurs

A une période où on pensait avoir déjà tout vu du cinéma d'épouvante asiatique, voilà que nous sortait entre les pattes ce 2 Sœurs de Kim Jee-Woon, réalisateur appelé à devenir depuis l'un des grands noms du cinéma coréen. Pourtant cette histoire de présence surnaturelle dans ce grand manoir où emménage une famille recomposée à problèmes ne semble pas innover grand-chose. Si les premières images nous donnent tout d'abord raison, ce  2 Sœurs, sait néanmoins progressivement mettre en avant cette intrigue familiale à partir de laquelle Kim va construire la réelle source de son épouvante.

 Bac Films   Bac Films   Bac Films

Or, en cela 2 Sœurs est une véritable leçon de cinéma par la nature du plaisir morbide qui parvient à nous procurer. Il nous est démontré ici, une fois de plus, que la réelle épouvante n'est pas dans le montré, mais dans le suggéré. C'est d'ailleurs tout le propos de ce film qui, sur bien des points, égale les plus grands maîtres. Une belle réussite qu'il est indispensable de découvrir.

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9.  Collateral

Finir ce top 10 par le chantre du cinéma formaliste pourrait diviser, mais il en est ainsi : je suis un inconditionnel du cinéma de Michael Mann et ce Collateral en est un somptueux représentant. Certains diront – comme à l'habitude concernant ce type de film – que Mann n'a rien à raconter, que son histoire est basique à souhait et que mis à part un joli emballage il n'y a rien dans ce film. Superficiel car seulement basé sur sa forme au dépend d'un fond inexistant. A ceux qui sont prêts à se laisser convaincre, je leur concèderais un point : oui, il est vrai que ce Collateral, comme la plupart des films de Mann, ne se basent que sur la forme au dépend du fond. Cependant, ce n'est pas une raison suffisante pour en déduire qu'il en est superficiel. Bien au contraire, le cinéma de Mann est à mes yeux celui qui cerne peut-être mieux l'essence des choses, et c'est là tout son contenu.

 Tom Cruise. United International Pictures (UIP)   Tom Cruise et Jamie Foxx. United International Pictures (UIP)  Tom Cruise. United International Pictures (UIP)

Il est vrai que ce Collateral ne se limite qu'à un simple polar construit autour d'un banal chauffeur de taxi qui se retrouve pris au piège par un tueur un gage qui, le temps d'une nuit, va en faire son objet. « Quelle morale en déduire ? Quel vécu en tirer ? » demanderaient sûrement certains. Eh bien justement : le vécu se trouve dans la forme et non dans le fond, et la morale nous appartient plutôt qu'elle appartient au film. Collateral c'est avant tout l'immersion dans un paysage urbain surnaturel. Vécu de nuit, vécu parmi ceux qu'on ne voit pas et qu'on ignore mais qui font néanmoins partie de ce tissu dont on est aussi un constituant. Collateral, c'est la boîte de nuit où beaucoup y vont pour danser et où quelques uns y vont pour leur obscur business. Collateral, c'est le chauffeur de taxi anonyme que certains prennent pour être transportés d'un point A à un point B et que d'autres découvrent comme un moment d'humanité. Collateral c'est enfin la ville civilisée avec ses feux alignés, ses carrefours organisés, et au milieu de tout cela la sauvagerie d'un coyote qui traverse ça et là la ville réglée comme une pendule. Le voilà le fond : il est dans le vécu. La forme apporte le regard nouveau à partir duquel le spectateur va pouvoir trouver en lui LE fond. Car finalement, quel autre aurait plus d'intérêt que ce qui fait le fond de l'humain ? Collateral est donc de ces films précieux, parce qu'ils ne dictent rien : il laisse parcourir un espace de cinéma, un espace de vie et de ressenti. C'est cela de l'art.

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10.  La Famille Indienne

On dira ce qu'on voudra du cinéma indien – qu'il est inutilement long, qu'il est niais, qu'il est répétitif – il n'en possède pas moins cette qualité qu'il vise sans cesse vers l'excellence plastique et qu'il est prêt à user de tous les artifices formels et narratifs pour transmettre l'émotion chez le spectateur. Certes, cette Famille Indienne (Kabhi Kushi Kabhi Gham pour les intimes…) a tout de la super-production made in Bollywood avec son histoire formatée et ses exigences commerciales. L'histoire n'a d'ailleurs rien de véritablement extraordinaire : parce qu'il a voulu épouser une fille qui n'est pas de son rang social, le jeune Raul est renié par son père, magnat industriel qui lui promettait pourtant un brillant avenir. (Nom de Zeus ! Comment faire plus cliché pour un film indien ?) Ne découvrant la vérité qu'une dizaine d'années plus tard, son jeune frère décide de faire le nécessaire pour reconstituer la famille déchirée.

Bodega Films   Bodega Films   Bodega Films

Pas extraordinaire cette histoire, il n'empêche pourtant que Karan Johar, qu'on connaissait déjà pour le généreux Kuch Kuch Hota Hai, a su jouer ici avec une remarquable dérision de ces codes afin de nous offrir un spectacle rafraîchissant qui déborde d'envie et d'énergie. La mise en scène est formellement somptueuse et Johar sait jouer à la perfection de cette obligation qu'est le film de 3h30 en deux actes. Le film est pétri de moments qui tournent l'intrigue en dérision, mais aussi de moments où il l'a magnifie. On se laisse aussi bien enivré par ce grand moment festif qu'est le passage chanté Say Shava Shava ou bien encore de cette loufoquerie disco qu'est ce passage en boîte aux sons de You're Are My Soniya. Et puis il y a ces grands moments de romance sans retenue, absolument assumés dont le point d'orgue est incontestablement cette téléportation sur le plateau de Gizeh sur fond de Suraj Hua Maddham. Bref, au-delà de tous les préjugés, voilà un film enlevé, à prendre sous tous les degrés, mais d'une infinie qualité à tel point qu'on ne se lasse jamais de le regarder.

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Mais aussi…

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 La mort dans la peau

Rarement une suite surpasse l'original. C'est qu'en général, on se contente de refaire ce qui a déjà été fait, mais forcément l'effet de surprise en moins. Cette mort dans la peau a cet avantage de casser pas mal de choses construites lors du premier volet, de faire des choix osés et drastiques au niveau de l'intrigue, ce qui permet incontestablement d'épaissir et d'endurcir le parcours de ce personnage dont on se plait à suivre les péripéties. Et puis il n'y a pas à dire, avec Paul Greengrass aux commandes, on sent tout de suite ce que ça fait d'avoir un artiste plutôt qu'un simple professionnel pour insuffler quelque chose dans un film qui se veut simple mais bougrement efficace. Du cinéma de genre de haute qualité comme on l'aime, à n'en pas douter.

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 21 Grammes

Si depuis Alejandro Gonzalez Inarritu nous a habitué à sa façon de mener les histoires, 21 Grammes n'en a tout de même pas perdu de sa force. La mise en intrigue fait l'essentiel : jeu de piste loin d'être gadget car il nous prédispose clairement à une sensibilité accrue pour cette histoire brute. A cela s'ajoutent une interprétation remarquable assurée par le trio Penn/Watts/Del Toro et une réalisation de grande maîtrise. Autant dire qu'avec de tels appâts, on se laisse volontiers emporter par ce film fort et vrai.

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 Le secret des poignards volants

Même si le Zhang Yimou vibrant des débuts s'est depuis quelques films dilué dans ce cinéma plus grand spectacle qu'est le wu xia pian, il faut avouer qu'il n'en pas perdu son art de grand cinéaste. C'est le cas de ce Secret des poignards volants qui, malgré un début soporifique (à croire que c'est une marque de fabrique de maître Zhang) sait très vite séduire par sa belle histoire d'amour sous fond de combat épique. L'ambiance sylvestre est du plus bel effet et le final n'en est qu'une plus belle apothéose. Certains qui auront l'esprit fraîchement émoulu aux combats de Hero se lasseront peut-être de ce qu'ils percevront comme une redite. C'est bien dommage car ce film a une réelle personnalité, autant de raffinement que son prédécesseur, et peut-être plus de cohérence. Une perle.

 

 Printemps, été, automne, hiver... et printemps

C'est aussi en 2004 que le prolifique Kim Ki-Duk nous proposait ce film au titre à rallonge : Printemps, été, automne, hiver... et printemps. Le principe est simple, la réalisation aussi, mais le style épuré – et presque inimitable de Kim – emporte encore une fois l'adhésion. On se laisse bercer lentement par ce moment de poésie humaine comme seuls les Coréens semblent pouvoir nous les offrir. Une vraie bouffée d'air pur.

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 La Grande Séduction

Il a des allures de téléfilm de France 3 ce film canadien, et pourtant il séduit très vite par son absence de prétention et la sincérité de sa démarche. Pour convaincre un médecin de s'installer sur une île perdue au large, les habitants de Sainte-Marie-La-Mauderne sont prêts à tout ! Mais comme ce cher Christopher, c'est surtout pour la simplicité des lieux qu'on finit par s'attacher et à ne plus vouloir quitter cette troupe bien chaleureuse. Un bon film honnête comme on les aime et comme on en a peu.

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 Fahrenheit 9/11

Oui, comme d'habitude avec ce bon vieux Michael Moore, il faudra faire avec un esprit un peu populo sur les bords et avec ses bonnes vieilles larmoiries par-ci par-là. Mais c'est en fait le prix à payer pour jouir de ce ton tellement incisif et de ces effets toujours aussi tranchants. Il n'y a pas à dire, Michael Moore sait y faire et mérite sur ce point toute notre admiration tant il sait donner de la dimension à des questions toujours centrales dans nos sociétés occidentales. Le sujet de ce film – l'administration Bush en l'occurrence – n'y fait finalement pas grand-chose à l'affaire. L'esprit Moore est là, et c'est avant tout pour cela que ses films méritent le détour.

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 Hellboy

Alors que la belle réussite de l'alchimie Raimi/Spider-man a donné l'idée à tous les studios de se débaucher des artistes à l'identité affirmée pour exploiter leurs grosses franchises, Hellboy s'est vu désigné comme réalisateur Guillermo Del Toro. Pour l'occasion, l'alchimie a fonctionné puisque l'univers graphique est tout simplement somptueux et nous plonge dans une atmosphère en tout point remarquable. Très noir, l'esprit Del Toro colle parfaitement à l'esprit original du comic-book et s'avère remarquablement oppressif. La réussite de ce film repose bien évidemment sur la maîtrise de chef d'orchestre, mais ne nions pas l'importance jouée par l'esthétique de tout ce bestiaire, mais aussi celle de l'interprétation inspirée de Ron Perlman. Bref, une incontestable réussite dans le genre.

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 Spider-man 2

Alors que l'on parlait justement du couple Raimi/Spider-man, 2004 était aussi la sortie de la suite tant attendue du premier volet des aventures de l'homme-araignée. Rien à redire : le spectacle est toujours au rendez-vous, l'esprit originel toujours aussi subtilement respecté et surtout l'audace scénaristique poussée à un niveau très élevé. En effet, on ne pourra pas dire que les péripéties entre Peter et Mary-Jane restent au point mort dans cet opus ! Bref de l'or en barre que ce Spider-man 2 qui, vieux déjà de ses cinq années, n'a pas perdu une once d'efficacité.

 Steamboy

Signant le retour de Katsuhiro Otomo, le célèbre papa d'Akira, ce Steamboy est un retour gagnant tant il sait agréablement surprendre par son cadre et son intrigue. On s'amuse d'ailleurs, bien qu'on se trouve en pleine Angleterre victorienne, à retrouver tous les éléments visuels qui composaient déjà le monde futuriste d'Akira. En tout cas, voila une bien belle réussite d'animation à n'en pas douter.

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 Benjamin Gates et le trésor des Templiers

Spectacle clairement formaté pour empiéter sur les plates-bandes d'Indiana Jones, ce Benjamin Gates s'en sort néanmoins avec les honneurs, sachant se réapproprier intelligemment tous les ingrédients qui ont fait la réussite de la quadrilogie Indy. La mythologie religieuse est remplacée par celle des Templiers sur fond de pères fondateurs. La méthode est la même, mais elle marche : montrer le monde dans lequel on vit comme potentiellement fantastique. Sur ce domaine, c'est mission accomplie.

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 Dodgeball – même pas mal !

Et on finit encore un top sur une note comique, celle-ci nous vient une fois de plus de ce cher Ben Stiller. Je l'avoue, j'ai sûrement un faible irrationnel pour son humour potache et parfois bien abstrait, mais en tout cas il est splendidement magnifié dans ce film sans prétention mais qui parvient à maintenir le rythme sans avoir à trop passer par des importations de gags déconnectés de l'esprit du film comme c'est souvent le cas dans ce genre de comédie. Bref, mon adhésion est totale. Etes-vous prêts à faire partie des autres contaminés ?



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commentaires

DanielOceanAndCo 27/04/2009 12:54

Si si, c'est possible d'aimer le début d'un film et pas la fin et inversement. Par ex, j'ai pas du tout aimé les 45 premières minutes de "To be or not to be" d'Ernst Lubitsch mais j'ai adoré les 45 dernières. Je me serais arrêté à la première moitié, j'aurai mis 1 étoile, la seconde étant géniale, j'ai mis 3 étoiles au final.

pL 27/04/2009 01:25

Oui, le débat me semble intéressant sur le projet Kill Bill. Est-ce deux films indépendants ou forment-ils un ensemble scindé simplement pour des raisons commerciales? Il y a à mon avis un peu des deux.

D'abord, c'est un seul projet, et j'ai toujours du mal à comprendre que l'on puisse aimer l'un et pas/ou moins l'autre (ce serait comme aimer le début d'un film mais pas la fin, ou inversement). Je trouve que les deux volumes sont aussi efficaces l'un que l'autre, et, surtout, adoptent un style totalement adapté à ce qu'ils racontent:
le premier décrit une envie de vengeance immédiate, multiplie les figures de la démesure (le combat contre les 88 fous par exemple) pour suggérer la folie meurtrière s'emparant d'un être qui a tout perdu. La mariée n'a plus de morale (elle assassine Vernita Green sous les yeux de sa fille), ni de limite (son voyage au Japon, l'attente d'un sabre...) : le film se contente (c'est loin d'être le terme adéquat mais bon) de raconter une histoire de vengeance, il se résume même à son titre. C'est simple, direct et efficace.
Ce jusqu'à la dernière réplique, annonçant la fin de la folie destructrice en même temps que celle du premier volume: la fille de la Mariée est vivante, il y a donc un happy-end possible malgré tout le sang versé.
Vient ensuite le second volume: le style et le rythme sont différents (ce qui est quand même d'une audace incroyable, et extrêmement surprenant à la première vision), mais la thématique reste inchangée. C'est toujours la vengeance qui est au coeur du film, seulement de l'eau à coulé sous les ponts. Du temps sépare la sortie en salles des deux films (et c'est pour cela que je pense que la sortie en deux parties, aussi savamment pensée, est une excellente chose), et c'est comme si la Mariée avait eu ce même temps de réflexion.
Le second volet commence par un flash-back (chronologiquement l'une des premières séquences du film), racontée par la Mariée: elle revient sur l'événement qui a engendré son comportement, preuve d'une réflexion sur son action. La Mariée est enfin nommée, elle s'appelle Beatrix Kido, ce qui lui donne une âme, une consistance supérieure (ce n'est plus le corps anonyme et insensible du premier volet). Les autres meurtres ne seront plus aussi violents que dans le premier (Budd n'est pas tuée par la Mariée elle-même, mais par un serpent dont elle a emprunté le pseudonyme, Elle Driver finit aveugle mais vivante), puisque ce film est celui de retrouvailles et de règlements de compte cette fois-ci verbaux(d'où la place plus importante de la parole). L'élimination des anciennes vipères assassines, ce n'est finalement que le passage d'obstacles qui séparent la Mariée de sa fille.
Bref, je m'égare un peu, mais tout ça pour dire que oui, les deux films sont opposés mais pourtant indissociables, à la fois identiques et différents. Donc je ne sais pas s'il faut les considérer séparément. A mon avis non, il faut penser Kill Bill dans son ensemble mais aussi regarder quels sont les avantages (et peut-être inconvénients pour certains?) d'une sortie en deux parties pour appréhender le projet de Tarantino. En tout cas, celui-ci, de part sa structure entre autres, est unique et - quelque part - révolutionnaire.

Startouffe 18/04/2009 15:05

Où est Kill Bill ?Salutations cher pL ! C'est toujours un plaisir de te savoir lecteur occasionnel de ce blog ! Merci de m'encourager dans cette idée des tops rétrospectifs. J'avoue pour ma part que l'idée me tentait depuis un certain moment la découverte et la redécouverte de film vieux de quelques années m'ont apporté récemment de grands moments de cinéphilie.

Mais ta réaction sur Kill Bill montre néanmoins toute la limite de ce concept ! Quels avantages mais en même temps quelles limites à faire des sélections purement personnelles et subjectives ! Eh oui ! - tu l'auras compris - même si j'ai adoré le premier volume de Kill Bill je suis resté très amer à la vision du volume 2. Par conséquent, je ne l'ai pas noté parmi les films dont j'estime (personnellement) qu'ils nécessitent un détour.

Voila donc pour ta question. Si jamais tu veux que je développe mon impression sur ce Tarantinesque exemple, n'hésite pas à m'inviter à le faire, ici ou sur ton blog !

pL 14/04/2009 14:48

Ce retour sur une année très riche en bons films est une excellente idée... Mais où est Kill Bill?

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