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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 13:29

Warner Bros. France     Affiche française. Twentieth Century Fox France

 

 

La science-fiction et l'humanité : entre l'individu capable de libre arbitre et l'espèce guidée vers un destin qui la dépasse…

 

 Certes, toutes les œuvres de science-fiction ne s'ancrent pas forcément dans une vision de l'humanité qui se définirait essentiellement au travers du dépassement de sa propre condition, qu'elle soit sociale physique ou bien même eschatologique. Malgré tout, c'est bien dans les œuvres qui participent à cette vision que les questionnements au sujet du véritable fondement de la nature humaine sont les plus intéressants. Et parmi tous ces questionnements, le grand mérite du cinéma de science-fiction est de se risquer à se poser la question qui est en fin de compte la plus essentielle qui soit : si l'espèce humaine doit se dépasser sans cesse, vers quelle direction nous conduit-elle ? …Comment faire question plus essentielle ?  Comment ne pas y voir là la base fondamentale de toute philosophie ? C'est aussi en cela que l'on peut dire que limiter la portée du cinéma de science-fiction à sa simple portée sociale est une vision fortement réductrice car – oui ! – derrière ses allures de divertissement parfois simpliste – le cinéma de science-fiction s'ose à aborder des questions fondamentales comme celle-ci : « où l'évolution de l'humanité nous conduit-elle ? » Bien évidemment, au sujet de cette grande question, la science-fiction apporte autant de pistes de réponses qu'il existe de films. Malgré tout, on pourrait considérer qu'au final, les films de science-fiction pourrait se diviser en deux camps : d'un côté ceux qui défendent l'idée d'une évolution dictée par le seul libre-arbitre ; de l'autre ceux qui voient l'humanité comme guidée sur la voie d'une destinée préécrite qu'elle se doit d'accomplir.

La vie de l'Homme est-elle prédéfinie par une destinée, qu'il s'agisse de celle des individus comme de celle de l'espèce entière ? L'idée que l'Homme se définirait justement par sa capacité à dépasser sa propre condition induirait justement l'idée qu'il n'y a pas de destinée pour l'Homme, puisqu'au final il aurait le choix. Principe fondamental des courants philosophiques humanistes, le « libre-arbitre » constitue encore aujourd'hui une base de notre façon de percevoir l'individu et l'humanité dans son ensemble. Le libre arbitre, c'est la capacité de juger par soi-même, et surtout sa capacité de choisir. Un avenir de l'Homme défini par ses choix, c'est la vision que défendrait notamment la plupart des films qui s'amusent à traiter du voyage dans le temps. Concept excitant par son seul principe, le voyage dans le temps est surtout l'occasion pour le cinéma de science-fiction d'interroger l'individu et l'humanité sur la portée de ses actes. Dans le film clef concernant le voyage dans le temps, j'ai nommé Retour vers le futur, Marty et Doc peuvent juger, au travers des multiples expériences volontaires ou non qu'ils accomplissent, que le monde tel qu'ils le connaissent est le fruit d'actions passées, et que ces actions découlent des choix et des décisions passées de chacun. Ainsi, le fait que le père de Marty se rebiffe face à Biff au lieu de plier le genou comme il avait l'habitude de le faire a eu pour principale conséquence de changer du tout au tout son existence. De même, le fait que Marty arrive enfin à prendre le dessus sur sa susceptibilité chronique lui évitera l'accident qui lui aurait gâché le reste de son existence comme cela a été vu dans Retour vers le futur 2 et 3. Or, les exemples de films à démontrer l'impact du libre arbitre sur le cheminement de l'individu et de l'espèce sont multiples.

   

Toujours à l'échelle de la vie individuelle, on pourrait aussi un très bel exemple plus ou moins similaire en ce qui concerne l'utilisation du voyage dans le temps, c'est l'Effet Papillon. Dans ce film, le héros prénommé Evan découvre qu'à force de concentration sur son album photo, il peut se retrouver temporairement lors d'un des instants capturés en image afin d'en changer un détail. L'opération entraîne souvent un évanouissement de la part d'Evan, mais le fait est que, quand il se réveille, il retrouve toujours son monde présent totalement transfiguré. C'est que la logique de l'Effet Papillon est simple : la vie d'un individu n'est que le fruit des conséquences des actes qu'il a commis ou subi. Quand Evan fait en sorte que l'évènement qui a traumatisé son ami n'ait plus lieu, cet ami devient plus épanoui, mais au dépend d'Evan. Lorsque Evan sauve sa petite amie d'un père qui autrefois l'avait maltraité, il évite d'en faire une prostituée junkie, mais une fois de plus cela va avoir un autre impact en retour. La vie selon l'Effet papillon n'est que la somme des actes subis ou commis. Ainsi, le film défend l'idée que nous nous construisons en fonction des expériences, des conditions, des traumatismes qui dictent nos vies. Certes, l'énoncé du film le réfèrerait plus au genre fantastique qu'au genre SF en particulier, mais le principe est finalement le même que celui du voyage dans le temps, thématique chérie du cinéma de science-fiction. Par exemple, on aurait pu prendre l'exemple de la Traversée du temps, film d'animation de 2007 qui raconte sensiblement la même histoire avec les mêmes enjeux, sauf que là c'est une étrange graine qui permet de remonter dans le temps à des évènements que l'on fixe par la volonté. On pourrait aussi citer Donnie Darko, mais aussi The Jacket où un soldat accepte de remonter dans le temps afin de comprendre comment un évènement passé dont il avait oublié l'existence a eu un impact considérable sur son avenir. On pourrait également évoquer des exemples moins glorieux mais tout aussi révélateurs de cette logique, comme Paycheck où bien encore Timemaster ou c'est justement l'amusement de quelques joueurs de modifier le monde en en modifiant le passé… Mais au final – et on pourrait d'ailleurs allonger cette liste de bien plus de films – l'ensemble de ces intrigues répondent à la même logique : ils considèrent tous finalement l'avenir de l'Homme ne se décide qu'à l'usage qu'il fait de son libre arbitre, et que par conséquent, l'Homme est libre de sa destinée. Cette logique peut aller très loin, puisqu'elle peut donner lieu à des visions où l'humanité serait capable d'aller au-delà des limites qui lui seraient prédéfinie par sa nature ou celle de son univers…

          

L'Homme est-il libre de tout destin ? Certains films de science-fiction auraient tendance à pousser l'affirmation très loin. Il suffit pour nous de remonter le temps cinématographique de seulement quelques années pour trouver deux splendides exemples aussi remarquables au niveau de leur qualité que de par la richesse de leurs propos sur la question. Le premier daterait de 2006 puisqu'il s'agit de The Fountain de Darren Aronofsky. Dans ce film, il s'agit ni plus ni moins de chercher d'abolir la suprême sanction qui s'abat sur tout homme : la mort. En effet, pour sauver sa femme Liz, le savant Tom Creo s'efforce de trouver un remède face à ce qu'il perçoit comme une simple maladie comme une autre : la mort. Dans ce film, l'exercice du libre-arbitre humain dépasse carrément le cadre des lois universelles fondamentales. La question se pose alors de savoir si le libre-arbitre humain est poussé à un tel point qu'il en deviendrait un égal d'un Dieu, qui n'aurait que pour seules limites celles de sa volonté. Cette vision est aussi celle que l'on retrouve dans un autre grand film de science-fiction, plus récent encore, puisqu'il s'agit du Sunshine de Danny Boyle. Là, la question ne se limite plus à l'échelle d'un simple individu mais à l'espèce toute entière. Dans Sunshine, le soleil meurt, et l'humanité avec… forcément. Mais loin d'accepter les règles fondamentales dictées par mère nature, les Hommes décident d'envoyer une mission sur le soleil – la mission Icarus – afin d'y faire exploser une bombe qui fera renaître l'astre solaire si nécessaire à la vie sur Terre. Là aussi, l'Homme se transmute en Dieu et s'en arroge les pouvoirs. Mais dans Sunshine comme dans The Fountain, on ne se contente pas seulement de poser l'Homme en Dieu, on se permet de s'interroger sur la légitimité et la logique d'une telle posture.

 Hugh Jackman et Rachel Weisz. TFM Distribution TFM Distribution Rachel Weisz et Hugh Jackman. TFM Distribution

Ce qui intéressant dans ce qui est induit de l'Homme dans ces deux films que sont The Fountain et Sunshine, c'est qu'on ne dit pas de lui qu'il ne peut pas devenir Dieu – puisque finalement Tom triomphera bien de la mort dans The Fountain et que Icarus II réactivera le soleil dans Sunshine – mais c'est qu'on se demande s'il le doit ou s'il a intérêt à le faire. Dans Sunshine, l'équipage d'Icarus I a préféré se saborder plutôt que de réactiver le soleil, écrasés par la responsabilité de jouer à des dieux qu'ils n'estimaient pas être. C'est d'ailleurs dommage  que Danny Boyle, l'auteur du film, n'ait pas étoffé d'avantage son œuvre sur ce thème car c'est incontestablement la vraie faiblesse de son chef d'œuvre. Dans The Fountain, par contre, Tom atteint l'immortalité mais pour comprendre par la suite qu'une vie sans mort conduit à un non-sens absolu. Et c'est finalement cette idée là qui amène  parfois certaines œuvres de science-fiction à sortir de l'idée d'un avenir seulement dicté par les choix pris et par les actes passés. Puisque les actes des individus comme de l'ensemble de l'humanité ne relèveraient forcément que du simple choix entre une alternative et une autre qui se vaudrait – comme choisir de sauver untel plutôt que bidule dans l'Effet Papillon ou Donnie Darko, de choisir tel destin plutôt qu'un autre dans Retour vers le futur ou Timemaster – mais qu'au contraire les choix relève d'une logique (sauver le soleil dans Sunshine) ou du non-sens (supprimer la mort dans The Fountain) la question se pose si le dépassement permanent de l'humanité par rapport à sa condition ne relève pas plutôt d'une logique qu'on pourrait préétablir que d'un choix à proprement parler… S'il y a logique prédéterminée dans notre façon d'évoluer, alors il peut y avoir ce qu'on appelle un destin. Or, il existe également un certain nombre d'œuvres de science-fiction qui se plaisent justement à sortir d'une vision où l'avenir serait seulement défini par ses actes. Ces films qui impliquent clairement l'idée d'une « destinée » pour l'humanité ont souvent proposé au cinéma des visions qui pour le coup peuvent poser de véritables questions existentielles…

Twentieth Century Fox France Twentieth Century Fox France Cillian Murphy. Twentieth Century Fox France

L'un des films qui a peut-être le plus focalisé son attention sur la notion de destinée à l'action humaine est peut-être bien le Minority Report de Steven Spielberg, là encore une adaptation d'une nouvelle de Philip K. Dick. En plus de placer la notion de destinée au cœur de son sujet, ce film a le grand mérite de poser la question à l'échelle de l'individu plutôt qu'à celle de l'espèce en son entier, d'où une meilleure lisibilité de la question. Comme souvent avec Dick, l'intrigue a pour mérite de se résumer en soi à une interrogation philosophique. Pour Minority Report, cela pourrait se faire de la façon suivante : « et si on pouvait anticiper un crime au point d'empêcher qu'il soit commis, pourrait-on pour autant considérer que l'auteur d'une crime potentiel est un criminel puisqu'au final il n'est passé à l'action ? » Pour rendre ce principe intelligible, Minority Report coud son intrigue autour de l'idée qu'on soit parvenu à créer un système d'anticipation des crimes : les Precogs. Les Precogs sont en fait un système de trois médiums branchés en permanence les uns aux autres et dont les visions sont captées puis interprétées par un ordinateur afin qu'il puisse définir la victime, la date, la nature du crime et surtout des éléments visuels qui permettront de définir le lieu afin que le crime soit évité. Cette brigade d'anticipation des crimes, baptisée Precrime, fonctionne bien, si bien même qu'aucun crime n'a plus été recensé dans le district où le programme Precog a été expérimenté. L'un des membres de la brigade, l'agent John Anderton, est tellement convaincu de l'efficacité du procédé qu'il en est l'un des plus farouches défenseurs. A ceux qui estiment qu'on ne peut pas être sûr qu'un crime va être commis si on l'empêche d'être commis, Anderton leur explique que ce n'est pas parce que vous rattrapez une boule en train de tomber que vous ne pouvez pas avoir la certitude qu'elle allait tomber si personne ne la rattrapait. Seulement, les certitudes d'Anderton vont voler en éclat lorsque les Precogs vont prédire qu'il est sur le point de commettre un meurtre, prémédité qui plus est, alors qu'il ne se sent pas à instant l'envie de tuer qui que ce soit…

   Tom Cruise. UFD  Tom Cruise. UFD

La vision de la « prédestination » éventuelle des actes dans Minority Report est d'autant plus intéressante que le déroulement de l'intrigue y apporte une réelle ambiguïté. On pourrait penser de prime abord que le film tient à dénoncer une vision prédéfinie des évènements et des personnes au travers d'un système Precrime dont on ne manquerait pas de révéler tous les paradoxes de sa façon de fonctionnement. C'est vrai qu'au final, John Anderton n'était pas coupable, il ne voulait pas tuer l'homme qu'on prédisait qu'il tuerait, et afin de prouver son innocence, il a même mis à jour une faille au système qu'on appelle justement le « rapport minoritaire » volontairement passé sous silence pour garantir l'infaillibilité du programme  et qui consiste au fait qu'un precog contredise la vision des deux autres. Seulement voilà la résolution de l'affaire se révèle plus complexe, et par là même la vision que donne le film de la prédestination. En effet, à bien revoir le film, on ne manquera pas de noter que John Anderton n'a au final pas subi le cas de rapport minoritaire en ce qui concerne la vision de son meurtre : les trois Pregogs s'étaient accordés sur la prévision du meurtre. Finalement la victime annoncée est bien morte, et le meurtre était bien prémédité mais par quelqu'un d'autre qui espérait faire porter le chapeau à John. Finalement, l'erreur ne relève pas du principe de la prédiction, l'erreur relevait de l'interprétation humaine qui avait été faite de cette prédiction. Le principe énoncé par ce film est intéressant, car il induit l'idée que les individus et l'humanité dans sa globalité a peut-être un chemin tout tracé, mais que l'Homme n'est pas apte à la percevoir et à l'interpréter.

Tom Cruise. UFD Tom Cruise et Colin Farrell. UFD

Autre film a succès qui implique la notion de destinée, c'est finalement la saga culte Matrix. Certes, et certains ne manqueront pas de se le rappeler, Matrix, c'est aussi l'Homme qui triomphe de la condition que lui a imposée la machine, et qui par conséquent exprime là son plein libre-arbitre.  Mais d'un autre côté l'intrigue de ce film ne repose-t-elle pas aussi sur le principe d'une prophétie ? le fait est en tout cas, qu'à la fin de la saga avec l'épisode Matrix Revolutions, que l'Homme et la machine finissent par allier leurs destins. Ainsi, la saga semble-t-elle induire que l'avènement de la machine faisait partie de l'évolution humaine, et que vouloir triompher d'elle relevait du non-sens. Ainsi, le film semble induire l'idée que si l'Homme peut imposer ses choix, il ne peut totalement agir contre sa destinée, ici en l'occurrence le fait d'avoir besoin de la machine pour continuer à évoluer… Savoir percevoir son destin, afin de mieux l'accomplir : cette vision des choses semblent autant correspondre à Minority Report qu'à Matrix Revolutions. Il s'ancre aussi parfaitement dans l'histoire racontée par I, Robot, film inspirée d'un autre grand nom de la littérature de science-fiction : Isaac Asimov. Comme dans Matrix, l'humanité se retrouve dans I, Robot confrontée à un coup d'Etat de la part des machines. Sauf qu'ici, les raisons exposées par la machine pour justifier sa prise de pouvoir révèle clairement l'ambiguïté de la position que doivent adopter les humains face à ce qui leur est présenté comme une nécessité pour la poursuite de leur évolution.

Warner Bros. France  Mary Alice et Keanu Reeves. Warner Bros. France  Keanu Reeves et Hugo Weaving. Warner Bros. France

C'est que toute cette histoire part du fait que les robots de I, Robot ont été créés selon un système d'éthique composé de trois lois afin que ceux-ci restent sous l'obéissance humaine, lois qui visiblement ont été corrompus par l'ordinateur central qui met à jour tous les robots, VIKI, et qui entend prendre le pouvoir a elle seule. En effet, la première loi interdit aux robots de porter atteinte à un être humain ni, restant passifs, de laisser cet être humain exposé au danger. La deuxième loi oblige les robots à obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi. Enfin, la troisième loi n'autorise les robots a protéger leur existence mais seulement dans la mesure où cette protection ne soit pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi. D'ailleurs, au début du film, quand le détective Del Spooner expose l'idée que WIKI prépare un coup d'Etat, on juge cette idée inconcevable dans le mesure où le système des trois lois empêche les robots de nuire aux humains et les force à leur obéir. Seulement voilà, lorsque la révélation est faite des motivations de VIKI, celle-ci prétend prendre le contrôle de la société humaine dans la seule optique d'obéir à la première loi : « Ne pas laisser les humains exposés au danger ». A ses yeux, l'Homme étant un loup pour l'Homme, lui laisser l'initiative de sa propre société est l'exposer en danger. Ainsi, conformément aux deux autres lois, VIKI a fait fi des ordres humains pour quelle stoppe ses actions car elle estimait que ces ordres étaient contraire à la premier loi. Comme dans le cas de Miniroty Report, ce n'est pas le système qui a failli, c'est l'interprétation que l'Homme en a fait. Et comme dans Matrix Revolutions, l'Homme se retrouve confronté à l'idée que, bien que cela rentre à l'encontre de l'exercice de son libre-arbitre, il n'a pas le choix de sa destinée. Il se doit d'accepter la voie que la logique a tracé pour lui, un point c'est tout.

UFD            

Ce qui est intéressant de constater c'est que, bien que la vision d'une humanité qui se doit d'obéir à sa destinée semble plus autoritaire et moins séduisante que l'idée qui consiste à dire que l'Homme est maître de son avenir au travers de ses choix, la science-fiction parvient néanmoins à rendre cette possible interprétation de l'évolution humaine comme étant néanmoins une aventure palpitante et stimulante. Certes, il ne s'agit plus de choisir sa voie mais néanmoins, même s'il n'y en aurait qu'une, il reste néanmoins le plaisir de l'aventure qui consiste à la trouver. C'est en tout cas dans cette lignée que s'ancrerait le plus grand chef d'œuvre de science-fiction de tous les temps : 2001, l'odyssée de l'espace. Plus grand chef d'œuvre, 2001 le serait à mes yeux parce qu'il a justement l'audace de chercher à saisir l'essence de l'espèce en son entier, et pour se faire ce film se permet ni plus ni moins de retracer le temps de 2h30, l'histoire de l'humanité de l'origine jusqu'à la fin. Toute la démarche de 2001 consiste à nous faire porter sur notre condition d'être humain le regard le plus large possible, aussi bien dans l'espace que dans le temps. Dans l'espace, 2001 relativise ce que représente l'homme à l'égard de l'univers : moins qu'une poussière. Dans le temps, 2001 montre que les individus ne vivent finalement que selon une logique qui les dépassent mais selon un plan et un but qu'ils accomplissent malgré tout, bien qu'il leur échappe. Symbole de cette destinée qui échappe à l'entendement humain : le monolithe noir , cette drôle de pierre qui n'est ni dieu ni magie, mais qui dirige progressivement les hommes, tel un jeu de piste, d'étapes en étapes de l'évolution jusqu'à devenir un être qui dépassera la condition d'être humain…

 

 

Conclusion : la science-fiction comme l'absolu du cinéma… tout court ?

 

Que cet article se conclut sur 2001 ne pouvait pas mieux tomber ; de toute façon il n'aurait pu en être autrement. Ce n'est pas que 2001 occupe chez moi une place de choix – la première dans mon cœur à n'en pas douter – et que par conséquent il me plaisait qu'égoïstement on finisse sur la note qui me semblait la plus mélodieuse. Il y a plus que cela. Conclure sur 2001. c'est conclure sur un film qui synthétise finalement à merveille tous les aspects que cet article à chercher à vous montrer. 2001 incarne la science-fiction pour ce qu'on ne met pas suffisamment en valeur d'elle. Oui, il est vrai que le genre de la science-fiction mérite des honneurs pour avoir su capter son temps – presque malgré elle – en se faisant la carotte glacière des préoccupations sociales de son époque, mais on ne peut la limiter à cela. La science-fiction ne peut être réduite à du cinéma social, dont elle serait par ailleurs une certaine forme d'absolu. La science-fiction est aussi et surtout du cinéma de l'humain. Dans quel autre genre retrouvera-t-on ce qu'on retrouve si régulièrement dans les œuvres de science-fiction et dont 2001 pourrait se faire le parangon ? Quel autre genre appelle aussi souvent à se questionner sur les fondements de la nature humaine ? Quel autre film cherche-t-on à définir l'Homme même par défaut, comme peut le faire 2001 au travers du cultissime ordinateur HAL9000 ? Combien de films nous ont déjà appeler à nous questionner sur ce qui nous appelait sans cesse à dépasser notre condition humaine ? Et combien ont chercher à nous faire prendre conscience de la nature merveilleuse que constitue cette incroyable aventure qui inscrit notre quotidien dans un gigantesque accomplissement cosmique ?

Absolu du cinéma social et absolu du cinéma humain ; faut-il pour autant en déduire que la science-fiction est une forme absolue du cinéma tout court ? Bien évidemment, aucun genre cinématographique ne pourra justifier de sa suprématie par rapport aux autres genres. Néanmoins, peut-être pourrait-on au moins le considérée clairement et pleinement comme un genre tout aussi noble qu'un autre, et non pas seulement par principe, mais aussi par estime sincère. Comment avoir des réticences à l'égard d'un genre parce qu'on l'estime plus généralement destiné à un public jeune, ou en mal de spectaculaire ? Au contraire ! On devrait se réjouir qu'un tel genre existe : un genre qui puisse à la fois ralier le plus grand nombre tout en offrant la possibilité au spectateur qui s'y risque d'avoir accès à un regard sur le monde, sur la société ou sur l'homme, qui serait en mesure de révolutionner ses perceptions. Faire voire autrement : c'est bien cela la vocation du cinéma ! Et tant qu'on n'aura pas compris que la science-fiction participe autant que tous les autres genres à cette noble entreprise, alors il sera difficile de prétendre être un véritable amateur de véritable cinéma.



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Publié par L'homme-grenouille - dans Regard amphibien sur le ciné
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Startouffe 29/12/2009 14:31

Aaaah ! Je me réjouis de savoir que tu laisses une chance à ce cher Battlestar ! Je viens de finir la rédaction de l'article. Je suis actuellement dans la phase de capture d'images de la série pour les illustrations. Je pense que demain soir, l'article devrait être finalisé... Mais tu connais les problèmes que l'on rencontre avec Allociné, on peut avoir des surprises...

A très bientôt alors... Sur mon blog ou sur le tien ! ;)

Darkskywalker 27/12/2009 15:16

J'ai peut être jugé trop rapidemment Battlestar Galactica, des amis m'en ont dit le plus grand bien également, je lirais ton article sur ce sujet avec plaisir!

Startouffe 20/12/2009 18:58

Au sujet de Clones et de Fondation...Salutations cher Darkskywalker,

Je profite de mes vacances de Noël pour répondre à ton commentaire (mais avec un grand retard je te l'accorde, mais mon travail ne me donne que très peu de repos...)

Bien évidemment, je te remercie de tous ces compliments que tu me fais, et j'apprécie de voir que les adorateurs de science-fiction sont légions. Entre temps je pense que tu as vu "Clones" et tu en conviendras certainement, ce n'était pas si extraordinaire que cela... Pour ce qui est de "Fondation", je t'avoue ne pas l'avoir lu, même si on m'en dit le plus grand bien. Un jour peut-être, si j'ai le temps...

Par contre, pour toi qui aime la science-fiction, je t'avoue avoir connu un grand coup de coeur dernièrement, c'est la série Battlestar Galactica, je vais d'ailleurs en faire un article prochainement... J'ai cru comprendre que tu n'avais pas du tout apprécié, je serais ravi d'avoir ton avis là-dessus en tout cas lorsque l'occasion se présentera... A plus l'ami...

Darkskywalker 31/08/2009 18:45

Salut ami cinéphile! Ayant toujours été intéressé par la science fiction, j'ai parcouru ton article avec grand intérêt et je ne peux qu'être d'accord avec ta défense de ce genre cinématographique passionnant. Je crains que le grand public n'associe trop régulièrement la science fiction au simple divertissement populaire entre Star Wars et Star Trek et même des oeuvres comme Matrix sont trop associés à leur dimension spectaculaire. Il est donc bon de rappeller les profondes réflexions liés aux récits de science fiction, pas seulement au cinéma d'ailleurs, je me rappelle avoir été trés intéressé par la Fondation d'Assimov ou Dune de Frank Herbert. On peut noter que c'est un genre qui tente trés régulièrement même à des moindres degrés de proposer en arrière fond une certaine réflexion sur la condition humaine, même quand le film se veut grand public.
En ce qui concerne l'actualité dans les salles obscures, je suis assez intéressé par Clones avec l'ami Willis de même que le prochain Nolan qui semblent proposer des concepts intéressants. Encore félicitations pour ton article, ton blog est de loin celui qui m'intéresse le plus dans la communauté Allocinéenne.

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