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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 23:54

    UFD

 

 

La carotte glacière des préoccupations de son temps.

 

Peut-être plus que les autres genres cinématographiques, la science-fiction nous en apprend beaucoup sur l'époque dans laquelle elle s'ancre. Cette caractéristique est d'autant plus amusante qu'à la base, l'œuvre de science-fiction nourrit pour but d'offrir une vision du futur, alors qu'au final c'est bien de son présent qu'elle offre la meilleure vue. Il suffit de remettre chacune des œuvres de science-fiction dans leur contexte historique pour s'en convaincre. Dès lors, la science-fiction devient une véritable carotte extraite de la glace ! Elle nous permet de reconstituer l'esprit du passé en en parcourant les multiples strates.

 

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Les âges d'or de la science-fiction sont déjà en soi une information remarquable. Les années 1950 marquent certainement l'explosion des productions dans le genre, une explosion qui ne ramollira pas avant la fin des années 1970. Cela correspond justement à une période où la science s'immisce dans le quotidien de chacun : la peur de l'holocauste nucléaire et des éventuels spoutniks qui tombent du ciel sont autant d'éléments qui peuplent soudainement l'imaginaire collectif. Dans l'univers de la science-fiction cela se traduit d'ailleurs par la prolifération d'œuvres mettant en scène des invasions extra-terrestres. Symbole de ce type de film : le fameux Plan 9 from Outer Space d'Ed Wood (1959). Véritable nanar populaire par excellence, ce film traduit néanmoins bien la sensibilité de l'instant. C'est d'ailleurs de cette même période que Tim Burton, réalisateur nostalgique de cette période, va exhumer ces fameuses cartes à jouer mettant en scène des martiens verts à grosses têtes et qui inspirera par la suite son cultissime Mars Attacks ! Le succès de cette thématique de l'invasion surprise des Martiens traduit bien un état d'esprit de l'époque : celle de la peur de l'attaque soviétique. Dans cette atmosphère de guerre latente qu'est la Guerre Froide, la surprise de l'attaque se situe aussi bien sur le moment où elle va être déclenché, l'endroit où elle va frapper en premier et – surtout – la surprise de la forme technologique de l'attaque ! La Guerre Froide, c'est avant tout  la course aux armements, la course aux technologies. Alors que les Américains ont surpris leur monde avec la bombe atomique, les Russes surprennent avec Spoutnik. Les années 50, dans la vie quotidienne comme dans la science-fiction, marque le succès de l'anxiété des sociétés face à la situation internationale.

 

 

 

Un film traduit certainement cet esprit de l'époque mieux que nul autre, c'est le célèbre jour où la Terre s'arrêta de Robert Wise (1952). A l'instar de beaucoup de films, celui-ci se repose sur le principe d'un débarquement surprise d'une soucoupe extra-terrestre en plein Washington. En ressort un robot taillé dans un métal indestructible et un individu à l'apparence humaine : un certain Klatoo. Bien évidemment, un tel évènement suscite la plus vive inquiétude : la soucoupe, le robot et le visiteur, sont gardés sous haute protection militaire. Une pléiade de tanks est prête à faire feu sur la soucoupe ou le robot si ceux-ci témoignent du moindre signe suspect. Klaatu dit venir sur Terre pour transmettre un message de la plus haute importance et qui concerne l'humanité toute entière : il demande la réunion de tous les chefs d'Etats de la planète pour une grande réunion. Seulement face au scepticisme des autorités américaines qui évoquent un contexte international défavorable, Klaatu décide de s'évader pour prendre contact avec des êtres plus conciliants.

 

 

 

Le jour où la Terre s'arrêta, c'est un modèle du genre en terme d'imprégnation dans le contexte de l'époque. Au travers de son sujet, il pose le spectateur en juge extérieur du monde dans lequel il vit. On lui présente un monde incapable de gérer une crise planétaire à cause de ses multiples dissensions politiques. Lorsqu'il s'agit d'organiser un sommet international, le Russes refusent qu'il se déroule à Washington D.C., de même que les Américains n'entendent pas se rendre à Moscou. Chacun ne veut pas donner l'occasion à l'autre d'exploiter la situation à son avantage. En cela, il traduit très bien la situation internationale de son époque. De même, le voyage anonyme de Klaatu au sein de la société américaine alors qu'il est recherché par tous est très riche d'enseignements : la suspicion, la méfiance et la peur sont des règles d'or. Sont mis en évidence, dans ce climat, l'importance du paraître et le jugement que chacun porte sur tout le monde par rapport à son respect ou non des normes et convenances sociales. Mais ce film, c'est aussi l'expression nette de la peur de l'apocalypse technologique. Désormais, les jeux de guerres se font à coup de bombes à neutron, au-delà de la survie d'un modèle, c'est la survie du genre humain qui est en jeu. Or – la survie humaine – c'est justement le thème du discours que délivre Klaatu à l'humanité. Il faut faire cesser cette course à la destruction, où la fédération à laquelle appartient Klaatu se décidera à rayer la menace humaine de la carte.

 

 

 

L'écoulement des années, et l'apocalypse ne survenant pas, la science-fiction traduit progressivement d'un regain de confiance en l'avenir et le progrès. La préoccupation de la Guerre Froide ne s'efface pas encore totalement, mais le vécu des Trente Glorieuses – cette période de développement économique et social considérable qui dure jusqu'en 1973 – commence à marquer les esprits et c'est alors que les œuvres plus optimistes font jour. On a évoqué plus tôt 2001 et Rencontre du Troisième Type qui sont les deux joyaux de science-fiction qui expriment sûrement le mieux cette confiance en la science et l'avenir. Mais c'est aussi une période où le rapport face à l'immensité spatiale s'inverse. Ce ne sont plus des espèces extra-terrestres qui viennent nous envahir, mais c'est l'Homme ce coup-ci qui part à la conquête de l'espace ! Star Trek se pose en cela en précurseur puisque, dès 1966, il fait écumer l'infini stellaire aux membres de l'USS Enterprise. Il faut bien sûr y voir là l'influence des premières conquêtes spatiales qui stimulent alors les imaginations de l'époque, le point d'orgue ayant été l'envoi de Youri Gagarine dans l'espace dès 1961. Mais, bien évidemment, le premier pas de l'Homme sur la Lune va lui aussi joué son rôle d'impulseur d'intrigues à base de conquête spatiale. La Guerre des étoiles en 1976 marque en cela un symbole dans le sous-genre dit du space opera.  Par bien des points, le space opera traduit la confiance sereine de la société occidentale des années 70 en une société future qui sera meilleure et pleine de découvertes.

 

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L'élan de la science-fiction optimiste et confiante en le progrès humain est néanmoins cassé par la crise pétrolière de 1973 qui a mis un frein à la croissance exponentielle des sociétés d'Occident. Déjà, la crise monétaire de 1971 et le traumatisme grandissant de la guerre du Viet-Nam avait commencé à gripper l'enthousiasme ambiant, suscitant les premières remises en cause du système en place. Là encore, la science-fiction nous permet d'observer les mutations culturelles au travers des termes abordés par les différents films qui la compose. Dès 1974, Soleil Vert questionne ouvertement la finalité d'une société basée sur le principe de consommation. Alors que dans les rues on commence à accuser un modèle économique et social matérialiste dont la devise est devenu le profit, Soleil Vert incarne ce retour à la science-fiction qui présente le progrès comme possible déshumanisation de la société. Entre Metropolis et Soleil Vert, il n'y a qu'un pas ! Dans Metropolis, le progrès de la technique a permis à Frederman d'avoir cette idée folle de substituer les machines aux Hommes ; dans Soleil Vert, l'idée folle a été de considérer que l'Homme pouvait remplacer la nourriture de l'Homme ! En effet, dans la société futuriste de Soleil Vert, l'humanité ne parvient plus à nourrir sa population surabondante : seul un drôle d'aliment appelé le soleil vert y parvient ! Outil à partir duquel les industrieux maintiennent la population sous leur dépendance, le soleil vert cache en fait ce terrible secret qu'il est fabriqué à partir de corps humains. Cette thématique qui vilipende la société de consommation connaîtra un regain de forme dès le début des années 80 et l'arrivée de Ronald Reagan au pouvoir. C'est d'ailleurs en 1989 que sortira cette remarquable satire SF de la société reaganienne : j'ai nommé Invasion Los Angeles. Dans le style inimitable de John Carpenter, Invasion Los Angeles nous présentait une Amérique passée sous contrôle d'extra-terrestres mêlés parmi nous. Pour les voir, et pour voir leur outil d'asservissement : des lunettes noires. Dès qu'on les chaussent, la réalité de l'Amérique reaganienne apparaît au grand jour : les pubs, les magazines, les émissions télé ne sont en fait que d'immondes messages subliminaux appelant à la consommation, à la reproduction, et à la pensée conforme. A nouveau, la société déshumanisante est un thème qui fait recette.

 

Swashbuckler Films 

 

Dès lors, les années 1980 sont des années hybrides concernant la science-fiction. Se côtoient à nombre égal les œuvres qui poursuivent dans la mouvance de l'avenir enthousiaste des années 1970 (c'est le cas notamment de E.T. en 1982) et celles qui reviennent à un modèle plus contestataire par rapport à leur société, comme c'est le cas du New-York 1997 de John Carpenter (1981) par exemple. Mais on remarquera que pour la plupart des cas, les œuvres des années 1980 sont rarement hermétiques à l'une des deux tendances, et il est fréquent de retrouver dans ces films une ambivalence qui s'opère dans la façon d'aborder les thématiques propres à la SF. Ainsi, Blade Runner – fleuron du cinéma de science-fiction des années 80 – présente-t-il à la fois un monde futuriste déshumanisant, écrasant l'individu par son gigantisme et noircissant le ciel de ses fumées industrieuses, mais tout en présentant un regard émerveillé sur ces robots tueurs que sont les réplicants. Toujours par le même réalisateur – Ridley Scott – on retrouvait aussi dans la saga Alien (1979) ce mélange de postures.  D'un côté on a l'utilisation d'un thème « optimiste » des années 1970, la conquête de l'espace, mais de l'autre, on a cette menace extra-terrestre qui manque d'exterminer tout l'équipage. D'un certain point de vue d'ailleurs, Alien c'est un petit peu le symbole de la désillusion par rapport aux rêves qui sont nés des années 60 et 70. Autre film dans un style plus feutré, vers la fin de la décennie, on notera aussi ce mélange qu'a opèré Abyss de James Cameron (1989) entre la fascination propre à Rencontre du troisième type et contexte de Guerre Froide dans la lignée du Jour où la Terre s'arrêta. Enfin, on avait déjà évoqué l'ambiguïté présente dans d'autres films comme Mad Max (difficile de trouver film plus influencé par la crise pétrolière que celui-là !) et Total Recall. Ces deux films aussi se veulent finalement de dignes représentants de cette période de transition que sont les années 1980. A bien des égards d'ailleurs, le début des années 1990 ne se distinguent que très peu de la décennie précédente, du moins à en regarder les productions SF de l'époque. Terminator 2 sert à lui seul d'exemple de classissisme au niveau des thématiques et des points de vue employés.

 

  Sigourney Weaver. UFD   Fox

 

Là où la science-fiction des années 1990 commence à traduire un changement social, c'est bien dans sa deuxième moitié avec la réappropriation des thématiques propres à la révolution informatique que connaît alors le monde moderne. Précurseur dans le genre, bien que de moindre qualité : le cobaye (1991), et surtout le cobaye 2 : cyberspace (1996). Voici deux films qui traduisent clairement le passage de la société de l'ère industrielle à celle de l'information. Ici, les ennemis et les batailles ne se déroulent plus dans le monde concret, et les victoires ne se remportent pas grâce à un avantage matériel. Le Cobaye 2, c'est la lutte pour le contrôle d'un monde virtuel où les gens préfèrent désormais se réfugier plutôt que de vivre dans le monde réel. Même si ce film est de piètre qualité, il marque un tournant par rapport à un Terminator 2 où Skynet était certes une intelligence artificielle, mais qui néanmoins prend le contrôle du monde physiquement, à l'aide d'un appui technique et industriel conséquent. Cette exploration du monde informatique prendra tout son sens avec l'essor que prendra Internet et la révolution culturel qu'il va engendré. Ainsi, en 1995, Ghost In The Shell va explorer le filon avec cette histoire de pirate informatique qui pénètre les esprits des gens via le réseau. Mais, bien évidemment, c'est la sortie de Matrix en 1998 qui le mieux témoigner de cette mutation des mentalités avec une intrigue et un propos qui ont déjà été maintes fois explicités dans cette article et sur ce blog.

 

 

Encore aujourd'hui, la science-fiction est un très bon thermomètre pour prendre la température des préoccupations de notre société. Chaque découverte scientifique, chaque progrès de la science, entraîne derrière elle son lot de films de SF, de plus ou moins bonnes qualités, qui viennent porter leur réflexion sur l'impact d'un tel progrès sur la société humaine. Pour exemple, le clonage de la brebis Dolly en 1996 et le décodage du génome humain en 2003 peuvent expliquer que le début des années 2000 sollicite à ce point la thématique de la génétique. Ainsi, dès 1998, Andrew Niccol se questionnait sur les conséquences eugénistes d'une société fondée sur le déterminisme génétique dans le très bon Bienvenue à Gattaca. En 2000, c'est dans un registre plus populaire que A l'aube du sixième jour envisage les éventuels dérives du clonage humain. Cinq ans plus tard, c'est Michael Bay qui emboîte le pas à Roger Spottiswoode sans rien apporter de réellement nouveau avec son The Island.

 

                                 

 

Mais la science n'est pas le seul domaine sur laquelle le genre de la science-fiction soit réactif, ainsi l'impact des attentats du 11 septembre 2001 s'est-il ressenti dans l'univers de la science-fiction. Il y a peu, c'était la Guerre des Mondes – ouvrage pourtant sulfureux – qui était remis au goût du jour par Steven Spielberg en 2005. La Guerre des Mondes, c'est le retour à la phase des années 50, où la menace extérieure avait fait pulluler le thème de l'invasion étrangère. Cependant, dans les années 2000, la menace est étrangère mais vient de l'intérieur, ce que traduit parfaitement l'idée de Wells de ces machines futuristes enterrées depuis des siècles sous la surface de la Terre et qu'il a suffi de réveiller le temps venu. L'ironie veut qu'à l'origine, cette Guerre des mondes écrite en 1898, stigmatisait la menace juive, celle de ce peuple qui vivait parmi nous tout en prenant le contrôle de notre système financier. Il aura fallu que ce soit un Juif, Steven Spielberg, qui réadapte cette œuvre pour retourner l'objet de la psychose sur les populations américaines de confession musulmane… Comme quoi, au travers de ses références à la science-fiction, une société nous apprend beaucoup sur le niveau d'un état d'esprit d'une société à un temps donné. Plus récemment, et dans une dimension plus consensuelle, on pourrait aussi noter comme direct conséquence de « l'esprit 11 septembre » le film Cloverfield de J.J. Abrams, sorti cette année, en 2008. Attaque surprise en plein New-York City : le passage d'un monstre vient interrompre la fête et plonger la ville dans la terreur et le cauchemar. Les rues en panique, l'armée qui s'efforce de maintenir l'ordre, et surtout cette caméra au poing qui rappelle les vidéos amateurs au travers desquelles on a vécu le drame… Tout est là pour nous reconstituer émotionnellement  ce qu'a été la journée du 11 septembre.

 

Tom Cruise et Dakota Fanning. United International Pictures (UIP)  Michael Stahl-David, Lizzy Caplan et Jessica Lucas. Paramount Pictures France

 

Et en ce moment, alors, vous dites-vous ? Quel est le sujet d'actualité qui va être pris dans la glace de la science-fiction et qui sera transmis aux générations futures comme ayant été notre préoccupation sociale à cet instant précis ? Eh bien, à regarder les dernières productions, il semble bien que ce soit bien notre cher environnement qui soit au cœur de nos préoccupations, ou plus exactement le développement durable.  C'était en tout cas le cœur du propos du dernier grand film de science-fiction en date, j'ai nommé Wall-E ; et ce sera sûrement le propos de ce remake du Jour où la Terre s'arrêta, du moins c'est ce qu'en laisse suggérer la bande-annonce. Pour le vérifier, il faudra attendre sa sortie en salle le 10 décembre ! Mais qui sait ? Sûrement d'ici-là un autre grand phénomène de société va être capté et mis sous glace par la science-fiction ! En effet, c'est aussi en cela que les œuvres de science-fiction sont aussi intéressante à regarder, c'est qu'elles ont un choix de thèmes finalement très large, où la science n'est pas forcément le sujet mais parfois qu'un prétexte, et il suffit d'une œuvre visionnaire pour déclencher derrière elle tout un courant qui offrira un regard neuf sur notre monde… Car la science-fiction ne fait pas que suivre son temps, elle sait aussi l'introspecter et, mieux encore, l'influencer.

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Publié par L'homme-grenouille - dans Regard amphibien sur le ciné
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