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15 avril 2006 6 15 /04 /avril /2006 19:24
 Je ne suis pas trop blog dans l'âme à l'origine, mais s'il y a bien un sujet qui m'a poussé à créer celui-ci c'est bien 2001 ! (… et merci à ce cher NoHsec de m'avoir incité si chaleureusement à le faire !) Pourquoi 2001 ? Tout simplement parce que c'est un film dont la complexité n'a d'égal que la magnificence, et qu'il est bien dommage que cette première qualité empêche beaucoup de spectateurs d'avoir accès à la seconde.

 

  J'en ai lu des critiques de spectateurs dubitatifs, soit parce qu'ils trouvaient ça long et ennuyeux, soit parce qu'ils n'y comprenaient pas grand-chose. En un sens c'est normal : 2001 est une œuvre tellement atypique, un film auquel on est si peu préparé, qu'il est logique qu'on reste circonspect quand on le découvre. Moi le premier, j'avoue que je ne savais pas du tout quoi penser de ce film après l'avoir visionné. Je ne voyais pas ce que Kubrick voulait vraiment faire passer comme idée et, si ça peut rassurer tout le monde, ce fut également le cas pour les plus grands noms du cinéma. En effet, dans le documentaire Kubrick, a life in pictures, des cinéastes de génie comme Scorsese ou encore Woody Allen reconnaissaient qu'ils n'avaient rien compris à 2001 en sortant de sa première projection !

 

     

 

  2001 fait partie de ces films qu'il faut savoir digérer. C'est le propre des grandes œuvres de ne pas être accessibles immédiatement. Ce qu'elles apportent est tellement novateur, leur forme est tellement atypique, que sur le coup elles nous déroutent. On est tous tellement formatés, sans s'en rendre compte, par les codes du cinéma occidental, qu'on est très vite déstabilisés lorsqu'un film s'ose à sortir de ces codes. C'est pour cela que j'invite par cet article tous ceux qui ont tiré une croix sur ce film, de se risquer à le revoir une deuxième fois, et de s'efforcer à comprendre cet étrange sentiment qui naît en chacun de nous à la vision de ce film. Alors la beauté de 2001 pourra vous apparaître.

 

  Car au fond, quelle était finalement la prétention de Kubrick en faisant ce 2001 ? L'objectif du cinéaste n'était en rien de chercher à définir ou à expliquer le sens de la vie ou ses finalités, il cherchait juste à rendre intelligible cette notion si abstraite qu'est le dépassement. Toute la démarche de 2001 est là : faire ressentir que l'Homme est le jouet d'une logique invisible, d'une force universelle qui le pousse sur un chemin qui le dépasse totalement. L'enjeu était énorme et les écueils nombreux : il fallait être en mesure de condenser dans un film l'intégralité de l'évolution de l'humanité tout en parvenant à faire ressortir cette force si mystique que 2001 cherche justement à mettre en avant.

 

 

  Le plus grand risque que courait ce 2001, c'était de briser son ambition universaliste. Il aurait été en effet si facile de fermer le film à une grande partie du public en s'embourbant dans des allégories théologiques ou autres erreur du genre, et c'est là que le monolithe noir prend toute sa dimension. Ce monolithe, c'est l'allégorie la plus universelle qui puisse être du dépassement : c'est du mystique pur, sans aucune possibilité d'interprétation par sa forme ou par sa couleur. Le monolithe est l'universel absolu car il est ce qu'on pense qu'il est, ou ce qu'on veut qu'il soit.

 

  

 

  2001 est de ces films qui demandent une intériorisation de la part de celui qui le voit, et c'est cela souvent qui gène le spectateur lambda. Ce que nous propose la plupart du temps le cinéma occidental ce sont des films où le spectateur est passif, où il se contente de recevoir le propos et la morale que lui dispense l'auteur. Le postulat d'un Kubrick est différent : le film n'a pas pour but de nous dire ce qu'il faut penser et ressentir, il est au contraire à vivre comme une expérience à laquelle le spectateur se doit d'apporter ses propres perceptions et d'en tirer ses conclusions et ressentiments personnels.

 

  Une démarche aussi audacieuse explique pourquoi la construction du film est aussi atypique. La dynamique de 2001 n'est pas basée sur le principe traditionnel d'une situation initiale qui fait office de normalité qui est ensuite brisée par un événement perturbateur. Elle est au contraire basée sur le principe d'une progression aussi régulière et harmonieuse qu'une mécanique d'horlogerie. Voila pourquoi 2001 n'a pas de véritable action comme on l'entend traditionnellement : il ne s'agit pas d'intriguer, de se demander comment tout ça va se finir, il s'agit avant tout d'émerveiller face à cette merveilleuse mécanique qu'est l'univers. Voila au fond pourquoi ce 2001 n'est qu'une succession de ballets réguliers et de volutes parfaites : la vocation du film est avant tout contemplative.

 

 

  C'est dans cette perspective d'émerveillement que s'ancrent toutes les scènes basées sur les progrès techniques du futur, qu'il s'agisse des visiophones, des repas liquides ou autres chaussures antigravitaires. A ce sujet la critique de Code Binaire m'a plutôt amusé quand il affirmait que Kubrick n'avait rien compris au rapport vitesse/pesanteur lors de la scène de la femme dans le couloir sphérique. A mon avis cette scène s'inscrit plutôt dans une volonté artistique de coordonner le mouvement de la femme avec la musique pour ainsi l'intégrer dans cette grande valse de corps en rotation. Personnellement je crois que Kubrick s'en foutait un peu de l'exactitude du rapport vitesse/pesanteur.

 

 

  Je pense aussi qu'on se trompe souvent sur la place qu'est sensé occuper HAL dans cette Odyssée de l'espace. Beaucoup, à l'image de Ziziberdine ou Calaglin, se sont focalisés essentiellement sur lui et ont voulu y voir une dénonciation de l'IA là où il n'y en avait pas vraiment. HAL n'occupe en effet qu'une place secondaire dans l'histoire et ne sert, à mon humble avis, qu'à mettre une fois de plus en valeur cette force mystique qui parcourt l'homme. HAL met en valeur l'homme en montrant son incapacité au dépassement. HAL est ce que serait l'homme s'il n'était lié au monolithe : une illusion d'intelligence, une illusion de vie. C'est face à HAL d'ailleurs que le personnage de Bowman prend toute sa dimension. Survaloriser la place de HAL dans 2001 est en fait assez normal lorsqu'on reste dans une logique cinématographique traditionnelle, car on tient absolument à ce que le film s'appuie sur une intrigue alors qu'ici ce n'est pas la démarche de Kubrick.

 

  

 

 

  C'est aussi pour cette même raison, à cause de cet attachement aux codes habituels, que beaucoup d'internautes bloquent sur la conclusion du film. C'est qu'en conformité avec sa démarche initiale, Kubrick n'a pas voulu donner d'explications ou de clefs de compréhension. Mais attention ! Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'explication qu'il n'y a pas de sens ! Chacun est libre d'interpréter la dernière image comme il veut, mais on ne peut pas nier que Kubrick a ici ouvert la porte sur une notion cyclique, voire plutôt circonvolutive, de l'évolution humaine. Comme le film montre en son début comment le singe est devenu homme, il y a dans cette conclusion une ouverture sur l'idée que l'homme va sûrement un jour dépasser cette condition d'être humain.

 

        

 

  En somme, voyez donc la profondeur métaphysique de ce film qui sur le plan du fond et de la forme est sur bien des points visionnaire et révolutionnaire. J'invite donc tous ceux qui n'ont pas osé aller jusqu'au bout de l'aventure à retenter un jour l'expérience et peut-être qu'alors, vous aussi, vous aurez droit à l'illumination. Car contrairement à ce qu'affirmait Guy de Loimbard dans sa critique, ce film est loin d'avoir vieilli et n'a pas perdu de son « utilité ». Bien au contraire, la force de ce film c'est qu'il est intemporel. Rien ne ressemble à 2001 et rien ne lui ressemblera jamais.

 

    

 

J'espère sincèrement donc que cet article vous aura donné envie de voir ou de revoir ce film pour ce qu'il est, c'est-à-dire une œuvre atypique qui demande de la part du spectateur un regard atypique. Maintenant, vous avez le droit de ne pas être d'accord avec ce qui vient d'être dit et je serais vraiment ravi que ce blog devienne l'occasion d'un échange de points de vue et d'opinions sur ce monument du patrimoine humain qu'est 2001 : l'Odyssée de l'espace.



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