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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 19:21

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C’est février, c’est les vacances d’hiver… Dehors on se les caille. Les salles affichent des films désespérément peu alléchants. Du coup, comme beaucoup – presque par défaut – je profite de cette période moisie pour faire toutes les choses que je n’aime pas faire mais qu’on aime savoir faites quand même... Parmi ces choses, il y a ce qui est reste pour moi la première des dix plaies d’Egypte : le RANGEMENT. Le problème du rangement, c’est que depuis notre entrée dans l’ère du numérique, il ne concerne pas seulement le monde physique des gens normaux qui ont une vie saine et équilibrée. Non, il faut qu’en plus de tout cela il concerne aussi nos ordinateurs et bases de données. Bénie soit l’ère de l’informatique… Mais bon… Comme souvent, d’une tache ingrate il ressort toujours des bénéfices inattendus. Dans le monde physique, on retrouve des objets fossilisés qu’on croyait perdus à tout jamais. Dans le monde numérique, on déterre des idées fort intrigantes et intéressantes. Si je vous parle de tout cela, c’est que dernièrement, je me suis risqué à trier ma base de données de films dans le but de la mettre à jour prochainement. C’est long. C’est chiant (mais merde, je n’ai rien de mieux à foutre ?) mais c’est instructif… En classant tout cela, par période, par auteur, par genre, par goût, une vision a soudainement ressurgi. Cette vision, elle m’a permis de regarder les productions d’aujourd’hui autrement, et surtout elle m’a apporté un autre angle de vue sur la manière dont nous, simples spectateurs, nous recevions ce cinéma. A dire vrai ce n’est pas la première fois que cette idée me venait à l’esprit, mais en rangeant et classant mes bases de données dédiées au cinéma, cette idée est revenue comme un boomerang, comme une évidence. Tout semble tellement plus logique quand on regarde le cinéma d’aujourd’hui et d’hier selon ce point de vue. Et si finalement le cinéma n’était qu’un produit comme les autres ?

 

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  Oui, pour ceux qui lisent l'article plus tard qu'en février 2013, l'actualité ciné c'était ça : bandant non ? 

 

« Deuxième paragraphe déjà et toujours aucun argument sur lequel taper. » Oui, voilà ce que vous pensez certainement cher lecteur, vous l’amoureux du cinéma, vous le défenseur de la noblesse du septième art… Rassurez-vous je n’entends pas me défausser face à mon titre provocateur et mes premières lignes n’ont pas eu pour but de vous faire languir mais bien de vous faire comprendre mon cheminement de pensée. Voyez-vous, plus d’une fois sur ce blog (à l’époque où il bénéficiait d’Allociné comme hébergeur) ou bien encore sur des forums de discussions, j’ai eu l’occasion d’exprimer, de débattre, d’affirmer la vision que je faisais du cinéma. Trop souvent, cela devait sempiternellement passer par de la justification ou de la légitimation, au point de se retrouver en permanence à devoir se confronter à un devoir de définition de ce qu’est vraiment le vrai cinéma véritablement véridique. Pour ma part, j’ai fini par synthétiser ma position à ce sujet par un article que j’avais intitulé « vous avez dit cinéphile ? » dans lequel j’exprimais l’idée qu’au fond il n’existait pas de véritable hiérarchie qualitative parmi les films produits. Encore aujourd’hui, mon point de vue n’a d’ailleurs pas changé : je considère toujours qu’un film reste intrinsèquement un film comme un autre, et que sa qualité ne dépend que d’une chose : du goût de chacun. Et pour moi, dire cela, ce n’est pas tuer le débat par l’argument basique du « goût et des couleurs » qui, selon le dicton, ne se discuteraient pas car, au contraire, je considère justement que tout l’intérêt de discussion portant sur le cinéma, repose justement sur notre façon de percevoir le film plutôt que sur le film en lui-même. Finalement j’avais détourné le débat sur notre nature d’individu plutôt que sur la nature du film en lui-même. Mais aujourd’hui, je me dis que ce n’est peut-être pas suffisant pour vraiment comprendre comment fonctionne notre cinéma et notre rapport au cinéma aujourd’hui. Or, justement, c’est peut-être ce qu’il manquait pour boucler le raisonnement jusqu’à son terme. S’interroger sur notre rapport au film, ce n’est pas nous interroger sur ce qu’est un film. Et à ce sujet, la chose me semble donc désormais assez évidente : le film n’est pas avant tout une œuvre, il n’est pas avant tout un média… A mes yeux, le meilleur moyen de mettre tout le monde d’accord reste encore de dire d’un film qu’il est avant tout un produit consommable comme un autre, rien de plus.

 

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  Les grosses claques que je citerais spontanément aujourd'hui... 

 

« Troisième paragraphe, et toujours aucun argument pour justifier cette vision désabusée du cinéma ». Rassurez-vous chers lecteurs ! J’y viens ! Mais si je mets autant de temps à présenter mon propos, c’est justement pour préciser que cet article ne se veut pas une vieille diatribe acerbe et désenchantée du cinéma. Cet article ne se veut pas non plus une provocation nihiliste qui justifierait mon dégoût global de la production actuelle. Non, cet article s’adresse juste aux quelques curieux que cette question titille : « mais finalement, qu’est-ce que je recherche dans le cinéma ? Qu’est-ce que le cinéma pour moi ? » Alors certes, les romantiques du septième art risquent d’être piqués au vif par ce que je vais exprimer ici. Néanmoins, je ne peux m’empêcher de vous inviter à aller jusqu’au bout de mon raisonnement car, à mon sens, prendre ce questionnement par ce bout-là plutôt qu’un autre aura le mérite de régler d’un coup pas mal de dialogues de sourds. Après, bien évidemment, libres à vous de pas être d’accord. Je serai ravi de poursuivre avec vous le débat via les commentaires de cet article.

 

 

Société de consommation… et alors ?

 

C’est donc en classant ma base de données que cette vision mais venue. Plus de 2000 films, mis en vrac, pas classés… Alors je me suis mis à faire des piles, à faire des catégories… J’ai privilégié avant tout l’année de sortie en France plutôt que le pays origine. Après tout, j’avais déjà rangé mes DVD et Blu-ray selon le critère de la nationalité et j’avais déjà bien constaté que le cinéma américain occupait autant de rayons que tout le reste. Pourquoi reproduire alors ce qu’on sait déjà ? Or, en classant ces 2000 films par période plutôt que par nationalité, une deuxième information m’a sauté aux yeux sur ma façon de « consommer » le cinéma. Moins de 100 films datent d’avant les années 1970. Quand à ceux qui remontent d’avant ma date de naissance, ils ne sont que 200. A dire vrai, après y avoir réfléchi, je me disais que si j’avais eu à émettre une estimation avant de faire le classement, j’aurais surement pronostiqué cet ordre de grandeur. Néanmoins, ce pourcentage ridicule que représente plus des trois quarts de l’histoire du cinéma m’a vite fait rappeler une remarque méprisante que j’avais lu sur le forum du Club 300, ce groupe d’Allociné sensé sélectionner les membres les plus passionnés du site. « Il y a des gens qui se disent cinéphiles alors qu’ils n’ont vu aucun film datant d’avant leur date de naissance. » Alors certes, je ne reviendrai pas sur tout le mal que je pense de cette remarque, néanmoins il est vrai que cela révèle quand même quelque-chose : je suis un homme des années 1980 et l’essentiel des films que j’ai vu, ce sont des films qui m’ont été contemporains. Preuve en est, un autre chiffre : la moitié des films que j’ai vu datent d’après les années 2000. Une preuve de plus que je consomme le cinéma du temps présent et non pas le cinéma d’hier. Preuve qu’au fond, pour un gars qui prône sans cesse la prise de risque dans les découvertes, je m’aventure rarement en dehors de mes bases… « Que de chefs d’œuvre ignorés » réagiront certains. « Pas si sûr » leur répondrais-je…

 

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Autre chose qui m’a surpris en classant ma base de données et qui m’en a davantage appris sur le consommateur que je suis, c’est que certes, je vais rarement hors de mes bases, mais aussi et surtout parce que je n’y trouve que rarement mon bonheur. La nuit du chasseur, le troisième homme ou bien encore cris et chuchotements : autant de chefs d’œuvre reconnus qui me laissent de glace. En gros il faut que j’attende les années 1950 et les premiers Hitchcock pour voir apparaitre mes premiers vrais plaisirs du cinéma… et encore Hitchcock est là finalement bien seul dans sa décennie. Ô surprise, c’est à partir des années 1980 que le nombre de baffes cinématographiques commencent à se multiplier et à partir des années 1990 que leur flux devient particulièrement conséquent. « Pauvre gars incapable de sortir de sa période : il est prisonnier des codes culturels de son époque, de sa civilisation et de son milieu social ! » Ah c’est sûr que c’est là la première idée qui vient à l’esprit. Moi aussi, elle a longtemps occupé mes pensées, je dois bien l’avouer. D’ailleurs, comme beaucoup, je suis passé par ma phase où ma raison a cherché à dompter mes goûts. Désespéré par ma propre condition d’esclave de la consommation culturelle, je me suis forcé à aller voir ailleurs, pour m’élever spirituellement, et j’écoutais ce qu’aimaient les gens dans les chefs d’œuvre d’antan pour apprendre à aimer comme eux… A aimer vraiment…. Et puis, au bout d’un moment, à force de me faire chier comme un rat mort face à ces films, à force d’en avoir marre de cette hypocrisie universellement acceptée dans notre société, j’en suis venu à me poser une question toute simple… Mais pourquoi devrait-on se forcer ? Va-t-on vers les choses parce qu’on estime qu’on doit y aller ou parce qu’on a envie d’y aller ? Oui, je l’affirme, et je m’en excuse pour ceux que ça dérange : je préfère le débarquement du Soldat Ryan à celui du Jour le plus long parce qu’il déménage plus sa mère. Oui, je préfère Retour vers le futur à Je t’aime je t’aime parce que ça aborde le voyage dans le temps de manière plus ludique et plus fun. Et enfin – oui ! – je préfère le cinéma américain au cinéma français parce que, à quelques exceptions près, le cinéma américain a un vrai sens de l’entertainment, du langage visuel, de l’audace discursive, de la sollicitation des sens, et du dépotage technique – quelque soient les genres – que le cinéma français n’a pas. Oui je vais là où c’est le plus beau, je vais là où ça m’intrigue le plus, je vais là où on cherche à me séduire. Or, là où je suis le plus attiré aujourd’hui, ce qui me parle le plus à moi, petit homme des années 1980 né en France dans la petite classe moyenne issue des Trente glorieuses du baby boom, c’est vers le cinéma de maintenant et vers le cinéma du géant américain. Oui je kiffe ce cinéma de la consommation. Oui je kiffe ce pays qui considère que le cinéma est une industrie. Et vous savez quoi ? Je considère qu’au fond ils sont beaucoup plus dans le vrai à percevoir le cinéma comme une industrie ; le film comme un produit consommable ; que la plupart des français qui présentent le cinéma comme un art dans un pays où l’exception culturelle est reine.

 

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Ça y est ! C’est parti ! Vous pouvez charger vos fusils verbaux mes chers contradicteurs ! La chasse est enfin ouverte ! Je l’ai dis – je l’assume – considérer le cinéma comme une industrie est pour moi bien plus sain pour le cinéma que de le considérer comme un art. A me rappeler mes lointains cours de philo, on définissait justement l’art en creux. L’art n’est pas produit doté d’une une fonction ; l’art réside dans tout ce qui est fait sans utilité précise. Faire une chaise avec quatre pieds et un dossier, c’est fonctionnel, c’est de l’artisanat. Commencer à sculpter les pieds, à designer le dossier, ça ne sert à rien par rapport à la fonctionnalité de l’objet, donc là commence la dimension artistique. C’est clair que les Américains n’ont pas cette vision là du cinéma. A les voir faire et à les écouter dire : le cinéma c’est là pour faire du cash, et ils ne voient pas là le problème. Faire du cash c’est sain, c’est ce qui fait vivre la société, c’est ce qui permet à chacun de satisfaire ses besoins, des plus basiques aux plus élaborés. Acheter une chaise pour s’asseoir ou bien acheter une place de cinéma pour répondre à ses questionnements existentiels, tout devient possible dans une société de l’échange réciproque permis par la monétarisation des biens, qu’ils soient matériels ou immatériels. Et c’est vrai que, personnellement, si des films qui m’ont fait rêver comme 2001, Star Wars ou bien encore Wall-E ont été possibles, c’est avant tout parce que ces films sont les produits issus d’une industrie capable de brasser suffisamment de capitaux pour repousser les frontières de l’impossible. C’est aussi parce que, comme n’importe quelle industrie, le cinéma sait s’inspirer des innovations d’hier pour en faire les standards d’aujourd’hui. Le cinéma est comme ça, c’est de la production humaine, et comme toute production humaine, il évolue, et il évolue dans le sens progressiste du terme.

 

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Oui l’apparition de la couleur fut un progrès par rapport au noir et blanc dans le domaine du cinéma comme le télégraphe fut un progrès dans le domaine des communications. Et même chose pour le son ! Et même chose pour la structure narrative symétrique de Citizen Kane ! Et même chose pour l’utilisation du flash-back dans les Fraises sauvages ! Innovations d’hier, mais standards aujourd’hui. On peut aisément reconnaitre ce qu’a apporté chacun de ces films au cinéma et préférer malgré tout regarder le cinéma d’aujourd’hui. Même si elles ne sont pas incompatibles, « conscience » et « plaisir » sont deux activités spirituelles distinctes. Ce n’est pas parce qu’on reconnait l’importance fondamentale du télégraphe qu’on le préfère aujourd’hui au smartphone pour communiquer… Qu’on le veuille ou non, les possibilités techniques sont aujourd’hui décuplées, le savoir-faire a été ingéré, nos besoins et nos attentes ont donc légitimement évolué. Qu’on s’amuse à ressortir de nos jours un film tourné comme l’Aurore et il se viandera… Et ce serait normal. Le marché a évolué. L’Aurore, n’en déplaise à Laurent Delmas, c’est le passé. L’Histoire du cinéma s’écrit ailleurs. Le cinéma évolue et continue d’évoluer dans le monde d’aujourd’hui et non dans le monde d’hier. C’est donc somme toute logique qu’un passionné de cinéma trouve davantage son compte là où ce cinéma se construit et non là où autrefois il s’est construit et là où il s’est depuis figé.

 

 

Un produit ni plus ni moins, avec date d’emballage et date de péremption…    

 

Oui, je l’affirme donc à nouveau : le cinéma n’est qu’un produit de consommation comme un autre. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si certains critiques chevronnés, même amateurs, se sentent obligés de préciser la date de production du film. Par cela ils traduisent plus leur logique d’archiviste, d’historien ou de généalogiste, plutôt que celle d’esthète ou de jouisseur. Ce terme, « date de production », dit d’ailleurs tout sur la nature d’un film. Oui, au cinéma on parle de « production », et comme tout produit, le film a une date d’emballage. Ce genre d’étiquetage n’est jamais anodin, y compris dans le monde de l’art, car cet étiquetage appartient autant au monde de l’Historien que celui de la consommation. Oui, connaitre la date de l’emballage est indispensable à connaitre pour consommer un film. « Non, c’est pour mieux le comprendre ! » Certes, j’acquiesce à cette remarque. Mais encore une fois, « comprendre » une œuvre n’est pas le même processus que d’en « jouir ». Certes, ce n’est pas incompatible, mais ce n’est pas la même chose. La réalité c’est qu’on mentionne toujours la date d’emballage d’un film qu’à partir du moment où on veut savoir s’il est encore consommable en l’état ou pas. L’Aurore, si on se trouve en 1927, c’est un produit frais. En 2013, c’est une antiquité ; une seconde main ; un film beaucoup moins au fait des innovations cinématographiques en termes de romance que ne peut l’être – par exemple – un simple épisode de Twilight. Bien évidemment, ma comparaison se veut provocante. Mais ce que j’espère avant tout c’est que cette comparaison provoque chez vous un déclic. Ce déclic consisterait à oser regarder un temps soit peu chaque film comme un produit qui a cherché à toucher ses contemporains, qui a été pensé pour les gens de son temps, et non pour ceux d’avant ni d’après. Un film est ancré dans son temps. Or, reconnaître d’une part qu’un film a été pensé dans son temps et que d’autre part le temps s’écoule, c’est reconnaître qu’un film va forcément rentrer en décalage avec le temps présent à un moment ou à un autre. Bref, accepter de regarder les choses de cette façon peut vous faire comprendre qu’on puisse considérer que, de la même manière qu’un film a une date d’emballage, un film dispose aussi d’une date de péremption.

 

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« Un film ? Périmé ? Elle est bien bonne ! On ne parle pas de viande mais d’art ! » C’est là sûrement votre réaction à mon dernier paragraphe. Réaction normale… Mais est-elle si logique ? Je vais prendre un exemple bien concret et récent (toujours le même d’ailleurs) : Avatar. Voilà bien un film qui, en 2010, a rencontré aussi bien le succès parmi la critique que parmi les spectateurs. Qu’a-t-on vanté dans Avatar ? L’originalité de son histoire ? …de sa narration ? Un regard nouveau sur le monde ? Non. Avatar a plu parce que c’était au contraire une histoire simple, accessible, un grand classique, mais revisité par le génie créatif de l’univers créé par James Cameron. Avatar est un chef d’œuvre technique et c’est difficile de le nier car il faut bien avouer que la claque était là. Lisez et relisez ce qui a été écrit car déjà, ce consensus commence déjà à s’effriter seulement 4 ans plus tard alors qu’il était quasiment unanime en 2010. La question que je pose, me concernant, c’est celle-là : qu’en pensera-t-on en 2030, quand les effets visuels auront tellement évolué que bien des films seront sortis entre temps – des films avec une histoire aussi simple que celle d’Avatar – mais qui utiliseront des technologies qui renverront les effets numériques de 2010 aux oubliettes ? Les nouveaux amateurs de cinéma de l’époque, ceux qui auront une vingtaine d’années, voudront explorer les chefs d’œuvre du passé et tomberont sur cet Avatar. Comment réagiront-ils ? Ils verront une histoire déjà mille fois racontée, ils découvriront un univers et des techniques qui leurs sont déjà familières voire même dépassées par leur cinéma contemporain. La logique voudrait qu’ils restent de marbre là où nous, nous nous sommes tous touchés. Pourquoi ? Parce que l’œuvre d’art n’est pas intemporellement universelle comme certains le pensent ou aimeraient le penser. L’œuvre d’art répond elle aussi à la logique de la péremption… comme tout produit consommable.

 

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Mais je ne vais certainement pas arrêter mon raisonnement à ce seul exemple ! Le limiter à Avatar, c’est certes rendre mon argument plus compréhensible, mais c’est aussi ouvrir trop facilement la porte à ses contradicteurs. « Le fait d’aimer Avatar et le considérer comme un chef d’œuvre, ce n’est pas pareil ! Là on n’est pas dans le cinéma artistique, on est justement dans le cinéma commercial. Qu’on prenne une véritable œuvre d’auteur, un véritable chef d’œuvre universel, et là on verra qu’elle est vraiment intemporelle ! » Bien évidemment, face à ce genre de remarque, je pourrais discuter des heures sur la définition d’un film d’auteur, d’un film « non commercial », mais là n’est pas (encore) le sujet. Avatar, cas particulier ? Personnellement, je ne trouve pas. Certes, Avatar se distingue surtout par les techniques visuelles qu’il emploie. Mais je pourrais prendre l’exemple des films d’Ingmar Bergman par exemple. Il y a de cela quelques années, mon voisin, né au début des années 1940, a voulu me faire découvrir ses claques cinématographiques, sidéré d’apprendre que ma seule expérience du cinéma de Bergman se limitait au Septième Sceau. Il m’a donc refilé quelques films de sa collection, agrémenté de cette phrase : « Tu verras… Ce mec c’est un génie, un révolutionnaire… » J’ai regardé. Je me suis barbé. Pourquoi ? La raison pour moi m’est apparue évidente, et cela dès la vision des Fraises sauvages. Il y a dans ce film des passages de dialogues (notamment celui dans la voiture pour ceux qui connaissent bien ce film), qui sont interminables, filmés qui plus est en un seul plan fixe. Et là encore, je parle de dialogues, car les monologues sont aussi légions. Pour moi qui suit habitué aux films qui ont digéré plus d’un siècle d’évolution et d’enrichissement de la narration cinématographiques, revenir à une période où ces techniques pour fluidifier la narration n’ont pas encore été inventé ou ne sont pas devenues des standards, c’est un peu comme retrouver le vélo de Louison Bobet alors qu’on était habitué à ceux en fibre de carbone. Puis-je en vouloir à Ingmar Bergman ? Bien sûr que non ! On ne peut pas reprocher à un médecin d’avant Pasteur de ne pas savoir guérir la rage. Puis-je m’en vouloir de ne pas avoir pris de plaisir aux Fraises sauvages ? Non plus ! Ce film est en total décalage à ma culture et à mon époque. Le seul plaisir que je puisse y prendre, c’est le plaisir intellectuel de découvrir une étape de cinéma. « Tiens ! Un flash-back dans les Fraises Sauvages ! …Et là un insert visuel totalement déconnecté de la narration factuelle de l’histoire ! Innovant pour l’époque… » …POUR L’EPOQUE.

 

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Arrivés à cette étape de mon propos, certains doivent encore se demander où je veux en venir. Là où je veux en venir, là où je veux vous emmener, c’est à une perception différente que celle qui est couramment diffusée sur le cinéma. Arrêtons d’en faire des tonnes. Arrêtons de faire de ce produit ce qu’il n’est pas, du moins par essence. Non le cinéma n’est pas plus noble que n’importe quel autre produit. Et je considère ne pas dénigrer le cinéma en disant cela, je pense juste remettre les choses en perspective. J’ai juste l’impression qu’aujourd’hui, beaucoup utilisent le cinéma pour des raisons autre que ce pour quoi il est fait : satisfaire les gens dans leur diversité, donner du plaisir quel qu’en soit sa nature, bref donner du bon temps… Certains se moqueront et railleront sûrement le fait que mon cinéma se trouve essentiellement après ma date de naissance, qu’il est pour moitié ancré dans ces dix dernières années, en somme dans le temps présent. A cela, je répondrai en confrontant mes données à celles de la très respectable revue britannique Sight & Sound. Chaque année, cette revue lance une grande consultation mondiale auprès de plus de mille personnes qui écrivent professionnellement sur le cinéma afin d’établir un classement mondial des meilleurs films de tous les temps. Bilan 2012 : Vertigo (1958) l’emporte de seulement 44 voix sur Citizen Kane (1941). Suivent derrière et dans l’ordre, Conte de Tokyo (1953), la règle du jeu (1939), l’Aurore (1927), 2001 (1968), la prisonnière du désert (1956), l’homme à la caméra (1929), la passion de Jeanne d’Arc (1927) et 8½ (1963). Rien ne vous choque ? Le film le plus récent a seulement 45 ans. Les films muets sont plus représentés que les films en couleur. Il n’y a qu’un film de science-fiction pour représenter tous les cinémas de genre tandis que, visiblement, l’animation n’existe pas pour les sommités critiques du monde. Le blog Premières prises invite d’ailleurs à comparer ce classement à celui du top 250 d’IMDb. Effectivement, ce petit exercice peut nous interroger sur la façon dont les canaux classiques cherchent à nous faire voir le cinéma. En gros, les premiers à avoir tourné un film et à avoir raconté une histoire qui tient la route seraient les seuls à avoir inventé quelque-chose au cinéma ? Depuis plus rien ? Le cinéma serait-il donc mort ? Moi je veux bien écouter les arguments de ceux qui promeuvent le cinéma comme un art universel déconnecté du temps et des basses questions économiques, matérielles et contemporaines, mais encore faut-il que ça puisse m’ouvrir des voies nouvelles pour en jouir encore davantage. Je suis désolé, mais je pense que pour quelqu’un qui découvre ses premiers émois cinématographiques et qui voudraient en connaitre davantage, sa passion risque d’être davantage alimentée par le Top 250 d’IMDb (qui n’exclut pas le noir et blanc et le muet) que par le top 10 des sommités critiques mondiales… Oui, le cinéma s’inscrit dans son temps et ce n’est pas exclure le cinéma ancien que de dire cela. Finalement, Citizen Kane et Vertigo sont encore des produits consommables aujourd’hui puisqu’au fond il existe un marché de ceux qui veulent découvrir les classiques du cinéma. Qu’on prenne donc les films pour ce qu’ils sont et rien de plus : c’est-à-dire des objets qu’on veut voir pour satisfaire nos besoins du moment. Ces besoins peuvent être hédonistes, nostalgiques, culturelles, qu’importe. A chacun son cinéma. Et dire cela ce n’est pas redire ce que j’avais déjà développé dans un article précédent : c’est-à-dire considérer qu’aucun goût pour le cinéma n’est plus noble qu’un autre. Là, j’entends vraiment insister sur le fait qu’au-delà de notre goût, même au sein des produits il n’y a pas de hiérarchie naturelle ou rationnelle. Chaque film se vaut dans sa légitimité à exister et à satisfaire un public donné. Or, si on veut le bien et la prospérité du média cinéma, et notamment de SON cinéma à soi, il serait peut-être temps d’accepter que le meilleur moyen d’aider le cinéma, c’est de le laisser être considéré pour ce qu’il est, un produit de consommation comme les autres. Un point c’est tout.

 

 

Libéralisme économique ou soviétisation de la production : faites votre choix.

 

La réalité, c’est qu’il n’y a pas d’alternative. Certes, on a le droit de considérer le cinéma comme un art, on a le droit de le considérer comme un champ d’activité plus noble que certains autres, mais qu’on arrête d’y voir là sa nature essentielle. La nature essentielle d’un film, c’est qu’il est un produit consommable comme un autre, et cela avant même d’être un objet de culture noble, et cela avant même d’être une œuvre d’art. Qu’on accepte donc ce fait pour que le cinéma puisse donc prospérer et qu’on s’attaque une bonne fois pour toutes à tout ce qui peut nuire à la prospérité de son économie. Car oui, on parle souvent – moi le premier – du mal qui est fait aujourd’hui au cinéma par l’exploitation néolibérale qui est actuellement en vogue. Mais finalement on parle beaucoup moins du mal qui est fait au cinéma par la négation que certains font de sa nature commerciale. Certains rétorqueront pourtant à cela en disant que considérer le cinéma comme un bien consommable comme un autre, c’est justement rentrer dans la logique actuelle des grandes majors américaines et même les principaux distributeurs européens. Standardisation du produit, déclinaisons permanentes et stériles des licences phares de la marque, préférence au retour sur investissement plutôt qu’au risque créatif… Or, ça, ce n’est pas ce qui rend le plus service au cinéma diront justement certains, me rappelant que je n’en pense pas moins. Certes, ce n’est pas faux, mais à un détail près. Oui, c’est vrai, je suis le premier à condamner cette exploitation néolibérale dans le monde du cinéma. Mais je serais aussi le premier à la condamner pour n’importe quel produit consommable ! Est-ce que la société y gagne vraiment à voir un système économique orienté sur la surproduction d’outils similaires et déjà acquis la population au dépend de la créativité et de l’innovation ? A mes yeux, non. Bien évidemment, c’est ici un débat à lui tout seul, mais je pense que ceux qui critiquent le néolibéralisme dans le cinéma le critique aussi dans tous les autres aspects de la société. Or, ce n’est pas parce qu’on condamne les méthodes économiques actuelles qu’on se doit de condamner l’économie avec. Oui, il y a une économie du cinéma. Elle existe. Elle est indispensable au bon développement du cinéma. Sans cette économie, effectivement, les films d’aujourd’hui seraient encore muets, en noir et blanc, et l’Aurore pourrait être considéré comme l’un des plus grands chefs d’œuvre de tous les temps, y compris pour aujourd’hui, et cela sans débat…  

 

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« Ah par tous les saints ! L’horrible discours démagogique de droite ! » Résistez encore chers lecteurs avant de pondre votre commentaire sulfureux car je n’ai pas encore vraiment fini dans ma démarche désespérée de vous convaincre. Si mes tentatives pour vous séduire en faisant se conjuguer les termes « économie » avec « art » ont désespérément échouées, je pourrais peut-être vous convaincre en retournant le raisonnement. Si nous ne devions pas considérer un film comme un produit, comment devrions-nous le considérer ? …Comme une œuvre d’art déconnectée de tout système mercantile ? …Comme la production d’un artiste libre et totalement désintéressé ? Why not… Mais arrêtons deux secondes de vivre dans le fantasme idéologique pour se pencher sur ce qu’est un film, dans la réalité du monde de tous les jours. Un film c’est des plateaux de tournage, des techniciens, du matériel, des décors, des acteurs… Alors de deux choses l’une… Soit on limite l’expression du cinéma aux quelques webséries qui arrivent à s’autoproduire à coup de bénévolats et autres bidouillages sympas mais approximatifs, soit on reconnait qu’il faut payer tout ce petit monde. Je me répète, mais qu’on le veuille ou non, ce n’est pas un hasard si le terme de « production » existe au cinéma. Un film est un produit. Alors après, on pourrait rejeter le terme « produit de consommation » en promouvant un système de financement qui ne réponde pas à la logique de l’économie de marché. C’est vrai que sur cette logique, la France s’en est fait une fierté. Subventions p ubliques, CNC, intermittents du spectacle… Autant d’intervention de l’Etat pour permettre à l’art de ne pas être pollué par le perfide esprit de « marchandisation ». Ah ça oui, dans le discours, mêler une logique économique, une logique consumériste à un outil noble, ça ne sonne plus très romantique. Pourtant, soyons honnêtes, et regardons ouvertement les conséquences réelles de cette logique.  

 

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Dans quelques jours ce sera la sacro-sainte cérémonie des César, récompensant le summum du cinéma français. Les favoris ? Camille redoubleAmourDe rouille et d’osHoly Motors Est-ce caricatural que de dire qu’il y a là une légère surreprésentation du cinéma « social » ou de la comédie de mœurs ? « Et alors ? Moi je les aime bien ces films » en diront certains. Tant mieux rétorquerais-je… Mais pour ceux qui aiment le cinéma policier ? Mais pour ceux qui aiment le cinéma comique, fantastique, d’épouvante, de science-fiction ? Pour ceux qui aiment le cinéma expérimental ? Pour ceux qui aiment le cinéma formaliste ? Pour ceux qui aiment le cinéma d’animation ? Que leur est-il proposé ? Eh bien il suffit de regarder le box-office France pour le savoir. L’avantage en France, c’est qu’on compte en nombres d’entrée, pas en recettes comme ces affreux Américains. Il n’empêche que malgré tout, le résultat est sans appel. Qu’à voulu voir le spectateur français ? Il a préféré voir Skyfall ou l’âge de glace…Les deux premiers films français arrivent en 3eet 4e position. Il s’agit de Sur la piste du Marsupilami et de La vérité si je mens 3 ! Inutile de préciser qu’aucun des deux n’a été nominé ne serait-ce qu’une seule fois. « …parce qu’ils ne sont pas bons » répondrez-vous. « C’est vrai… » vous rétorquerais-je. Moi aussi je trouve que ces films ne sont pas bons. Le pire, c’est que je pense que la plupart des 5 millions de spectateurs qui se sont déplacés pour ces films seraient sûrement d’accord avec nous. Moi la question que je me pose face à ce genre de chiffres, c’est plutôt « qu’avions nous de mieux à nous mettre sous la dent ? » Quelqu’un pourrait-il me citer une comédie familiale sympa produit en France en 2012 qui vaille mieux que le désespérant Marsu ? Quelqu’un pourrait me citer un film d’action/espionnage français plutôt sympa qui puisse se substituer à Skyfall ? Je pense qu’au moins sur ces questions là, on a tous les mêmes réponses…  

 

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La réalité elle est là. Le cinéma est une activité qui a besoin de fonds. Le cinéma ne peut donc se passer d’économie. La question est de savoir quel type d’économie nous voulons. Désirons-nous un système où c’est le film le plus vu qui engrange le plus d’argent, ou bien un système où c’est une classe fermée, une élite bourgeoise éclairée, qui décide de qui va être financé ou pas ? La différence elle est là. La réalité, c’est que dans le premier cas c’est le peuple qui distribue l’argent, dans le second cas une classe privilégiée qui estime que seuls ses goûts et ses préoccupations méritent d’être portés à la tribune. Moi, en tout cas, à bien regarder les deux systèmes, mon choix est tout fait. Je préfère un système où on produise des films pour tous et dans lequel se trouve le cinéma que j’aime, même si cela doit impliquer l’existence de film comme Yamakasi ou Amour… Après tout je m’en fous. Ceux qui aiment les Yamakasi iront voir la production Besson, ceux qui aiment Amour iront voir deux heures de vieillesse à l’état brut. Moi je serai dans la salle d’à-côté à m’éclater sur Django Unchained. Après tout, les adorateurs de Yamakasi et d’Amour n’ont pas besoin de mon assentiment pour prendre leur pied, comme moi je n’ai pas besoin du leur. Tout le monde sera content, spectateurs comme producteurs. Après tout, c’est ça la véritable définition du libéralisme. Construire une société sur la liberté de chacun de faire et de voir ce qu’il aime tant que ça n’oblige l’autre à rien… Le problème, c’est qu’au jour d’aujourd’hui, cette liberté n’existe pas, et encore moins en France. C’est en appliquant une logique « à la française » qu’un film comme Un long dimanche de fiançailles a failli ne pas exister. Pour une raison inexpliquée, aucun producteur n’a jugé intéressant de financer le prochain film de celui qui venait de faire Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. S’il n’y avait pas eu la Warner et son soi-disant méprisable esprit mercantile pour venir financer le film et ainsi empocher la cagnotte, ce Long dimanche n’aurait pas vu le jour. La réalité du cinéma, c’est cela. Plus tôt on le comprendra, plus vite on en jouira.

 

 

 

Conclusion …parce que le vrai libéralisme, ça a aussi du bon.

 

 

A conclure tout cela, certains diront qu’au final je retombe encore une fois sur le même discours que je tiens en permanence sur ce blog. D’autres ajouterons, qu’une fois de plus, j’ai réussi à profiter d’un propos tourné sur le cinéma pour me lancer dans une diatribe sociale, voire politicienne. Ce n’est pas faux… Mais au fond j’assume. Pour moi tout est tellement connecté. Dans une société hiérarchisée à la mode Louis XIV le seul art qu’on peut voir poindre c’est celui des pièces de théâtre endimanchées où il est question essentiellement de mondanité. Avec un peu de chance on tombera sur un Jean-Baptiste Poquelin qui, au milieu de toutes ces fanfaronneries, arrivera à glisser un léger message social. Dans un vrai monde démocrate et libéral, où chacun à le droit de s’exprimer et de consommer, de nouvelles formes d’art peuvent apparaitre sans l’aval de la classe dominante : ainsi sont apparus le cinéma de genre, la musique electro, les jeux-vidéo… Aujourd’hui, en 2013, on est dans un « entre-deux ». Les Trente glorieuses sont finies, les belles illusions de la chute du bloc soviétique aussi. Tout ce petit monde se replie sur lui-même et la mécanique d’évolution sociale par la liberté qu'a chacun d’innover se tarie. Ainsi, les rebelles d’hier sont devenus les nobles d’aujourd’hui. Ainsi la fête du cinéma français qui va se dérouler dans les jours à venir aura finalement lieu au milieu des dorures du Chatelet, de la même manière qu’autrefois la cour se réunissait parmi les dorures de Versailles. Chacun, habillé dans les robes et costumes les plus chics,  les plus m’as-tu-vu,  bref dans les vêtements les plus discriminants socialement, va se risquer à un trait d’esprit digne de Ridicule pour justifier son rang, pour rappeler à tous sa légitimité parmi l’élite. Au fond il ne sera pas question de cinéma, il sera question de mondanité, de confortation d’une élite sociale en place au sommet de la pyramide, un parfait copier-coller de ce qu’est aujourd’hui notre société.

 

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Bref, vénérés lecteurs, vous l’aurez compris. Vous comme moi, nous ne sommes que de simples spectateurs, de simples individus qui ne sommes pas concernés par ce petit jeu de pouvoir et de représentation sociale. Comme des sots que nous sommes, nous sommes persuadés que lorsqu’une cérémonie comme celle-ci se tient c’est pour valoriser le cinéma de l’émotion, le cinéma du plaisir. De même, quand nous ouvrons un magazine, nous croyions niaiseusement que ces grands esprits critiques établissent leurs choix en veillant bien à prendre en considération toute la diversité de la population susceptible de les lire et qu’à aucun moment la question du « qu’en dira-t-on dans le milieu » ne se pose pour eux. La réalité c’est que Vertigo n’est pas le meilleur film du monde, devant Citizen Kane et l’aurore ½ de l’odyssée de Jeanne d’Arc… La réalité c’est qu’ils sont de simples hommes et de simples femmes comme vous et moi. La réalité c’est qu’ils ont aussi des sentiments qui leurs sont propres et qui valent ni plus ni moins que les nôtres. La réalité c’est que le plaisir est une chose simple, qu’on la retrouve auprès des gens, des cinéastes et qu’un simple produit consommable comme un téléphone ou un film nous permet d’y avoir accès. La réalité c’est que, tant que nous serons en démocratie, et que cette démocratie défendra pour principe fondamentale la liberté de chacun, eh bien on aimera ce qu’on aura décidé d’aimer, on verra ce qu’on aura décidé de voir, et que personne ne pourra/devra nous en empêcher… C’est ça la vie, c’est ça le cinéma…

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Publié par L'homme-grenouille - dans Regard amphibien sur le ciné
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