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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 21:00

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C’est un exercice convenu mais bien plus difficile qu’on ne pourrait le penser de prime abord : la nécrologie. Convenu parce qu’en fin de compte, on passe toujours par les mêmes clichés abordés selon le même ton. On rappelle les instants de gloire, on rappelle les origines et on n’oublie pas les derniers instants, comme pour rappeler une fatalité universelle qui nous touche tous, même les plus grands. C’est un exercice qui peut sembler facile, et pourtant… Quand on cherche à faire se dégager les années de lumière du défunt, on en vient forcément à distinguer aussi des années noires qu’on serait tenté d’évoquer, comme pour donner du relief à la tragédie, ou tout simplement par souci d’honnêteté intellectuelle. Mais ressasser le pire alors qu’on est plein deuil ne convient jamais à la situation. La mort implique une sorte de trêve pour permettre à la communauté de se réunir dans la douleur et de se rappeler son unité. Il faut ne choquer personne, respecter la douleur de ceux qui sont affligés et surtout savoir conserver la dignité en ne s’attaquant pas à qui ne sait pas répondre. Un art habile que tous ne maitrisent pas forcément : Jérémie Couston l’a justement appris à ses dépends lorsqu’il s’est risqué de faire la nécrologie de Tony Scott. Eh oui, la nécrologie implique un art de la mauvaise foi, elle demande de cacher les années noires par pudeur, respect ou par hypocrisie sociale. Oui, je dis bien hypocrisie, car j’insiste sur l’un des aspects les plus douteux de la nécrologie : elle est sensée être dictée et imprégnée de toute la solennité de l’instant, de toute l’émotion que suscite la perte, alors que la plupart du temps, elle est rédigée longuement à l’avance, lorsqu’on sent l’odeur du conifère planer autour d’un auteur ou d’une personnalité… Car oui, c’est là tout l’art de la nécrologie : sentir le déclin, anticiper la mort et surtout savoir à l’avance ce qu’il sera convenable d’auto-censurer. Exercice convenu mais bien difficile vous ai-je dit…

 

http://fr.web.img5.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/42/80/18777800.jpgPourtant, il y a un domaine dans lequel la nécrologie devrait être plus aisée, plus libératrice. Ce domaine c’est celui des morts d’entreprises, de studios, d’états d’esprit. Ici, il n’est plus question de chair, de familles à épargner, ou bien de fatalité à domestiquer. Là on parle au contraire d’un domaine où l’immortalité est possible, où la mort n’est pas une fatalité… Finis les interdits moraux et les censures boiteuses : il est possible dans ce cas d’expliquer les causes de la chute, d’exprimer ses déceptions et ses frustrations, voire même d’anticiper même la chute et de la prédire… Dans ce domaine, la mort n’est pas une fatalité mais la conséquence d’un dévoiement, d’une trahison faite à soi-même. Quelle plus belle nécrologie finalement que celle d’un studio, car nécrologie libre, nécrologie qui peut s’exprimer sur ce qu’elle veut comme elle le veut, voire même quand elle le veut. Or, il y a justement un exemple récent de mort de studio, survenu cet avril, qui m’a surpris par la manière dont on l’a traité. On n’est pas vraiment dans le cinéma puisqu’on est dans le jeu-vidéo, mais bon, c’était un studio lié fortement au monde du cinéma puisqu’il s’agissait des studios LucasArts . J’ai été en effet très étonné de constater comment la presse l’avait finalement traité avec une nécrologie des plus classiques : rappel des temps de gloire, passage sous silence des aspects noires de leur histoire, puis enfin est venu l’annonce d’une fatalité… comme s’il était logique aux vues de l’évolution de la période que LucasArts passe de vie à trépas. Quel étrange réflexe. Faire passer une erreur grossière de stratégie commerciale et artistique de LucasFilm comme une fatalité, une logique universelle inévitable… Dans ce cas, l’art convenu de la nécrologie a éclipsé le nécessaire devoir d’autopsie. Un acteur artistique majeur – ici du jeu-vidéo – qui aurait pu/du être immortel s’est écroulé. Où a été sa faiblesse ? Quel a été son erreur ? Les autres filiales du groupe LucasFilm peuvent-elles être touchées ? Une nécrologie sans réserve aurait pu être si profitable. Il aurait même été tellement bon qu’elle puisse être lue au moment de sa rédaction, c’est-à-dire quelques mois, voire quelques années avant la mort effective de ce studio. Dans ce domaine, la mort n’est jamais une fatalité, et la lucidité qui consisterait à en expliquer les causes pourrait être un exercice salvateur et libérateur pour tous, surtout dans le monde du cinéma. Vous en doutez ? Alors lisez et contemplez ce qui va suivre…

 

 http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/94/70/62/20349828.jpg Oui, par cet article, je comptais moi aussi me livrer à l’exercice de la nécrologie. Mais ce n’est pas de LucasArts dont je comptais justement parler par cet article, ni de jeux-vidéo. Il sera bien question de cinéma comme d’accoutumée sur ce blog mais aussi et plus précisément de Pixar comme l’annonçait plus tôt le titre. Oui : Pixar… Je sais, ce studio n’est pas (encore) mort, certains diront même qu’il est en pleine vie, au sommet de sa forme. Peut-être… Seulement voilà, il relève du talent du journaliste de savoir anticiper la mort, de savoir sentir l’odeur du sapin lorsqu’elle se fait présente et pressante. Alors certes, je ne suis pas journaliste – il ne sera pas nécessaire à Laurent Delmas d’écrire un nouvel article sur son blog pour me le rappeler – mais en tant qu’amoureux du cinéma, j’ai les sens bien affutés, et je pense aussi être capable de sentir l’odeur du bois lorsque celui-ci commence à être débité en planches bien fraiches. Certes, je le sais, préparer la nécro de Pixar en ce moment, alors qu’il engrange un paquet d’entrées et de biftons, peut paraître comme une erreur de timing. C’est vrai, ils sont tellement nombreux ceux qui voient dans l’alliance Pixar-Disney un mariage qui apportera aux deux jeunes conjoints, paix et prospérité. Pourquoi pas… Mais permettez-moi cette liberté, permettez-moi de voir dans ce bon échange courtois du calumet entre Disney et Pixar le plus sûr moyen de choper un cancer du larynx dans les années à venir. Mieux encore : permettez-moi de le voir, de le dire et de le prédire. Après tout, où est le mal ? On parle d’un studio, pas d’un être humain. Au diable les conventions liées à la pudeur et le respect dû aux personnes endeuillées. Préparons le temps de la mort, dressons les bilans, rappelons les joies de la naissance, la gloire de l’âge d’or et surtout exprimons librement la sensation de déclin et anticipons la mort. Il ne s’agit pas de se livrer à un jeu sadique face à un phénomène naturel et tragique qui nous concerne tous. Au contraire, il s’agit d’anticiper et de distinguer les signes annonciateurs d’une mort à petit feu : celle d’un studio, d’un état d’esprit, d’un art de faire du cinéma. Anticipons donc… Rédigeons une nécrologie instructive et libérée… Qu’il repose en paix, Pixar…

 

 

Aux origines de la gloire…

 

 

18393046.jpgSi j’ai parlé plutôt de LucasArts et de LucasFilm, ce n’est pas par hasard… Car oui, c’est aussi dans ce giron là que Pixar a vu aussi le jour, cinq ans avant LucasArts, en 1979, et quatre ans après les fameux ateliers d’effets spéciaux à l’origine des effets de la Guerre des étoiles : ILM, Industrial Lights and Magics. Placer la naissance de Pixar dans l’univers du George Lucas de cette époque là (oui, j’insiste : « de cette époque là » !) n’est pas une chose anodine. George Lucas, à la fin des années 1970, c’était encore le jeune gamin californien qui a été éduqué à la culture populaire des comic books, et qui s’est retrouvé presque par accident dans une école de cinéma. Il n’est alors pas un homme du système, il est un homme du rêve et de la création, et le succès récent de sa Guerre des étoiles lui a soudainement permis de prendre ses distances avec ces grosses majors qui le brime dans ses choix créatifs audacieux. La Guerre des étoiles, sortie en 1977, c’est l’outil libérateur de George Lucas, celui qui va vraiment lui permettre, via ILM, de mettre le capital au service de la création. Les créations de LucasArts, de THX et de Pixar (à cette époque simplement nommé Lucas Computer Digital Group) rentrent dans cette logique d’investissement dans la création visuelle. A cette époque Lucas recrute quelques chercheurs du MIT pour que ceux-ci mettent leurs premières découvertes en terme d’images de synthèse produites par ordinateur au service du rêve et la magie. C’est cette équipe réduite de quelques geeks comme Edwin Catmull, Alvy Ray Smith ou bien encore quelques recalés de l’école Disney comme John Lasseter qui, sur quelques productions Lucas, va se forger la main à l’image de synthèse au service du cinéma jusqu’en 1986, date à laquelle l’entreprise est rachetée par un autre visionnaire de l’époque qui vient d’être fraîchement viré d’Apple : un certain Steve Jobs...

 

http://fr.web.img5.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/42/83/18777803.jpgC’est à ce moment que Lucas Computer Digital Group devient Pixar, une entreprise pensée initialement pour le monde de l’industrie et de l’entreprise. Jobs voit dans l’émergence de l’imagerie informatique un potentiel énorme dans un nombre incroyable de secteurs : médecine, avionique, architecture, armée, conceptions diverses... Le visionnaire avait encore vu juste sur ce coup, mais pourtant c’est un vrai bide. Peut-être était-il encore trop en avance sur son temps, ou bien peut-être que tout simplement, cette équipe de créatifs et de rêveurs embauchée par Lucas se sentait moins pousser des ailes quand ils pensaient à des logiciels à visée industrielle plutôt que quand ils s’amusaient à faire des petites animations rigolotes...  Or il se trouve que Pixar dispose justement d’un petit service dédiée aux animations, un reliquat du passé LucasFilms... Deux ans avant le rachat de Digital Group par Jobs, en 1984, Alvy Ray Smith et John Lasseter s’étaient déjà amusés à produire une petite démo technique qui avait pris la forme d’un court-métrage de seulement deux minutes, mais entièrement réalisée avec des images de synthèse : les aventures d’André et Wally B. Totalement désuette aujourd’hui, cette démo est néanmoins une révolution visuelle pour l’époque, raison pour laquelle Jobs ne fermera pas le service animation à l’achat de Digital Group pour en faire Pixar. Pourtant, il n’est pas question, dans la logique de Jobs, de se lancer dans la production commerciale de courts ou longs-métrages. La tâche confiée à Smith et Lasseter n’est que de rechercher des méthodes alternatives aux traditionnels ancrages et coloriages dans le domaine du dessin-animé afin que Pixar puisse ensuite les proposer à des studios d’animation traditionnels. L’ancien des studios Disney qu’est Lasseter établit d’ailleurs un lien avec ses anciens employeurs pour les convaincre du gain de temps que pourraient apporter de telles technologies. C’est donc bien Lasseter qui sert de passerelle pour faire rentrer la petite souris dans la bergerie. Pour le meilleur et pour le pire...

 

http://fr.web.img4.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/72/94/42/19410957.jpgIl ne faut pas longtemps à Jobs pour comprendre que la seule branche de Pixar qui semble prête à donner des fruits rapidement est sa branche « animation ». Alors que les investisseurs et entrepreneurs ont encore du mal à s’imaginer comment utiliser l’imagerie numérique dans la vie de tous les jours, les quelques courts métrages de l’ami Lasseter enthousiasment tout le monde. « Incroyable, regardez ces deux lampes de bureau qui se dandinent. On les croirait vraies ! Vivantes ! Elles en seraient presque émouvantes ! » Ce petit dessin-animé de 1986, baptisé Luxo Jr. est le tournant de Pixar. On se rend compte du pouvoir du capital mis au service de la technologie, elle-même mis au service de la créativité. Il légitime l’état d’esprit à l’origine du studio, celui pensé par Lucas. Ainsi, durant toute la première moitié des années 1990, Pixar se réoriente essentiellement vers ses activités d’animation, le principal bénéficiaire étant Disney. Qui ne se souvient pas du déferlement de gnous sur le pauvre Mufasa dans Le Roi Lion en 1994 ? une scène culte à l’époque, vantée pour sa qualité technique... Eh bien, Pixar did it... Cette collaboration fructueuse permet d’éponger progressivement les 8 milliards de dollars de dettes contractés durant la décennie précédente. Disney est même prêt à commander à Pixar des longs-métrages entièrement réalisés en image de synthèse. Disney paye, Disney utilise son réseau de distribution et Pixar voit là la possibilité de rentrer dans la cour des grands. Un premier contrat pour trois longs-métrages est signé en 1991, quatre ans plus tard, après le Roi Lion, la production et la distribution d’un premier long-métrage sont enfin actés. Disney valide le projet de Pixar consistant à développer l’univers d’un court-métrage de Lasseter réalisé en 1988, dans lequel des jouets fuyaient un bébé maltraitant. Tin Toy allait devenir Toy Story. Sûrement un rêve d’enfant pour Lasseter... Mais un rêve qui va se payer... Et c’est là que toute l’histoire de Pixar devient une étrange tragédie au goût amer. Toute la force et l’apport de Pixar a toujours reposé sur sa créativité, son ingéniosité, sa nouveauté... Lasseter, Smith, ou bien encore Pete Docter et Andrew Stanton qui sont recrutés en 1990, sont de doux rêveurs, laissés seuls avec leur imagination dans un domaine que personne ne comprend et ne leur dispute... du moins à cette époque. Dans le domaine de l’imagerie numérique, ils sont les seuls à comprendre ce qu’il se passe et comment ça marche. Personne ne cherche à comprendre : puisqu'ils n'y a qu'eux, on leur donne la mallette et on les laisse faire : tout l’avantage d’être un visionnaire en avance sur son temps, comme Lucas le fut avec la guerre des étoiles. Le paradoxe veut donc que, sans la mallette de Disney, jamais Pixar ne serait devenu Pixar. Jamais les Toy Story, Indestructibles, Monstres et Cie et Wall-E n’auraient révolutionné le domaine de l’animation et apporté un ton neuf et frais au cinéma en général. Seulement voilà, c’est du même Disney que viendra le fourvoiement, la déshérence et la mort. Habitués des nécrologies, attention : préparez vos mouchoirs. Voilà arrivé le moment tragique de notre histoire...

     

 

L’apogée au temps du mariage de raison…

 

 

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/64/42/86/18778475.jpgTelles ces stars de la chanson qu’on suit dans une nécrologie au travers de leurs idylles et de leurs enfants, Pixar ne peut être décemment compris sans suivre l’évolution de ce long mariage de raison qu’il a entretenu (et entretient toujours) avec Disney. En effet, la sortie des plus grands chefs d’œuvre de Pixar se font dans une logique d’obligation contractuelle mais aussi d’émancipation à l’égard du conjoint trop pesant. Au départ pourtant, tout semblait bien allé. Trois films commandés, et un en production. Toy Story sort en 1995 et fait parler de lui, surtout pour la prouesse technique qu’il constitue. C’est vrai que, nostalgie mis de côté, Toy Story est certes une merveille technique (encore aujourd’hui il n’a presque pas pris de ride)  mais il n’en demeure pas moins un film assez classique. Pas moins de sept scénaristes se sont relayés sur l’affaire : tous les pontes de Pixar bien sûr (Lasseter, Docter et Stanton) mais aussi des transfuges de Disney comme le « gentil grille pain courageux » Joe Ranft ou bien encore Joel Cohen, l’un des auteurs de la série pour teenagers, Sister, Sister... Il s’agit pour Pixar de ne pas louper le coche sur un format qu’il ne connait pas. Ainsi, le schéma classique de tout Disney se retrouve aisément dans ce Toy Story, schéma que l’on retrouvera d’ailleurs aussi dans le long métrage suivant, sorti en 1998 : 1001 pattes. Ainsi retrouve-t-on le traditionnel schéma narratif manichéen, avec un gentil et un méchant clairement identifiés et sans aucune porosité possible entre les deux. Le méchant est méchant par posture : un vilain par nature qui n’a que pour seul fonction d’être une entrave au cheminement du héros. Dans Toy Story, Sid veut bousiller des jouets... parce qu’il veut bousiller des jouets ! Dans 1001 pattes, le Borgne veut asservir la colonie de fourmis... parce qu’il veut asservir la colonie de fourmis ! Que voulez-vous ? C’est dans sa nature ! D’ailleurs les codes moraux disneyiens sont aussi bien présents. Ils passent par deux éléments : exterminer le mal dans une scène de mise à mort toute choupinette (oui il doit y avoir un méchant et ils doivent crever vilement dans un gentil conte pour enfants chez Disney... mais à part ça la violence c’est mal) Certes, Sid n’est pas exécuté par la foule de jouets, mais le Borgne lui l’est. Et enfin il y a le deuxième élément caractéristique de la morale disneyenne : le film doit valoriser une valeur saine de la bonne société américaine (famille, valeurs religieuses fondamentales, patriotisme). Sur ce point aussi, les deux premiers Pixar checkent ces points sans souci : Toy Story nous dit qu’on est heureux que lorsqu’on reste fidèle à sa famille, tandis que 1001 pattes nous montre comment tuer au nom de la liberté de son peuple c’est cool... Du bon Disney vous disais-je. D’ailleurs, Pixar en serait resté là, je pense que je ne regretterais pas ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. Seulement il y a eu le troisième film qui, pour moi, marque le début de l’émancipation vis-à-vis de Disney et la réaffirmation de l’esprit Pixar d’origine et paradoxalement, ce film, c’est Toy Story 2, sorti en 1999...

 

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/73/27/21/19410976.jpgParadoxal que Toy Story 2 devienne le marqueur d’émancipation artistique de Pixar ? Oui, je le pense, parce que justement, rien ne l’y prédisposait, bien au contraire. En effet, Pixar était tenu par son contrat de réaliser un troisième film aux ordres de Disney. Le premier Toy Story ayant fonctionné, Disney voulut donc y appliquer la même recette qu’à ses propres succès : faire une suite à peu de frais en VHS et DVD. La méthode est fatale : on investit moins dans le produit mais il se vend malgré tout grâce au succès du précédent. Et pour éviter que l’étron en question ne nuise à l’image de marque de Disney, on ne l’expose pas en le sortant au cinéma. Au départ extérieur au projet, John Lasseter finit par s’y imposer quand il constate l’ampleur des dégâts. Il ne peut se résoudre à voir ainsi dénaturer son bébé. Ainsi, il déboule dans le projet en plein développement, assisté de Pete Docter et d’Andrew Stanton, pour redresser la barre. Et c’est mission réussie. Le résultat final plait tellement à ses créateurs qu’en fin de compte, ils se décideront à le sortir au cinéma. Et ce qui est intéressant, c’est que dans cette logique de rattrapage, de lutte face à la machine à formater qu’est Disney, Toy Story 2 témoigne d’un début de prise de distance avec les codes habituels de la petite souris. Le second degré est davantage présent, les références aussi, le schéma narratif plus fouillé, moins caricatural et moins manichéen. Toy Story 2 marque d’ailleurs le début des tensions entre Pixar et Disney. Entre temps, un nouveau contrat avait été signé entre les deux studios pour quatre films sur une période de dix ans. Le contrat ayant été signé en 1997, il court jusqu’en 2007. Sur le coup Pixar n’y voyait que des avantages, étant donnée la manne financière et le réseau que constituait pour eux Buena Vista International. Seulement voilà, très rapidement, Steve Jobs se rend compte que sa filière rapporte de plus en plus à Disney tandis que l’oncle Walt, lui, commence à enchainer les déconvenues au grand écran et commence à s’accrocher désespérément à sa poule aux œufs d’or comme un parasite à sa victime. On parle de rachat chez Disney, on parle de prise d’indépendance chez Jobs qui supporte de moins en moins les désaccords artistiques entre Pixar et son bienfaiteur, Toy Story 2 étant le premier d’une longue liste. Seulement voilà, pendant cette phase de tension qui va de 1999 à 2007, quatre films doivent être tournés sur huit ans. Huit ans très longs pour un mariage de raison, mais paradoxalement, huit ans qui marqueront l’envol de Pixar à mes yeux...

 

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/50/22/20292839.jpgEncore une fois, je reste persuadé que la grande liberté artistique de Pixar est venue de leur avant-gardisme. En quelques années, Pixar a réussi à écraser le marché, tandis que Disney connait des ralentissements sur ses propres productions. On l’a imputé à cette époque à la seule image de synthèse, faisant même songer à Disney d’abandonner la production de dessins-animés traditionnels. Mauvais diagnostic, mauvaise décision. Ainsi, Disney va préférer faire profil bas pendant qu’il amorce sa mue et que d’autres concurrents arrivent sur le secteur, comme Dreamworks ou Sony... Après tout, Disney a ce risque de voir sa poule aux œufs d’or ne pas renouveler son contrat en 2007. Donc pendant ce temps là il faudra apprendre, surtout après le fiasco du premier film en image de synthèse de Disney : Chicken Little. Pixar devient donc un nouveau modèle qu’on laisse faire et qu’on finance, sans entrave. Lasseter, Stanton, Docter et Brad Bird vont s’en donner à cœur joie. Les quatre films qui sortent lors de cette période sont pour moi parmi les plus revigorants de leur génération : Monstres & Cie en 2001, le monde de Némo en 2003, les Indestructibles en 2004 et Cars en 2006. Chacun de ces films n’hésitent pas à écorner les valeurs intouchables chez Disney : le monde de l’entreprise et la logique de production dans Monstres & Cie ; les valeurs éducatives castratrices dans le Monde de Nemo ou bien encore le poids de la norme dans les Indestructibles. Non mais ouah ! Une production Disney qui critique les normes sociales et le conformisme !!! Qui l’aurait cru à cette époque ??? Je le répète et je l’affirme. A mes yeux, l’âge d’or de Pixar ne s’explique pas seulement par le fait qu’ils aient su faire de belles images toutes nouvelles et que c’est l’appel de la nouveauté qui à su capter autant de public. Pixar doit aussi et surtout sa force de l’époque grâce à la fraicheur de son ton. Il a su offrir autre chose que les schémas traditionnels de princes et de princesses, d’animaux qui couinent et de valorisation permanente de la nation, de la famille et du mythe libéral. Les productions des années 2000 plongent leurs intrigues dans notre monde, avec nos problèmes et nos travers, ils se nourrissent de NOTRE culture contemporaine et non d’un mythe social issu d’un autre temps et d’une autre moralité. Ainsi a-t-il su créer une réconciliation générationnelle entre les enfants qui viennent juste voir des voitures parler, des monstres marrants et des poissons clowns, avec des parents qui se marrent aux références cachées et aux ressemblances avec les enjeux qui composent leur vie quotidienne. Pixar n’a pas piqué le marché à Disney, il l’a élargi. Moi, quand j’étais tout gamin et que je demandais à mon père qu’il me conduise voir un Disney, il passait l’intégralité du film à ronfler sur le siège d’à-côté. Par contre, quand je suis allé voir ces Pixar là au cinéma, enfants et parents riaient, pas forcément au même moment, mais ils riaient. Tous ne comprirent pas la recette à l’époque. Disney crut qu’il suffirait de faire un petit poulet qui couine pour concurrencer Pixar ; Sony, Dreamworks, Vanguard crurent aussi qu’il suffisait de quelques animaux pour prendre leur part du marché. Certains furent plus malins (Shrek) que d’autres (Les rebelles de la forêt, les chimpanzés de l’espace, les mammouths de la calotte glacière, les bestioles demeurées de Madagascar, etc…) Mais au final, il faut bien le reconnaître, la fraicheur Pixar était devenue dans les années 2000 le standard à copier et que, il faut bien l’avouer, peut parvenait à égaler... Pour moi, il était là le grand Pixar...

 

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/63/93/01/18928854.jpgA mon sens, le début de la fin commence en 2007. Paradoxalement, le début de la fin passe pour moi par la fin des tensions entre Pixar et Disney. Jobs avait mis la pression pour se libérer de la ligne morale de la petite souris, mais il se rend quand même compte que le rongeur est aussi un géant financier considérable. Saura-t-il faire aussi bien sans le grand fromage ? Voire même, étant donnée la mauvaise santé de Disney en 2007, y a-t-il moyen de s’en prendre une part ? Ainsi, la logique de Jobs a voulu qu’au lieu de s’éloigner de Disney, Pixar s’est risqué à se laissé racheter, en échange d’une entrée massive dans le capital considérable de l’ami Mickey. Jobs rachète donc des parts de Disney pour en devenir l’actionnaire le plus influent et procède au rachat de Disney par Pixar. Il place Lasseter à la tête de la création artistique du studio aux grandes oreilles, lequel relance toute de suite la filière dessin-animé qui avait fait l’excellence et la réputation de Disney pendant des décennies. Cette relance est d’ailleurs symbolisée par le lancement de la production de la Princesse et la Grenouille. Ainsi pense-t-on alors que Pixar opère une savante opération : il retranche un de ses concurrents directs (Disney) dans un registre qui ne lui était pas concurrentiel (le dessin-animé traditionnel), tandis qu’il s’assure définitivement l’accès au coffre de l’Oncle Picsou pour financer ses propres films. En plus de tout cela, il peut même se targuer de redonner un coup de fouet à Disney et de se faire du coup le garant d’une certaine diversité dans la production de films d’animation... C’était là une bien belle vision de l’avenir du monde de l’animation américaine, et franchement, quand on regarde les sorties faites durant cette période de transition, Ratatouille (2007) et Wall-E (2008) on était en droit d’être optimistes. Mariage contraint avec Disney donc, mais mariage de raison qui au final semblait apporter du bon à tout le monde. Disney pouvait se moderniser, Pixar pouvait profiter de la manne financière de son aïeul… C’était l’âge d’or de Pixar, l’époque où un film comme Planes semblait totalement inenvisageable… Seulement voilà, les mariages d’argent entrainent toujours des malheurs au tournant…

 

 

De Cars à Planes, chronique d’un déclin…

 

 

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/35/29/60/18839701.jpgVous vous souvenez qu’en début d’article je vous avais parlé de George Lucas, le petit gars qui avait su s’affranchir du système pour créer son propre univers où le capital était mis au service du rêve et de la création ? C’était au début des années 1980. Pixar était l’un de ces enfants du capital au service du rêve et, en 2007, au moment de la sortie de Ratatouille, Pixar était le digne héritier de son papa. Il continuait à engranger des sommes considérables et réinjectait ses bénéfices dans d’autres chefs d’œuvres audacieux comme le sublime Wall-E, dernier grand bijou (si ce n’est le plus grand) produit par Pixar. Mais bon… Alors que Pixar accomplissait la pensée du père, rappelez-vous ce que LucasFilm était devenu entre temps. Après avoir réédité sa trilogie Guerre des étoiles à coup de quelques liftings numériques (« …l’informatique au service du rêve » disait-il.), Lucas avait continué à faire pondre sa poule aux œufs d’or jusqu’à nous en faire sortir une toute nouvelle trilogie. L’or fut au rendez-vous dans les poches de Lucas, mais les yeux des spectateurs étincelaient beaucoup moins face à cette recette commerciale appliquée à toutes les sauces. Après ces deux trilogies, la série animée, les jeux-vidéos, les comics, Star Wars n’était plus un affranchissement du système, c’était devenu LE système, un système franchisé qui plus est, davantage au service des actionnaires de LucasFilm qu’au service de la création et du rêve du spectateur. Il aura fallu donc vingt ans pour que le système rattrape l’ami Lucas, pour que le pouvoir manipulateur du billet vert transforme son art en simple commerce sans âme. Je n’ai pas parlé de Lucas par hasard. Oh non… Ce mal qui touche le cinéma, qui consiste à croire qu’on peut jouer avec le système sans en subir les mauvais côtés, a le pouvoir de corrompre même les meilleurs. Pixar s’était risqué à mettre la main dans le panier Disney, il ne savait pas à cette époque là que très rapidement le panier allait lui avaler tout le bras…

 

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/66/97/50/19117766.jpgLe problème dans une grosse Major, c’est que l’argent appelle l’argent. L’artiste ne peut plus penser petit. L’argent n’est plus une liberté apportée dans la production, il devient une nécessité pour créer ce qui rapportera encore plus d’argent. Après tout on risque tant se dit-on, rapporter plus est un minimum. La somme engagée étant en soi un risque, on devient moins enclin à supporter des projets qui pourraient ne pas rapporter, qui pourraient ne pas plaire. Et c’est là tout le paradoxe, la grosse machine sensée libérer la créativité devient celle qui la brime. C’est là toute la culture d’une Major. En se faisant acheter par Disney pour le noyauter de l’intérieur, Pixar s’est finalement laissée contaminer par cette culture du non-risque artistique sensé compenser le gros risque financier. Quand on fait partie d’une Major et qu’on investit dans un projet, on ne peut plus vraiment faire confiance en ses émotions d’artiste, car la seule émotion qui nous stimule, c’est l’apaisement, celui qu’apporte le non-risque qui rassure. On préfère dès lors écouter le jeune homme sorti d’une business school qui nous montre des graphiques de ce que veulent les gens plutôt qu’un créateur passionné qui veut nous emmener dans un projet tellement innovateur qu’on a du mal à le visualiser. Ainsi a-t-on appliqué la recette Disney au produit Pixar, et la recette Disney en gros peut se résumer en deux points : réutiliser des franchises déjà existantes, ou bien créer de nouvelles franchises qui utilisent les recettes qui ont déjà fait leur preuve. Ainsi, de la même manière on pouvait voir un film qui marquait l’émancipation progressive de Pixar (Toy Story 2), il existe pour moi un film où on sent déjà un léger repli de la philosophie Pixar. Pour moi, c’est Là-haut. Le début, je le trouve très « pixarien » et puis la deuxième moitié, on commence à retrouver les éléments classiques de la narration disneyenne. On retourne vers la flopée d’animaux loufoques, notamment toute la galerie de chiens parlants. Mais surtout on retrouve très rapidement une logique manichéenne d’opposition claire et nette entre un gentil et un méchant, qui devra passer par l’extermination de l’oppresseur (la violence légitime selon Disney, moi j’adore ce type de morale…). On peut parler dans Là-haut d’un « méchant ». Il s’oppose aux héros par posture, sans qu’il n’y ait de véritable raison à cela, mais surtout, sans qu’il n’y ait de possibilité de le faire changer d’attitude. Dans Ratatouille, Anton Ego est annihilé en tant qu’opposant en le retournant moralement. Dans Cars, Chick Hicks n’a qu’un rôle secondaire et n’est même pas battu par Flash McQueen, il est sorti du jeu d’opposition en changeant la hiérarchie des importances du héros (l’honneur avant la victoire). Dans les Indestructibles ou Wall-E, il y a certes un opposant (« Syndrome » et le pseudo « HAL ») mais d’une part, jamais ils ne sont détruits, et d’autre part ils ne constituent que des ennemis secondaires par rapport au réel enjeu de l’intrigue (« trouver son identité face à la norme » pour les Indestructibles ; « se réconcilier avec la nature » dans Wall-E). Dans Là-haut, si on retire le méchant, il n’y a plus d’intrigue dans la seconde partie. Mise à part la nécessité de déplacer sa maison, quel est l’enjeu de l’aventure du vieux ? Et le petit gros, veut-il réellement rentrer chez lui ? Sans méchant, pas d’intrigue dans Là-haut. Alors oui, ce n’est pas grand-chose, et franchement si cela s’était arrêté à ça, pourquoi pas. Mais Là-haut était le tournant vers le retour à la conformité et ce qui suit le prouve bien…

 

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/84/99/98/19961044.jpgQui y a t-il eu après Là-haut chez Pixar ? C’est bien simple : soit des films qui rentrent dans la catégorie 1 (réutilisation de franchise) soit des films qui rentrent dans la catégorie 2 (nouvelle franchise mais usant de recettes éculées). Dans la catégorie 1, je vous laisse observer toutes les suites qui ont pullulé alors que rien ne semblait les annoncer. Cars 2, Monstres & Cie 2, Toy Story 3. De ces trois là, la suite la moins forcée serait encore la dernière. Après tout, Toy Story avait déjà une suite, c’était déjà un produit dévoyé Disney alors pourquoi pas… Mais franchement, les deux autres… Cars 2… A part présenter toute une série de nouvelles voitures à faire acheter aux petits enfants, à quoi servait ce film ? Et Monstres Academy ? On ose nous faire les origines de Bob et Sully, comment ils sont devenus des experts de la peur, alors que la conclusion de l’épisode précédent nous disait à quel point il était contre-productif de faire peur ??? Mais quel auto-fuck Pixar se met là ! Et tout cela juste pour vendre des peluches Bob, Sully et bien évidemment toute la clique habituelle de créatures loufoques ! Ah ça on en voit des créatures variées et différentes dans les magasins de jouets. Une plaie pour retenir tous les noms ! Et quand on n’exploite pas des franchises jusqu’à l’usure, eh bien on fait du neuf, mais avec des vieux pots. Et attention ! Pas les vieux pots Pixar ! On va utiliser les vieux pots Disney ! Ceux là ont eu le temps de faire leur preuve ! C’est ainsi qu’on a eu le droit à Rebelle ; une histoire de princesse (oui madame, Pixar qui fait des histoires de princesses) ; une princesse qui doit se marier (oui, monsieur, la préoccupation de toutes les petites filles du XXIe siècle) et qui va apprendre durant toute sa quête initiatique, durant laquelle elle rencontrera une sorcière (oui oui, c’est Pixar, pas Disney) et où elle apprendra que le mariage et la famille c’est sacré car c’est ça qui assure la paix dans un royaume (un Pixar je vous dis, vérifiez…) Alors je ne vais pas m’étendre davantage sur la thématique et la morale de cette histoire, d’une part parce qu’on a parfaitement le droit d’aimer ces petites histoires toutes gentilles où on fait l’apologie du mariage forcé, mais aussi parce que je consacrerais sous peu un article sur le sujet (comment je vends le truc). Parce que finalement, la seule chose à retenir là-dedans, c’est de constater à quel point Pixar s’est éloigné de sa précédente recette (se plonger dans le monde et les préoccupations d’aujourd’hui) pour reprendre celle de son conjoint à grandes oreilles (les valeurs traditionnelles et le fondamentalisme moral).

 

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/pictures/210/359/21035997_20130904105211016.jpgReste enfin le cas où, histoire de bien verrouiller, Pixar se risque à piocher dans les deux catégories. Et alors là, quand on en arrive à ce niveau là de non-créativité, on touche souvent le fond et on met déjà un pied dans le cercueil. Ce chef d’œuvre de couardise est donc le dernier Pixar en date : Planes. Enfin... Dernier Pixar... Disons que Disney s’est arrogé le droit de reprendre une franchise Pixar. Mais est-ce bien différent quand on regarde l’évolution actuelle du studio ? Ce Planes est d’ailleurs l’incarnation ouverte et sans scrupule de ce qu’est devenu Disney-Pixar. C’est à la fois une reprise de franchise (puisque, en gros, on créé clairement une filiation avec Cars, comme s’il s’agissait d’un spin-off) mais ça reste quand même une nouvelle franchise, qui permettra de vendre de nouveaux jouets et autres gadgets. Et quand je dis qu’on créé une nouvelle franchise, ne nous méprenons pas : on ne va pas innover d’un sou ; on va récupérer toute la structure de Cars (parce que Cars ça a marché, si on fait autre chose on prend un risque). Ainsi se retrouve-t-on avec Dusty qui est un avion… de course ! Oui, un avion de course. C’est bien connu, il y a des courses d’avions. Il suffit de regarder Eurosport pour tomber comme ça, entre le championnat de formule 1 et un match de foot sur une régate de F16 ou une transat’ de Mirages 2000… Dans cette course, Dusty est un rookie qui va devoir être coaché par un ancien qui s’est retiré du monde la course pour pouvoir devenir champion. Et bien évidemment, il sera épaulé durant son périple par un ami bien gentil mais un peu con tandis qu’une pourriture arriviste peinte en verte cherchera à se mettre en travers de sa route. (Note personnelle : Disney-Pixar aime bien associer les méchants à la couleur verte... Prépareraient-ils le futur choc des civilisations ?!!) Bon, bref, ça ne vous rappelle rien ? Non ? Bien sûr que non ! De toute façon Planes n’a rien à voir avec Cars, car dans Planes on se bat pour de vrai, parce que les enfants ça aime la guerre (normal, c’est ce goût pour cette vraie virilité qui fera d’eux des vrais hommes plus tard) et surtout, à la fin Dusty il est pas con comme cette truffe de Flash McQueen : lui il gagne sa course (Skipper peut crever avec son aileron déchiré : seule la victoire est belle !) et surtout il se farcit les pépés qui l’admirent (car c’est bien connu, la femme n’est qu’un trophée pour les hommes, de simples faire valoir pour prouver leur valeur au combat). Bref, y’a pas à dire : Planes ce n’est pas Cars ! Voilà un film qui sait inculquer de vraies valeurs  aux jeunes américains et qui sait les rendre fiers (car oui, seuls les Américains ont le droit d’occuper le podium à la fin). Finie cette période où quelques geeks de Pixar faisait des jeunes de véritables tafioles incapables de se battre et de se sacrifier... Vous l’aurez donc compris, Planes, pour moi, c’est donc le combo de l’horreur, le film qui prouve que, désormais, Pixar n’a plus de scrupule. Pire, c’est la preuve que désormais, Pixar est devenue une Major comme une autre, ou plutôt qu’elle est désormais parfaitement intégrée à sa Major et à son état d’esprit : Buena Vista International. Certes, Pixar a été. Mais aujourd’hui Pixar n’est plus. Voilà comment on meurt en tant que studio… Belle leçon…

 

 

R.I.P. de conclusion…

 

 

http://fr.web.img5.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/94/70/62/20349829.jpg« On meurt, on meurt… Il y va fort la grenouille ! A ce que je sache Disney est encore là aujourd’hui ! C’est bien la preuve que Pixar n’est pas prêt de mourir ! » Voilà ce que, en substance, vous devez penser à la fin de mon article. Vous devez aussi vous dire que, finalement, vous en auriez autant appris en consultant les pages officielles de Pixar, ainsi que les quelques articles IMDB et Wikipedia (que j’ai d’ailleurs ardemment consulté pour cet article…) Certes, c’est vrai, je ne vous apprends rien et c’est vrai, Pixar a encore de beaux jours à vivre. Mais qu’est-ce qu’on entend par « vivre » pour un studio ? Si du jour au lendemain les studios Ghibli se mettaient à faire des films en images de synthèses avec le même visuel que les Pixar, estimeriez-vous que Ghibli sera toujours vivant ? Pour moi, ce qui vient de se produire chez Pixar, c’est du même ordre. D’ailleurs, qu’est-ce qui aujourd’hui distingue une production Dreamworks, Disney ou Pixar ? La qualité visuelle ? Le style graphique ? Les thématiques abordées ? La narration ? Rien. La réalité c’est que tout a été uniformisé selon les codes visuels de Pixar et les codes narratifs de Disney. Et il y a fort à parier que plus personne n’en bougera jusqu’à nouvel ordre, à moins qu’un petit nouveau fasse son apparition dans la cour des grands.

 

http://www.tuxboard.com/photos/2012/10/Star-Wars-Walt-Disney-Company-parodies-12.jpegEt encore une fois, je me permets de boucler la boucle en rapprochant Pixar de son papa, LucasFilm. Regardez ce qu’est devenu le papa de Pixar. Une belle aventure au départ non ? Qui plus est une aventure faite au nom de la création et de la magie ! Et aujourd’hui, qu’est-il advenu de LucasFilm ? Il a été racheté pour qu’on puisse exploiter ses licences jusqu’à l’usure. Et voilà que Star Wars 7, 8 et 9 sont en préparation ! Bonne nouvelle ? Quand on sait que celui qui sera aux manettes du premier opus est le même réalisateur que Star Trek Into (Your) Darkness, cela semble déjà signifier que la politique des producteurs n’est pas portée vers l’originalité. Il est difficile d’imaginer que le même J.J. Abrams ne parvienne véritablement à créer une véritable distinction entre les deux franchises qui seront amenées à se confondre. Là aussi, l’uniformisation autour de la recette qui a fait ses preuves est devenue une règle qui fera désormais office de loi. Et en l’occurrence, la question à laquelle il devient intéressant de répondre est la suivante : mais qui donc a décidé de racheter la franchise Star Wars ? Qui va faire tourner la machine à jouets jusqu’à plus soif ? Qui reprendra certainement derrière les Indiana Jones et consorts jusqu’à ce que lassitude s’en suive ? Je vous le donne en mille : Disney ! Voilà comment la boucle se boucle dans le monde du cinéma business d’aujourd’hui. De la diversité on retourne à l’uniformité et, de l’uniformité on se dirigera lentement mais sûrement vers la mort. L’ami Spielberg avait lui-même prophétisé cette année la mort d’Hollywood. Au-delà de la blague que constitue le fait que ce soit lui qui l’annonce, je ne peux m’empêcher de clamer, en tant que nécrologue amusé, que oui, vivement la mort d’Hollywood… Que de leur nécrologie puisse se construire sur leurs tombes les cinémas de demain…

 

 

 

 

 

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Publié par L'homme-grenouille - dans Figures du 7ème art
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