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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 12:29
                                      Affiche américaine. Warner Bros. 

Tel un rouleau compresseur, l'arrivée du nouveau Batman dans nos salles françaises a su se faire tambours battant. Record absolu pour ce qui est des recettes engrangées lors du premier week-end d'exploitation ; 300 millions de dollars au bout d'une semaine, et voilà que le film s'apprête à s'ancrer à la seconde place, derrière Titanic, dans l'histoire des plus grand succès de tous les temps. Et maintenant le voilà chez nous, le Batman !

                          Affiche américaine. Warner Bros.                          Affiche teaser américaine. Warner Bros.

Il défraye la chronique, mais il emballe aussi les critiques et les foules. Autant Batman Begins – son prédécesseur – avait laissé un souvenir mitigé, autant ce Dark Knight a tout pour conquérir les foules et s'ancrer très rapidement au rang des grands films cultes. Mais qu'a t-il de plus que tous les autres films de super-héros ce second opus réalisé par Christopher Nolan ? Est-il plus riche en scènes d'action ? A t-il des effets-spéciaux qui n'ont été vu nulle part ailleurs ? Non. Rien de tout cela. The Dark Knight surplombe la concurrence, entre même dans l'histoire, non pas parce qu'il fait plus, mais parce qu'il fait autrement. Avec ce nouveau volet des aventures de Batman, Nolan révolutionne littéralement le film de super-héros.

                          Le réalisateur Christopher Nolan. Warner Bros.                  Christian Bale. Warner Bros.

Pour sûr il saura plaire ce Batman, car Begins aura su lui préparer le terrain, lui poser les bases, et permettre ainsi à Nolan de faire ce qu'il comptait faire depuis le début avec l'homme chauve-souris. Il plaira, mais sera-t-il pour autant compris ? The Dark Knight sera t-il perçu par tous pour le chef d'œuvre révolutionnaire qu'il est vraiment ? Nolan mérite depuis des années une reconnaissance mondiale qui lui échappe encore, et c'est pour vous faire prendre conscience de la richesse et de la densité de ce film que cet article va s'évertuer à en disséquer les principales lignes.

                                      Affiche américaine. Warner Bros.


Dans la continuité du commencement , ou le règne de la peur


Quand on parcourt les critiques postées sur Allociné qui traitent de ce Dark Knight - pour l'essentiel dythirambiques soit dit en passant - une comparaison revient souvent pour le valoriser : c'est celle d'avec son prédécesseur Batman Begins. On retrouve souvent l'idée que ce Dark Knight est plus profond, plus sombre, plus équilibré qu'un Begins qui n'était pas aller jusqu'au bout de sa démarche. Cette comparaison est des plus compréhensibles tant elle relève du réflexe logique. Pourtant, pour ceux qui auront bien pris le temps de comprendre cette première adaptation de l'homme chauve-souris par Christopher Nolan (si ce n'est pas votre cas, je ne peux que vous inviter à lire un autre de mes articles !!) une telle comparaison peut apparaître comme quelque peu injuste tant finalement Begins pose toutes les bases sans lesquels Dark Knight ne serait rien. En effet, par bien des points, Dark Knight ne fait que développer la démarche introspective mené par le précédent opus de Nolan, et le premier thème a être immédiatement repris, c'est celui du rapport du héros à la peur. Begins avait en effet longtemps exploré comme le héros d'une ville comme Gotham - ville dominée par la peur - ne pouvait quêtre étroitement liée à ce sentiment autant primaire que pénétrant. Sur ce sujet précis, Dark Knight ne fait que développer jusqu'au paroxysme le propos initié par Begins.

                                                                       Christian Bale. Warner Bros.

Sous la caméra de Nolan, le discours se veut clair : Batman n'est pas un super-héros qui s'oppose à la peur pour mieux la faire disparaître. Bien contraire, Batman incarne la peur et est né de la peur elle-même. Né tout d'abord de la lutte de Wayne face à sa peur d'être victime, sa peur d'être impuissant, sa peur d'être coupable, sa peur de ne pas être digne du nom qu'il porte. Symboliquement d'ailleurs, toutes ces peurs se condensent au final par une seule  : celle des chauve-souris. Né ensuite de la peur qui règne au sein de Gotham City – véritable « cité de la peur » s'il en est – où ce n'est pas la loi ou le sens commun qui fait vivre la ville mais bien la peur de la pègre : les flics « croquent » non pas parce qu'ils sont malhonnêtes, mais ils croquent parce qu'ils ont peur et qu'ils veulent être du côté le moins dangereux. A Gotham, le bon côté n'est pas celui des bons, mais celui des ignorés ou des protégés. Un homme de bien comme Thomas Wayne, le père bienfaiteur de Bruce et de Gotham, pouvait-il apporté le bonheur et la paix en répandant le bien et en respectant la loi, si la loi de la ville est la loi de la peur ? Pour Bruce, assurément non. Voilà pourquoi Batman, aussi ambigu se doit-il d'être, est apparu aux yeux du golden boy, héritier d'un bienfaiteur déchu, comme une nécessité. Pour Wayne, le héros de Gotham ne doit pas prendre la peur pour ennemi. Il doit la prendre comme un instrument à retourner contre l'ennemi véritable : la pègre qui gangrène la ville. Comme il fut d'ailleurs dit à Ra's al Ghul dans Batman Begins, l'objectif principal est de "retourner la peur contre ceux qui la sèment" ; il ne s'agit pas de l'éliminer. Batman et la peur ne font donc qu'un, et les premières minutes de ce Dark Knight vont nous montrer que c'est de là que cette figure héroïque tire toute son ambiguité, et par bien des points, toute sa faiblesse.

                                       Michael Caine et Christian Bale. Warner Bros.

La première griffe de Nolan dans ce Dark Knight est là  : Batman n'est pas un symbole qui contribue à l'effacement du règne de la peur. Bien au contraire, Batman est l'apothéose de ce frisson qui parcourt Gotham. Preuve finalement de cette ambiguïté qu'incarne l'homme chauve-souris, c'est qu'il n'est pas un personnage aimé au sein de Gotham. Le commissaire veut l'arrêter, la foule demande qu'on le livre au Joker... Mais au fond quoi de plus logique ? Batman est un personnage construit sur la peur, et non sur la loi. Il a recours à des méthodes musclées pour obtenir ses informations, il n'a pas peur de pratiquer le rapt comme c'est le cas avec Lau, et ses raids en Batmobile sont souvent destructeurs. Finalement, nul ne connaît les limites de cet homme au-delà des lois. Finalement, ses seules limites sont celles qu'il se fixe lui-même, et s'il se décide à les repousser encore - en tuant notamment - nul ne pourra l'arrêter car il est insaisissable. Parce que Gotham n'a pas d'emprise sur le pouvoir de son protecteur, elle finit par le craindre car elle prend conscience qu'elle est à la merci de son bon-vouloir. On craint la pègre parce qu'elle ne craint pas de violer les lois. Il en est de même pour Batman pour exactement les mêmes raisons. En ce sens, le point de vue de Natasha, la danseuse de ballet qui accompagne Bruce pour un soir est fortement révélateur du sentiment commun qu'on aurait tous face à un tel personnage : ce sont aux institutions démocratiquement élues de faire respecter la loi, sinon la ville subit Batman, de la même manière qu'elle subit de la pègre. En construisant son action autour de la peur, Batman y tire cette une certaine force et une réelle facilité, néanmoins c'est aussi jeter une alumette sur une ville qui ne demande qu'à s'embraser...

  

A la fin de son périple dans Begins, Wayne expliquait qu'il ne devait pas combattre en homme, mais en symbole, car un symbole est immortel et qu'il peut ainsi inspirer les hommes. Or, en créant un symbole de peur, Batman n'est pas finalement sans reproduire le modèle de son ancien maître Ra's al Ghul. La scène d'introduction du personnage de Batman dans Dark Knight témoigne d'ailleurs d'un certain chaos. On s'attend à voir intervenir Batman lorsque l'épouvantail refourgue sa came, or c'est plusieurs Batman qui débarquent, qui plus est avec des armes à feu. Cela donne à la scène un coté anarchique qui traduit bien l'ambiguïté de l'action de l'homme chauve-souris. Il suscite des vocations, certes sincères, mais qui génèrent plus le chaos qu'elles ne construisent l'ordre et la paix. Batman en deviendrait presque un anti-héros, celui qui catalyse plutôt qu'il n'atténue ce contre quoi il lutte. Batman n'est pas apaisement, il est envenimement. Il n'est pas ordre, il est chaos.


Le chaos ; voila bien la vitesse supérieure à laquelle Dark Knight nous fait passer. Au temps de Falcone dans Batman Begins, la pègre instaurait la peur certes, mais c'était une peur dans l'ordre. Depuis l'avènement de Batman, la peur est restée, mais l'ordre se disloque. Cette déliquescence vers laquelle Dark Knight nous fait sombrer petit à petit se symbolise très bien au travers de cette progressive passation de pouvoir entre les mafieux traditionnels tels Salvatore Maroni, Gambol, ou encore l'entrepreneur chinois Lau, et de l'autre côté les nouveaux malfrats - taillé à la mesure de l'homme chauve-souris comme l'est le Joker. L'apparition de ce personnage est d'ailleurs très intéressante dans ce film car elle ne se fait pas de manière tant rocambolesque que cela. C'est juste un personnage un peu déluré qui fait son apparition au milieu de la clique traditionnelle de malfrats. Le Joker n'est pas un personnage si impressionnant que cela au départ : il n'a pas d'homme, il n'a pas de pouvoir, on se moque d'ailleurs de lui. C'est finalement l'action hors-norme de Batman qui vont susciter en réponse un gain d'influence de ce personnage qui a pourtant tout pour être marginalisé. Joker est un personnage intéressant, un personnage d'envergure, uniquement grâce à son association avec Batman. Lors de sa garde à vue d'ailleurs, le Joker expliquera bien à l'homme masqué qu'il n'existerait pas sans lui. Finalement il a raison quand on regarde l'intrigue de ce Dark Knight. Sans Batman à Gotham, un « freak » comme le Joker n'aurait pas fait long feu. Il n'est pas fiable (il tue ses associés) et il n'est pas maîtrisable (ce n'est ni l'argent ni le confort qui semblent l'intéresser, donc il n'existe aucun moyen de faire pression sur lui). A noter d'ailleurs, qu'à la première rencontre entre le Joker et les grands pontes de la mafia, Gambol lance un contrat sur lui, mort ou vif. Dans un Gotham sans Batman, un personnage aussi marginal et déluré que le Joker n'aurait jamais pris d'envergure. Isolé, il aurait vite été mis hors circuit. Mais Batman est là...

                   Warner Bros.                                Heath Ledger. Warner Bros.

Dans Dark Knight, c'est la présence de Batman dans Gotham qui brouille toutes les cartes. On l'avait vu dans Begins, au temps du règne de Falcone, la pègre violait les lois mais savait profiter de la stabilité des institutions légales pour maintenant une forme d'ordre, leur ordre. Les règles du jeu sont connues et les limites des uns et des autres sont plus ou moins établies. Avec Batman, tous les coups sont permis. Les règles du jeu volent en éclats : on peut avoir recours au pire car le pire peut être envisagé avec l'homme chauve-souris. Car au fond, quel est l'évènement déclencheur de l'éclosion du Joker ? A revoir ce Dark Knight, vous constaterez que la pègre fait appel au Joker seulement après que Batman ait capturé Lau à Hong-Kong. Sans Batman, l'argent de la pègre était en sécurité ; avec Batman pour violer les juridictions, qui sait ce qui peut arriver ? D'ailleurs le Joker ne fait consensus autour de lui que par un seul et unique objectif : tuer le Batman. A la fin de Begins, le lieutenant Gordon disait à Batman que lorsque la police pourra se payer des semi-automatique, la pègre se fournira en automatiques ; quand la police portera du kevlar, la pègre se payera alors des balles perforantes. Gordon annonçait à la fin de Begins que l'arrivée de Batman, de sa théâtralisation et ses méthodes allait entraîner en retour une escalade dans la peur et les coups permis. C'est ce qui arrive dans Dark Knight : l'avènement de Batman – personnage au dessus des lois – Gotham sombre dans le chaos. Or, il ne fait nul doute que la puissance crépusculaire que ce film parvient à générer vient aussi et surtout de cette donnée reversante qui nous fait nous questionner sur la pertinence et la légitimité de l'existence même de son héros.

                           Warner Bros.                 Heath Ledger. Warner Bros.

Cette vérité, tous en ont conscience. Bruce Wayne se la pose lui-même à plusieurs reprises dans le film, notamment auprès de son majordome. Ce dernier s'efforce de le rassurer en lui disant que les choses s'empirent toujours avant de s'arranger. La vraie question qui se pose alors à Batman est de l'ordre même de son existence. Si les choses sont amenées à devenir pires, ne faut-il pas mieux tout arrêter ? La scène la plus riche de sens à ce sujet en devient d'ailleurs celle de l'interrogatoire du Joker par Batman, au cœur même du commissariat. C'est à ce moment que la destruction intérieure du héros s'extériorise le plus. Dans un milieu surchargé en lumière, Batman ne tranche qu'encore plus : il est exposé, en cage même. C'est un interrogatoire où il frappe, il hurle, mais où son impuissance est caractéristique. Joker tend à présenter Batman comme un personnage vain et vide de sens, où la seule différence qu'il semble s'exprimer entre les deux hommes réside dans le fait que Batman se refuse à tuer. Effectivement, le Joker n'agissant pas pour l'argent, la question des motivations des deux hommes se pose. Tous d'eux agissent hors des lois, dans le seul but de combler un désordre intérieur. En ce sens, le refus de tuer est bien ce qui distingue Batman du fou, comme l'est le Joker. Pourtant, c'est cet interdit salvateur qui le rend impuissant face à son ennemi de l'instant. Batman, lui qui se présentait justement sans limite au début de ce Dark Night, se rend finalement compte que ses limites sont ce qui le sépare du Joker.

                                     Christian Bale et Heath Ledger. Warner Bros.

Ainsi en arrive-t-on à cette première caractéristique totalement incroyable de ce Dark Knight, c'est que Nolan n'a pas construit son opposition entre son super-héros et son super-méchant sur le fait qu'ils aient des super pouvoirs tous deux. Non, au fond, les pouvoirs que détiennent Batman et Joker n'ont rien de surnaturels : Batman et Joker règnent par la terreur, par la peur qu'ils suscitent. Ils n'ont de pouvoir que celui que la population leur donne. Le combat que se livrent Batman est le Joker n'est plus d'ordre physique, il est d'ordre moral, pour ne pas dire social. Pas étonnant du coup que Nolan prend à contre-pied total le film de super-héros en en faisant pas une confrontation en grandes scènes d'actions bourrées d 'effets spéciaux mais au contraire en une sorte de grand polar noir digne des Parrains et autres Nuit nous appartient. En ce sens d'ailleurs, la scène la plus spectaculaire du film – qui est la scène de poursuite entre le camion blindé et le truck du Joker – c'est une scène où l'intérêt n'est pas tant dans le déchaînement d'adrénaline, mais bien plus dans la tension dramatique qu'elle exerce. A cet instant, on ne ressent qu'une chose, c'est la pression inexorable du chaos sur l'ordre, du Joker sur la paix et l'ordre voulu par tous. Ce qui est remarquable finalement c'est que, pour ce film, la forme ne fait que suivre le fond. Finalement, nous n'avons pas de film de super-héros, mais simplement un super-film de héros. C'est une démarche rare, osée, qui demandait une construction très aboutie, à laquelle participe Begins, mais qui s'accomplit pleinement dans ce Dark Knight. Rien que par cela, le film est presque révolutionnaire, dans le sens où il révolutionne le film de super-héros.

                                  Heath Ledger. Warner Bros.



Un combat à double-face, l'homme face au symbole



Jamais film de super-héros n'est finalement allé aussi loin. Pour une fois, le héros pose clairement la légitimité de son action – voire même de son existence – dans l'équation que pose la réussite de sa mission. Pour Bruce Wayne, comme pour le spectateur, la question se pose : Batman est-il d'une réelle utilité publique où bien n'a t-il été qu'un exutoire personnel répondant à une démarche égoïste, et auquel il va falloir mettre fin ? Au fond, cela vient à se poser la question de façon différente : Batman n'est-il simplement que le générateur de l'escalade vers le chaos, où bien est-ce le pire avant l'apaisement ? Pour Bruce Wayne, la question se pose d'autant plus qu'elle se double d'un sacrifice personnel. Certes, la conception de Batman a apporté à Bruce Wayne du sens, du courage, mais surtout de l'apaisement intérieur. Mais c'est au prix d'un sacrifice permanent en tant qu'homme. Souvenons nous effectivement de la genèse du personnage Batman dans Begins. Bruce expliquait à son majordome Alfred, de retour de son périple initiatique, que s'il agissait en tant qu'homme, en tant que Bruce Wayne, il était vulnérable, car on pouvait s'en prendre à lui ou à ses proches. D'où l'idée du symbole: le symbole est insaisissable, et surtout, il est immortel. Cependant, faire vivre ce symbole – Batman – a un coût, et la rencontre dans son manoir avec Ra's al Ghul l'a bien démontré. Pour sauver Batman, pour le maintenir au statut de symbole sans identité, Bruce Wayne a dû accepter d'entacher la réputation de son nom en se faisant passer pour ivre mort et ainsi permettre l'évacuation de sa maison. Chaque choix est un sacrifice, or jusqu'alors Bruce a toujours privilégié le symbole à l'homme ; Batman à Wayne. D'ailleurs, autre moment clef de ce choix dans le sacrifice : le renoncement à Rachel à la fin de Begins. Le message qui lui est délivré est simple : tant que Batman vivra, il ne pourra y avoir de place pour le vrai Bruce Wayne. Or, si l'arrestation de Falcone et la neutralisation de Ra's al Ghul à la fin de Begins laissait suggérer que ce sacrifice était salutaire à la ville, Dark Knight – avec l'anarchie suscitée par la Joker et que le personnage de Batman contribue à alimenter – la question de la légitimité d'un tel sacrifice se pose. Dark Knight, c'est l'épisode où le héros est avant tout menacé par l'homme qui le fait vivre plutôt que par l'ennemi qui cherche à le détruire.

                                      Christian Bale. Warner Bros.

Cette remise en cause de la croisade de Wayne en Batman, c'est la position qu'occupe Rachel qui finalement le symbolise le mieux. Rachel, c'est le retour à la vie normale, c'est goûter le bonheur abandonné pour partir au combat et qu'on retrouve une fois le devoir accompli. Les retrouvailles récurrentes entre Wayne et Rachel dans ce Dark Knight ne font que concrétiser la lutte chez Batman entre l'homme qui aspire à la tranquillité, et le symbole qui aspire à la justice. Plus d'une fois, on ressent ce dilemme, et il n'en est que plus croissant à partir du moment où la terreur inspirée par le Joker se fait grande. Or, ce dilemme prend toute sa dimension lorsque la responsabilité de Batman dans l'escalade de violence est mise en évidence. Et ce dilemme n'en est que d'autant plus renforcé que Batman, le personnage ambigu qui suscite autant le mal que le bien, semble avoir trouvé son parfait successeur : celui qu'on appelle le chevalier blanc, Harvey Dent.

                Christian Bale. Warner Bros.                              Aaron Eckhart. Warner Bros.

Comme le dira un moment Wayne à Alfred, Harvey Dent est ce qu'il espérait susciter en créant Batman : des vocations. Dent est ce que Batman ne peut pas être : dans le respect de la loi, dans le réconfort des foules plutôt que dans la peur. Il est aussi dans l'idée que maintenant que Dent est, Batman peut se permettre de disparaître, et surtout peut permettre à Bruce Wayne de trouver enfin la paix et l'équilibre auxquels il aspirait tant depuis la mort de ses parents. En ce sens, dans la mesure où il est présenté comme un successeur, Dent est finalement le personnage le plus important de l'intrigue, devant même le Joker, car c'est lui qui fournit le meilleur parallèle au personnage de Batman. Alors que Joker est un regard de Batman en creux sur le plan du fond, au travers de ce qu'il n'est pas, de son opposé, Dent est au contraire un second Batman, mais qui lui ne s'édifie pas dans la peur mais bien dans le souci premier de la justice. Preuve en est d'ailleurs de la primordialité du personnage de Dent, il est surnommé le chevalier blanc, ce qui le met directement en regard au chevalier noir, titre du film qui renvoie à Batman. Autre élément qui met directement Batman et Dent en parallèle, c'est Rachel, dont ils sont tous deux amoureux.

                                    Maggie Gyllenhaal et Christian Bale. Warner Bros.

Or, encore une fois, c'est Rachel qui va permettre de mettre en avant le dilemme qui touche le héros : puisque Dent, comme Batman, vont avoir à choisir entre l'homme et le symbole. Or, pour Wayne, le choix semble évident : le seul à pouvoir endosser le symbole c'est Dent. Batman a crée Dent après que Wayne ait crée Batman : la boucle semble bouclée. Dent, c'est le chevalier blanc, celui qui n'a pas été entaché, lui. Il est dans la loi, il ne fait pas peur. C'est lui le vrai symbole, c'est lui le vrai héros. Le vrai choix à faire c'est bien celui de Dent – c'est d'ailleurs à lui que s'en prendra Joker à la fin, « parce que c'était le meilleur d'entre nous » dira-t-on notamment. Mais un héros ne semble pouvoir se construire que dans l'épreuve, c'est du moins ce que laissait suggérer Begins. Bruce Wayne n'a pu combattre la pègre en tant que Bruce Wayne car en tant qu'homme il était vulnérable, et qu'en faisant plier l'homme on pouvait tordre le symbole. Ce que Wayne n'a pu éviter avant Batman, Dent ne pouvait l'éviter non plus. Frapper l'homme pour toucher le symbole : c'était toute la démarche du Joker en s'en prenant à Rachel. Dent non plus ne pouvait concilier les désirs de l'homme et les nécessités du symbole : un jour ou l'autre le héros est confronté à un choix, celui du sacrifice.

                                  Aaron Eckhart. Warner Bros.

C'est dans leur rapport au sacrifice que Dent et Wayne deviennent très instructifs les un sur les autres, et notamment sur la nature du héros. Batman est, dès l'origine, un personnage qui assimile le sacrifice car il s'est construit autour de la perte des parents de Bruce Wayne, il est venu remplir un vide. Harvey Dent est quand à lui l'antinomie du héros nolanien, du moins tant qu'il n'a pas connu la perte de Rachel. Le héros nolanien est celui qui n'a pas voulu être héros, c'est l'homme ordinaire qui – par la force du hasard – se retrouve victime du destin et n'en ressort que par un parcours initiatique qui va le construire en tant que héros. Le héros nolanien, c'est celui qu'on n'envie pas parce qu'il souffre, mais qu'on respecte pour le sacrifice qu'il a consenti à faire. Le héros nolanien, c'est Batman. Dent lui ne répond pas à cette définition : tout lui sourit, tout lui réussit, il a tout. Il n'est pas ordinaire, et le hasard des aléas de l'existence n'est pour lui qu'une notion abstraite. L'aléa existe, mais il est sous contrôle, un peu comme ce que laisserait suggérer sa pièce aux deux faces identiques. Pour lui, l'épreuve n'a rien de constructive, elle expose au contraire l'homme à se détruire lui-même. Comme il le dira lui-même à Wayne, « l'homme n'est un héros que s'il ne vit pas assez longtemps pour devenir un voyou ». En tuant Rachel, en exposant l'homme à l'épreuve, Batman survivra. Dent, en tant que symbole, lui, s'écroulera. Il sortira de la loi, ce qui faisait justement de lui le chevalier blanc – celui qui n'est pas entaché –, il confondra justice avec vengeance, enfin il franchira l'ultime limite que Batman n'a jamais osé franchir : il va tuer. Finalement, en devenant Double-Face, Dent est devenu ce que Batman serait devenu s'il avait franchi la limite du meurtre : il est devenu un second Joker.

                                    Aaron Eckhart. Warner Bros.

Par delà le bien et le mal.


Au fond, le vrai duel qui s'opère au sein de ce film, ce n'est pas celui entre le Joker et Batman, ni même entre Dent et Batman (dont le Joker serait alors un arbitre), le vrai duel a lieu en fait au sein de Batman lui-même, Dent et Joker ne faisant que symboliser les deux extrêmes vers lesquels le personnage principal est en porte-à-faux. Mais Batman n'est au fond qu'une allégorie, une porte d'entrée par laquelle tout-un-chacun est amené à vivre sa dualité intérieure. Dark Knight n'est pas un combat entre le bien et le mal comme pourraient l'être nombre de films de super-héros, Dark Knight est en fait la recherche de la limite entre ces deux antipodes. Or, en opérant de la sorte, Batman nous conduit à nous interroger intérieurement sur l'essence même qui compose notre nature humaine.

                      Christian Bale. Warner Bros.                       Heath Ledger. Warner Bros.

Est-ce finalement le meurtre la grande limite à ne pas franchir ? Encore faut-il en avoir le choix. C'est du moins toute la démonstration du Joker durant tout le film. Ses histoires concernant ses cicatrices – toutes variantes d'ailleurs – renvoient toujours à la même idée : la pièce chez lui est toujours tombé côté face, et depuis le début. Quand il évoque son enfance la première fois, il montre à quel point la notion « d'épreuve » – qui, quand elle vient rompre la normalité – peut ouvrir sur le parcours initiatique du héros – est quelque chose de totalement vide de sens pour lui. Le Joker, c'est l'anti-héros par excellence. Contrairement à Dent ou Wayne, il n'a pas connu cette normalité qui aurait pu donner un sens à l'épreuve. Chez le Joker, sa vie a été une épreuve, dès le début. De même, lorsqu'il évoque sa belle compagne tailladée par son mac, le Joker montre à quel point le sacrifice auquel il a consenti – autre composante du héros – ne lui a apporté que des pertes. Bien sûr, ces histoires se contredisant, impossible de savoir laquelle est vraie. Mais au-delà d'apporter du mystère au personnage, ces histoires sont surtout l'occasion de montrer que la notion de bien et de mal est toute relative pour ceux dont les dés sont dès le départ pipés. Le Joker, c'est celui qui a connu l'épreuve plus qu'un homme ne pourrait, c'est celui qui a consenti le sacrifice sans en voir le bénéfice. Effectivement, le Joker n'est pas un criminel ordinaire comme le suggérait Alfred : le Joker ne s'intéresse pas à l'argent. Le Joker n'est que souffrance et surtout vengeance : le Joker, c'est le Bruce Wayne des débuts, c'est le Harvey Dent de la fin...

                                     Heath Ledger et Maggie Gyllenhaal. Warner Bros.

De la même manière que le meurtre de ses parents était l'épreuve initiatique qui conduisit Bruce Wayne sur le parcours sombre du héros, la rencontre pour le Joker est en quelque sorte une nouvelle épreuve, mais ce coup-ci pour Batman lui-même. Le Joker, c'est le criminel par ordinaire, c'est le fou. En soit, Joker est le criminel ultime, celui qu'on ne peut contrôler en s'attaquant à son argent comme c'est le cas de Maroni. Le Joker renvoie Batman et Gotham à l'épreuve qui les révèlera vraiment à eux-mêmes. La mise en concurrence des deux bateaux, dont l'un ne pourra survivre que s'il fait sauter l'autre, est la démarche la plus significative de tous les plans qu'a mené le Joker. Il tient à montrer à quel point la notion de bien et de mal sont relatives. Livrer Batman au Joker est mal. Mais quand c'est pour sauver la ville des meurtres du Joker, alors le discours change: livrer un hors-la-loi comme Batman, c'est bien. Quand il s'agit de tuer Coleman Reese, un simple homme d'affaire qui s'apprête à révéler l'identité de Batman (bref, un « innocent »), on retrouve encore des gens prêts à abattre l'homme plutôt que de voir un hôpital brûler comme l'avait promis le Joker. Finalement, commettre un meurtre est-il vraiment une limite, si ce meurtre sauve un hôpital ? Dans ce jeu, le coup des bateaux, qui est carrément un appel à l'assassinat de masse, est la confrontation absolue qu'a trouvé le Joker face aux contradictions d'une société. En bon anti-héros qu'il est, il entend démontrer par a+b que la notion de mal est toute relative, ainsi même que la valeur de toute action quel qu'elle soit. Le fait est que les limites morales sont en fait illusoires et hypocrites, et le chaos qu'il parvient à instaurer dans la ville ne fait que démontrer qu'il n'y a rien à attendre de la nature humaine, de la même manière que lui n'en a rien obtenu.

                                    Heath Ledger. Warner Bros.

Non, la vraie limite n'est pas celle du meurtre. La vraie limite, c'est celle du sacrifice. L'action de l'individu penche vers le bien à partir du moment où elle accepte de mettre de prendre la décision de désavantager son propre parti plutôt que de céder à quoi que ce soit qu'on juge néfaste. Cette question ne se pose pas qu'à partir du moment où des vies sont en jeu comme c'est le cas lors des jeux sinistres du Joker, car chaque acte quel qu'en soit l'importance joue son rôle dans l'édifice du chaos. Les deux flics que descendra Double-Face n'avaient fait « que » croquer dans les pots de vin des hommes de Maroni. Ils voulaient juste se mettre à l'abri, ne pas faire de vague ; ils ne savaient pas. Comme le dira alors Double-Face à la jeune Ramirez qui lui sort la complainte de celle qui ne savait pas, ce dernier répondra que « c'est le deuxième flic qui me répond ça » avant de la tuer. C'est de cette somme de petites lâchetés que le règne de la peur parvient à s'imposer à Gotham. Comme le dira Joker, il suffit de quelques bandits pour instaurer le chaos. En fait il ne suffit que de quelques lâches, ceux qui sombrent à la peur plutôt qu'au sacrifice, pour faire basculer la pièce du côté sombre. Ainsi, même un défilé de policiers comme c'est le cas à la suite de la mort du commissaire devient un moment effrayant, où l'instabilité se ressent, car on sait qu'il ne suffit « que de quelques bandits ».

                                       Heath Ledger. Warner Bros.

Ainsi, en complément de ce que Begins instaurait déjà à sa lecture introspective du héros, Dark Knight montre bien que ce n'est pas de la domination de ses peurs que naît le héros, mais bien du sacrifice. Après tout, Harvey Dent et Joker sont deux exemples de personnes qui ne connaissent plus la peur : Joker est dérangé et n'aspire qu'au chaos tandis que Dent n'a plus rien à perdre dans sa vendetta meurtrière... Non, le fondement même du héros se trouve bien dans le sacrifice. Le sacrifice, c'est celui qu'a fait Wayne en reniant sa propre personne pour devenir Batman. Le sacrifice, c'est aussi celui qu'a fait Gordon en se faisant passer pour mort, causant ainsi le désarroi dans sa famille. Le sacrifice, c'est enfin celui qu'aurait dû faire Dent de ses souffrances d'hommes pour les préférer aux exigences du symbole qu'il était. D'ailleurs, en conclusion du film, ce qui ancre au final l'action de Batman dans la démarche héroïque – et la rend ainsi légitime – c'est encore une fois un sacrifice ; celui de la notoriété. Si la survie de l'espoir passe par la protection du symbole qu'était Harvey Dent, si la survie du chevalier blanc n'est possible qu'en le faisant mourir « avant qu'il ne devienne un voyou », alors Batman est prêt à être sacrifié, à être conspué, à être détesté pour l'obtenir. Après le sacrifice de l'homme est passé le sacrifice du symbole. Au fond Wayne fut héros dès qu'il sacrifia sa vie de Bruce Wayne au profit de Batman, mais Batman n'atteint finalement le statut de héros qu'à la fin de ce Dark Knight, en sacrifiant le symbole qu'il aspirait à être au profit de ce symbole pur qu'est le chevalier blanc. Etre héros, c'est finalement être celui qui saura endosser la cape noire, celle du mépris et de l'incompréhension, lorsqu'il vaut mieux qu'un autre prenne la blanche. Etre héros, c'est savoir être le chevalier noir : The Dark Knight.



Conclusion : une révolution en marche ?



Après un tel flot d'interprétations diverses et variées, il serait tout à fait légitime de réagir en se disant qu'il ne fallait certainement pas aller jusque là pour se convaincre que ce Dark Knight est un très bon film ! Il peut suffire tout simplement de constater qu'il fait passer un bon moment pour se convaincre de la qualité de ce film. Néanmoins, je pense que nul ne pourra me contredire quand j'affirme que Dark Knight est de ces films qui parviennent à nous submerger sans qu'on sache parfois dire pourquoi, sans qu'on sache forcément poser des mots dessus. C'est en cela qu'il me semble primordial parfois de s'oser à ce genre de regard introspectif, tant ils peuvent nous apprendre sur la nature d'un film, et tout simplement sur les spectateurs que nous sommes.

                                      Christian Bale. Warner Bros.

Or, que ressort-il de ce Dark Knight ? Il me semble que la première des choses, c'est qu'il tire toute sa force de sa capacité à explorer des idées et des sentiments qui sont fédérateurs. Dark Knight n'est pas un simple film d'opposition, ce n'est pas un « film-opium » visant à fournir au peuple sa dose de fantasmes comme peuvent l'être généralemennt les films de super-héros. Non, Dark Knight est un film introspectif, qui s'interroge sur la nature des individus, des personnalités, des sociétés. Bref Dark Knight est un film qui s'interroge sur nous, et qui nous conduit à nous interroger de même avec lui. Dark Knight, à l'image des films de Christopher Nolan, a pour moi cette qualité essentielle, c'est qu'il nous prouve qu'au fond, les films qui nous parlent le plus sont les films qui nous ouvrent l'esprit sur un nouveau regard, sur une vérité.

                                    Logo officiel. Warner Bros.



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L'homme-grenouille 24/10/2011 22:42


Ah oui effectivement, il y a eu malentendu ! Mea Culpa !
Bah dit comme ça, maintenant, je n'ai plus rien à redire...
Après, la question qui se pose au sujet de l'accomplissement du héros Batman, j'ai envie de dire qu'on ne pourra savoir que dans le troisième opus !
Vivement le retour de notre héros préféré !

En tout cas, encore merci pour tes commentaires avisés.
A une prochaine fois sur ce blog !


Karl 24/10/2011 21:26


Je pense m'être mal exprimé. Quand je parlais de la capacité du Joker à se sacrifier, je ne voulais pas dire qu'il était un héros, mais qu'il n'accordait d'importance à rien (même pas à sa propre
vie), contrairement aux autres protagonistes du film (Batman et Dent attachés à Rachel, Gordon à sa famille, les mafieux à l'argent, les citoyen à leur sécurité, etc). C'est ce qui en fait une
incarnation du chaos fascinante, car il jouit d'une liberté incroyable avec son abscence d'attache. La scène ou il sort la tête de la voiture de police est très emblématique: il jouit d'une liberté
absolue, laisse le vent flotter sur son visage, délaisse les policiers qui le pourchassent en vain.

Le point de vue de "The Dark Knight" est d'ailleurs très nuancé sur ce personnage. On le présente comme un sadique jouissant des actes les plus abominables, mais avant tout comme une force de la
nature, une incarnation du chaos ("Moi, j'annonce le chaos"), qui fascine le spectateur en reveillant ses désirs de renverser la société pour être libre de tout. Dans ses interview, Nolan a parlé
du désir des jeunes générations à détruire la société qui les entourent.

Voilà pour clarifier mes propos sur le Joker. Ce que je trouve intéressant dans ce film, c'est qu'à la place d'un combat entre le bien et le mal, on nous présente un combat entre différentes
idéologies, entre différents personnages, lois sociologiques et forces de la nature qui se rencontrent dans la société.

Ensuite, je tiens à préciser qu'après la mort de Rachel, Alfred a brûlé la lettre parlant du désir de Rachel de rejoindre Dent. Je pense donc que Batman n'était pas un héros accompli, et ce jusqu'à
la fin du film. En effet, il aurait été capable de manquer à son devoir à cause de sa déception (et Alfred l'avait compris). Il est certes capable de sacrifices, et c'est pourquoi il reste un
Chevalier, capable de ne pas sombrer dans la dépression, comme Dent. Mais il reste aussi un homme ambigu, capable de manquer à son devoir, incarnant l'illégalité, amenant le chaos à Gotham, ne
donnant jamais l'exemple, brutalisant le gens pour rien et espionnant des citoyens innocents. Voilà ce que j'entends par "Chevalier Noir": un homme combattant pour une cause noble et capable
d'actes nobles, mais utilisant des moyens douteux avec parfois des conséquences terribles.

Loin de moi l'idée de minimiser la portée thématique de "The Dark Knight" sur les choix des actes héroiques. Le film a démontré que Batman pouvait les faire, tout en montrant que sa capacité était
limitée. D'en faire un héros ambigu et nuancé...un Chevalier Noir.


L'homme-grenouille 24/10/2011 13:43


Eh bah ! Je t'avoue que je me suis régalé en lisant ton point de vue ! Par conséquent, permets toi tous les doublons que tu souhaites sur ce blog ! Effectivement, "Dark Knight" va plus loin que
"Begins" dans sa façon de vouloir cerner le héros, du moins l'essence héroïque qui habite celui qui aspire à en devenir un... Mais bon, c'est un peu le principe d'une suite, non ? Développé ce qui
a été dit dans le premier ! Or, c'est vrai, que dans ce "Dark Knight", Nolan prend la posture qu'à adopté Wayne dans "Begins" et va chercher à la repousser dans ses retranchement pour voir si elle
est tenable : Wayne peut-il oser le sacrifice ultime pour faire vivre Batman ? Dent peut-il oser ce sacrifice ? Gordon peut-il oser ce sacrifice à son tour ? ...Comme tu l'as dit, aucun des trois
ne saura mener son idéal héroïque jusqu'au bout, pour des raisons purement humaines : Dent, Gordon et Wayne ne veulent pas - ne PEUVENT pas - sacrifier leur humanité pour faire survivre le héros
qu'ils aspirent à devenir... "Dark Knight" semble effectivement nous dire que l'héroïsme est un idéal face auquel les hommes cherchent à se rapprocher sans jamais pouvoir l'atteindre... C'est vrai,
la-dessus je te rejoins totalement...

Cependant, il n'y a que sur un seul où je ne te rejoindrais pas. Celui qui consiste à dire que seul le Joker atteint le statut de héros alors que ni Batman ni Gordon n'ont su l'atteindre.
Effectivement le Joker n'a peur de rien et n'est limité en rien dans son action par aucun code moral, néanmoins cela ne fait pas de lui un héros. Cela fait de lui un "freak" comme il est dit dans
le film. Et justement, tout l'enjeu du film repose sur la distinction entre le héros qui ose braver la normalité et les règles dans un but héroïque et celui qui le fait sans but et sans
logique.

Bref, qu'est-ce qui différencie le fou du héros ? C'est tout l'enjeu du face-à-face entre Batman et le Joker au sein du commissariat : le Joker cherche effectivement à le convaincre que l'action
prétendument héroïque menée par Wayne n'est en fait qu'une catharsis aussi destructrice pour autrui que l'est celle menée par le Joker... Pourtant, par sa fin, il me semble que ce "Dark Knight"
donne tord au Joker. A la fin, le seul qui a fait le CHOIX du sacrifice, cela reste Batman. Joker n'a jamais fait de choix lui, on lui a tout prix. Dent, lui, n'est pas devenu un héros car il n'a
jamais fait de choix : la chance lui avait permis jusqu'à présent de concilier la vie humaine et la vie de héros. Quand le choix s'est posé à lui, il a choisi la vie humaine en voulant sauver puis
venger Rachel... Ensuite, pour ce qui est de Gordon, c'est lui qui se rapproche sûrement le plus du schéma héroïque : il a fait un choix de sacrifice, mais un choix qui n'était pas irréversible. Il
a donc agit héroïquement, mais sans assumer totalement la posture immuable du héros. Au fond, le seul qui s'assume vraiment comme héros à la fin, c'est Batman. certes, il avait choisi de sauver
Rachel au lieu de sauver Dent, ce qui nous montre qu'à cet instant du film Wayne n'est qu'un héros inachevé, le héros d'un instant comme peut l'être Gordon. Néanmoins, lorsqu'il perd Rachel, et
qu'il ne lui reste que Batman pour exorciser son mal-être intérieur, il choisit de le sacrifier quand même au profit du chevalier blanc. Il aurait pu ne pas faire ce sacrifice, c'est la dernière
chose qui lui restait. Pourtant il le fait. "Dark Knight" pour moi, c'est le film qui fait passer Batman dans une autre dimension. Il n'est plus un héros temporaire, un héros qui cherche à susciter
des vocations pour qu'un autre prenne le flambeau, il est devenu un héros immuable : celui qui, indubitablement, sera toujours rester dans la posture du héros et non celui du fou car, désormais, il
a totalement sacrifié l'humain au profit du héros.

D'ailleurs, pour finir, je tiens d'ailleurs à te faire noter que, une fois de plus, Nolan ne définit pas l'héroïsme comme un choix totalement libre. On n'est pas héros parce qu'on le veut. Chez
Nolan, le choix qui s'offre à tout individu de devenir héros se fait toujours dans une situation imposé. Cela nous tombe dessus, et c'est à nous de choisir à ce moment là entre les deux
alternatives que sont le héros ou le fou. Ce qui unit Wayne, le Joker et Dent, c'est le fait que le destin s'est abattu sur eux : le destin a fait qu'il ont eu à sacrifier quelque-chose : des
parents pour Wayne, une enfance voire une vie pour le Joker, une famille pour Gordon. On ne choisit pas de se mettre sur la voie de l'héroïsme de notre propre chef, c'est le destin qui nous y met
et c'est notre réaction face à destin qui va déterminer notre nature profonde, celle du héros, ou celle du fou vengeur à la Joker ou à la Dent...

En somme donc, en étant totalement d'accord avec ta remarque de début de commentaire, je me permets de remettre en cause la conclusion car il me semble que le propos du Joker n'est pas forcément
celui de Nolan. Le Joker cherche certes à prouver qu'il n'y a pas de héros, qu'il n'y a que des fous et que l'ordre social n'est qu'une illusion, mais il me semble que, par sa conclusion, "Dark
Knight" entérine l'idée que l'homme possède aussi le choix de l'héroïsme, et que ce choix passe, encore et toujours, par l'esprit de sacrifice...


Karl 23/10/2011 17:26


Tu m'excuseras pour ce doublon, qui suis mon précédent commentaire pour cette article après une durée si longue. Néanmoins, une idée m'est venue, après le lecture de cette article. J'estime la
vision du héros encore plus nuancé dans "The Dark Knight". J'irais même jusqu'à dire qu'il n'y a pas de véritable héros. Pas même Batman.

En effet, on percoit tout au long du film les limites de l'humain à se sacrifier, quel que soit ses représentants. Par exemple, Batman ne combat pas le crime parce qu'il se sacrifie pour le bien
des autres, mais parce qu'il souffre d'une grande colère intérieure et qu'il cherche à la canaliser à travers une activité morale. Je te renvois à des interviews (par ailleurs très interessantes)
donnée par Christopher Nolan en personne.

Qui plus est, on le voit préférer canaliser cette colère en l'étouffant par sa vie sentimentale avec Rachel plutôt que de combattre le crime. Certes, les copieurs montraient à Batman que sa
présence à Gotham générait des troubles, qu'il était incapable (car il symbolisait une justice illégale et illégitime par la force) de donner une exemple de conduite valable aux citoyens. Et que
Dent pouvait, lui, accomplir le combat contre le crime avec la même efficacité, en donnait un exemple de droiture qui permetrait à Gotham de se relever. Autrement dit, que Batman abandonnait son
combat pour une vie avec Rachel dans un but altruiste, pour éviter de donner un mauvais exemple.

Mais un évènement du film démontre que ces bons sentiments n'étaient pas ce qui le motivait le plus. Ils étaient une raison, certes, mais pas la principale. En effet, Batman a préférer sauver
Rachel plutôt que Dent (ce qui n'a pu aboutir, à cause de la duperie du Joker). Batman n'était donc pas prêt à faire une sacrifice capital: préférer sauver le dernier espoir de Gotham plutôt que
son désir égoiste d'une vie amoureuse qui étouffrait sa colère. En cela, "The Dark Knight" montre que malgré ses capacités à prendre des décisions qu'aucun autre n'aurait pu prendre ("Parce qu'il
est le héros que Gotham mérite"), il est loin d'être un héros pur, pouvant tout sacrifier.

La même chose se reproduit pour Gordon. En le voyant simuler sa mort, nous savons qu'il est capable de se sacrifier, de causer le désarroi dans sa famille pour agir en secret contre le Joker. Mais
la fin du film démontre (comme pour Batman) les limites de son héroisme. Quand Harvey Dent menace son fils, il réagit exactement de la même manière que Dent avant la mort de Rachel ("Ments-lui
comme je lui ait menti, à elle. Dis-lui que tout va s'arranger").

Au fond, y-a-t'il de vrais héros dans "The Dark Knight"? Non, rien de plus que des hommes incapables de se sacrifier (Dent) et d'autres capables de sacifices, mais dont cette faculté est toujours
limitée par leur condition d'humain. Le seul capable des plus grands sacrifices (au point de presque désirer sa mort et sa souffrance), c'est le Joker, correspondant plus à une force de la nature
qu'à un véritable homme.

Le premier plan du film est d'ailleurs clair sur ce point: on voit une facade d'immeuble à l'apparence banale se briser. Ce qui symbolise la facade de tout humain, derrière qui se cache le cahos
(symbolisé par les deux clowns dans la bâtiment). Tout les humains sont faillibles et propres au chaos, au vice, à la destruction, à l'égoisme. Tous, quels qu'ils soit. Même si il existe une lueur
d'espoir: l'homme peut aussi se sacrifier.

La scène finale est d'ailleurs une apogée de non-héroisme. On serait certes tentés de voir cela comme un sacrifice. Mais Batman rappelle une chose: "Je suis tel que Gotham a besoin de me voir". Au
fond, cette scène nous rappelle surtout que Batman est un hors-la-loi, comme les copieurs ("Qu'est-ce qui nous différencie de vous?"). Et qu'en assumant les crimes de Dent, il ne fait preuve que de
lucidité vis-a-vis de sa condition. Lucidité dont il n'a pas su faire preuve dans le reste du film, car il a amené le chaos à Gotham, a brutalisé Maroni pour rien, etc.

Au fond, je pense que le vrai message de "The Dark Knight" par rapport à l'héroisme, ce que les héros que nous fantasmons n'existent pas. Les héros qui donnent un exemple de droiture, comme Dent,
sont construits sur des mensonges, des légendes. En guise de héros, nous avons des gens capables de faiblesses, qui peuvent même amener le chaos par leur manque de discernement, mais qui peuvent
agir là ou tant d'autres préfère pactiser avec la mafia pour ne pas faire de vagues.


Karl 10/07/2011 21:56

Oui, c'est effectivement ce que je voulais dire. Maintenant(après réflexion), l'alliance avec les autres mafieux n'auraient pu se faire sans Batman. Si le Joker n'avait pu brandir la menace que représentait l'homme chauve-souris, les mafieux du clan de Gambol auraient eu des réticences à lui obéir, de même que les autres mafieux ne l'auraient pas aidé dans ses basses oeuvres (par exemple, Maroni a fait pression sur des policiers pour l'enlèvement de Dent et Rachel). Il aurait du se contenter de dealers misérables qui ne survivaient jamais longtemps sous ses ordres, ou de fous de l'asile d'Arkham. Par la suite, le Joker n'a plus eu besoin de Batman, puisqu'il contrôlait les mafieux avec la moitié de l'argent leur étant destiné. Mais c'est bien grâce à l'union des clans et au fait que les mafieux se ralliaient à lui et l'aidaient dans ses projets (donc grâce à Batman) que le Joker a pu s'imposer à Gotham City et gravir les échelons du pouvoir.

Startouffe 10/07/2011 14:56

Quand Batman nous rapproche...Eh bien cher Karl, je suis heureux de constater à quel point l'homme chauve-souris te fait participer à ce blog ! Un vrai plaisir !

Par contre, pour le coup, je ne vois pas trop où se trouve le point d'achoppement sur lequel tu entends amorcer une discussion. Oui effectivement, le Joker grimpe dans la hiérarchie des Bad Guys en commençant par prendre la tête du clan de Gambol, puis en imposant sa loi aux autres en éliminant la concurrence. Je ne pensais pas que mon article disait quelque-chose qui soit contradictoire.

En tout cas, si la précision reposait sur l'idée qu'il avait commencé par Gambol, alors oui, tu as raison, même si la situation est peut-être un peu plus trouble que cela dans la mesure où, depuis que Lau s'était fait topé par Batman, les clans semblaient plus ou moins s'être alliés et, par conséquent, l'origine de la main d'oeuvre du Joker est très vite difficilement traçable car, en tout cas personnellement, uje trouve qu'on ne sait plus trop comment s'opère son expansion par la suite. Se limite-t-elle au clan de Gambol, ou bien est-ce que son coup d'éclat lui permet déjà d'assimiler d'autres mafieux ?

Enfin bon, je penses que tu seras d'accord avec moi pour dire que c'est finalement là qu'un détail et que, échapper à ça ne nous empêchera pas de profiter de la profondeur discursive de ce film. En tout cas, merci pour ta nouvelle participation, et bonne lecture pour le reste de ce blog.

Karl 06/07/2011 18:11

Je suis globalement d'accord avec ton article, sauf (partiellement) sur un point. Tu dis que le Joker a pu s'élever en s'entendant avec les mafieux pour tuer Batman. En réalité, il s'est élevé en prenant la tête du gang de Gambol. Mais il ne fait aucun doute que les membres du gang (et les mafieux qui n'étaient pas arrêtés) lui ont obéis dans l'objectif de se débarasser de Batman. D'ailleurs, les 3 premières personnes qu'ils visaient (après le meurtre du copycat) étaient les meneurs du maxi-procès contre la mafia, ce qui montre que cette action était (au moins au départ) orientée en faveur des criminels.

Darkskywalker 23/08/2008 14:20

Merci pour cette analyse une nouvelle fois trés intéressante. J'avais adhéré au style de Nolan dans Begins bien que le film possèdait de nombreux défauts mais ce Dark Knight lui est incontestablement suppérieur. Il affiche une ambition et une audace bien plus grandes que son prédecesseur et explore avec profondeur et ingéniosité la complexité de ce mythe qu'est le chevalier noir.

Au fond, Batman Begins était assez allourdi par son concept: raconter les origines de Batman. Ce principe de départ est trés à la mode ces temps ci depuis Starwars Episode 1 (raconter les origines d'un mythe que tout le monde connaît) mais au fond, cette obligation de se limiter aux origines du chevalier noir avait sans doute freîné les possibilités de Nolan qui donne vraiment vie à sa vision de Batman dans ce deuxième film.

On parle énormément du Joker pour la prestation magistrale du regretté Heath Ledger, mais tu as bien fait de mettre également en valeur le rôle joué par Double Face qui tient une grande importance dans le récit en incarnant le héros dont la ville a besoin.

Ce qui est vraiment audacieux de la part de Nolan dans ce Dark Knight, c'est qu'il met l'accent sur la création du Joker par Batman du point de vue psychologique. Ainsi, tandis que le comic original montrait Batman faisant chuter le Joker dans un lac d'acide et provoquant ainsi sa défiguration en lui donnant un masque qu'il ne peut pas enlever, le Joker est dans Dark Knight le fruit de la lutte de Batman contre la pègre, et incarne avec force l'ennemi juré du chevalier noir par son absence de limites et de règles.

Tu as cité la scène d'interrogatoire du film à mon sens l'apothéose du film. Batman y apparaît entouré de blanc, et sa faiblesse apparaît, mais le Joker est également présent et son maquillage commence à partir, révélant ainsi que derrière ce visage monstrueux, il y a bien un homme. Cela le rend finalement plus terrifiant que le Joker original, car il s'agit simplement d'un homme qui a dépassé les limites et a donné libre cours à sa sauvagerie, une sauvagerie qu'il tente de contaminer dans les rues de Gotham en poussant à bout ces habitants, comme tu l'as remarqué

*SPOILERS*

La dernière scène entre Batman et Joker est d'ailleurs extraordinaire. Alors que dans le Batman de Burton, le Joker tombait du haut de l'église en tentant d'entraîner Batman avec lui, dans Dark Knight Batman provoque la chute du Joker et lui sauve la vie en le rattrapant. Cet acte de noblesse provoque l'hilarité du Joker qui met plus que jamais en évidence la faiblesse de Batman, incapable de le tuer et incapable ainsi de l'arrêter. Une phrase m'a particulièrement marqué: "nous nous combattrons jusqu'à la nuit des temps". Cette réplique colle parfaitement au comic original où le Joker ne cesse de s'échapper d'Arkham, provoquant de plus en plus de morts autour de lui et voulant éternellement pousser Batman à bout en le forcant à le tuer.

Bref, Nolan a parfaitement compris ce qui faisait la force de Batman par la réflexion que ce héros véhicule. On peut également souligner l'incroyable jeu des acteurs, sans doute le meilleur casting qu'on ait vu dans un "super film de héros". Christian Bale est d'ailleurs un acteur qui met particulièrement en valeur le cinéma de Nolan, car il dégage un charisme noir et subtil en harmonie avec le style du cinéaste.

Néanmoins, peut t-on parler de chef d'oeuvre? Il est regrettable qu'avec la complexité du film, celui ci ne se détache pas d'un aspect hollywoodien comme dans Batman Begins. Nolan n'est pas vraiment un cinéaste de scènes d'actions, et les combats au corps à corps sont peu crédibles, on dirait que la mobilité de Batman est réduite et que ses adversaires sont tellement idiots qu'ils ne songent pas à lui tirer dessus. Mais surtout, le film est parsemé de répliques médiocres qui tentent maladroiteusement d'apporter de l'humour au film, mais le rendent plutôt ridicule. Il est d'autant plus gênant d'avoir des répliques du genre "je ne porte pas de protèges tibias" alors que le récit fait preuve d'une grande intelligence de son côté.

Dark Knight reste incontestablement le meilleur Batman qu'on ait vu au cinéma, et Nolan peut être remercié pour son audace et son ambition qui ont finalement portés leurs fruits.

DanielOceanAndCo 21/08/2008 19:59

Ce qu'on poste sur Allociné, appartient à Allociné.

(quel lèche-cul je fais :) )

François alias vasteelsfr5 21/08/2008 18:09

Woa quelle analyse chapeau !

Tu devrais l'envoyer à DVDRAMA pour qu'ils l'a publient ....

B R A V O !

;-)

DanielOceanAndCo 15/08/2008 00:27

Autant "Begins" m'avait déçu, autant "Dark Knight" m'a conquis bien que je n'irais pas le qualifier de chef d'oeuvre. Certes le film est très profond psychologiquement et ton analyse est intéressante mais quelques "rebondissements" dans l'intrigue m'ont gêné : SPOILERS la fausse mort de Gordon, Dent qui s'accuse d'être Batman SPOILERS.

Deux des meilleurs aspects du film sont son méchant principal : le Joker (hallucinant et méconnaissable Heath Ledger), une sorte de petit frère spirituel d'Alex d'Orange Mécanique et la relation Wayne / Dent. D'ailleurs, une des plus belles scènes du film en ce qui me concerne et celle du dîner où Dent expose sa vision du bien et du mal (avec la fameuse réplique "On meurt en héros ou on vit suffisament longtemps pour devenir le méchant") qui fascine littérallement Bruce Wayne.

En tout cas, ils vont souffrir pour écrire le troisième opus car ils ont usés pas mal de cartouches en utilisant les deux meilleurs méchants dans un seul et même film.

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